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La très énigmatique épidémie de Douzat

La généalogie par le petit bout de la lorgnette


jeudi 31 mai 2018, par Michel Baumgarth, Pierre Labrunie

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Douzat est un village petit et discret qui, de mémoire d’hommes s’est toujours tenu à l’écart des vanités, ambitions et vicissitudes du monde : on n’y trouve pas le moindre vestige d’un quelconque passé glorieux, aucune ruine antique ni aucun château prétentieux ; aucun chroniqueur n’a évoqué la moindre trace d’une bataille qui s’y soit déroulée ni le séjour d’une quelconque sommité nationale, régionale ou même locale ; d’ailleurs aucun des « natif-natal [1] » de Douzat n’est passé à la postérité…
Douzat n’a jamais eu la moindre velléité de notoriété : Il n’y a jamais eu ici que des générations de paysans menant sereinement ou résignés une vie simple, banale et difficile.

Pourtant, dans ce charmant village sans Histoire et sans histoires, se déroula un événement tout à fait insolite, mais qui passa totalement inaperçu du reste du monde et probablement des douzatois eux-mêmes.
Cet épisode hors du commun, nous l’avons déniché dans les archives de la commune, entre les lignes de l’état-civil de 1845.

Mais pourquoi est-il resté incognito ?

La faute en revient à la petite Victoire GUÉRIN née à Douzat le 24/11/1845.

La lecture de son nom sur la table décennale nous avait laissés perplexes : nous avions suffisamment erré et vagabondé de long en large dans l’état-civil communal pour être convaincu que ce patronyme n’en était pas originaire. Alors pourquoi diable la cigogne porteuse du bébé s’était-elle égarée dans notre village ?

L’acte de naissance nous fourni la réponse : Pierre GUÉRIN, le père de Victoire, était meunier au village de la ronde dans la commune de Saint-Amant de Nouère mitoyenne de Douzat et gendre de Joseph GENDRON qui était lui un authentique douzatois de vieille souche et maréchal ferrant.

Or ce 24 novembre 1845, jour de la naissance, était un lundi, lendemain du repos sacré hebdomadaire ; il est donc fort probable que la visite dominicale du couple aux beaux-parents s’est prolongée par nécessité du fait des contractions intempestives… Et c’est ainsi que Victoire conçue et destinée à Saint-Amant naquit indûment à Douzat !

Le singulier contenu du registre des naissances 1845 de Douzat…

Nonobstant cette naissance inopinée, le registre comporte les actes de 6 autres filles garanties et certifiées authentiquement douzatoises qui ont l’étrange et extravagante particularité de se prénommer toutes les six Marie !!!

Toutes les filles des douzatois de la cuvée 1845 étaient donc estampillées Marie !!!
Marie, Marie, Marie, Marie, Marie et Marie !!! Cette litanie nous interpela grave comme diraient nos ados : cette subite épidémie de Mariite aigüe méritait que nous enquêtions à son propos ; il nous fallait répondre à trois questions fondamentales :

1- l’épidémie est-elle apparue ex abrupto ou a-t-elle été précédée de prémices annonciateurs ?

2- l’épidémie a-t-elle perduré ou bien n’a-t-elle été qu’un feu de paille ?

3- l’épidémie est-elle restée circonscrite à Douzat ou bien a-t-elle contaminé les villages avoisinants ?

Histoire naturelle de l’épidémie de Douzat

Pour y répondre, nous avons scruté les données du registre des naissances à la loupe en colligeant nos Marie et l’ensemble des filles année après année, puis en faisant chauffer la calculette.

L’une des finalités essentielles du baptême, survivance du paganisme ancestral qui a précédé le christianisme, est de mettre l’enfant sous la sauvegarde d’un saint protecteur. Pour les filles, il était hautement prévisible que le choix de Marie figure tout en haut du hit-parade [2] ; mais nous avons été très étonné par l’importance du score : pour la période 1802-1844 qui précède l’épidémie, il est remarquablement stable, année après année, avec une moyenne de … 44% !!!

