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La grève des poings tendus

Le mercredi 15 septembre 2010, par Jean-Pierre Auger

En faisant des recherches pour savoir ce que je pourrais raconter à mes petits enfants sur les carrières de la région, ma curiosité fut aiguillonnée par des textes sur le mouvement de révolte des ouvriers carriers de Méry sur Oise en 1910. Au départ, il concernait toutes les carrières qui exploitaient les gisements de pierre et de gypse sous la forêt de Montmorency : Taverny, Bessancourt, Frépillon, Méry, Mériel, Villiers-Adam et Parmain.

Historique du syndicat des ouvriers CGT de Méry

Il existait déjà depuis de longues années à Méry sur Oise un syndicat dénommé « Syndicat des Carriers de Méry ». Il n’était affilié à aucune organisation centrale. Il périclitait misérablement et ne comprenait plus en 1909, que onze membres, dont un commis, un tâcheron, un conducteur. C’est dire qu’en fait de revendications ouvrières, ces dernières étaient nulles. Tout au plus, ce syndicat servait-il à ses membres à se procurer des combustibles, tel le charbon. Le prix en était avancé par les cotisations syndicales, puis remboursé ensuite à la caisse commune. C’était en somme plutôt une mutuelle qu’un syndicat. Dans ces conditions, il était très bien toléré par le patronat, qui ne voyait et ne pouvait voir dans ses membres des défenseurs attitrés des travailleurs. Cependant, de plus en plus en butte aux diminutions de salaires, les ouvriers commençaient à murmurer. Et sur la demande des intéressés eux-mêmes, les représentants du syndicat ouvrier CGT, M. Bréjeaud (adjoint de M. Lapierre), Vincent et plusieurs autres militants, vinrent faire à Méry, Mériel et Villiers-Adam des réunions de propagande. L’effet attendu ne pouvait manquer de se produire et le 11 novembre 1909, une fusion se produisait entre l’ancien syndicat et celui des ouvriers carriers CGT de Seine et Oise. C’est de cette fusion que date le recrutement intensif des carriers de la contrée, qui se sont regroupés dans un groupe syndical spécifique nommé : « 10e section des Carriers de Seine et Oise », représentant les ouvriers carriers des communes de Méry, Mériel, Villiers-Adam, Frépillon, Auvers, Parmain. Un tel syndicat, on le pense bien, ne faisait pas du tout l’affaire des patrons carriers de Méry, au nombre de huit : MM. Quesnel, la Cie Civet et Pommier, Hennocque et Cie, Renaud et Bernard, Duru, Moreau, Boufflers et Léger-Julien. Les patrons tentèrent d’arrêter par tous les moyens ce nouveau mouvement ouvrier perturbateur. Ils firent une pression psychologique sur leurs ouvriers, leur promettant des salaires meilleurs sans passer par l’organe de la chambre syndicale ouvrière. Chez MM. Hennocque et Cie, les deux représentants syndicaux furent même licenciés. Ils ne furent réintégrés dans l’entreprise que suite à l’intervention du secrétaire de la 10e section, M. Renaud. Mais à compter de ce jour, le mouvement syndical se heurta de front avec les huit patrons carriers de Méry.

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La première page du quotidien l’Humanité du 14 mai 1910

Vous ne devez pas oublier que la cause des événements que je vais vous rapporter ci-après, est essentiellement provoquée par la baisse du niveau de vie des ouvriers carriers, dont les salaires n’ont pas été réévalués depuis près de dix-huit ans, alors que les besoins devenaient pour les familles ouvrières de plus en plus onéreux, et que le prix des denrées et des loyers, augmentaient régulièrement. Devant l’intransigeance des huit patrons carriers de Méry sur Oise et leur refus de signer la convention du 23 mai, les ouvriers sont amenés à réorganiser leur résistance et à trouver de nouveaux moyens pour faire manger leur famille afin de traverser cette période difficile. La « popote communiste » distribue journellement 1.800 portions. Pour l’alimenter, le syndicat fait appel aux « gros sous « prolétariens, en faisant des quêtes publiques. De plus, chacun met la main à la pâte. Les uns font bouillir les marmites avec le bois que vont faire chaque jour en forêt leurs camarades. Les autres s’occupent de l’achat des victuailles. Mais cela ne suffit pas. La grève dure depuis huit longues semaines et bien qu’une partie des patrons carriers ait accepté de négocier avec le syndicat CGT, ceux de Méry s’y refusent obstinément. C’est pour cela, qu’à partir du 13 mai et de la véritable déclaration de guerre contenue dans le courrier de MM. Hennocque aux grévistes « mous », qui ne recherchaient qu’une solution négociée au conflit, la CGT par l’intermédiaire de son représentant à Méry,

M. Vincent, va engager toutes ses forces dans la bataille. La lutte risque d’être encore longue et vient de basculer dans une lutte dogmatique : patrons contre CGT. Le syndicat ouvrier va réussi à faire embaucher au 15 mai, dans les travaux de chemin de fer de la ligne de Paris à Valmondois, quatre-vingt carriers. Il espère en faire embaucher au moins autant pour le mardi 17 mai. Et comme chacun verse à la « popote » la moitié de son salaire, par solidarité entre travailleurs, c’est la vie assurée encore pour de longs jours, pour tous les grévistes. Céder aux exigences patronales, qui sont ressenties comme une injustice par les carriers, il n’en est pas question. Les travailleurs sont habitués à la misère. Ils peuvent se serrer encore un peu la ceinture. Mais pas tous…

Le 20 mai 1910 : Un nouvel essai de reprise du travail avorte

Une nouvelle reprise du travail a été tentée encore hier dans les carrières de Méry. Mais cette fois la force armée avait été considérablement renforcée et l’on pouvait voir de nombreux gendarmes à pieds et à cheval. M. Duvernois, le sous-préfet de Pontoise était également sur les lieux. Malgré les renforts de gendarmerie fournis pour ramener le calme, les entrées dans les chantiers ont encore été quasiment nulles et n’ont concerné qu’une poignée de « jaunes », qui bien que placés sous la garde de la police n’ont pas osé sortir dans le pays pour déjeuner à midi. A six heures du soir, escortés par des gendarmes à pied et à cheval, ils ont enfin pu regagner leur demeure sous les huées des grévistes, des femmes et des enfants. Aucune arrestation n’a été opérée.

Le 23 mai 1910 : Les gendarmes protègent le droit de liberté du travail

Pas de changement pour les travailleurs des carrières de Méry. Le nombre des « jaunes » a augmenté d’une personne. Ils sont en tout et pour tout vingt et un, placés sous la protection de la gendarmerie, qui établit des barrages à plus de vingt mètres des entrées de carrières. Ce qui n’empêche pas aux grévistes de monter devant une garde vigilante et de huer aux heures d’entrée et sortie leurs camarades non grévistes.

Le 24 mai 1910 : Incidents à la gare de Méry et intervention du préfet

Le train de pierre ne partira pas

Les patrons carriers, comptant sur l’appui des gendarmes qui escortent jusqu’à leur domicile les quelques « jaunes » et qui aussi protègent leurs carrières, avaient fait le projet de procéder à l’expédition de leurs pierres. Pour cela, six wagons avaient été chargés aux chantiers Quesnel, quatre à la Compagnie Civet, et six chez M. Hennocque. Un train avait été préparé sous la grue de la gare de Méry, qui devait partir le 24 au matin. Mais les grévistes veillaient. Ils envahirent la gare, accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants. Ils se sont étendus sur la voie, devant la locomotive du train chargé de pierres de taille et ont même couché les enfants sur les rails. Les femmes n’étaient pas les moins calmes. Elles mêlèrent leurs menaces, leurs injures et leurs cris à ceux des hommes, prêtes à faire un mauvais parti aux agents de la Compagnie de chemin de fer, qui ne paraissaient nullement intimidés. Elles leur criaient « Osez donc donner le signal du départ ! ». Le train n’est pas parti. Toute la journée, les grévistes ont occupé la gare où ils sont les maîtres. C’est en vain qu’une escouade de gendarmes a voulu les expulser. Sept arrestations, non maintenues, ont été opérées pour refus de circuler. A 11 heures du soir, les grévistes n’avaient pas abandonné la gare et se disposaient à y passer la nuit. Ils avaient allumé de grands feux avec des traverses trouvées sur la voie. Le train reste donc en gare, sur la voie de garage. Les grévistes ont également interdit l’accès de la gare à un train chargé de wagons vides, qui a été obligé d’être dévoyé sur Valmondois.

Le préfet de Seine et Oise intervient

Retenu au conseil de révision du canton de Luzarches, M. Autrand, le préfet de Seine et Oise, n’avait pu se rendre à Méry sur Oise dans la journée. Il est arrivé à 9 heures du soir sur les lieux et a conféré avec les délégués ouvriers. Après avoir rencontré M. Cornudet, le député de la circonscription et conseiller général de Pontoise et M. Girolle, le conseiller général de l’Isle-Adam, il a eu une longue entrevue avec les propriétaires des carrières de Méry, Mériel et Villiers-Adam. M. Autrand a énuméré les revendications qui lui avaient été présentées par les grévistes et a insisté vivement pour obtenir des propriétaires, des concessions qui permettent d’arriver à une entente. Mais, les patrons refusant d’entrer en discussion avec leurs ouvriers tant que ceux-ci n’auront pas repris le travail, la solution du conflit semble impossible. Le préfet a fait venir des différentes communes du département 70 gendarmes, sous le commandement du capitaine de gendarmerie de Pontoise, qui assureront l’ordre sur les lieux. Des incidents graves sont à craindre, car les grévistes sont très surexcités.

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Les grévistes arrêtés sur la voie sont conduits à la gendarmerie de Méry sur Oise - Le Petit Journal du 26 mai 1910

Un repas interrompu

La première partie de la journée s’est déroulée calmement, sans trouble. Les grévistes allaient et venaient à la gare, assistant impassibles à la descente, à chaque train, de nouvelles brigades de gendarmerie. Cette arrivée de renforts décontenança cependant les grévistes qui, au lieu de se réunir comme d’habitude pour la soupe communiste, place de la Mairie à Méry sur Oise, décidèrent de manger dans un petit bois d’où ils pourraient surveiller ce qui se passait à la gare. Cette modification à leur habitude leur valut une surprise désagréable. Voyant un attroupement inattendu à proximité de la gare, les gendarmes, inquiets, redoutant un attentat sur la voie ferrée, chargèrent sans hésiter. Les grévistes prirent peur et abandonnèrent les lieux, laissant leurs victuailles sur place. Pain, litres de vin, charcuterie restèrent dans l’herbe, pêle-mêle, tandis que les gendarmes, qui s’étaient rendu compte de la cause de la réunion, revenaient à leur poste, dédaignant leur butin, que les femmes des grévistes ne tardèrent pas à venir recueillir.

