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La grève des bras croisés

Le vendredi 25 juin 2010, par Jean-Pierre Auger

En faisant des recherches pour savoir ce que je pourrais raconter à mes petits enfants sur les carrières de la région, ma curiosité fut aiguillonnée par des textes sur le mouvement de révolte des ouvriers carriers de Méry sur Oise en 1910. Au départ, il concernait toutes les carrières qui exploitaient les gisements de pierre et de gypse sous la forêt de Montmorency : Taverny, Bessancourt, Frépillon, Méry, Mériel, Villiers-Adam et Parmain.

Nous allons suivre maintenant au jour le jour, ce mouvement de révolte des ouvriers carriers de Méry sur Oise. Au départ, il concernait toutes les carrières qui exploitaient les gisements de pierre et de gypse sous la forêt de Montmorency : Taverny, Bessancourt, Frépillon, Méry, Mériel, Villiers-Adam et Parmain.

Le 12 mars 1910 : Envoi d’un préavis de grève

Le samedi 12 mars, les carriers par la voie de leur syndicat national déposent leurs revendications dans les mains des patrons. À tous, ils envoient un courrier précisant leurs revendications et font saisir un juge de paix, qui sera témoin de la négociation, comme l’oblige la réglementation du travail de l’époque. En même temps, ils décident à l’unanimité que si les patrons ne fixent pas avant le 19 mars une date pour entrer en pourparlers avec la délégation ouvrière, aucun ouvrier ne rentrerait sur les chantiers des carrières le lundi 21 mars.

Du 12 au 21 mars 1910 : Une réponse par voie d’affichage public

Les patrons pour toute réponse firent coller sur les murs de Méry et des communes environnantes des affiches sur lesquelles ils déclarent qu’ils ne veulent discuter qu’avec leur personnel. Ils refusent de reconnaître comme interlocuteurs, les représentants du Syndicat national des ouvriers carriers et tailleurs de pierre. Ils envoient le texte de leur refus au siège du Syndicat Ouvrier.

Le 22 mars 1910 : Il est à craindre que les 800 carriers du bassin ne suivent

Dans leurs journaux quotidiens, les Français peuvent lire le mardi 22 mars : « Une nouvelle grève vient d’éclater en Seine et Oise, dans la région de Pontoise où 350 ouvriers carriers ont abandonné le travail, hier matin, à Bessancourt, Méry sur Oise, Parmain et Villiers-Adam. Ils étaient depuis trois semaines vivement sollicités de se joindre aux mouvements de grève de la région…. Les terrassiers travaillant au doublement de la voie ferrée, sur l’Ouest-État, entre Pontoise et Gisors, ont eux-mêmes abandonné leur tâche ».

En effet, le lundi 21 mars, comme ils l’avaient annoncé, les ouvriers carriers viennent de cesser le travail. Ils déclarent qu’ils ne le reprendront que lorsque les patrons consentiront à discuter avec leur organisation syndicale et à accorder pleine et entière satisfaction à leurs revendications, qui sont : la suppression du tâcheronnat, la journée de dix heures, une augmentation de salaire, la signature d’un contrat collectif, etc…. Il est à craindre que les huit-cents carriers du bassin de Montmorency ne suivent le mouvement.

Le 23 mars 1910 : La grève s’organise à Méry

La CGT soutient la grève des ouvriers carriers de Méry. Elle leur a envoyé deux émissaires, les citoyens Vincent et Lapierre. En outre, elle leur alloue quotidiennement une somme de 400 francs. Le journaliste Pierre Tesche peut écrire dans son journal l’Humanité le 23 mars : « Les camarades sont pleins d’entrain et d’énergie. Les soupes communistes, installées à la Coopérative fonctionnent régulièrement. Plus de 1.800 portions sont distribuées tous les jours. Un délégué du syndicat est constamment sur les lieux. Ces jours derniers une tentative de conciliation a été faite par le sous-préfet de Pontoise. Les patrons la repoussèrent brutalement. Ils ont mis ainsi tous les torts de leur côté ».

Le 29 mars 1910 : Chacun reste sur ses positions. Premier défilé dans Méry

La grève des carriers qui dure depuis huit jours, demeure sans changement. Les maîtres carriers et les ouvriers paraissent décidés à ne plus céder. Ces derniers accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, ainsi que de leurs camarades champignonnistes, qui par esprit de solidarité avaient demandé la veille de se joindre à eux, se sont réunis salle Veuve Paul Bélier, au nombre de 560. Après avoir entendu leurs meneurs, MM. Lecoq, Lapierre et Travert, exposer la situation et la mauvaise foi des patrons carriers qui se sont refusé à discuter avec eux, les grévistes ont décidé de ne réintégrer le travail que lorsque les maîtres carriers auront traité avec le syndicat. A sortie de la réunion, une manifestation a eu lieu. Elle a remonté la rue de Paris et s’est déroulée au chant de l’Internationale, drapeau rouge en tête. A Frépillon elle prit fin, puis les ouvriers carriers et leurs familles se sont rendus à la soupe communiste, établie au siège de la coopérative, sur la place de la mairie. Le sous-préfet de Pontoise était venu sur les lieux pour faire infléchir la conduite des patrons. Sa démarche s’est soldée par un échec.