1845 vit donc exploser le compteur avec 100% des filles de douzatois contaminées ; l’épidémie resta à un haut niveau pendant deux autres années atteignant 75% en 1846 et 67% en 1847 ; puis il y eu une accalmie avec un retour au niveau de base ( 43% en 1848), suivie d’une rechute [3] sur trois années ( 50% en 1849 - 57% en 1850 et 75 % en 1851).

Après une épidémie, il est notoire que l’incidence de la maladie subit une chute drastique pendant de longues années puisque la population s’est pour ainsi dire autovaccinée par cet épisode.

Notre étrange épidémie respecte scrupuleusement ce précepte :

Lorsque la phase explosive d’une épidémie est terminée, il arrive fréquemment que surviennent des petites répliques de formes très atténuées donc de bien moindre importance tant du point de vue de la gravité que du nombre des victimes.

Dans notre affaire, on trouve l’équivalent : les Marie laissèrent la place aux Marie Quelque chose.

Le premier prénom composé sur la base Marie n’apparaît à Douzat qu’en 1838 : une Marie Eulalie qui ne fut suivie d’une Marie Ernestine qu’en 1843 et de Marie Seconde en 1844.

L’épidémie passée, les Marie composées se multiplient [4] tandis que les Marie se font de plus en plus discrètes : 59 Marie X contre seulement 34 Marie entre 1849 et 1922 [5].

L’épidémie fut-elle circonscrite à Douzat ?

Pour répondre à cette question nous avons recommencé nos investigations dans l’état-civil des 12 autres communes du canton d’Hiersac.

Comme prévu, nous y trouvâmes la même prééminence du prénom Marie et à une fréquence très élevée : pour la période 1842-1862 la moyenne du canton (Douzat exclu) est de 38% pour les Marie et 12% pour les Marie X [6].

Dans les décennies suivantes nous avons retrouvé la même progressive désaffection qu’à Douzat pour le prénom Marie jusqu’au début du 20e siècle et la même montée en puissance des prénoms composés Marie X.

Mais, si nous avons bien trouvé ces taux élevés, nous n’avons pas trouvé d’acmé dans les années 1845 et suivantes qui aurait signé la contagion.

L’épidémie de Mariite fut donc bien l’apanage et la spécificité du seul village de Douzat…

Quid à Angoulême, la capitale ?

Angoulême, la capitale de la Charente n’étant distante que de treize kilomètres de Douzat, il nous a paru intéressant de jeter un coup d’œil sur les péripéties locales du prénom Marie.
Nous nous sommes donc livrés aux (fastidieux) décomptes suivants :

% de Marie et Marie X dans les tables décennales des naissances : [7]
1842-1851 : 2 835 filles dont 568 Marie = 20% et 419 Marie X = 14,7 %
1851-1862 : 3 084 filles dont 529 Marie = 17% et 637 Marie X = 20,9%

L’incidence « mariale » dans la capitale était donc très importante, mais à un niveau bien moindre que dans le milieu rural circonvoisin.

L’évolution démographique d’Angoulême tranche singulièrement avec celles des villages environnants : sa population est passée de 18 622 habitants en 1841 à 24 961 en 1861, tandis que les villages d’alentour restaient quasiment stables.

