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Le curé de campagne au temps d’Aubin Denizet, « paysan sans histoire » du XIXe siècle


jeudi 13 décembre 2018, par Alain Denizet

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Avant d’écrire ce livre – dont la réédition est présentée par la Revue Française de Généalogie d’octobre-novembre 2018 [1] - j’ai d’abord reconstitué la généalogie d’Aubin, listé ses relations familiales et de voisinage. La connaissance de ses familiers était la garantie de sélectionner par la suite, les évènements et les affaires qu’il avait eu le plus de chance de connaître à leur contact. Les articles précédents évoquaient les disputes de voisinage, les violences conjugales et l’enfance d’Aubin marquée par les guerres napoléoniennes. Après les maîtresses de ferme, les domestiques et les journaliers, nous abordons dans une série de portraits, les notables du village. Evoquons aujourd’hui la figure du curé.

Aubin confie à l’âge de 14 ans son fils au séminaire de Chartres. Devenu prêtre, celui-ci officie dans diverses paroisses de l’Eure-et-Loir, dont de longues années à Boisville-la-Saint-Père, gros bourg planté au cœur de la Beauce. La mission du curé de campagne lui est donc particulièrement bien connue d’autant qu’il a rencontré dans son enfance des oncles prêtres, réfractaires à la Révolution. Tout indique par conséquent qu’Aubin, lié à l’Eglise, se démarque de la tendance au détachement religieux de sa Beauce natale, lequel est fustigé par l’évêque de Chartres : « Le cultivateur ayant réussi dans son labeur semble dire à Dieu : tout cela est à moi, ce sont mes mains qui ont fait ceci et non le Seigneur. » De fait, l’assistance à la messe se réduit aux femmes, aux enfants et aux notables. Comme Aubin.

En outre, les mentalités sont encore imprégnées de superstitions à l’instar de celles que l’almanach « Le Messager de la Beauce et du Perche » prête à la mère Crédule qui contredit son curé : « j’ai vu d’saffaires ousque le Bon Dieu et la Bonne Vierge n’pouvaient ren. Voyons, vous qu’êtes un malin, dîtes-moi si le Bon Dieu peut empêcher les flambas, l’loup-garou ».

Tout ceci ne doit pas occulter le rôle de premier plan joué par le curé. D’abord, chaque village veut « son » curé ne serait-ce que pour les célébrations qui marquent les grandes étapes de la vie ; baptêmes, mariages, inhumations. Rien de pire que le binage, c’est-à-dire un curé écartelé entre le service de deux paroisses.

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Le curé, son bréviaire et le petit paysan. Messager de la Beauce et du Perche,1883.

Secondement, le curé est un homme d’influence. Il fréquente les notables de la commune dont il est l’invité de table et sait faire entendre sa voix. Sur l’école et l’instituteur par exemple. Le conseil municipal de Germignonville demande la « séparation des garçons et des filles par une cloison afin qu’il n’y ait pas communication entre eux ». C’est justement la position défendue par l’Eglise et, à Germignonville, le curé Goussard fait de la séparation des sexes l’une des conditions du legs qu’il destine à l’école. En 1843, il intervient auprès du préfet pour défendre l’instituteur : « Depuis quatorze ans que je le connais, sa conduite a toujours été honorable. »

Le curé se distingue de ses paroissiens par son mode de vie. Il bénéficie toute sa vie d’une rémunération assurée par l’Etat [2], ce qui en fait le seul fonctionnaire du village. Ce traitement est complété par les produits du jardin, les cadeaux des paroissiens et par le casuel. Sans être fortuné, il a donc des revenus qui le hissent dans la minorité aisée du village. De surcroît, ce célibataire n’a aucune personne à charge à part sa servante [3].

Ses fonctions le contraignent à un emploi du temps serré, divisé le matin en oraison, messe et méditation de l’Ecriture Sainte ; puis l’après-midi, en visites aux familles et à l’école. L’administration des sacrements – plus de cinquante par an à Germignonville –, les réunions du bureau de bienfaisance, de la fabrique et du comité local de l’instruction primaire complètent l’occupation des heures.

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Le curé et son malade. Les derniers sacrements. Messager de la Beauce et du Perche, 1863.

Aucune friction n’a filtré des archives entre le curé Goussard et ses paroissiens. Mais certaines nous sont parvenues de communes proches. Ainsi, le 28 mai 1837, celui d’Ymonville est apostrophé par Pierre Gallas lors de la procession de la Fête-Dieu : « - Toi, curé, tu n’as pas voulu qu’on sonne pour ma femme, elle valait mieux que ton bon dieu. Je te méprise. ». A Tillay-le-Péneux en 1848, le curé accuse l’instituteur d’être « rouge jusqu’à la moelle des os ».

