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« Le Triboulet » et les Légitimistes

ou comment faire de l’Histoire à partir d’une annonce de mariage

Le mercredi 1er juin 2005, par Michel Guironnet

Etienne De Canson, de la famille des Montgolfier, célèbres papetiers d’Annonay, épouse Albertine Guigue de Champvans, d’une famille de Franche Comté.
Monsieur de Maisod, oncle de la mariée, avait émigré et servi glorieusement dans l’armée de Condé. Presque un siècle après la Révolution, en pleine République, ces deux familles qui s’unissent sont des Légitimistes, favorables au retour sur le trône d’Henri V ; alors en exil.

« Mercredi, 20 de ce mois (juin), a été célébré en la chapelle des Carmes de la rue de Vaugirard, le mariage de M.Etienne de Canson avec Mlle Albertine de Champvans, fille de l’ancien préfet du Gard. La bénédiction nuptiale a été donnée aux jeunes époux par Mgr de Sussex, prélat de la maison de Sa Sainteté, et il a prononcé une allocution dans laquelle il a fait ressortir les avantages d’une union chrétienne entre deux familles également distinguées et dévouées aux principes religieux et sociaux.

Les témoins du marié étaient ses oncles, MM. Roux et Louis de Canson ; ceux de la mariée, MM. Charles Bellanger et le baron de Roux-Larcy.

On remarquait parmi les assistants : MM. le marquis de Dreux-Brézé, le comte Henri de Brissac, le comte de Murard, le marquis d’Estampes, René de Canson, de Mérona, Stanislas Seguin, de la Tour, de Montgolfier , de Kervéguen, Goupil de Prefeln, le marquis d’Auray de Saint-Pois, Boyer, député du Gard ; Paul Besson, ancien député du Jura ; le comte de Riancey, le général Robert, sénateur ; Tailhand, sénateur et ancien ministre, le marquis de Schedoni, etc., etc.

La famille de Canson, originaire du Vivarais, est très ancienne ; elle remonte au quatorzième siècle. Plusieurs de ses membres se sont signalés dans diverses circonstances. L’un d’eux, leur aïeul, fut pair de France et tout récemment, M. René de Canson, fidèle au drapeau royaliste, luttait brillamment dans une élection sénatoriale de l’Ardèche.

La famille Guigue de Champvans, originaire de la Franche-Comté, a figuré avec honneur, sous les rois d’Espagne, au parlement de Dôle ; puis à la Cour des Comptes de Dôle et au parlement de Besançon.

M. de Maisod, oncle de la mariée, avait émigré et servi glorieusement dans l’armée de Condé ; il fut le soutien généreux d’un grand nombre de bonnes oeuvres, et le bienfaiteur de la ville de Lons-le-Saunier, où son nom est aimé et respecté. »

« Le Triboulet »

Cet article a paru dans « Le Triboulet » journal hebdomadaire qui se définit lui-même comme « satirique, politique, illustré » de tendance légitimiste, du dimanche 1er juillet 1883.

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La couverture du journal

« Le Triboulet » né en novembre 1878 comme hebdomadaire satirique illustré devient quotidien en 1881 grâce à la commandite de la Duchesse d’Uzès. Puis il revint à un rythme hebdomadaire pour disparaître en 1893.
Le rédacteur en chef en 1883 est Edouard GRIMBLOT, la rédaction et l’administration sont 43, Boulevard Haussmann à Paris. Le numéro coûte 50 centimes.

Triboulet, qui donne son nom au journal, a bel et bien existé. Né vers 1479 à Foix lès Blois, Rabelais dit de lui : « Proprement fol et totalement fol, céleste, jovial, héroïque, génial ». Son vrai nom est Févrial ou Le Feurail. Paysan, il vit près du château de Blois... il est pourvu de longues oreilles, avec de gros yeux et un petit front.
Louis XII le prend à son service et tente en vain de lui faire inculquer les bonnes manières. Louis XII en fera le fou du roi. Il est alors coiffé de sa marotte - bonnet de plusieurs couleurs avec des grelots - comme un roi de sa couronne.

Triboulet sait se moquer des gens sans déclencher leur colère, tel nos imitateurs d’aujourd’hui, avec leur ironie mordante. Inattaquable par sa position de fou du roi, il déclenche leur sourire. C’est cette malice et cette habilité qui séduit le roi. Il n’est pas un simple « idiot du village ».
Plus qu’un bouffon, il participe au Conseil, y interpelle des ministres. Ce fou est également plein de sagesse. Il est l’auteur de nombreuses réparties. Ainsi lors qu’il risque d’être exécuté pour avoir offensé une maîtresse de François 1er, et que ce dernier lui laisse le choix de sa mort, Triboulet dit : « Bon sire, par sainte Nitouche et saint Pansard, patrons de la folie, je demande à mourir de vieillesse. ». Cela laisse le roi sans voix. Triboulet décède vers 1536.
Rabelais met en scène Triboulet dans « Pantagruel ». Trois cent ans plus tard, Victor Hugo le met en scène dans « Le roi s’amuse » : François 1er y est l’amant de la fille de Triboulet. Il ne pourra sauver sa fille d’un malentendu tragique.
Verdi reprend cette histoire dans son opéra « Rigoletto » [1].

