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« La mère Jacquelin », une femme de caractère

L’une de mes arrière grands-mères

Le mercredi 1er mars 2006, par Jean-Pierre Bernard

Du côté paternel, l’une de mes arrière grands-mères se nommait Maria CHéRON.

Le patronyme ne vient pas du métier de charron, mais de saint Caron, un saint chartrain du 7e siècle.

Sur cette lignée, l’ancêtre le plus ancien trouvé est René CHéRON, qui, né en 1680 à Parigné (aujourd’hui Parigné-l’Evêque, Sarthe), mourut avant 1724. Son épouse, Françoise GERMAIN, lui survivra quelques années, au moins jusqu’en 1738. Ils exploitaient une ferme dans cette région.

Leur fils, nommé lui aussi René CHéRON, viendra s’installer à Ecoman, près de Lorges, dans le Loir-et-Cher, où il prit pour épouse Françoise FAUCé. Celle-ci mourut le 29 mars 1776 à Ecoman.

Avant d’habiter Ecoman, ils séjournèrent à Verdes (toujours près de Lorges) où est né leur fils, Jean René, le 28 octobre 1738, et qui sera journalier, louant ses bras à la demande, au gré des récoltes et des saisons, dans les fermes des environs.

Jean René CHéRON eut une vie familiale agitée ; il s’est marié trois fois, fut veuf deux fois, eut des enfants décédés en bas âge, et ses filles eurent des enfants naturels.

Sa première femme, Madeleine PELAY, décède avant 1782. On ne sait pas si des enfants sont issus de cette union, mais c’est fort probable, et des recherches sont en cours pour le déterminer.

Sa seconde épouse, Françoise DOUANNEAU, est née en 1757. Le mariage eut lieu à Lorges en 1782. Jean René avait alors 43 ans et Françoise 25 ans. Cinq enfants naîtront de cette union :

  • I- François.1 : né le jeudi 10 juin 1784, il meurt en bas âge le samedi 3 juillet suivant ;
  • II- Rose : née le mardi 13 décembre 1785, meurt en bas âge à une date indéterminée ;
  • III- Marie : née en 1788, elle décède le mercredi 13 septembre 1854, à 66 ans. Restée célibataire, elle aura trois fils naturels : Joseph Théodore, en 1812 - François Augustin, 1820-1822 - et Jean André, en 1828.
  • IV- Marie-Jeanne : née le jeudi 21 janvier 1790, elle décède après 1823, à une date inconnue. Elle aussi, restée célibataire, aura également trois fils naturels (voir ci-après) ;
  • V- François.2 : né le jeudi 27 septembre 1792, il meurt à trois mois, le 26 décembre 1792.

Si les deux filles restantes n’avaient pas eu d’enfants naturels, surtout Marie, je n’aurai pas existé, et mes descendants non plus !

Un mois et demi après la naissance de François.2, à la date du vendredi 16 novembre 1792, intervient le décès de Françoise DOUANNEAU, dans des circonstances dramatiques. En effet, on lit sur l’acte de décès : "... décédée à l’âge de 35 ans, laquelle femme est morte subitement, et était attaquée d’une épilepsie. Son accès l’ayant pris lorsqu’elle allait puiser de l’eau, elle est tombée dans le puits et s’y est noyée, ainsi que l’a reconnu le Juge de Paix du canton, et la municipalité en a dressé acte.

La dite inhumation s’est faite en présence de son époux, de Pierre Rapaël (sic, pour Raphaël) Michau, chirurgien, et d’autres."

Jean René CHéRON, le lundi 21 janvier 1793, à 54 ans, convolera pour la troisième fois, à Lorges, avec Marie GUéNARD, 37 ans, née en 1756 à Morée (aujourd’hui Morée-Fréteval, Loir-et-Cher), elle-même veuve de Jacques Denys Beaurepaire.

On ne sait pas si Marie avait déjà des enfants, mais elle eut avec Jean René un fils : François.3, né le 16 nivôse an 5 (5 janvier 1797) à Lorges, et qui épousera plus tard Marie-Anne GENTILS. Des descendants résident toujours dans cette région.