Un violent affrontement à la gare de Méry

Mais, vers trois heures de l’après-midi, les choses changèrent d’aspect. Un gros de grévistes, chantant l’Internationale, défila ostensiblement devant la gare et prit la direction des carrières de Mériel. Le mot d’ordre était, disait-on, d’envahir les carrières de cette localité et de les saboter. Rapidement, les gendarmes dispersés aux alentours de la gare se regroupèrent pour se porter à leur tour sur Mériel. Derrière eux, d’autres grévistes dissimulés jusque-là dans les petits bois qui se trouvent au-dessus de la gare, envahissaient rapidement les voies de raccordement qui conduisent de la gare de Méry aux carrières. Le préfet de Seine et Oise, le sous-préfet de Pontoise et le commissaire spécial de Versailles étaient en train de s’entretenir de la situation et arrêtaient les dispositions en vue de maintenir l’ordre et pour faire respecter la liberté du travail, lorsqu’ils furent tout à coup interrompus par un cycliste qui vint annoncer :

« Deux cents grévistes chantant l’Internationale viennent d’envahir la voie ferrée au-delà de la gare. Ils détruisent tout et s’apprêtent à faire basculer la grue des marchandises ».

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La première page du Petit Journal du 26 mai 1910

En effet, à la gare, s’emparant d’un cric, les grévistes le placèrent sous la grue qui sert à enlever les pierres de taille pour les placer sur les wagons. Ils avaient déjà réussi à soulever l’énorme masse de fer qui commençait à osciller et allait s’abattre en travers des voies principales de Paris à Beaumont sur Oise, lorsque les gendarmes accoururent avec à leur tête le sous-préfet. Le sous-préfet courageusement s’élance et attrape Julien Cagnard qui manœuvrait le cric. Pris sur le fait, il est mis en état d’arrestation. Mais ses camarades veulent s’y opposer, excités par les femmes qui leur crient à s’époumoner : « Hardi les hommes ! A bas les gendarmes ! Vive la grève ! ». Alors, une violente bagarre éclate. Les gendarmes tentent de repousser les manifestants de plus en plus furieux. Les grévistes, secondés par leurs femmes, opposent une vive résistance. Des carriers, montés sur des blocs de pierre amoncelés, lancent sur les gendarmes des projectiles de toute sorte : cailloux, boulons, etc… Les gendarmes se voient obligés de mettre baïonnette au canon pour intimider leurs adversaires. Mais bientôt d’autres gendarmes, accourant au pas de course avec M. Vidal, le commissaire spécial, s’apprêtent à charger les émeutiers. Les femmes et les enfants se couchèrent alors par terre, afin d’empêcher la charge. Cette tactique réussit pleinement.

Elle permet aux grévistes de s’esquiver et de se mettre momentanément hors d’atteinte. Ils escaladent avec prestesse les talus d’où ils recommencent à jeter des pierres, des boulons et des débris de toute sorte sur les gendarmes. L’assaut est ordonné. Les gendarmes, dont plusieurs sont déjà blessés, se précipitent à la poursuite de leurs adversaires. A leur tour, ils grimpent sur les talus et alors une véritable chasse à l’homme s’effectue, mouvementée, presque tragique… Les haies, les buissons sont fouillés, des cris de haine et de mort sont poussés. Des arrestations sont opérées et, finalement, la voie ferrée est occupée militairement et un poste est installé à la gare. Les gendarmes blessés sont transportés en automobile à l’hôpital de Pontoise. Afin d’éviter une tentative d’enlèvement de la part des grévistes qui s’étaient reformés bientôt en deux groupes, l’un sur la route de Bessancourt, l’autre sur la route d’Auvers, M. Duvernois, le sous-préfet de Pontoise, fit monter les prisonniers dans une voiture qui partit également sur Pontoise sous l’escorte de gendarmes à cheval.

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Le 28 mai 1910 - Train gardé par la troupe à la gare de Méry sur Oise

Mais ces violents incidents ont une fâcheuse répercussion parmi les terrassiers et les poseurs de la voie ferrée, qui sur l’ordre de leur secrétaire, M. Delpierre, décident de se joindre au mouvement. Les échauffourées continuent et dans la soirée, des charges étaient encore ordonnées aux abords de l’entreprise Hennocque, que les bandes de grévistes avaient envahie. L’insuffisance des forces de l’ordre stationnées actuellement à Méry ayant été reconnue, le préfet de Seine et Oise réquisitionna deux compagnies du 128e d’Infanterie et un escadron de Cuirassiers. Un des délégués de la CGT, M. Vincent, a disparu et son absence inexpliquée inquiète les autorités. M. Autrand avait, à 4 heures, convoqué les patrons. Mais ceux-ci ont été touchés trop tard par la convocation et la réunion n’a pu avoir lieu. Dans la soirée, vers 10 heures, cent cinquante grévistes avaient pris possession du petit bois qui surplombait la gare et épiaient les gendarmes qui y étaient cantonnés.

Un attentat à la dynamite déjoué

Pendant que les grévistes attaquaient ainsi en nombre la gare de Méry sur Oise, un autre attentat était commis à quelques kilomètres de là, dans les carrières de M. Léger à Villiers-Adam. Des gendarmes qui faisaient une ronde dans ces carrières, aperçurent au pied d’un des piliers qui supportent la voûte de l’entrée des galeries un cordon Brickford qui avait été allumé et s’était éteint de lui-même, fort heureusement, car il était relié à une assez grosse cartouche de dynamite. La découverte était inquiétante, car jusqu’alors, aucun attentat de ce genre n’avait été commis, quoique les carriers eussent tous de la dynamite à leur disposition.

M. Vidal, avisé par téléphone, prescrivit une surveillance des plus étroites dans les carrières. Bien lui en prit, car un peu plus tard, deux gendarmes découvrirent au pied d’un autre pilier de la même carrière à Villiers-Adam, une seconde mèche toujours reliée à une cartouche de dynamite et qui, cette fois, brûlait encore. L’attentat était déjoué fort heureusement, car des carriers non grévistes, au nombre d’une vingtaine travaillaient dans les galeries souterraines où ils eussent été bloqués, sinon écrasés par l’explosion si elle se fut produite. De nouvelles mesures de surveillance furent prises dans la soirée pour rendre impossible tout nouvel attentat de ce genre.

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Photographie prise du pont sur l’Oise. En arrière plan, Mériel

La garde des voies et des carrières

Des gendarmes ont été répartis, deux par deux, dans toutes les carrières, ainsi que sur les voies de la ligne du Nord, entre Bessancourt, Méry et Mériel. On procède en effet en ce moment, à la réfection de la voie de la ligne de Paris à Beaumont sur Oise par Méry, de Bessancourt à Mériel. Le ballast a été enlevé sur une longueur de plus de 4 kilomètres et les trains ralentissent en passant sur les rails dont les traverses sont à nu. Un attentat serait donc très facile et il suffirait pour cela de dévisser les éclisses qui rejoignent les rails. Aussi, par mesure de sûreté, vingt gendarmes ont-ils été placés en réserve à la gare de Méry et des patrouilles sillonnent-elles la ligne. Mais les grévistes ne se sont bornés qu’à saboter les voies de garage de la gare de marchandises et à détériorer les voies qui mènent aux carrières. Là, ils s’en sont donné à cœur joie. Sur les voies, ils ont fait crouler des piles de pierres de taille sur les rails, puis en ont poussé avec des pinces des blocs d’un mètre de façon à caler les roues des wagons. A la gare de marchandises, ils ont brisé trois wagons. A d’autres endroits, ils ont bloqué les aiguillages avec des coins, faussés les leviers de manœuvres. Sur les chantiers de M. Hennoque, les grévistes ont coupé les tuyaux d’alimentation de la grue à vapeur. Comme ils envahissaient les chantiers de M. Bélier, les gendarmes accoururent à temps pour les déloger après une bagarre assez vive. Mais les grévistes, sautant de bloc en bloc, parvinrent à s’enfuir sans laisser de prisonniers.

Les non grévistes aussi résistent

Dans leurs différents attentats, les grévistes n’ont pas toujours eu affaire qu’aux gendarmes. Dans la carrière de M. Quesnel, à Méry, les grévistes, vers cinq heures et demi du soir, s’en prirent à les carriers qui avaient repris le travail et qui, à ce moment, n’étaient plus qu’au nombre de quatre sur un total de trente environ. Mais le chauffeur de l’usine resta sourd aux menaces des grévistes. S’emparant d’un vieux fusil qu’il avait à sa portée, il mit en joue les perturbateurs. Ses camarades non grévistes s’armèrent de pinces. Les grévistes durent battre en retraite devant leur attitude résolue.

Dans la soirée

Le retour des travailleurs à leurs foyers a donné lieu à de nouvelles manifestations. Mais les services d’ordre avaient été renforcés et ont réussit à empêcher des bagarres de se produire. C’est en présence de cette effervescence que M. Autrand, préfet de Seine et Oise, a réquisitionné un escadron du 11e Cuirassiers de Sain-Germain et deux compagnies d’Infanterie qui arriveront demain matin à Méry sur Oise. Le préfet se rendra, demain matin, à Méry où il renouvellera, cette fois auprès des grévistes, ses efforts pour amener la conciliation.

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Le 28 mai 1910
M. Autrand, préfet de Seine-et-Oise s’entretient avec le capitaine Légréau de la gendarmerie de Pontoise à la gare de Méry sur Oise

Le difficile métier de journaliste

Convaincus que tous les photographes qu’ils voyaient prendre des vues ne voulaient faire des instantanés que pour permettre à la justice de retrouver plus facilement, grâce à leurs clichés, les fauteurs des désordres, les grévistes leur firent une guerre acharnée. Un amateur venait à peine de se placer la tête sous le voile noir, pour mettre au point, lorsqu’un vigoureux coup de gourdin asséné sur l’appareil, rendit l’opération bien inutile. Un journaliste plus avisé, s’était dissimulé entre deux wagons et se croyait en sûreté lorsqu’un coup de fourche asséné par derrière lui rappela que les champignonnistes faisaient cause commune avec les carriers. Et les malheureux photographes, traqués de toutes parts, comme de sales mouchards, eurent grand mal à prendre quelques instantanés.

Le 26 mai 1910 : La région est occupée militairement

Depuis ce matin, la région est occupée militairement. Un escadron du 27e Dragons et deux compagnies d’Infanterie sont arrivés. Ces troupes ont été réparties avec les gendarmes sur les divers points de la région. La voie ferrée et les carrières ont été dégagées et sont gardées ainsi que les communes environnantes : Mériel, Epluches, Auvers. Des patrouilles circulent sans cesse. La région en effervescence est divisée en quatre grands secteurs : deux pour Méry, un pour Mériel et un pour Villiers-Adam. Le préfet de Seine et Oise, assisté du sous-préfet de Pontoise et du commissaire spécial de Versailles, a pris la haute direction du service. La nuit dernière s’est passée avec calme.