Mariage De Canson De Champvans

Le mariage civil d’Etienne de Canson avec Albertine de Champvans a eu lieu le 19 juin 1883 dans le huitième arrondissement de Paris :
« L’an mil huit cent quatre vingt trois, le dix neuf juin à dix heures vingt minutes du matin. Acte de mariage de Anne Etienne Barthélemy BAROU DE LA LOMBARDIERE DE CANSON, né à Davézieux (Ardèche) le vingt six décembre mil huit cent cinquante six, propriétaire, domicilié au Château de la Rivoire commune de Vanosc (Ardèche) avec sa mère, fils majeur de Jacques Etienne Daniel BAROU DE LA LOMBARDIERE DE CANSON décédé et d’Alexandrine Marie Anne ROUX, sa veuve, âgée de quarante huit ans propriétaire ; présente et consentante ; d’une part et de Alphonsine Marie Sophie Albertine GUIGUE DE CHAMPVANS, né à Saint Sorlin [2] (Saône et Loire), le treize octobre mil huit cent cinquante neuf, sans profession, fille de Jean Chrysogone Guigues de Champvans et de Adélaïde Sophie Angélique Laroche, présents et consentants, d’autre part.

Dressé par Nous, Paul Esnart BOURDELEY officier d’Académie adjoint au Maire officier de l’état civil... après avoir interpellé les futurs époux...
lesquels nous ont déclaré qu’il a été fait un contrat de mariage le quatorze juin courant devant Maître MOINET, notaire à MORAIN (Jura)...
Nous avons demandé aux futurs époux s’ils veulent se prendre pour mari et femme et chacun d’eux ayant répondu affirmativement et séparément à haute voix.

Nous avons prononcé au nom de la loi que Anne Etienne Barthélemy BAROU DE LA LOMBARDIERE DE CANSON et Alphonsine Marie Sophie Albertine GUIGUE DE CHAMPVANS sont unis par le mariage.

En présence de Jacques Adélaïde Louis DE LA LOMBARDIERE DE CANSON, propriétaire, âgé de soixante quatorze ans, à Annonay, oncle à l’époux, Franck ROUX, propriétaire, âgé de cinquante deux ans, au château de Gourdan près Annonay, oncle de l’époux, Ernest baron de ROUX LARCY, propriétaire, âgé de cinquante ans à Alais (Gard), Angélique Louis Charles BELLANGERS, propriétaire, âgé de soixante cinq ans à Paris, témoins qui ont signé avec les époux, leurs mères le père de l’épouse et Nous après lecture ».

Quelques semaines après ce mariage, toute « cette belle société » apprend avec peine la mort, le 24 août 1883 dans son exil de Frohsdorf, de celui qui portait leurs espérances, Henri V.

Henri, Comte de Chambord

Henri de Bourbon, Duc de Bordeaux, né à Paris le 29 septembre 1820, est surnommé « l’enfant du miracle » car il est le fils posthume du Duc de Berry, assassiné par Louvel le 13 février 1820.
Sans cette naissance inespérée, la branche légitime des Bourbons (d’où le nom pour ceux qui le soutiennent de « Légitimistes ») n’aurait plus d’héritier au trône de France.
Le petit-fils de Charles X est fait Duc de Bordeaux à sa naissance mais porte le titre de Comte de Chambord, nom du château qui lui a été offert par les royalistes à son baptême par une souscription nationale.
Après « Les Trois Glorieuses » le 2 août 1830, le roi abdique en sa faveur, mais Henri suit son grand-père en exil en Angleterre.

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Henri V, Comte de Chambord
« La parole est à la France et l’heure est à Dieu »
(Collection particulière)

L’autre tendance royaliste se nomme « les Orléanistes » du nom de la branche d’Orléans, branche appelée au trône de France avec Louis Philippe « Roi des français » en 1830.

Evidemment les « Légitimistes » tiennent les « Orléanistes » pour des usurpateurs.
Les rapports des partisans de ces deux branches royalistes sont très frais, voire froids !

Henri épouse en 1846 l’archiduchesse Marie Thérèse de Modène. Exilé en Autriche, à Frohsdorf, il devient, pour les Légitimistes, le Roi Henri V après la mort de Charles X, dernier roi de la lignée des Bourbons. Durant le Second Empire, il entretient « une cour » dans son exil autrichien.

Restauration ou non ?

Après la défaite des armées de Napoléon III devant la Prusse à Sedan en 1870, comme prévu dans le texte de l’armistice du 28 janvier 1871, des élections à l’Assemblée nationale sont organisées pour le 8 février.
C’est une nette victoire des monarchistes : 400 députés contre 240 seulement aux républicains.