Jean René meurt en 1820, à 81 ans, et Marie GUéNARD le samedi 11 mai 1822, âgée de 66 ans.

L’une des filles de Jean René, Marie CHéRON, aura, nous l’avons dit, trois fils naturels : d’abord Auguste, puis Joseph Théodore, puis enfin, à 40 ans, Jean André, qui suit.

Jean André CHéRON est né à Lorges le mercredi 25 juin 1828. Journalier à Villemuzard, lieu-dit de Lorges, il y meurt le dimanche 9 octobre 1910 à 82 ans.

Le mardi 16 octobre 1855 il épouse Marie-Madeleine LHUILLIER. Il a 27 ans, elle en a 24.

Marie-Madeleine, née le 21 août 1831 à Ecoman, près de Lorges, décède à 82 ans, le 3 février 1914. (Ce sont les parents de mon arrière grand-mère).

Les parents de Marie-Madeleine sont :

  • LHUILLIER Jacques, né le 3 mars 1803 à Moisy (Loir-et-Cher), décédé le 22 janvier 1883 à Moisy, qui était fagotteur et journalier à Ecoman ;
  • CHESSY Sophie, née le 29 juillet 1799 à Moisy, y décède après août 1831. Elle est domestique de labour.

Le mariage avait eu lieu à Moisy le 26 octobre 1830. Attardons-nous un peu sur Marie-Madeleine LHUILLIER, épouse de Jean André CHéRON.

C’était une femme de caractère ! Lorsque se déclenche la guerre de 1870, les Prussiens avaient envahi la Beauce. Il se déroulera non loin de là, à Loigny-la-Bataille, des combats sanglants.

Un capitaine arrive à Villemuzard, et se présente à Marie-Madeleine pour lui signifier la réquisition de pièces de la maison pour y loger avec son ordonnance. Celle-ci, offusquée, lui répond fermement en disant : « il n’y aura pas de Prussien chez moi ! ».

Comme l’officier insiste, elle finit par le gifler. L’officier, beau joueur, lui dit alors qu’heureusement, comme lui, elle a des enfants, mais que sinon il aurait pu la faire fusiller. Mais il partit loger ailleurs.

Jean André et Marie-Madeleine auront deux filles : Léonide Théodorine (née en 1856) et Maria (née le mercredi 25 mars 1863 à Lorges), et qui sera mon arrière grand-mère.

Ils eurent aussi deux fils, qui furent un moment francs-tireurs, durant la guerre de 14/18, dans la région de Lorges/Marchenoir.

Au sujet de Maria, une information circulait dans la famille. Ses parents avaient gardé et élevé une petite fille, enfant d’un couple illégitime d’anglais, de tout bébé jusque vers l’âge de 8 ou 9 ans.
Plus tard, ces gens sont revenus chercher la fillette.

Une substitution aurait eu lieu entre une fille du couple et cette petite anglaise, qui aurait donc été celle connue sous le nom de Maria CHéRON. Ces anglais étant très riches, le couple Chéron aurait pensé ainsi que leur propre fille serait plus heureuse.

D’ailleurs ses frères lui ont dit plusieurs fois qu’elle n’était pas « leur vraie soeur ». Ils disaient aussi que, lorsque les anglais sont venus pour reprendre la fillette, ils ont été étonnés qu’elle soit blonde, alors qu’ils avaient laissé un bébé avec les cheveux bruns.
Nous aurions donc du sang anglais par elle !

Maria, dès qu’elle fut en âge, fut placée comme domestique à Orléans. C’est probablement dans cette ville qu’elle rencontrera son mari, Alfred Eugène JACQUELIN.

Le mariage fut « arrangé » par la mère de Maria, disant que : « chez les Jacquelin, y’avait des sous ! », et l’union fut célébrée à Lorges le mardi 10 avril 1883. Il a 23 ans, elle en a 20. Elle a plusieurs fois avoué que, pour elle, ce ne fut pas un mariage d’amour.

Alfred Eugène, né le vendredi 22 avril 1859 à Marigny-les-Usages (près d’Orléans, Loiret) était cultivateur. Il fut ensuite garde particulier, sur une propriété et des terres appartenant au duc d’Orléans.