Cependant, de nouveaux actes de sabotage ont encore été commis, vers dix heures du soir, hier. Des fils télégraphiques entre Méry et Bessancourt ont été coupés à la hauteur de la petite gare de Sognolles et les poteaux arrachés. Le personnel d’un train aperçut les saboteurs. Les gendarmes qui surveillaient la gare de Méry furent prévenus. Vingt-cinq d’entre eux se mirent à leur poursuite, mais ceux-ci purent s’échapper à la faveur de la nuit. Cet incident eut des suites. En effet, vers neuf heures du matin, des ouvriers des lignes, appelés en toute hâte, venaient réparer les dégâts. Les grévistes, armés de bâtons, et lançant des pierres, les pourchassèrent. Il fallut la protection des gendarmes pour que les ouvriers puissent reprendre leur besogne. Ils ne la terminèrent qu’à midi ; et durant toute la matinée, les trains durent s’arrêter devant tous les sémaphores, ce qui causa de grands retards. Dans la matinée, le préfet de Seine et Oise a eu une entrevue avec les patrons, afin d’essayer de conclure un arrangement. Les patrons lui ont déclaré que les ouvriers doivent d’abord reprendre le travail, qu’ils discuteront ensuite avec eux et examineront leurs revendications avec la plus grande bienveillance. Le préfet a porté cette réponse à la connaissance des grévistes. Ils ont demandé au préfet la mise en liberté de trois de leurs camarades dont l’arrestation avait été maintenue. Mais ceux-ci ayant été mis à la disposition du Parquet de Pontoise, ce Parquet seul pouvait prendre une décision à cet égard. Les trois grévistes comparaîtront d’ailleurs aujourd’hui devant le tribunal correctionnel de Pontoise : ce sont MM. Jules Cognard, carrier, âgé de 32 ans, originaire de Saint-Vaast les Mello (Oise) arrêté pour acte de sabotage, Albert Domblé, âgé de 32 ans, terrassier, né à Létanne-Beaumont (Ardennes) et Maurice Michelot, âgé de 46 ans, carrier, originaire de Couesnat (Finistère), arrêtés tous deux pour rébellion. Ensuite les grévistes se sont réunis pour délibérer. La réunion a été très mouvementée. Après des discours d’une grande violence des promoteurs de l’agitation, les citoyens Lapierre et Lecocq, l’ordre du jour suivant a été adopté : « Les ouvriers, après avoir entendu les délégations reçues ce matin par le préfet, estiment qu’il n’y a pas lieu de reprendre le travail avant que les patrons aient donné des garanties suffisantes pour que des complètes satisfactions soient données à leurs ouvriers ». Donc, continuation de la lutte, acclamée d’enthousiasme aux cris de : « Vive la grève ! A bas les patrons ! ».

À la sortie, les grévistes, très surexcités, se sont dirigés, drapeau rouge en tête, chantant l’Internationale, vers la gare des marchandises, dans le but d’empêcher le départ d’un train de pierres. La gare était cernée par la troupe et cent gendarmes. Le train allait partir dans la direction d’Ermont, lorsque M. Autrand apprit que soixante-dix grévistes étaient massés dans un petits bois, à deux kilomètres de Méry, et avaient l’intention d’arrêter le train. Il fit aussitôt passer le convoi sur une autre voie et le dirigea vers Valmondois et Pontoise. Ainsi le plan des grévistes se trouva déjoué. Mais, devant la carrière Hennocque, des femmes lancèrent des pierres sur le train. En outre, une vingtaine de grévistes, massés sur le pont d’Auvers sur Oise, tentèrent de lapider le mécanicien. Celui-ci, heureusement, ne fut pas atteint. Ensuite, les grévistes sont revenus en colonne vers leur lieu de réunion, précédés de gendarmes et escortés de dragons. Cette promenade s’est accomplie bruyamment. Alors que les uns chantaient des refrains révolutionnaires, les autres criaient : « Vive la grève ! ». A trois heures, une patrouille de dragons s’aperçut que quarante grévistes envahissaient la carrière Hennocque de la Galope, à Mériel. Elle tenta de leur barrer la route. Mais, devant l’attitude menaçante des grévistes, elle rebroussa chemin, et revint à Méry où se tenait le préfet. Celui-ci envoya aussitôt vingt-cinq gendarmes et un peloton de dragons qui les mirent en fuite. Toutefois, aucun incident grave ne se produisit. Vers cinq heures du soir, les grévistes se sont de nouveau réunis. Ils ont voté un ordre du jour qu’ils ont ensuite communiqué au préfet. Ce document contient le passage suivant :

« La réponse des patrons, telle qu’elle est conçue, après soixante-sept jours de grève, est une duperie. Nous ne rentrerons que lorsque nous aurons des garanties suffisantes ».

Le préfet et le sous-préfet sont partis de Méry vers six heures du soir. Ils se sont rendus ensuite à l’hôpital pour visiter le gendarme Pujol, blessé hier au cours de la bagarre de la gare. Le blessé est alité, son état est assez satisfaisant.

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28 mai 1910 - Mairie de Méry avec quelques soldats

Le préfet est allé ensuite à Paris, où il s’est rendu au siège de la Fédération des patrons carriers de Seine et Oise, rue Lafayette. Les patrons lui ont déclaré qu’ils maintenaient leur décision de n’engager aucun pourparler avec leurs ouvriers avant la reprise du travail.

À dix heures du soir, le sous-préfet de Pontoise, M. Duvernois, a été avisé que 150 carriers de Cergy arriveraient à Méry de très bonne heure peur prêter mainforte à leurs camarades et empêcher le chargement des pierres sur les wagons. Cinquante nouveaux gendarmes sont attendus demain matin. Les importantes mesures de renforcement des forces de police ne semblent pas impressionner les meneurs de la grève, qui se soucient peu d’entrer en collision avec la force armée. Simplement conseillent-ils aux grévistes de s’abstenir de tout acte de sabotage, en ajoutant : « Vous pouvez agir la nuit, car la surveillance est plus difficile ». En conséquence, la nuit prochaine, les troupes vont redoubler de vigilance et les patrouilles seront plus nombreuses.

Le 27 mai 1910 : Attentat à la dynamite à Méry

Une nuit détonante :

À la réunion d’hier, les agitateurs révolutionnaires avaient déconseillé aux grévistes de se livrer à tout acte de sabotage dans la journée, ceci afin d’éviter d’entrer en collision avec la force armée actuellement très importante. Ils avaient ajouté : « Vous pouvez agir la nuit, car la surveillance est plus difficile ». En effet, la nuit dernière, des coups de revolver ont été tirés près de la mairie, et peu après, une bombe a éclaté, rue de Paris, devant la maison de M. Hennocque, un des patrons les plus irréductibles. Les coups de revolver avaient attiré le sous-préfet de Pontoise, qui a établi sa permanence à la mairie. Accompagné du capitaine de gendarmerie, il se mit à la poursuite des manifestants qui déchargèrent à plusieurs reprises leurs armes dans sa direction et celle du capitaine. Ceux-ci durent rebrousser chemin et rentrer à la mairie, car dans ces conditions, la poursuite était trop périlleuse. Les gendarmes se mirent en campagne à leur tour et ne tardèrent pas à arrêter un jeune carrier, nommé Drop, porteur d’un revolver encore chargé de deux balles. Le barillet contenait quatre douilles vides. Cet événement venait à peine d’être commis – il était à peu près minuit – qu’une violente détonation retentit dans la direction de la rue de Paris. C’était une bombe de dynamite qui avait fait explosion sous les fenêtres de l’habitation de M. Hennocque. Depuis le début des troubles, cet immeuble était gardé par les gendarmes, les grévistes ayant menacé à diverses reprises M. Hennocque de « lui faire son affaire ». Les gendarmes de service se lancèrent au dehors et virent deux individus qui prenaient la fuite. Ils donnèrent l’alarme et les fuyards furent arrêtés par des dragons chargés d’une patrouille. Ces inculpés, deux ouvriers du pays, ont été dirigés sur la maison d’arrêt de Pontoise. Ce sont M. Caron, employé dans une champignonnière et M. Virgile Laguerre, de la carrière Civet et Pommier. Ce dernier est un militant du syndicat ouvrier. Les dégâts matériels occasionnés par cet engin sont peu importants. Une persienne et une partie de la porte de la maison de M. Hennocque ont été arrachées, les vitres des maisons voisines ont été brisées et un débris de fonte est entré dans la chambre à coucher de M. Allute, pharmacien, qui habite en face de M. Hennocque. Un premier examen montre que l’engin était formé d’un tuyau de fonte bourré de dynamite à laquelle était mélangée un peu de terre. Sa mèche était de fulmi-coton. Les débris que l’on a pu recueillir ont été envoyés à Paris au laboratoire municipal.

Le parquet de Pontoise a été prévenu dès la première heure. Le procureur de la République, M. Proharam, est arrivé à dix heures. Accompagné du préfet de Seine et Oise, également avisé, il a commencé son enquête. Des perquisitions ont été faites au domicile des deux grévistes arrêtés. Ceux-ci nient toute participation à l’attentat. Ils expliquent leur fuite par la peur qu’ils ont éprouvée en entendant l’explosion. Sur cet attentat criminel, la préfecture de Seine et Oise a communiqué les renseignements complémentaires suivants : « La bombe qui a éclaté est un engin grossier, confectionné avec un fragment de tuyau de fonte ; elle a été placée dans la rue centrale de Méry, sur le trottoir, au pied d’un arbre, devant la maison de M. Hennocque, patron carrier. Elle a causé des dégâts visibles. Un arbre est mutilé, les maisons des deux côtés de la rue portent des traces des nombreux éclats de l’engin. Une persienne a été arrachée. La plaque portant le n°68 a été brisée, ainsi que plusieurs vitres. Il est à noter que la bombe a été déposée à quatre mètres du poste de surveillance organisé depuis ce matin et composé de quatre dragons commandés par un brigadier et assisté de deux gendarmes. L’un de ceux-ci a vu dans l’obscurité de la nuit, allumer l’engin, dont les éclats ont failli l’atteindre. Il s’était élancé à la poursuite des deux individus dont la route a été barrée par deux dragons et un gendarme qui remontait la rue ».

Les patrons carriers se sont réunis et ont rédigé une lettre de protestation dans laquelle ils rendent le maire de Méry responsable de l’attentat et réclament à la commune des indemnités. C’est stupide, car le pauvre maire, M. Dufayet, en fait de bombe et de pétard, ne connaît certainement que les « bombes glacées » ou les « canons…de vins », qu’il verse à ses clients dans son café !