« Malgré les apparences, il n’est pourtant pas certain que l’assemblée ait reçu le mandat de rétablir la monarchie. C’est que la forme des institutions n’était pas l’enjeu du scrutin. Dans ce vote, les électeurs ont eu à se prononcer entre la paix et la continuation de la guerre. Le résultat eut sans doute été différent si les élections avaient été organisées dans les premières semaines de l’automne. L’élan patriotique inspiré par le Gouvernement de Défense nationale aurait alors naturellement profité aux républicains. Mais, en ce début de février, la vague est retombée. La lassitude est désormais le sentiment dominant... Le peuple français aspire, dans ses profondeurs, à la paix » [3].

Le 31 août 1871, l’Assemblée décide d’accorder à Thiers le titre de « Président de la République ». Le bras de fer s’engage entre lui et les députés d’une Chambre à majorité monarchiste, impatients de rétablir la royauté. Le 24 mai 1873,Thiers est contraint à démissionner.

Le soir même, le Maréchal de Mac Mahon est élu président de la République. Favorable à la monarchie, il nomme vice-président du Conseil, le duc de Broglie qui compose un ministère formé d’orléanistes et de légitimistes. Attendue depuis deux ans, la restauration monarchiste est maintenant possible. Un accord est néanmoins nécessaire entre les Orléanistes et le Comte de Chambord.

Du 29 juillet au 5 novembre des négociations sont entreprises. En cas de restauration, le comte de Chambord monterait sur le trône. Dans la mesure où il n’a pas d’enfant, le comte de Paris serait son héritier.
Cette tentative de restauration monarchique échoue, notamment à cause des couleurs du drapeau français. Le journal l’Union publie un « manifeste » : « Le Comte de Chambord s’était jusqu’alors abstenu de prendre position sur la question du drapeau... depuis que la question du régime est reposée, des pressions s’exercent sur lui pour qu’il se prononce en faveur du drapeau tricolore. Sous peine de devenir, s’il gardait le silence, l’otage de ceux qui veulent le contraindre à ce choix, l’heure est venue pour lui de prendre officiellement position... Je ne laisserai pas arracher de mes mains l’étendard de Henri IV, de François Ier et de Jeanne d’Arc... Je l’ai reçu comme un dépôt sacré du vieux roi mon aïeul, mourant en exil ; il a toujours été pour moi inséparable du souvenir de la patrie absente ; il a flotté sur mon berceau, je veux qu’il ombrage ma tombe ! »

En quelques lignes tout est dit. Le Comte de Chambord pourra préciser sa pensée dans de nouveaux manifestes, il ne la modifiera plus. Malgré la fusion des deux tendances royalistes et une majorité favorable à l’Assemblée nationale, le Comte de Chambord reste un fier (et un peu buté) partisan du drapeau blanc, couleur de la royauté [4]. Le duc de Broglie, profitant du désarroi des légitimistes et considérant que le comte de Chambord n’est pas éternel, propose la prolongation pour sept ans des pouvoirs du président de la république... Ce délai laisse à terme la possibilité d’une restauration orléaniste... C’est là l’origine de notre ancien septennat.

Dix ans plus tard, mort sans enfants, Henri V laisse les Orléans virtuels prétendants au trône de France.

Les Carmes déchaux

Il est indispensable de dire à présent quelques mots de l’histoire de cette « Maison des Carmes déchaux » de Paris.

Ceux ci ont fondé le premier couvent de la Réforme de Sainte Thérèse d’Avila dans le quartier de Vaugirard en 1611, portés par le renom de celle dont les Écrits connaissent alors un grand succès dans la haute société. Les bâtiments du couvent, achevés en 1620, notamment la chapelle, sont de style baroque italien. De Saint-Joseph de Paris, les Carmes essaimeront dans toute la France.
Survient la Révolution. Le couvent de la rue de Vaugirard, utilisé alors comme prison, entre tragiquement dans l’histoire : trois évêques et plus de cent prêtres y sont massacrés le 2 septembre 1792.

En 1849, l’archevêque de Paris confie les bâtiments désaffectés au Père Lacordaire. Il y établit un institut d’études supérieures qui existe encore de nos jours. C’est donc un lieu chargé d’histoire et d’un fort symbole pour les « Légitimistes »


[1Ces données sont tirées du site : renaissance-amboise.com.

[2Saint-Sorlin est aujourd’hui la Roche Vineuse en Saône et Loire.

[3« Les lys en exil » (ou la seconde mort de l’Ancien Régime) par Jean Paul BLED (Fayard 1992) On lira avec profit le chapitre V « le grand refus ».

[4Le grand historien Daniel HALEVY a superbement raconté ces épisodes de notre histoire, entre 1871 et 1879, dans « la fin des notables » et « la république des ducs ».

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1 Message

  • > « Le Triboulet » et les légitimistes 6 septembre 2006 14:11, par J.-P. Chauvin

    Article intéressant. Un petit détail : le Triboulet, journal satirique et royaliste, a reparu après 1893, puisque, à la BNF, il est indiqué la présence de numéros jusqu’au début des années 1920. En tout cas, le Triboulet est une véritable mine de caricatures et de dessins politiques sur les débuts de la 3e République.

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