Dans ses dernières années, il habitait rue Saint-Marceau, à Orléans ; il aimait à se promener sur la levée de la Loire, tout près de chez lui.
Un jour de 1940, à 81 ans, sur cette levée, durant l’occupation, il fut renversé malencontreusement par un side-car allemand, ce qui entraînera son décès à l’hôpital quelques jours plus tard, le vendredi 27 décembre 1940.

Alfred Eugène et Maria eurent cinq enfants :

  • 1- Alfred (dit Edmond, et « Monmon »), bourrelier-sellier, né le 20 janvier 1884 à Marigny, et décédé le samedi 12 décembre 1964 à Orléans, à l’âge de 80 ans ;
  • 2- Maria-Alfrédina (dite « Dina »)- (1886, Orléans - 1974, Olivet), qui épousera vers 1904 Léon GUIGNEPAIN (1879-1940). Ce couple aura 5 enfants : Bérangère (1905) - Rolande (1910-1912) - Edmond (1912-1974) - Robert (1916) - et Suzanne (1919) ;
  • 3- Madeleine Hélène, qui suivra.
  • 4- Henri (1895-1920) qui épousera Maria KAPPS, une alsacienne de Strasbourg. Ils auront un fils unique : Pierre, qui décède vers l’âge de 6 ans ;
  • 5- Marceau (1907-1988), contremaître à la Régie Renault de Saint-Jean-de-la-Ruelle (banlieue d’Orléans) qui épousera en avril 1929 Raymonde FAUCHEUX. Une fille unique : Colette, célibataire, sans enfant.
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« La mère Jacquelin »
Mon arrière grand-mère, avec son dernier fils, Marceau, et son gendre, Pierre Auguste BERNARD, alors militaire, durant la guerre de 14/18.

Maria CHéRON, épouse JACQUELIN avait un caractère excécrable. Souvent, pour des futilités, elle se disputait avec ses voisins et connaissances. Alors, elle déménageait. Elle a ainsi habité dans plusieurs endroits, dans la ville d’Orléans.

J’ai des souvenirs d’elle. Mes parents m’emmenaient souvent chez elle, rue Saint-Marceau, de l’autre côté du pont, et je me la remémore, avec son bonnet du Loir-et-Cher qu’elle a toujours conservé.

Quand je rentrais dans la maison, je demandais directement : « ma tasse, mes outils ! » (une tasse me revenait, qui restait chez elle, et mon père, ébéniste, m’avait fabriqué de petits outils pour jouer).

Elle disait à mon père : « dis donc, il en a un caractère, ton gars ! ». Celui-ci, qui la connaissait, lui répondait faiblement : « Ben, toi aussi m’man ! » (ayant perdu sa mère trop tôt, et sa grand-mère l’ayant élevé, il l’appelait maman).

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« La mère Jacquelin »
« La mère Jacquelin » me tenant dans ses bras - 1946.

Comme elle ne voulait jamais avoir tort, elle rétorquait en bougonnant : « mais, il en faut dans la vie ! ». Elle m’adorait et m’appelait son « p’tit gars ».

Chaque 8 mai, jour de la commémoration de la délivrance d’Orléans par Jehanne la Pucelle, mes parents avaient coutume d’aller chez elle, rue Saint-Marceau, pour regarder le défilé historique qui passait dans la rue. Les gens sortaient des chaises sur le trottoir. C’était aussi l’occasion de se faire voir, et de discuter avec les voisins.

Au défilé de 1949, nous étions là. Assise sur une chaise, sur le trottoir, elle voulut prendre dans ses bras ma première petite soeur, qui avait alors quelques mois. On commençait à ne plus langer complètement les nourrissons, leur laissant les jambes à l’air libre.
Elle « enguirlande » copieusement ma mère : « c’est un monde... laisser ainsi un enfant les pattes à l’air...! ». Ma mère, qui avait l’habitude, ne souffle mot.

Mais les voisines accourent : « madame Jacquelin, vous en avez une belle arrière petite-fille ! ». Et elle, toute fière, sans se démonter et devant mes parents rétorque : « oh oui ! et puis c’est bien mieux à présent. On leur laisse les jambes à l’air ! ». Toujours pour avoir le dernier mot...