L’après-midi a été très mouvementée. Il y a eu notamment dans la rue de Paris une violente collision entre gendarmes et grévistes qui manifestaient en colonne, précédés du drapeau rouge et chantant l’Internationale. Plusieurs arrestations ont été opérées.

La résistance ouvrière s’organise

Devant les mesures prises par l’autorité préfectorale pour faire partir les premiers trains de pierre de Méry ; et pour en réduire tout au moins les effets, les ouvriers ne sont pas restés inactifs. Certes, les patrons carriers, avec l’aide des forces militaires de la République ont réussi à faire expédier de la pierre de Méry sur Paris. Mais cette pierre est brute. Et pour l’employer, il faut la tailler. Or, dans la matinée d’hier, les délégués de la CGT et M. Vincent ont eu une entrevue avec la Chambre syndicale des tailleurs de pierre de la Seine. Il s’agissait de prendre les mesures nécessaires pour mettre les entrepreneurs parisiens dans l’impossibilité d’employer cette pierre de Méry. Ils ont décidé de la boycotter et de la mettre à l’index. Les tailleurs de pierre Parisiens se sont engagés à refuser de la tailler sur tous leurs chantiers. Elle restera donc en dépôt à La Chapelle.

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Le 30-5-1910 - Militaires à cheval dans une rue déserte, lors de la grève des carriers

Dans l’après-midi, il n’y a pas eu de réunion spéciale des grévistes. Cependant tous ont eu connaissance de la réponse des patrons transmise au secrétaire du Syndicat de Méry. Les ouvriers s’y attendaient. Aussi n’ont-ils pas été surpris de cette décision. Plus que jamais, ils sont décidés à lutter. Des défilés dans la région ont été organisées. De toutes les communes sont partis des groupes de grévistes. Quelques bagarres se sont produites, mais sans trop d’incidents. Une arrestation a été cependant opérée pour refus de circuler. Il semble probable que le préfet devra réquisitionner de nouvelles troupes, le territoire à surveiller étant très étendu.

Le 28 mai 1910 : Trois attentats – Les renforts – L’instruction à Pontoise

Au cours de la nuit dernière, trois tentatives de sabotage ont été commises.

Vers une heure et demie du matin, des grévistes ont essayé de s’introduire dans les carrières Léger à Mériel. Mais en raison des menaces proférées contre M. Léger, les carrières étaient l’objet d’une surveillance rigoureuse et des patrouilles réussirent à repousser les assaillants. Une heure plus tard, d’autres grévistes voulurent s’introduire dans la gare de Méry pour saboter les grues destinées au chargement des pierres de taille. Les vedettes donnèrent l’alarme et la compagnie du 101e d’infanterie repoussa les assaillants. Une troisième tentative plus grave a été déjouée dans les carrières Hennoque vers trois heures du matin. Des dragons surprirent les grévistes au moment où, ayant déjà creusé un trou de mine sous l’un des piliers de la voûte d’entrée, ils le remplissaient de poudre. Les grévistes réussirent à s’enfuir et ne purent être arrêtés. Le préfet a réparti les escadrons du 11e Cuirassiers, arrivés dans la matinée, à la Bonneville, à Parmain, à Vaux et à Mériel. Dans l’après-midi, deux trains de pierres sont partis pour Paris sans encombre. Les grévistes avaient envoyé des estafettes pour surveiller le départ des convois, mais en voyant la gare étroitement gardée, ils ont renoncé à toute tentative et se sont bornés à houspiller les « renards » à leur sortie des chantiers.

Treize soldats pour un gréviste !

En dehors de l’arrivée de deux escadrons du 11e Cuirassiers, de nouveaux détachements de gendarmerie ont pris leurs cantonnements à Méry et aux environs. Granges, fermes, maisons avaient été réquisitionnées pour loger cavaliers et fantassins et, la place manquant trop souvent, les campements improvisés à la hâte ne manquaient pas d’originalité. C’est ainsi qu‘aux gares de Méry et de Mériel les soldats de garde ont été couchés dans des wagons de 1re et 2e classe. Les soldats faisaient leur cuisine sur trois pierres, comme en campagne, dans la cour de la gare. A la mairie de Méry, où gendarmes, dragons et cuirassiers se partageaient la cour communale, le campement était encore plus original, sinon macabre par endroits. Tandis qu’un gendarme dûment muni d’un tablier blanc qui dissimulait son uniforme, faisait bouillir la soupe dans une lessiveuse, des cuirassiers avaient déposé leurs cuirasses sur la civière qui sert à porter au cimetière les corps des enfants. Le fourgon des sapeurs-pompiers était converti en râtelier d’armes et supportait les carabines des cavaliers, comme les sacs et les fusils des fantassins. Enfin, le corbillard de la commune, lui aussi avait été utilisé, et on voyait, rangés avec soin, des revolvers, des casques et, aussi des vivres de toutes sortes qui composaient un véritable garde-manger. En cours de journée, les grévistes ont essayé d’entraîner à la désobéissance des cavaliers des dragons, leur citant l’exemple du 17e [1], tout en leur offrant à boire. Les dragons ont éconduit les grévistes en les menaçant de les faire arrêter s’ils insistaient et l’incident n’a pas eu d’autres suites.

L’instruction

M. Mouton, juge d’instruction, est retourné à Méry sur Oise où il a interrogé les personnes qui avaient assisté à l’arrestation du jeune carrier Alfred Drop, soupçonné d’être l’auteur d’un attentat commis en face de la maison du maire. M. Mouton a ensuite réentendu les témoins à décharge désignés par le prévenu. Quoique l’enquête ne soit pas encore terminée, il semble dès à présent établi que le jeune homme n’a pas tiré de coups de revolver et qu’il doit être complètement mis hors de cause.

M. Mouton a ensuite interrogé divers témoins, notamment le gendarme Mazoyer, le dragon Keller et le garde champêtre de Méry au sujet de l’attentat dont les grévistes Laguerre et Caron, détenus à Pontoise, sont inculpés. Le gendarme Mazoyer a précisé sa déposition. Il descendait la route de Paris lorsqu’il vit une allumette luire dans l’obscurité. Une étincelle jaillit aussitôt et comme le gendarme continuait dans la direction de la lueur, 80 mètres plus loin, il aperçut une seconde étincelle plus forte et simultanément perçut la détonation. L’engin venait de faire explosion à dix mètres de lui tout au plus. L’enquête du juge d’instruction a établi que les auteurs de l’attentat pouvaient échapper à la souricière organisée aussitôt par les gendarmes en se jetant dans trois passages non fermés qui se trouvaient à proximité, ou encore dans les cours de maisons habitées par les grévistes. Maître Junker, défenseur de Laguerre et de Caron a demandé la mise en liberté de ses clients, en argumentant que s’ils eussent été coupables, ils n’auraient pas manqué de profiter de leur connaissance des lieux pour échapper aux recherches. M. Vincent, délégué de la CGT s’est rendu au Parquet de Pontoise pour demander la mise en liberté des deux individus arrêtés. Elle lui a été refusée. Par contre le Parquet de Pontoise a condamné Jules Cognard à six mois de prison, Albert Domblé à trois mois et Maurice Michelot à quatre mois. Ils étaient inculpés de sabotage et rébellion. La loi sur le sursis ne leur a pas été accordée. Dans la soirée, les grévistes ont tenu un meeting afin d’arrêter leurs dispositions pour la manifestation qu’ils se proposent de faire demain.

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Méry sur Oise – La Noue - Entrée de la nouvelle carrière

Le 30 mai 1910 : La journée des meetings

Le bruit ayant couru samedi soir que de graves évènements devaient se produire au cours de la journée d’hier, M. Autrand, préfet de Seine et Oise, s’est tenu, dès le matin, en permanence à la mairie de Méry sur Oise, en compagnie de M. Duvernois, sous-préfet de Pontoise. A partir de deux heures de l’après-midi, les grévistes se sont formés en plusieurs groupes. Un groupe s’est dirigé vers Pierrelaye, la Bonneville et la Haute-Borne. Le plus important s’est rendu à Saint-Leu, dans l’intention de se réunir aux manifestants du bassin d’Argenteuil. Un autre groupe qui s’est grossi en traversant Mériel, a gagné les plâtrières Labrousse, à Villiers-Adam, où les ouvriers de cette localité vinrent se joindre bientôt aux manifestants. Un meeting fut aussitôt improvisé en plein champs et les grévistes qui avaient arboré le drapeau rouge se consultèrent longuement sur la conduite qu’ils devaient tenir aujourd’hui. Des éclaireurs cyclistes exploraient pendant ce temps les environs, car M. Vidal, commissaire spécial avait envoyé de divers côté des gendarmes montés à bicyclette pour surveiller les manifestations. Une collation suivit le meeting, puis les discours recommencèrent. Enfin, vers six heures, le groupe quitta Villiers-Adam pour gagner la gare de Méry. Mais comme les éclaireurs signalaient que M. Autrand, préfet de Seine et Oise, était en permanence à cette gare avec le colonel Chêne du 27e Dragons, arrivé de Versailles pour prendre le commandement des troupes, les grévistes s’arrêtèrent dans un petit bois où ils tinrent un second meeting. Ce ne fut qu’à la tombée de la nuit qu’ils se dispersèrent pour rentrer par petits groupes à Méry. Le groupe qui s’était dirigé sur Saint-Leu et Beaumont se montra un peu plus animé au départ et fut dispersé par les dragons en traversant Sognolles. Mais il se reforma bientôt et suivit ensuite la tactique du groupe précédent. Un troisième groupe manœuvra de même pour aller se réunir aux ouvriers agricoles de la Haute-Borne et rentra tranquillement à la nuit à Méry, après avoir décidé ces ouvriers à se joindre à leur manifestation d’aujourd’hui.

Des grévistes qui revenaient de la manifestation de Villiers-Adam rencontrèrent à l’entrée de la rue Ferrer, à Méry, un de leurs camarades qui, quoique gréviste comme eux, avait préféré rester chez lui. Ils le houspillèrent, des coups de poing furent échangés et, finalement le malheureux fut blessé assez grièvement d’un coup de trique à la tête. Il se réfugia en courant dans une ferme où étaient cantonnés des dragons. Les manifestants l’y poursuivirent et deux détachements de cavalerie durent intervenir pour rétablir l’ordre. Le blessé refusa de porter plainte. Le citoyen Vincent, secrétaire du Syndicat des carriers de Seine et Oise, est arrivé cet après-midi à Méry. Il a eu aussitôt une entrevue avec les membres du comité de grève. Vers dix heures du soir deux détonations assez fortes jetèrent l’alarme dans Méry où l’on crut à de nouveaux attentats. Il n’en était rien. Des estafettes envoyées en reconnaissance revinrent bientôt en disant qu’il s’agissait de forts pétards que des conscrits avaient fait partir pour s’amuser. Enfin, un dragon, disait-on, avait été blessé par un gréviste. C’était inexact. Le cavalier avait été légèrement blessé à la main droite par une ruade de son cheval, au pansage.