Il en découle que la prise en compte des seules naissances ne constitue pas un critère suffisant pour une analyse sociologique pertinente ; nous avons donc dû fouinasser du côté des recensements :

Angoulême recensement 1861 :
11 028 filles [8] dont 3 544 Marie = 32% et 148 Marie X = 1,3%

Manifestement il existe une distorsion très importante entre la source naissances ( = 20% pour la période 1842-1851 et 17 % pour la période 1852-1861) et la source recensement ( 32 % ) [9]

. Cet écart imposant est néanmoins parfaitement explicable car trois facteurs y concourent :

  • 1- la migration définitive des ruraux vers la ville se fait à partir d’une population féminine où le pourcentage de Marie est beaucoup plus élevé que dans la capitale.
  • 2- l’usage au quotidien d’un prénom composé est contraignant et celui-ci est facilement raccourci : Marie Hortense se mue en Marie ou plus souvent en Hortense plus rare donc plus discriminatif. Or le prénom du recensement n’a rien d’officiel, il n’est que déclaratif par la personne interrogée (et qui souvent n’est même pas l’individu concerné).
  • 3- l’exil temporaire des jeunes filles de la campagne venues se louer comme bonnes auprès des bourgeoises d’Angoulême pour y constituer leur trousseau de mariage : en 1861 13,5% des Marie d’Angoulême sont domestiques [10] et plus de 44% des domestiques sont des Marie [11] ! Et comme chez ces transplantées provisoires la proportion de Marie est très forte…

Une preuve indirecte de cette migration prénuptiale temporaire des filles de la campagne périangoulêmoise existe : au recensement de 1861, dans la tranche d’âge 12-20 ans, Douzat comptait seulement 7 filles pour 10 garçons …

Le casse-tête du facteur de Douzat…

Le service rural de la poste est mis en place en 1830 : les campagnes sont désormais desservies par le facteur à raison d’une distribution tous les 2 jours, puis la tournée devient quotidienne à partir de 1832.

La tournée de Douzat ne devait pas être une sinécure :

Distribuer le courrier destiné à 4 Marie Marquais ! …à 4 Marie Nalbert ! … à 4 Marie Mesnard ! … et à 6 Marie Grazilier !!!

Quand aux 4 Marie Nalbert, deux d’entre elles étaient sœurs, donc en homonymie complète [12] = mêmes parents-même nom- même prénom) !!!

Deux réflexions de bien peu d’importance …

  • 1- L’épidémie de Douzat est donc passée totalement inaperçue non seulement hors des frontières du village, mais aussi au sein de la commune ; la raison majeure est évidemment l’absence totale d’une quelconque conséquence délétère ; en fait, il faut bien en reconnaître la parfaite innocuité : elle n’engendra aucune nuisance ou désagrément.

Pourtant il s’en fallut de peu pour que Douzat prenne conscience de sa singulière particularité : le 21 décembre 1880 Jules Ferry, président du Conseil, fit adopter l’extension de la scolarité obligatoire aux filles. Mais c’était bien trop tard : l’effectif des Marie avait alors trop notablement fondu comme neige au soleil ; si la loi avait été votée 25 ans plus tôt (dix ans après l’épidémie), l’instituteur de Douzat intimant l’ordre « …Marie … au tableau » aurait déclenché la transhumance de la quasi totalité des filles vers l’estrade…

  • 2- Les garçons de la génération de l’épidémie pouvait facilement faire tourner la tête des filles : il leur suffisait de crier « Marie ! » dans la rue…

« Il n’est plus simple quidam… » ( Guy Béart )

Douzat, petit village fort sympathique et discret dans la campagne à trois lieues d’Angoulême ne disposait d’aucun signe particulier le distinguant de la cohorte des petites communes rurales d’alentour.

Notre découverte de l’énigmatique épidémie de Mariite le fait indiscutablement sortir du lot des villages-quidam.

Le village de Douzat doit sa toute nouvelle notoriété potentielle à ses 360 Marie répertoriées entre 1737 et 1922 [13] ; pour la faire connaître nous faisons deux suggestions à ses édiles :

1- rebaptiser la fête paroissiale FÊTE DES MARIE.
2- modifier le panneau signalétique d’entrée du village :

JPEG - 18 ko

LE VILLAGE AUX 360 MARIE

Mais une irritante question reste sans réponse…

Nous vous avons conté l’histoire de la très énigmatique épidémie de Douzat  ; vous savez tout à son sujet ou plutôt presque tout car une inconnue demeure : après presque deux siècles d’hégémonie sans partage, tout comme les dinosaures, les Marie ont disparu de Douzat…

Connaitrons-nous un jour la cause de cette extinction ?