Le 30 mars 1910 : Le juge de paix tente une conciliation

Le juge de paix de l’Isle-Adam, tente une conciliation. Les patrons vont-ils une fois encore refuser de négocier avec le syndicat ouvrier ? Les ouvriers carriers font appel aux habitants de la région pour alimenter leurs soupes communistes. En effet, tous les jours il est distribué entre 1.800 et 2.000 rations pour les 360 grévistes de Méry, qui sont pour la plupart chargés de famille.

Les « soupes communistes »

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Soupe communiste à Nantes – Grève des dockers
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Soupe communiste à Fougères – Grève de la chaussure

Les « soupes communistes » furent créées pour aider les ouvriers dans les conflits sociaux de longue durée.
Le matériel de subsistance appartenait aux Bourses du travail et les repas étaient financés par les Caisses syndicales.
Les repas avaient un prix de revient minime, variant de 0,20 franc à 0,40 franc par personne.
Ces soupes communistes furent consacrées lors de la longue lutte des travailleurs de la chaussure à Fougères, en 1907.
Pendant les grèves, ces repas pris en commun stimulaient les grévistes et atténuaient leur appréhension des lendemains incertains. C’était pour eux et leurs familles le pain assuré. C’était la solidarité renouvelée chaque matin et solidifiée par un contact permanent.

Le 05 avril 1910 : Réunion syndicale, puis défilé dans les rues de Méry

A 2 heures, le 5 avril, a eut lieu la réunion syndicale quotidienne. Ont pris la parole : M. Vincent, du syndicat des carriers et terrassiers de Seine et Oise, qui dénonça les conséquences qu’aurait la réussite du projet patronal et M. Trioulère, des tailleurs de pierre de la Seine, qui assure aux grévistes l’appui moral et financier de son organisation. Après la réunion, une manifestation défila dans les rues de Méry, conspuant devant leurs demeures les patrons récalcitrants. Drapeau rouge en tête, la manifestation prit fin sur la place de la mairie, où un gréviste clôtura cette manifestation par une chanson prolétarienne.

Le 06 avril 1910 : Réponse patronale au juge de paix, par voie d’affichage public

En réponse à l’affiche de M. le juge de paix de l’Isle-Adam, les patrons carriers font apposer sur les murs de la région, une affiche dans laquelle ils font savoir qu’ils ne sont disposés à entrer en pourparlers qu’avec leurs ouvriers respectifs, chacun en ce qui le concerne. De plus, ils déclarent qu’ils ne consentiront à écouter les désidératas des grévistes que lorsqu’ils auront réintégré les chantiers. Sinon, ils se verront dans l’obligation de fermer les carrières et ce pour une durée indéterminée. Lors de leur réunion hebdomadaire, tenue à Méry, les ouvriers carriers grévistes confirment qu’ils continuent la grève, malgré les menaces des patrons. Puis ils partent manifester au chant de l’Internationale dans la direction de Mériel. Les patrons carriers font courir le bruit qu’ils sont menacés des plus grands dangers et qu’ils ne sont pas en sûreté chez eux. Ils se barricadent dans leurs maisons, fermant toutes les issues, jusqu’aux soupiraux des caves. Ils font également courir le bruit qu’ils partent en villégiature, puisque leurs entreprises ne fonctionnent plus. En attendant, les marmites des soupes communistes fonctionnent de plus belle, et les grévistes sont bien décidés à continuer la lutte.

Les « jaunes » et les « renards »

Le « syndicalisme jaune » est un mouvement syndicaliste français, aussi connu sous cette dénomination dans d’autres pays : les « yellow unions ».
Cette forme de syndicalisme, constituée par opposition aux syndicats « rouges » socialistes ou communistes, refuse comme mode d’action la grève et l’affrontement direct contre le patronat. L’origine de ce mouvement vient du député Pierre Biétry, qui crée le 1er avril 1902, la « Fédération nationale des Jaunes de France ».
Pour les grévistes, les jaunes sont les non grévistes. Ce qualificatif s’est généralisé et a pris un sens péjoratif, qui dans ce récit désigne les « traîtres ».
Ces traitres, sont également appelés « renards ». Chaque grève de l’époque voit ses « chasses aux renards », dont le déroulement est toujours à peu près le même : des ouvriers sont en grève et d’autres continuent à travailler. Ceux qui ont cessé le travail usent de violence pour contraindre leurs camarades à suivre leur exemple. Ils envahissent la carrière ou le chantier. A coup de pierres, d’outils ou de bâtons, ils attaquent ceux qu’ils appellent des traîtres et qui ont refusé de se soumettre aux ordres des meneurs de la grève.
En 1910, même signalées, ces attaques ne frappaient que fort peu l’attention du public, qui s’était habitué à les considérer comme inévitables lors de toute suspension collective du travail.
De nos jours, nous savons que le respect de la liberté d’autrui est l’une des conditions essentielles à l’équilibre de toute société civilisée.