Le 31 mai 1910 : Cela bouge à Cergy et Pontoise

La nuit dernière a été fort calme. Dans la matinée d’hier, M. Autrand, M. Duvernois et le colonel Chêne, ont inspecté les cantonnements des troupes à Méry, Mériel, Parmain, Villiers-Adam, Frépillon, et ont arrêté des mesures d’ordre en prévision de la manifestation annoncée dans la soirée. Vers midi, un fourrier du 27e Dragons revenait d’une corvée lorsque la fourragère sur laquelle il était monté versa dans une ornière. Le fourrier projeté à terre a eu la jambe droite fracturée. Le blessé, Adolphe Philippe, a été transporté d’abord à l’ambulance où le colonel Chêne et le commandant Michelon sont allés le voir, puis à l’hôpital Saint-Germain. Une dizaine de carriers ont repris le travail, ce qui porte à 70 environ le nombre des non grévistes. Cette reprise partielle surexcite les grévistes et faisait craindre de sérieux incidents à la sortie des carrières dans la soirée.

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Méry sur Oise pendant la grève – Chasse réservée

À Méry, on remarquait une vive agitation parmi les champignonnistes qui parlaient de se solidariser avec les carriers et de se remettre en grève. A deux heures trente, un coup de téléphone de Pontoise annonçait que des groupes de grévistes de Cergy se dirigeaient en masse sur Pontoise pour manifester devant la prison où sont détenus Laguerre et Caron. M. Duvernois envoya aussitôt deux détachements de cavalerie à Pontoise, où il se rendit peu après. Mais renonçant à leur première idée, les grévistes se dirigèrent sur Osny, où ils voulurent débaucher les terrassiers occupés au doublement de la ligne de Pontoise à Dieppe. Là, ils furent repoussés par des gendarmes, et un des grévistes nommé Fréjat fut arrêté pour entraves à la liberté du travail et conduit immédiatement à la prison de Pontoise. Ses camarades nommèrent alors une délégation qui alla demander au procureur de la République, M. Prouharam, l’élargissement du prisonnier. Leur demande fut repoussée et après s’être concertés, les grévistes décidèrent alors de manifester dans Pontoise, puis de gagner Méry par Auvers. Mais à Pontoise, qu’ils croyaient complètement dégarnie de gendarmerie et de troupes, ils rencontrèrent des patrouilles. Leurs estafettes leur apprirent d’un autre côté que les gares d’Epluches et d’Auvers étaient gardées militairement, car, afin de prévenir tout incident, des troupes avaient été envoyées au-devant de la manifestation, pour le cas où elle tenterait de gagner Méry. Les manifestants abandonnèrent alors leurs projets et, après s’être promenés à travers les rues de Pontoise, par petits groupes rentrèrent à Cergy, annonçant qu’ils feraient aujourd’hui une manifestation imposante et arrêteraient le travail sur tous les chantiers des environs. Les manifestations annoncées à Méry n’avaient pas plus de succès. En apprenant que M. Autrand, qui venait de repartir pour assister à la séance du Conseil général, à Versailles, devait avoir ensuite une entrevue avec les maîtres carriers, les grévistes décidèrent d’attendre, et la sortie des travailleurs ne donna lieu à aucun incident. On avait par ailleurs doublé les patrouilles de cavalerie qui ne cessaient de sillonner les rues. Un commencement d’incendie dans la propriété de M. Jarbes, route d’Auvers, causa quelques alertes, car on croyait à un attentat, mais il n’en était rien et le feu fut vite éteint. La détente semblait être à l’ordre du jour à Méry. Les patrons carriers escomptaient pour le lendemain matin la rentrée de nouveaux grévistes dans leurs carrières et les grévistes espéraient que la reprise des pourparlers par le préfet donnerait d’heureux résultats. Cependant, vers dix heures et demie, des manifestants se formèrent en groupe et se dirigèrent vers la gare de Méry. En cours de route, ils se heurtèrent à des détachements de gendarmerie et de dragons et furent rapidement dispersés.

Le 02 juin 1910 : La situation à Méry après 10 semaines de grève

Les patrons carriers restent dans leur intransigeance à ne vouloir négocier que lorsque leurs ouvriers auront repris le travail. La grève s’éternise. Cela fait plus de dix semaines que les ouvriers n’ont touché aucun salaire. Les négociations sont toujours dans l’impasse et le pays est occupé militairement. Un certain nombre de grévistes a d’ailleurs repris le travail dans les carrières hier matin. Mais la plupart préféreraient faire des travaux des champs – et à cette saison, ils n’ont aucun problème pour trouver une embauche -ou même à quitter le pays plutôt que de reprendre le travail dans les conditions que leurs font les patrons. D’autres exsangues financièrement se sont fait embaucher momentanément aux travaux de la réfection de la ligne de chemin de fer du Nord entre Méry et Valmondois. Les non grévistes ne sont qu’environ 80, alors que l’effectif ouvrier normal est d’environ 350 hommes, femmes et enfants. Il convient de remarquer que sur ces 80 non grévistes, il n’y a que 10 carriers professionnels véritablement qualifiés. Les 70 autres ne sont que des manœuvres. Les patrons carriers occupent donc actuellement cinq fois plus de manœuvres qu’il ne leur en faudrait. Pour la première fois depuis le commencement de la grève, le travail a été repris dans les dépôts des gares et les charrois de pierre ont pu recommencer à Méry, Mériel et dans les communes voisines, sous l’escorte des dragons et des gendarmes. Mais si la pierre arrive à partir de Méry et de Villiers-Adam, elle est bloquée à Paris où les tailleurs et scieurs de pierre refusent de la travailler. Par une circulaire adressée à tous les ouvriers de cette corporation, M. Triouleyre, le secrétaire de la Chambre syndicale des tailleurs de pierre et ravaleurs, rappelle d’ailleurs à ses adhérents que par décision prise en assemblée générale extraordinaire du dimanche 29 mai, ils doivent se refuser à tailler la pierre de Méry. Ils doivent également signaler les chantiers où il pourrait se faire que par tricherie certaines entreprises baptisent la pierre de Méry d’un autre nom. Il ajoute dans sa circulaire : « Les camarades ne s’y laisseront pas prendre et feront le nécessaire ». Déjà les scieurs et tailleurs de pierre se sont refusés dans différentes maisons à faire le jeu des patrons carriers

de Méry et ont quitté le travail par solidarité, notamment dans les maisons Barcat, Bourseau, Aufrère, Thévenin, etc… Et l’appel de M. Triouleyre se termine ainsi : « que pas un de vous ne faillisse à son devoir de solidarité et la victoire est assurée à nos camarades carriers ». Aujourd’hui, la sortie des carrières pour les ouvriers non grévistes s’est également effectuée à six heures sans incident. Les réunions hebdomadaires de grévistes ont toujours lieu et, dans la soirée, comme la veille et l’avant-veille, 40 à 50 grévistes ont manifesté devant les maisons des propriétaires de carrières en chantant l’Internationale.

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Dépôts de pierre de construction sur le canal Saint-Martin, à la Villette

Le Comité de grève a décidé d’organiser pour dimanche prochain un meeting public et contradictoire auquel les patrons seront conviés, ainsi que toute la population de Méry et des communes voisines. Les tailleurs de pierre de Paris y assisteront également. A ce meeting, il est prévu que M. Vincent, délégué auprès des grévistes depuis le début du conflit, en fasse l’historique. Le Comité s’est également assuré le concours de délégués de la CGT et de l’Union des Syndicats de la Seine et de Seine et Oise. D’autre part, pour venir en aide à leurs camarades de Méry, les travailleurs du bâtiment de l’Isle-Adam ont prévu d’organiser une réunion pour samedi soir. Si le durcissement de la grève semble faiblir chez les travailleurs, il faut dire qu’elle faiblit aussi du côté des maîtres carriers, où un patron plâtrier, a hier soir signé le contrat de travail et de salaire que lui a présenté M. Vincent au nom du syndicat.

M. Mouton, le juge d’instruction à Pontoise, a longuement interrogé hier Laguerre et Caron, les deux carriers arrêtés comme ayant placé l’engin qui a éclaté en face de la maison de M. Hennocque, à Méry sur Oise. Tous deux ont protesté de leur innocence, tout en donnant un emploi de leur temps différent le soir de l’attentat, tandis qu’ils déclarent cependant ne pas s’être quittés. Le colonel Klein a inspecté aujourd’hui les casernements de gendarmerie de Méry et des environs.

M. Autrand est sur tous les fronts. Il vient de jouer au médiateur dans la grève des ouvriers maraîchers de Croissy et de Montesson, qui vient de ses terminer. Mais il est obligé de nouveau et encore une fois de colmater les brèches en jouant au négociateur dans la nouvelle grève des ouvriers du bâtiment, qui a éclaté hier matin à Neuilly sur Marne. A la suite des pourparlers engagés par M. Duvernois et par la municipalité de Neuilly, il espère bien qu’un accord interviendra dans la journée, car le bateau social de la Troisième République fait eau de partout. Il faut qu’il se rende également au plus vite à Argenteuil, où les métallurgistes se sont mis en grève. La aussi, il servira d’intermédiaire de conciliation… Sale époque pour nos fonctionnaires du corps préfectoral !

Le 5 juin 1910 : Le grand meeting public – Les ouvriers enterrent l’un des leurs

La situation n’a subit aucune modification depuis le jeudi 2 juin. Méry est toujours occupé militairement. Malgré toutes les mesures policières d’intimidation, le nombre des rentrées dans les carrières n’a pas fortement augmenté. Il faut dire que l’intransigeance patronale semble faiblir et n’est plus toujours aussi entière.