Notes

[1« Natif-natal » est le très expressif terme créole martiniquais qualifiant celui qui est né dans le village.

[2Mais Jésus est remarquablement absent chez les garçons.

[3Au cours des épidémies de grippe, la température des malades est très élevée les premiers jours, puis revient à la normale pendant deux jours pour s’envoler à nouveau jusqu’à la guérison ; c’est ce que les médecins appellent le V grippal… la similitude est étonnante…

[4Cette mutation s’explique probablement par un changement fondamental du rôle du prénom qui perd son statut de mise de l’individu sous la protection d’un saint-patron pour n’être plus que l’un des deux critères de l’identité.

[5Le phénomène est encore majoré par l’existence de prénoms composés où Marie figure en deuxième position ( exemple Jeanne Marie ) et dont aucun n’existait avant l’épidémie.

[6634 Marie sur 1 647 filles nées entre 1842 et 1862.

[7Par paresse nous avons exclu les prénoms mixtes : Claude, Dominique …

[8Nous avons exclu 271 veuves dont le prénom n’était pas noté, mais remplacé par la mention « veuve X… » et les religieuses répertoriées sous leur (pré) nom choisi lors de leur prise de voile.

[9Ce phénomène est bien mis en évidence par la chute des Marie X de 14,7 et 20,9 % ( naissances) à 1,3% ( recensement ).

[10Recensement de 1861 : 471 des 3 544 Marie d’Angoulême sont des domestiques = 13,5 %. Recensement de 1861 : 471 des 1 042 femmes domestiques d’Angoulême sont des Marie = 40,4%.

[11Les deux sœurs Marie Nalbert née le 3/4/1840 et Marie Nalbert née le 8/12/1842, toutes deux filles de Pierre Nalbert et Jeanne Gratteau.

[12Les deux sœurs Marie PELON que nous avons citées dans l’article « Les recettes de Douzat » se sont mariées en 1842 et 1844 étaient aussi des homonymes parfaites ; l’une est restée à Douzat, l’autre l’a quitté.

[13L’état-civil de Douzat, (nonobstant une quarantaine d’actes rendus totalement illisibles par la diffusion de l’encre dans le papier) nous révèle 360 Marie pour 1 010 naissances féminines entre 1737 et 1922 ; il y en eu 359 pour 866 naissances entre 1737 et 1891 soit 41,5% des filles.

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13 Messages

  • Bonjour
    En effet, on ne connait pas la cause de l’extinction des Marie, mais pas non plus pourquoi 100% des filles s’appelaient Marie en 1845...
    Elles n’étaient certainement pas toutes nées pendant le mois de Marie.
    Est-ce un retour vers la religion catholique suite à une guerre, une épidémie (une vraie), ou bien une Marie du village s’était distinguée d’une façon ou d’une autre ?
    Il y avait bien Marie Julie Bonaparte, reine de Naples, justement décédée cette année 1845...
    Cordialement
    JBE

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  • La très énigmatique épidémie de Douzat 1er juin 10:33, par Jean Rémi PLARD

    Bonjour,
    Beau travail et amusant de surcroît.
    Peut-être à rapprocher du renouveau du culte marial qui foisonne pendant la deuxième moitié du 19e. Plus un évènement local ?
    Cordialement
    JRP

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  • La très énigmatique épidémie de Douzat 1er juin 10:35, par MAZIERES Bernard

    Bonjour
    Pour dire mes compliments pour ce texte.Enorme travail,d’une part.Une rédaction enlevée et assaisonnée d’humour d’autre part. Bravo,bravo. B. M.