Des incidents qui ne remettent pas en cause la place centrale du curé de village de cette première moitié du XIXe siècle en Beauce.

Enfin réédité !

Notes

[1RFG, n°238 : « Livre salué à sa parution (en 2007), il est proposé avec un texte revu et corrigé, complété par l’ajout d’un cahier de 20 pages d’illustration. Encore mieux ! ». Critique précédée d’une interview de Jean-Louis Beaucarnot. Revue de presse complète sur alaindenizet.fr

[2800 francs par an en 1830.

[3Qui doit avoir l’âge canonique – 40 ans - pour éviter les rumeurs désobligeantes. L’évêque de Chartres est très sourcilleux sur ce point.

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5 Messages

  • Clair et intéressant. Je crois y lire, en filigrane, ce que sera la vie d’un de mes aïeux, un collatéral, quelques cinquante ans plus tard. Elle aura commencé sur cette même base, évoluant ensuite avec son temps, notamment la loi de séparation des églises et de l’Etat, puis le départ de la campagne vers une vie plus urbaine. Merci, donc, de me donner ce cadrage.

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  • Merci à vous, Alain Denizet, pour vos récits, toujours intéressants, racontant l’histoire du petit peuple. Je suis d’accord avec vous sur le rôle important du curé de village, pour preuve les églises détruites lors de nombreux conflits qui, même après la révolution Française, ont été reconstruites maintes fois aux frais des administrés. Quel village, de nos jours, n’a pas son église même désertée !

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  • Bonjour Monsieur Denizet.
    Je viens de terminer la lecture de votre livre, dans sa 1e édition (livre acheté d’occasion à Orléans). C’est excellent et tout à fait novateur (même si vous indiquez avoir suivi la plume, la démarche de Pierre CORBIN, sauf erreur sur ce dernier nom). C’est clair, méthodique, quasi pédagogique ... Mes ancêtres patronymiques venant de Rouvray St Florentin et puis demeurés dans d’autres villages de la Beauce chartraine, mon intérêt était redoublé. L’absence d’illustrations ne m’a guère gêné, j’en possède par ailleurs qui sont pertinentes. Un seul regret : vous n’avez pas exploité l’imaginaire beauceron, qui, me semble t-il peut permettre de cerner la pensée et les comportements. A ce suje, je reste captivé par le livre Corps pour corps de J. Favret Saada et J Contreras sur la sorcellerie en Mayenne, plusieurs décennies après sa lecture.
    J’ai commencé à écrire pour mes enfants et mes cousins généalogiques, sans projet d’édition, l’histoire de ma famille constituée de ruraux de Beauce, de Sologne, du Bas Maine, du Gâtinais. Nul doute que vous serez souvent cité. Grand merci
    Hubert BARATIN
    PS : des DENIZET ont vécu à Pithiviers au 19e siècle

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    • Bonjour Monsieur,

      Il s’agit d’Alain Corbin dont je vous recommande la lecture ( « le monde recomposé de Louis François Pinagot). Merci de vos remarques. Effectivement, je n’ai pas beaucoup parlé de l’imaginaire beauceron. Les études sont rares ( contrairement à celles sur le Perche) et j’ai exploité, plus tard, les ressources de l’almanach » le Messager de la Beauce et du Perche" pour un second livre. Cet almanach d’obédience catholique parle des superstitions, des croyances populaires pour, évidemment, mieux les combattre. Si vous rédigez une histoire de famille et que le cadre géographique concerne le sud du département de l’Eure-et-Loir, sachez que vous pouvez participer au Prix du manuscrit de la Beauce et du Dunois ( que je préside depuis 2015). Vous trouverez à ce sujet de plus amples renseignements sur mon site alaindenizet.fr. Bien cordialement

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      • Merci pour votre réponse et votre invitation à concourir. Pour présenter le résultat d’un travail sérieux et novateur, il faut plusieurs années. J’ai 70 ans ...
        Je pourrais écrire une « vie » de quelques ascendants de la lignée GANGNOLLE à Coltainville :Emile GANGNOLLE (1854-1918) qui, comme Aubin, a été un cultivateur sans doute aisé et maire à Coltainville, de son père et de son grand-père, ce dernier étant contemporain d’Aubin (tous 3 sont descendants de Marie CORBIN ...).
        J’ai de nombreux actes notariés les concernant. Je pourrais bien découvrir un « Aubin bis ». Dans ce cas, ce ne serait pas novateur. Ce qui n’est pas une raison pour renoncer.
        Cordialement et meilleurs vœux.
        Hubert BARATIN

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