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A gauche, L’Aurore du 06/06/1910 et à droite, Le Petit Journal du 05/06/1910

Le grand meeting public a lieu dans la salle Bélier, place de la Mairie. Des patrouilles de dragons et de gendarmes n’ont cessées durant toute la journée de sillonner les rues et les ruelles. Cependant, par petits groupes, les travailleurs se rendent néanmoins dans la salle, où l’on étouffe. Pourtant jusqu’à la fin, avec une attention soutenue, ils écoutent et applaudissent les orateurs. C’est d’abord M. Vincent, qui fait l’historique du conflit et établit clairement les responsabilités des patrons. Puis M. Minot, délégué des tailleurs de pierre de Paris et de l’Union des Syndicats de la Seine, qui affirme nettement que dès maintenant on ne taille et on ne scie plus de pierre de Méry sur les chantiers parisiens. Il déclare, en outre, que la vigilance pour la continuation de ce boycottage s’exercera très efficacement jusqu’à ce que les patrons carriers aient cédé. Puis c’est au tour de M. Charrier, qui apporte aux grévistes l’assurance de la solidarité de toute la Fédération du bâtiment, et enfin M. Jouhaux, secrétaire général de la CGT, qui clôture cette réunion en donnant de sages et pratiques conseils à tous les travailleurs présents. Le président fait appel à la contradiction. Aucun écho dans la salle. Il rappelle que les patrons avaient été invités à venir s’expliquer, mais que ces messieurs ne se « commettent » pas avec leurs ouvriers. Les travailleurs sortirent de la réunion pour prendre leur place derrière le convoi d’un ouvrier carrier du nom de Kléber-Hoche Milliancourt, âgé de vingt-deux ans, cantonnier au 25e d’artillerie, mort de tuberculose à Méry au cours d’une permission que son major du 25e d’artillerie lui avait accordé afin qu’il puisse décéder dignement chez sa mère et son frère qui était conseillé municipal et le gérant de la coopérative ouvrière de Méry. L’enterrement était purement civil. Le colonel commandant les troupes stationnées à Méry avait désigné six soldats pour l’accompagner à sa dernière demeure. Sous les rayons d’un soleil ardent, environ 1.500 personnes [2] suivirent silencieusement le cercueil par la longue montée encaissée entre deux talus, jusqu’au cimetière. Ce devoir accompli au milieu du recueillement général, les travailleurs de Méry et des communes voisines sortirent à l’extérieur du cimetière, où quelques discours antimilitaristes furent prononcés. Puis ils formèrent un nouveau cortège et regagnèrent par une petite route le haut de la Grande-Rue de Méry, qu’ils descendirent ensuite pour se rendre à la coopérative, siège du Comité de grève, en chantant l’hymne au 17e et l’Internationale. Comme aucune provocation ne fut faite par les autorités, que les 800 gendarmes et soldats présents ne reçurent point l’ordre de barrer la route aux manifestants, tout se déroula dans le calme, sous l’œil inquiet mais compatissant de la population Mérysienne toute entière.

Le 6 juin 1910 : Les trains de pierre de Méry encombrent les quais

Depuis une semaine, aucun incident ne s’est produit. Il semble que la grève s’épuise. Cent-quatorze ouvriers grévistes sur trois-cent-cinquante ont repris le travail. Cette trop longue grève dérange considérablement la Compagnie de chemin de fer du Nord, car par esprit de solidarité les ouvriers refusent de décharger les trains et à Paris tout comme à Ermont, les trains de pierres de Méry encombrent les quais.

Le 9 juin 1910 : Deux escadrons du 11e Cuirassiers quittent Méry

La grève de Méry semble s’apaiser. Les ouvriers carriers sont de plus en plus nombreux à retourner travailler dans les carrières. Hier après-midi, une entrevue eut lieu entre le préfet et les patrons carriers. Ce soir, à huit heures, deux escadrons du 11e Cuirassiers quittent Méry pour regagner leur garnison de Saint-Germain. Le service d’ordre sera assuré par l’escadron du 27e Dragons, deux compagnies d’Infanterie et 150 gendarmes. Le sous-préfet de Pontoise et le commissaire spécial restent en permanence à Méry pour veiller à l’organisation de divers services de surveillance.

Le 12 juin 1910 : Déception chez les ouvriers carriers

Les patrons carriers avaient déclaré au préfet qu’’ils entreraient en pourparlers avec leurs ouvriers s’ils reprenaient leur travail et que leurs salaires seraient augmentés. A la paie de samedi dernier, grande fut la désillusion des cent-soixante-dix malheureux qui avaient repris le travail depuis un mois sur cette promesse des patrons. Ils ne touchèrent que des acomptes qui firent leurs salaires à un taux inférieur à celui qu’ils avaient avant la grève. Le mécontentement fut si grand que lundi matin, il y eut 12 ou 15 rentrées de moins. Dimanche, des incidents se sont produits devant le local des soupes communistes. Des jaunes enivrés menacèrent de briser les marmites. Leurs provocations et leur tapage furent tels que le commissaire de police appelé par le bruit, dut faire dresser contravention contre l’un de ces misérables.

Le 13 juin 1910 : La troupe évacue Méry, mais les grèves continuent

Le préfet de Seine et Oise est venu aujourd’hui à Méry conférer avec le sous-préfet de Pontoise, le colonel Chêne et M. Vidal, au sujet de la situation. A la suite de cette conférence, il a décidé qu’une partie des troupes serait évacuée. Les deux escadrons du 29e Dragons regagneront Versailles, à l’exception de deux pelotons. Les compagnies du 101e et 109e de Ligne regagneront également Saint-Cloud et Saint-Germain en Laye. Il restera pour assurer la surveillance des carrières et des outils industriels, cent gendarmes et deux pelotons de dragons sous le commandement du capitaine Legreault. MM. Duvernoy et Vidal continuent à assurer l’organisation des divers services de surveillance.

Les maçons ont complètement cessé le travail, hier matin, à Sèvres et à Meudon, où déjà la grève avait été déclarée dans quelques chantiers. Les maçons d’Argenteuil menaçant de se mettre en grève, à l’exemple des ouvriers du bâtiment de Saint-Germain et de Poissy, les entrepreneurs d’Argenteuil ont, hier matin, décidé de leur accorder une augmentation de cinq centimes par heure. Le travail n’a pas été interrompu. Un seul entrepreneur de maçonnerie d’Argenteuil a refusé de souscrire aux demandes des ouvriers. Il sera mis à l’index ce matin si la délégation ouvrière qui se rendra chez lui n’obtient pas satisfaction.

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Méry sur Oise – Carrière de pierre L. Quesnel

M. Caron, l’ouvrier arrêté pour la pose de la bombe devant la maison Hennocque, a été mis en liberté provisoire. Les soupes communistes des grévistes continuent à fonctionner. Si les trains de pierre de Méry partent sans incident, ils ne sont toujours pas déchargés à destination. L’interdiction qui pèse sur le déchargement et la taille de la pierre de Méry ne sera levée, ont déclaré les grévistes, que sur l’ordre de leur Comité, lorsqu’un accord aura été signé entre patrons et ouvriers.

Le 18 juin 1910 : Les patrons carriers de Méry renient leurs promesses

A la suite de nouvelles entrevues avec les maîtres carriers et avec les grévistes, M. Duvernois, sous-préfet de Pontoise, a réussi à provoquer un accord et la reprise générale du travail doit avoir lieu mardi prochain. Sur les huit patrons carriers de Méry, cinq avaient promis de donner aux ouvriers une augmentation de salaire de 0 fr. 05 ou 0 fr. 10 de l’heure à compter du 1er juillet. Le sous-préfet, ayant insisté pour que cette décision devint générale, les cinq patrons s’engagèrent à réunir leurs trois autres collègues encore réfractaires à l’augmentation. A la réunion qu’ils ont tenue samedi 18 juin à Paris, l’un d’entre eux refusant toute négociation, ils ont décidé qu’ils ne donneraient aucune augmentation au 1er juillet, comme ils l’avaient promis. Les ouvriers carriers, réunis samedi soir au comité de grève, après avoir pris connaissance de la réponse des patrons, ont décidé à l’unanimité de continuer la grève jusqu’à entière satisfaction. Ils rendent entièrement responsable de l’échec des pourparlers la Compagnie Civet et Pommier. A la sortie de leur réunion, vers minuit, les grévistes firent une manifestation et défilèrent dans les rues de Méry. Ils se rendirent devant les maisons des patrons carriers Hennocque, Bélier et Moreau, et devant celles d’ouvriers « jaunes », dont ils brisèrent portes, grilles, fenêtres et vitres, causant pour 150 francs de dégâts environ. Une fillette, Mlle Claire Guyot, a été atteinte par un projectile et est légèrement blessée.

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Méry sur Oise – Entré de la carrière du Four à Chaux

Une réunion extraordinaire du Syndicat des tailleurs de pierre s’est tenue à 21 heures, salle Pécoul, 2, boulevard de Grenelle à Paris. Après avoir entendu M. Vincent, le délégué des ouvriers carriers de Méry, le Conseil syndical des scieurs de pierre tendre renouvelle sa solidarité avec les grévistes de Méry : « Nous aurons tous à cœur de montrer à nos camarades carriers que la solidarité n’est pas un vain mot. Camarades, tous debout contre les requins de la pierre et les briseurs de grève ! ».

Le 19 juin 1910 : Plus que 76 grévistes à Méry

Une réunion a eu lieu à trois heures de l’après-midi. Les grévistes y ont discuté les mesures à prendre. Ils n’étaient en tout que 76. A la sortie, quelques incidents ont éclaté. Les grévistes pénétrant par une champignonnière, avaient gagné par les voies souterraines les carrières de la Bonneville et de la Garenne, où travaillaient encore 162 de leurs camarades. Mais M. Vidal, commissaire spécial, et le lieutenant de gendarmerie Fourrat, avaient pris leurs dispositions. Pendant que des gendarmes pénétraient dans les galeries à la suite des grévistes, les issues des carrières étaient gardées par les dragons. Se sentant poursuivis, les grévistes se hâtèrent de sortir des souterrains, non sans avoir molesté quelques-uns de leurs camarades et brisé des outils. Ensuite, escortés par les gendarmes et les dragons, ils regagnèrent Méry en chantant l’Internationale et la Carmagnole.

Le 20 juin 1910 : Reprise des troubles -La municipalité soutient les ouvriers carriers

Reprise des troubles

Aujourd’hui, à la sortie de leur réunion, au nombre de cent-quatre-vingt, les grévistes de Méry aidés par des terrassiers venus des environs, se dirigèrent du côté des chantiers de la carrière Saint-Paul de la Compagnie Civet et Pommier. Entrés dans le cavage, ils allèrent trouver les « jaunes ». Le tâcheron Martin fut attrapé et sorti par les grévistes avec tous les ouvriers. Mais les gendarmes barraient le chemin dans le cavage. Les grévistes passèrent quand même et emmènent les « jaunes ». Arrivés à la rampe (endroit où il y a un chemin de fer pour sortir la pierre sur des wagonnets), les « jaunes » protégés par les gendarmes, réussirent à s’enfuir et partirent dans toutes les directions. Le chantier de la compagnie Civet et Pommier étant nettoyés de tous ses « jaunes », les « rouges » formés en colonne manifestèrent à travers Sognolles et Méry, précédés par des gendarmes à cheval et par des dragons à pied. La dislocation de la manifestation s’opéra à la coopérative, où eut lieu une réunion.