    Répondre à ce message

  • La très énigmatique épidémie de Douzat 1er juin 10:38, par BOITON

    Le docteur BAUMGARTH a frappé ! cela se sent dans ce compte-rendu épidémiologique !
    Pour ton « natif natal », Beaumarchais aurait écrit dans une de ses pièces « je suis né natif de Ferrare » !
    Bravo pour les comptages et l’analyse fouillée de ceux-ci !
    Porte-toi bien ainsi que Madame !
    Amitiés
    Pierre

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  • La très énigmatique épidémie de Douzat 1er juin 11:07, par Petitdemange Christiane

    Bonjour,
    Le phénomène étant très local, il est lié certainement à un évènement local ! Les archives diocésaines pourraient peut-être donner la réponse. Quelques pistes :
    . Une mission dans la région au cours de laquelle le village aurait été consacré à Marie par le prêcheur
    . Le baptême d’une cloche au nom de Marie,
    . Une « catastrophe » évitée ou dont les conséquences ont été limitées « grâce aux prières à Marie »
    . Voire (pourquoi pas) une prétendue « apparition ».....
    etc.
    Bon courage pour une poursuite de l’enquête !
    PS : plus simple : Comment se prénommaient les marraines ? En général, les filles devaient recevoir le prénom de la marraine...
    Cordialement. Christiane Petitdemange

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  • La très énigmatique épidémie de Douzat 1er juin 11:18, par Alain

    Bonjour,
    En lisant le récit, je me rappelle que dans la famille de ma mère, il y avait ou y a encore, puisque certaine sont encore de notre côté... On les nommaient par les noms des villes qu’elles habitaient, ainsi : Marie d’Arras, Marie de Lorient etc. Mais aussi, comme ma marraine, son diminutif : Mimie, voir puisque l’une de ses soeurs fut aussi nommé Marie, qu’il lui fut choissie son deuxième prénom : Aimée - ou encore le deuxième prénom accolé : Marie Elisabeth.
    il en fut ainsi pour s’y retrouver avec ses cousines, sinon quelle tambouille. Mais rappelons-nous, c’est ainsi que son né les noms de famille entre 1300 et 1350.
    Et que nos rois appelaient tous leurs fils : Louis.
    Bonne journée

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  • La très énigmatique épidémie de Douzat 1er juin 11:26, par Suzanne

    Beau travail !

    Par curiosité, j’ai regardé les « MARIE » dans mon arbre.
    64 MARIE sur 2000 personnes ( mais combien de femmes ?)
    Surtout dans le Limousin ( Corrèze, Lozère, Dordogne) mais aussi dans les pays de l’Est... ( 2 couples Marie/Joseph !)

    Ma fille, née en 1995, devait s’appeler Marie. Mais trop de petites Marie rencontrées sur la fin de ma grossesse.
    Marie est devenue son deuxième prénom...

    C’est toujours intéressant de comprendre la mode des prénoms. C’est un aspect de notre société sur lequel j’aime de pencher également

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  • La très énigmatique épidémie de Douzat 1er juin 14:29, par Chaumereuil Frédérique

    Bonjour,

    J’ai dans mon arbre généalogique des prénoms qui reviennent en cascade, comme Marie, Jeanne ou même Lazare chez les filles et parfois dans la même fratrie. Comme Jean ou Michel chez les garçons. Sauf que dans les actes de décès, et ça complique parfois bien les recherches, elles/ils ont un autre prénom, parfois accolé, mais qui n’est pas mentionné sur l’acte de baptème.
    Alors, ne serait-ce pas plutôt un prénom générique à caractère plutôt religieux (pour bénéficier d’une espèce de protection divine) et qui est remplacé dans la vie courante par un autre prénom vraiment choisi ?
    Cordialement.
    FC

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  • La très énigmatique épidémie de Douzat 1er juin 17:09, par Massardier Hélène