L’une de ses filles, Madeleine Hélène, née à Marigny le jeudi 7 juillet 1892, avait épousé Pierre Auguste BERNARD, né le 17 août 1885 à Igney (aujourd’hui Igney-Avricourt, en Meurthe-et-Moselle, près de Lunéville).
Mobilisé durant la guerre de 14/18 (il avait alors presque trente ans) il séjourna quelques temps à Orléans. La garnison n’ayant pas assez de place pour loger tous ces soldats, un grand nombre logeait « chez l’habitant », et c’est ainsi qu’ils se rencontrèrent.

Le mariage eut lieu le mardi 26 juin 1917 à Paris (9e). Mais quinze jours après, Pierre Auguste repartit pour le front. Elle ne le revit plus. Il est « mort pour la France » le 5 octobre 1917 à Zuydcoote, sur le front Belge.

Un enfant (mon père) était en route. La famille Bernard avait prévu de la garder à Paris, avec l’enfant à venir, mais « la mère Jacquelin » (c’est ainsi que l’appelait mon arrière grand-père maternel) ne voulut rien savoir, et fit revenir sa fille « manu militari » à Orléans, et l’enfant, prénommé Pierre Henri Auguste, vit le jour dans cette ville, le mercredi 13 février 1918. Enfant posthume qui ne verra jamais son père. Il en souffrira toute sa vie.

Madeleine Hélène décède le 25 octobre 1941 à Orléans, âgée de 49 ans, emportée par la tuberculose. Pour vivre, elle fut « dame de compagnie » et gouvernante dans des familles riches. Elle fit plusieurs séjours en sanatorium, mais cela ne fit que retarder l’échéance.

Pierre Henri Auguste ne vécut que sporadiquement avec sa mère. Elle l’emmena plusieurs fois en Bretagne, à Saint-Cast, où ses employeurs passaient tous les ans l’été dans une grande propriété qui leur appartenait au bord de la mer. Il habitat quelquefois avec elle, à Orléans.

Mais c’est sa grand-mère, « la mère Jacquelin », qui surtout l’éleva et pourvut à son éducation.

Elle rendait souvent visite à ma grand-mère maternelle, qui habitait dans la rue Saint-Paul, face à Notre-Dame-des-Miracles. Nous raconterons ailleurs l’histoire de cette femme, Maria-Marguerite LANGLOIS, épouse HéBERT, qui fut quelqu’un de très important pour moi.

Mon père connut ainsi ma mère. Mais quand il annonça à sa grand-mère qu’il voulait se fiancer avec elle, il se heurta à un refus.

Scandalisée, « la mère Jacquelin » lui dit : « mais, tu ne peux pas épouser la fille à Maria ! ».

Mon père en demanda la raison et se vit répondre : « parce que c’est ta cousine ! ».

En fait, mon père et ma mère étaient arrière-petits-cousins, les deux femmes étant elles-mêmes petites-cousines. Elles n’en avaient jamais rien dit !

Le mariage fut tout de même célébré à Orléans, le samedi 17 février 1945. Pierre Henri Auguste BERNARD et Jacqueline Emilienne HéBERT (née le 19 janvier 1925) devinrent ainsi les parents de trois enfants : moi-même et mes deux soeurs. Ce seront des parents merveilleux !

Pour moi-même, de deux mariages, s’ensuivront un veuvage et un divorce. Quatre enfants viendront ensoleiller ma vie et me donneront des petits-enfants.

Voici, succinctement relatée au travers de « la mère Jacquelin » l’histoire d’une de mes lignées ascendantes (nous en avons des dizaines !), sur dix générations, de René CHéRON, né en 1680 à Parigné, jusqu’à nos jours.

Je fais remonter ma lignée paternelle agnatique, de souche alsacienne, jusque vers l’an 1500 (16 générations) dans la région de Ribeauvillé (Haut-Rhin).

Mais ceci est une autre histoire (bien plus détaillée) qui fera l’objet d’une autre relation.

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