Protestation du Consei Municipal de Méry sur Oise

Le reniement des promesses patronales et la reprise des troubles à l’ordre public firent sortir la municipalité de Méry sur Oise de sa réserve. Voici le communiqué diffusé, ce jour, par le Conseil Municipal :

« Depuis trois mois que le conflit économique dure entre patrons et ouvriers carriers, nous tenons à déclarer, sur cette affiche, par esprit de justice et de solidarité que les démarches faites par les délégués ouvriers carriers auprès des patrons carriers, pour aboutir à une entente loyale, ont été rejetées. Nous déclarons que les ouvriers carriers soumettent des revendications justes et nul ne peut contester les droits que leur accorde la loi de 1884. Devant ces faits, nous nous permettons de donner franchement et loyalement notre appui et celui de toutes les personnes sensées et animées de l’esprit de justice et de solidarité aux ouvriers carriers. Signé : Le Maire : Dufayet ; L’Adjoint : Thollet ; Les Conseillés : Parat, Houdoux, Milliancourt, Crespin ».

Le 21 juin 1910 : Enquête sur les derniers troubles

À la suite des évènements d’hier, M. Duvernois, le sous-préfet de Pontoise, le procureur de Pontoise et M. Mouton, le juge d’instruction se sont rendus à Méry pour procéder sur place à une enquête. Plusieurs mandats d’arrêt ont été décernés pour entrave à la liberté du travail et sabotage. Un membre du comité de grève, nommé Philippe Josse, habitant Auvers sur Oise, qui avait brisé un treuil dans la carrière, a été arrêté et conduit à la prison de Pontoise. Deux autres mandats d’arrêt ont aussi été prononcés contre les nommés Lafon et Desjardins. Lafon est resté introuvable, mais Desjardins a été arrêté. L’enquête sur ces incidents continue.

Le 22 juin 1910 : La loi inique des plus forts

L’enquête sur les incidents qui se sont produits à la Compagnie Civet-Pommier, assène le coup de grâce au mouvement de revendication des carriers de Méry. Un mandat d’arrêt vient d’être lancé contre le M. Vincent, secrétaire du Syndicat général des carriers de Seine et Oise, qui était à la tête des révolutionnaires. Celui-ci a pris la fuite. On le recherche… Après la police et l’armée, c’est au tour de la magistrature d’entrer au service de la mauvaise foi des sept patrons carriers de Méry sur Oise.

Le 23 juin 1910 : Pressions sur le patron carrier réfractaire

À Méry, le nombre des travailleurs non gréviste est toujours d’environ 170. Dans la matinée, le secrétaire des Syndicats du bâtiment de Seine et Oise, Monsieur Lapierre, est arrivé à Méry. La pression est mise sur les patrons carriers. Le sous-préfet de Pontoise, M. Duvernois leur a écrit pour leur demander de faire placer à l’entrée de chaque chantier un surveillant, spécialement chargé d’empêcher que les grévistes puissent se glisser parmi les ouvriers. De plus, la grève des carriers s’étend aux carrières de Vaux, Triel et Meulan, où les ouvriers carriers se sont mis en grève. A la carrière Marochetti, à Vaux, le chômage est complet. Dans la cour de l’usine Hamelle à Triel, les grévistes ont démonté la voie de chemin de fer à voie étroite pour empêcher toute circulation des wagonnets chargés de pierre à plâtre et Mme Hamelle a été quelque peu molestée. Des gendarmes ont été envoyés à Vaux et Triel, pour essayer de contenir les débordements. D’autre part un poste de gendarmes a dû être installé à Menucourt, où la plâtrière de M. Bancel a été envahie vers cinq heures par des grévistes qui ont molesté les ouvriers.

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Méry sur Oise – Entré de la carrière du Four à Chaux

Le 26 juin, le journal catholique La Croix, dénonce les exactions commises par les « rouges » de la région de Méry. Ils s’en sont pris aux habitants de Mériel, notamment parce que sur cette commune habite une grande partie des ouvriers de la carrière appartenant au patron réfractaire de la Compagnie Civet et Pommier :

« Une fois de plus, les communistes ont provoqué de sanglantes bagarres, dimanche, à l’occasion de la fête communale de Mériel. Au programme de cette fête, figurait un concert donné par la musique de la Société « La Française », composée d’une trentaine de jeunes gens du patronage du curé de la paroisse. Les communistes du pays avaient écrit au maire et affiché qu’ils empêcheraient ce concert. Pour y arriver, ils avaient fait appel à leurs camarades de Méry-sur-Oise, Persan Beaumont, Taverny et l’Isle-Adam. Le maire de son côté, avait demandé le secours de la gendarmerie. Au moment où commença le concert, les communistes poussèrent des cris et entonnèrent l’Internationale.

Le maire ayant donné l’ordre de faire évacuer les perturbateurs, une bagarre en est résultée. Attaqués à coups de matraques et de pierres, les gendarmes se sont défendus à coups de crosse de mousqueton. Le maréchal des logis chef de gendarmerie Chauvel a été atteint à la tête et s’est écroulé. Il a été piétiné, mais ses hommes ont pu le dégager. Il portait une grave blessure à la base du crâne et il a, croit-on, l’épaule droite fracturée. Trois autres gendarmes des brigades de Pontoise ont été plus ou moins grièvement blessés. De leur côté, les communistes ont eu de nombreux blessés. Des renforts sont arrivés avec le capitaine de gendarmerie Blanchard, de Pontoise, et le calme a pu être rétabli. Plusieurs arrestations ont été opérées. Une quinzaine de gendarmes sont restés à Mériel pour assurer la sécurité des habitants ».

M. Mouton, juge d’instruction à Pontoise, a fait recueillir, hier, les déclarations d’un carrier, M. Auguste Peillon, demeurant 8, rue Alphonse Callé à Auvers sur Oise. M. Peillon a été frappé par des grévistes de Méry parce qu’il avait repris le travail et a dû s’aliter. La grève des carriers de Méry sur Oise continue de se dérouler sans nouveaux incidents. Il ne reste à peu près que soixante-dix ouvriers qui n’ont pas repris le travail, un groupe de quatre-vingt manœuvres a décidé de quitter le pays… Les patrons de Méry, ont donc perdu au cours de cette grève en plus de leurs pertes d’exploitation, près de 40% de leur effectif ouvrier. Une centaine de travailleurs, terrassiers, carriers et plâtriers de la région de Boisemont, se sont également mis en grève. A la demande de son défenseur, Philippe Josse, arrêté pour entrave à la liberté du travail et sabotage, à Méry sur Oise, a été mis en liberté provisoire, en raison de la maladie de sa femme.

Le 7 juillet 1910 : Fin de la grève de Méry sur Oise

Dans la soirée, les carriers de Méry, au nombre de cent-cinquante environ, tinrent une réunion sous la présidence de M. Lapierre, secrétaire de la Fédération des Syndicats de Seine et Oise. Ils discutèrent de la sortie de grève et définirent dans quelles conditions devrait se produire une nouvelle grève, si les carriers n’obtenaient pas des patrons une réponse satisfaisante. Mais hier après-midi, la Compagnie Civet-Pommier a fait connaître qu’une augmentation de salaire de 5 centimes par heure était accordée aux ouvriers, à la date du 1er juillet. Comme cette compagnie est la seule dont le refus motivait la continuation de la grève, on peut considérer celle-ci, qui durait depuis quatre mois, comme complètement terminée. C’est à M. Duvernois, qu‘est due cette entente entre patrons et ouvriers.

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Méry sur Oise – Le viaduc

Après une conférence entre MM. Autrand et Duvernois, le départ de tous les dragons et de 50 gendarmes a été décidé pour aujourd’hui. Quarante gendarmes restent seulement pour assurer le service. Depuis plus de quinze jours, il n’y a eu aucun désordre à Méry.

Le 21 juillet 1910 : La soupe communiste cesse ses distributions

La soupe communiste, qui fonctionnait depuis quatre mois à Méry, a cessé ses distributions. Vingt-cinq gendarmes ont reçu l’ordre de partir. Il en reste une vingtaine.

Postface

Pour l’opinion publique de notre pays, la grève est considérée comme un « sport national ». C’est ce que nous serinent chaque jours nos « médias ». Mais rassurez-vous, ces médias préfèrent la culture de l’ignorance à celle de l’exactitude. Ils nous mentent effrontément :

  • Stéphane Sirot [3] a fait une étude qui porte sur 6 pays européens entre 1900 et 1970. Il met en évidence que, durant cette longue période, la France ne s’est jamais distinguée par une activité conflictuelle particulièrement élevée. Si l’on établit un classement, on trouve que c’est l’Italie qui est la plus conflictuelle. Elle est suivie du Royaume-Uni. La France, quant à elle, se place en troisième position.
  • Jean-Daniel Reynaud [4], a fait une analyse sur les années 1955 à 1977 et sur 18 pays industrialisés. Il confirme que l’Italie est en tête des pays meneurs de grèves. Les pays d’Amérique du Nord (Canada et Etats-Unis) apparaissent également parmi les pays les plus fortement conflictuels. Comme pour l’étude précédente, la France se situe en dessous de la moyenne et se classe au 10e rang sur les 18 pays.
  • Michel Lallement [5] nous a fourni des statistiques pour 18 pays sur les années 1970 à 1980. On retrouve là encore l’Italie en tête, suivie du Canada. L’Espagne et la Grèce y apparaissent respectivement en troisième et quatrième places. Selon cette étude, la France occupe la 11e position. Elle est 1,6 fois moins conflictuelle que les Etats-Unis !
  • Le rapport établit par le député Robert Lecoue en 2003 et les études faites par Marck Carley de l’Observatoire Européen des Relations Industrielles en 2005 montrent que la France remonte à la 10e place dans le classement sur 25 pays, dont les pays Européens de l’Est.

Mais ce qui m’a le plus marqué en écrivant cet article, c’est que le scénario qui s’est passé il y a cent ans, reste toujours d’actualité pour tous les dirigeants d’entreprises de notre pays. Comment ne peut-on mieux conclure ce chapitre que par cet article paru dans le journal Le Figaro du 26 mai 1910 :

« Mieux vaut la douceur. Il n’est pas niable que les ouvriers carriers de Méry sur Oise ne soient de fort mauvaises têtes. Mais c’est ici, peut-être, le cas de faire remarquer - une fois de plus - qu’on n’a jamais que les grèves qu’on mérite ».


[1Les grèves des viticulteurs en 1907 furent réprimées par Georges Clémenceau, dans le sang et sans état d’âme. Mais à Bézier, le 21 juin, les soldats du 17e d’Infanterie majoritairement constitué de conscrits de la région du midi, craignant pour leurs concitoyens, se portèrent en tête de leur manifestation en portant leurs crosses de fusils en l’air, pour éviter que les troupes en face ne tirent sur les manifestants vignerons. Pour les punir, Georges Clémenceau envoya ces soldats combattre à Gafsa en Tunisie.