    Article fort intéressant et qui m’a rappelé ce que m’avait raconté ma grand-mère maternelle quand j’ai lu que « 44% des bonnes s’appelaient Marie ». Elle s’appelait Jeanne, était née en 1899, et lorsqu’elle était devenue domestique dans une famille bourgeoise (elle devait avoir entre 16 et 18 ans, à Saint-Etienne pour être précise), sa patronne lui a dit « vous vous appellerez Marie » ; Cela m’avait choquée quand elle me l’avait raconté car pour moi, c’était la négation de son identité. Au même titre que j’étais choquée qu’une femme ait été obligée d’abdiquer jusqu’à son prénom quand elle se mariait (j’ai appris ensuite que ce n’était qu’un usage et non une obligation, je vous parle là des années 60-70) ; en effet on entendait souvent « c’est Madame Pierre Dupont » alors que la femme s’appelait « Marie Duval »(c’est un exemple imaginaire). Donc, méfions-nous des statistiques à propos des domestiques dont on a bien pu modifier le prénom pour plus de commodité.
    cordialement,
    H. M

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    • La très énigmatique épidémie de Douzat 2 juin 13:10, par MARCHAL

      bonjour,
      votre réponse m’a fait sourire, je comprend maintenant pourquoi ma mère, lorsque j’étais enfant, m’appelait Marie, (je m’appelle Nicole), je détestais, et le mot est faible, de faire le ménage et surtout la vaisselle, lorsque qu’il y avait une ’corvée" à faire, elle m’appelait Marie, mais sans méchanceté, avec un sourire et toute la famille s’y mettait aussi. Maintenant je sais pourquoi :-)
      cordialement
      Nicole

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  • La très énigmatique épidémie de Douzat 1er juin 19:06, par VANGOUT

    Cette épidémie se retrouve sur île de la Désirade au 19e siècle.
    Mes ancêtres sont originaires de cette minuscule île, appartenant à l’archipel de la Guadeloupe.
    Voici l’explication qui m’a été transmise.
    le choix du prénom relevait de 3 critères :
    1) l’enfant doit être sous la protection de la vierge Marie. (si il est né de parents mariés)
    2) il ou elle portera en second prénom, qui deviendra son prénom usuel, celui de sa marraine. la marraine étant une tante maternelle, à défaut une soeur ainée (2 soeurs porteront les même prénoms, un 3e la fera la différence.)
    Une belle soeur de la mère peut également choisie comme marraine ou une cousine germaine. d’ou la répétition des prénoms.

    3) le 3e prénom sera celui le saint du jour de naissance, qui sera féminisé si nécessaire ex Euphrem deviendra Euphrasie, Joseph deviendra Josephe. Nous avons curieusement sur le calendrier Fet Nat, abrévation de Fête Nationale qui devient pour les garçons « Fetnat » les filles Fêtnatte, fèttenate
    curieux n’est-ce pas !.
    A la même époque, en Martinique nous trouvons chez les familles « békés = blancs créoles »
    des frateries de Joseph en 1er prénom et Marie en second, Joseph est parfois remplacé par Louis pour tous les fils d"une même famille. les même prénoms seront donnés à leur cousins germains. ce système s’applique sur plusieurs générations. Faire un arbre généalogique de ces familles est particulièrement compliqué,
    Lors des successions, les biens sont attribués au porteur des prénoms ( dans l’ordre identique ) de celui du précédent propriétaire.

    Joseph Marie Robert X héritera des biens d’un Joseph Marie Robert décédé X
    On change de propriétaire, mais pas le nom de celui-ci. seul l’âge peut des distinguer l’un de l’autre.

    des Marie pour les filles. le même système existe avec Louis, Louise

    exemple chez la famille BOUSCAREN ou MASSIAS DE BONNE de Guadeloupe et Martinique,

    Descence de : Louis François dit Françis de MASSIAS de BONNE

    1825-1881 dont
    F Louise Marie Elie Anne de MASSIAS de BONNE 1850-
    F Louise Marie Philomène « Amélie » de MASSIAS de BONNE 1856-
    H Arthur de MASSIAS de BONNE †1884
    F Marie « Louise » de MASSIAS de BONNE 1858-
    H Louis Marie Jean Alexandre « Achille » de MASSIAS de BONNE 1858-
    F Louise Marie Françoise « Julia » de MASSIAS de BONNE 1865-1945
    H Louis Marie Albert de MASSIAS de BONNE 1868-

    Cette famille a été décimé par l’éruption de la Montage Pelée, à Saint Pierre en Martinique le 8 mai 1902

    Frères et sœurs du père : Louis François dit Françis de MASSIAS de BONNE

    H Louis Marie Charles Ajax de MASSIAS de BONNE 1820-1876
    H Louis Marie de MASSIAS de BONNE 1822-
    H Louis Marie Rémy Arthur de MASSIAS de BONNE 1827-1866
    H Louis Marie Henri Auguste de MASSIAS de BONNE 1829-1885

    Les mariages étant fréquents entre cousins du 2e est 3e degré, les prénoms sont toujours les mêmes.

    1 - de conserver le patrimoine fonciers dans la famille, sans changer les prénoms et nom du propriétaire.

    2 - Il s’agit de « conserver la pureté de la race », le métissage selon l’église étant officiellement interdit, selon les critères de l’époque, (les femmes y veillaient, les hommes augmentaient le cheptel en faisant des enfants avec leurs esclaves noirs, ou déjà métissés, avant 1848 les esclaves ne sont des humains mais des biens patrimoniaux)
    Par malice, après l’abolition de l’esclavage, les mères métisses donnaient à leurs enfants le 2e prénom du père, ou son patronyme. La filiation était ainsi dénoncée.

    Nous trouvons ainsi les enfants métisses, nés esclaves de
    Isidore Nicolas DERUISSEAU, :
    Isidores Déruisseau Nicolas
    Isidore Nicolas

    à l’attribution du patronyme le prénom NICOLAS est devenu leur nom de famille.

    Lors de l’attribution d’un Nom patronymique aux « Nouveaux libres » il fallut un décret interdisant l’attribution du Patronyme d’un blanc, porté aux Antilles, pour mettre fin à cette astuce

    PS. Je prie tous les lecteurs d’excuser la dureté des propos, Ils sont l’expression d’une culture du passé. L’esclavage aux Antilles est fini depuis 1848.
    Les enfants blanc, noirs ou métissent sont des citoyens égaux de droit. et portent le patronyme du père qui les reconnaissent. Le décret cité si dessus n’est plus appliqué.

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  • La très énigmatique épidémie de Douzat 1er juin 20:29, par GHESQUIERE

    Sans avoir fait de statistiques aussi complètes j’ai pu remarquer dans le village d’Annezin (PdeC) lors de la révolution de 1789 (à peine 500 âmes à cette époque) un grand nombre de Jean-Baptiste, au point que dans les délibérations du conseil municipal, pour les recensements de la Garde Nationale ou autre on trouve derrière le prénom la précision : père ou fils.Dans chaque famille il y avait au moins un Jean-Baptiste.

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  • Bonjour,

    En effet, un défi aux statistiques, même si Marie n’est pas n’importe quel prénom.
    Peut-être qu’un quatrième élément a pu aider à cette épidémie : la possible dévotion entière et assumée du curé pour le culte marial....
    On sait déjà qu’à certaines époques, le curé n’hésitait pas les dimanches d’élections à dire en chaire pour qui il fallait voter, ses ouailles étant le plus souvent demandeuses en admettant ne pas bien s’y connaitre elles-mêmes, pas plus d’ailleurs qu’elles ne connaissaient bien la lecture et en particulier celle des saintes écritures. Le prêtre a pu avoir un pouvoir d’influence (ou d’autorité) non négligeable....
    Or, le plus souvent, il exerce son ministère dans la même paroisse durant plusieurs décennies.

    Cordialement.

    Répondre à ce message

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