[2Le journal L’Aurore, quand à lui ne donne que le chiffre d’une petite quarantaine de carriers participant à ce grand meeting. Comme on le voit ici et comme à notre époque, le décompte du nombre des manifestants était déjà difficile à évaluer.

[3Stéphane Sirot : « Emploi ouvrier, syndicalisation et grèves en Europe occidentale de 1880 à 1970 : entre rapprochements et creusement des singularités », dans les Cahiers d’histoire, n°72 et dans « Industrialisation et soci étés. 1880/1970 », 1998, pages 23 à 47.

[4Jean-Daniel Reynaud : « Sociologie des conflits du travail », PUF 1982.

[5Michel Lallement : « Sociologie des relations professionnelles », Paris, La découverte, collection « Repères », 1995.

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17 Messages

  • La grève des poings tendus 17 septembre 2010 10:41, par Pierrick Chuto

    Bravo pour cette histoire fort bien racontée et illustrée de façon magistrale.
    Pierrick Chuto
    http://www.chuto.fr

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  • La grève des poings tendus 17 septembre 2010 13:31, par andrevessot

    Bonjour Jean-pierre,

    J’ai été fortement intéressé par votre article bien documenté où vous expliquez clairement les tenants et les aboutissants de cette grève des points tendus. C’est vrai que cette période du début du 20e siècle a du être très difficile pour beaucoup de travailleurs. Dans la même veine je vais d’ailleurs publier prochainement un article sur la grève des postiers en 1909.

    Bien amicalement et à bientôt sur Histoire-Généalogie.

    André VESSOT

    Répondre à ce message

    • La grève des poings tendus 18 septembre 2010 08:35, par jean-pierre auger

      Merci André.
      J’attends avec impatience votre article sur la grève des Postiers.

      Répondre à ce message

    • La grève des poings tendus 16 avril 2015 15:05, par André R. Stéger

      Bonjour,

      J’ai lu avec intérêt votre commentaire sur ce site et j’apprécie vos remarques.
      Cependant je m’intéresse plus particulièrement à une période plus récente de l’histoire de la carrière Hennocque, celle de l’occupation et des travaux réalisés par l’armée Allemande, notre association GERHCAS rassemblant les éléments sur le déploiement des armes V.
      Mais, pour compléter nos toujours insuffisantes connaissances, si vous avez le moindre renseignement, je vous serai reconnaissant de m’en faire part.
      Je reste dans l’attente du plaisir de vous lire.
      Cordialement

      André R. Stéger
      ars chez waloa.com

      Répondre à ce message

  • La grève des poings tendus 18 septembre 2010 07:22, par Fernand LAURENT

    Bonjour Jean-Pierre,
    Excellente étude de cette grève des carriers de pierre tendre... Etude dans laquelle le contexte est bien pris en compte : autorités locales et régionales, patronat, journalistes... Et cette opportunité qui s’offre aux grévistes de « tenir » : une voie ferrée en construction !

    Glissez votre regard jusqu’à mon article voisin « Un tout petit bassin houiller »... Vous trouvez la même offre de travail qui permit aux nôtres de tenir 19 semaines en 1899 !

    Bravo et merci pour le complément statistique qui corrige les idées toutes faites, sur le soi-disant « sport national français ». F.L.

    Répondre à ce message

    • La grève des poings tendus 18 septembre 2010 09:08, par Serge FIOCRET

      Bonjour à tous,

      Il est d’autant plus intéressant ce rappel historique que je demeure moi-même à Mériel, arpentant les rues de ces communes où le décor de certaines demeures et le souvenir de certaines personnes alimentent la conversation, et surtout quand la généalogie nous fait découvrir des familles de carriers dans nos rangs venus de Belgique plus précisément.

      L’exploitation de la pierre à plâtre se poursuit autour de nous.

      Bien amicalement.

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      • La grève des poings tendus 22 septembre 2010 21:14, par jean-pierre auger

        Oui, Serge, l’exploitation du gypse est encore intense sous la forêt de Montmorency et je ne peux qu’inciter les gens à aller voir le travail qu’y font les hommes de notre époque. Surtout ne vous arrêtez pas aux cancans de ceux qui ne saliront jamais la semelle de leurs souliers dans la poussière blanche et volatile des galeries souterraines. Le travail qui y est fait est fantastique, démesuré, titanesque ! Il est grand dommage que l’entreprise BPB Placo ne fasse pas (à ma connaissance) de journées « portes ouvertes » dans son exploitation.
        Sinon, il vous reste les journées du patrimoine en septembre pour découvrir la carrière du four à chaux à Méry ou celle de la chevalrue à Auvers sur Oise.

        Répondre à ce message

    • La grève des poings tendus 22 septembre 2010 20:39, par jean-pierre auger

      Bonjour Fernand,
      Je ne vais pas seulement glisser un regard sur votre article.... mais l’examiner de près et en prendre exemple !
      Concernant les idées reçues sur « l’esprit gréviste » des français, les études notées dans mon texte m’avaient interpellées et stupéfiées, car elles sont totalement opposées à ce que la presse et la télévision nous apprennent sur le sujet. Cela permet de comprendre pourquoi les financiers américains, coréens, indous et japonais investissent dans les industries de notre pays. Mais je n’irais pas dire qu’il n’y a que les financiers français qui hésitent, car une grande majorité en a conscience !

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  • La grève des poings tendus 19 septembre 2010 10:47, par Eugène Devue

    Bonjour,
    Excellent, cet article.
    Je m’intéresse à l’histoire des carrières et de l’exploitation de la pierre calcaire et du tuffeau.
    Quelqu’un pourrait-il m’en dire davantage sur les « anciennes carrières » de Méry-sur-Oise et de la région ?
    A quand remontent les plus anciennes exploitations ? Existe-t-il quelque recherche historique sur la question, pour ce qui concerne cette région ?
    En contrepartie, je pourrai fournir certains renseignements sur les carrières à tuffeau et à marne de la vallée du Geer et du Limbourg belge et hollandais.
    D’avance, merci.
    Eugène DEVUE
    edevue chez skynet.be

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    • La grève des poings tendus 22 septembre 2010 22:10

      Bonjour Eugène,
      Yannick Grain est la personne qui pourra vous aider dans vos recherches sur le gypse et l’exploitation des carrières de la région. Voir son impressionnant et très documenté site Internet dans la partie n°1 de mon texte : http://ruedeslumieres.morkitu.org/
      Vous pouvez aussi contacter Louis Peton à la mairie de Méry sur Oise, pour tout ce qui concerne la vie des carriers (il est descendant de carrier - son grand-père, ses oncles, son père et lui-même étaient carriers à Méry) et de plus il connait tous les contours et détours des carrières du pays, comme si c’était le fond de sa poche.
      Pour l’historique des carrières, l’IGC de Versailles peut vous aider : 145/147, rue Yves Le Coz 78000 VERSAILLES. Tel :01 39 25 12 12.

      Répondre à ce message

  • La grève des poings tendus 31 octobre 2010 18:35, par bibilapin

    Bonjour,
    Je viens de lire l’article de Jean-Pierre Auger, « la grève des poings tendus » que j’ai trouvé tout à fait remarquable. Mon grand-père était carrier à Méry-sur-oise, il s’appelait Alfred Drop - (nom cité dans l’article) - il est né en 1889, il avait 21 ans au moment des manifestations. Comment pourrais-je savoir s’il s’agit de lui ou d’un homonyme.
    Bien cordialement - Françoise

    Répondre à ce message

    • La grève des poings tendus 31 octobre 2010 20:50, par Jean-Pierre Auger

      Je pense que le jeune carrier Alfred Drop arrêté pour avoir été soupçonné d’avoir tiré des coups de revolver sur le sous-préfet et le capitaine de gendarmerie ; puis innocenté et relâché après avoir été entendu par le juge d’instruction Mouton, est très certainement votre grand-père. Certes, l’on était à cette époque carrier de père en fils, mais il me semble fort peu probable que deux cousins du même âge et portant le même prénom se soient fait simultanément embaucher pour travailler aux carrières à Méry.
      Mais je ne peux vous en dire plus sur votre grand-père. Louis Peton a peut-être travaillé avec lui quand il était « jeune arpette » à la carrière Hennocque. Prenez contact avec lui à la Mairie de Méry où il est conseiller municipal.
      Amicalement.
      Jean-Pierre Auger

      Répondre à ce message

  • La grève des poings tendus 6 mai 2011 18:37, par yann

    cet article est trés interessant, j’ai étudié les carrieres de meru sur oises aux archives départementales de cergy. la bas il y est évoqué les grèves.
    j’apprécie vos photos industrielles de la gare est ses trains de blocs de pierres.merci encore pour toutes ces informations car il est rare de nos jours d’avoir des informations anciennes sur les carrieres de mery sur oise.

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  • La grève des poings tendus 8 avril 2013 07:23, par Serge Bianchi

    Je travaille sur la grève des terrassiers-carriers de Draveil-Vigneux (6 morts, entre juin et juillet 1908). j’ai lu votre article, très riche et illustré, et je vous félicite. Je constate pour une grève de 99 jours de nombreux poins communs et il y aurait probablement une étude sur les grèves du bâtiment à la Belle Epoque. Je pense publier un ouvrage d’ici trois ou quatre mois et je voudrais vous citer dans ma bibliographie...

    Répondre à ce message

  • La grève des poings tendus 22 mai 2013 13:14, par Sébastien Legrand

    Bonjour,

    Un très grand merci pour votre article !! Je suis l’arrière petit fils de Albert Domblé né à Létanne et arrêté pour rébellion. Il est mort quand ma grand mère avait 14 ans... Autant dire que cette histoire n’était pas connue dans ma famille... Si vous avez d’autres informations sur lui qui n’apparaissent pas dans l’article, je suis preneur.
    Encore merci.

    Sébastien Legrand

    Répondre à ce message

  • La grève des poings tendus 2 octobre 2018 22:21, par Tristan DANGER

    Bonjour,

    passionné de carrières, je mène également des recherches, dans les archives, les mémoires des anciens et sous terre.
    Je souhaiterai connaître la bibliographie de votre article la grève des poings tendus.

    Merci de cet article intéressant.

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    • La grève des poings tendus 3 octobre 2018 13:45, par Jean-Pierre Aiger

      Pas de réelle bibliographie sur cet épisode de la dure vie des carriers de Méry.

      La lecture de la presse de l’époque (merci à Gallica et à la BNF) et les souvenirs des anciens de ma famille.

      Bonnes recherches.

      Répondre à ce message

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