Le 07 avril 1910 : Grande manifestation dans les villages du bassin

Les ouvriers carriers du bassin de Méry sur Oise, sont en grève depuis trois semaines. Ils se livrent le jeudi 7 avril à une grande manifestation dans tous les villages de la région. Au nombre de 400 environ, drapeau rouge en tête, ils parcourent les rues des diverses localités du bassin, se livrant à des démonstrations violentes sous les fenêtres des patrons, lesquels menacés avaient préalablement quitté le pays dans la matinée. Dans les semaines précédent ce défilé, les grévistes n’avaient pas hésité à menacer les ouvriers qui s’étaient refusé à faire grève et continuaient à travailler. Ces ouvriers étaient qualifiés de « jaunes ». La gendarmerie avait été obligée d’enregistrer plusieurs plaintes pour entrave à la liberté du travail. D’autre part dans la région les ouvriers agricoles des fermes de la Haute Borne à Méry, de Fromainville-Garenne à Achères, des Fonceaux à Poissy, des Grésillons à Carrières sous Poissy s’agitent à nouveau. Ils réclament les augmentations de salaires, qui leur avaient été accordées sur le papier, après la grève de juillet dernier et qui ne leur sont pas payées. Ils menacent de reprendre de nouveau leur grève.

Le 11 avril 1910 : Les patrons carriers partent en villégiature

Les patrons carriers ne sont pas encore rentrés de villégiature. La lutte ouvrière n’en continue que plus vive et plus ardente. Très peu de défection dans les rangs des grévistes, qui semblent plus motivés que jamais. Ils continuent leurs actions de souscriptions à Méry et les environs pour alimenter les marmites de leurs soupes communistes. La population de Méry et des environs soutient généreusement les carriers, elle a déjà versé 800 francs au Comité de grève, ainsi que des dons en nature. Les syndiqués des tailleurs de pierre de la Seine ont envoyé 200 francs. Sur les chantiers des carrières, les grévistes montent une garde vigilante afin que pas un morceau de pierre n’en sorte. Le journal l’Humanité soutient leur action et écrit dans ses colonnes : « Bravo, les camarades carriers ! Debout et tenez bon ! De la volonté, de l’énergie, et vous arriverez à triompher de l’insolent dédain de vos patrons ! ».

Le 11 avril 1910 : Les maçons de l’Isle-Adam cessent également le travail

La grève fait tache d’huile chez les maçons de l’Isle-Adam, où 250 maçons ne reprennent pas le travail le lundi 11 avril 1910. Ils réclament une augmentation de dix centimes par heure de travail. Les patrons font appel à la gendarmerie pour aller chez les ouvriers les plus indécis et pour les inciter à retourner travailler. Ils jouent de leur influence auprès des commerçants, leur demandant de refuser les crédits aux ouvriers récalcitrants.

Le 13 avril 1910 : Manifestation devant la préfecture à Versailles

Devant la préfecture de Versailles, le 13 avril, les grévistes de Seine et Oise défilent. Ils sont pourchassés dans la ville pendant toute la matinée par des rondes volantes de dragons, car l’armée a été appelée en renfort. A onze heures, M. Autran, le préfet de Seine et Oise, reçoit une délégation des patrons des diverses corporations dont le personnel est en grève et se fait exposé les revendications présentées par les ouvriers. Aucun accord ne peut être trouvé lors de cette entrevue, qui dure plus de deux heures. Les patrons des diverses corporations en grève dans la Seine et Oise démontrent à M. Autran que les désidératas des ouvriers sont inapplicables. Leur argumentation tient dans le fait que les grévistes exigent l’application des tarifs ouvriers de Paris. Mais leurs confrères de Paris n’ont pas à supporter les charges qu’ils ont, notamment pour le coût des transports. Ce même jour, à l’audience des flagrants délits de la deuxième chambre du tribunal correctionnel de Versailles, le secrétaire du syndicat des terrassiers de Versailles, Eugène Chermat est reconnu coupable de violences et d’entraves à la liberté du travail. Il est condamné à deux mois de prison, avec sursis. Condamnation, somme toute théorique et très légère, prise afin d’apaiser les esprits.

Le 15 avril 1910 : Les esprits s’échauffent à Méry

Les ouvriers agricoles des fermes de la ville de Paris, données en concession à M. Léthias demeurant à la Haute-Borne à Méry, n’ont pas reçu les augmentations de salaires négociées lors de leur dernière grève. Ils viennent de lui envoyer un cultivateur en délégation pour l’inviter à faire savoir dans les trois jours, s’il consent à observer les clauses du contrat signé. Ils menacent de reprendre leur grève. La nuit dernière, un incendie a tenu éveillé le personnel de la ferme de la Haute-Borne. Une grosse meule de luzerne était la proie d’un incendie depuis huit heures du soir. L’incendie n’a put être conjuré définitivement que vers deux heures du matin. L’enquête aussitôt ouverte par la gendarmerie locale fait peser des soupçons sur quatre individus, mêlés de très près à l’organisation de la grève qui se poursuit depuis environ un mois parmi les ouvriers du bâtiment, maçons et carriers, du canton de l’Isle-Adam.

À Chauvry, hier après-midi, M. Laroche, adjoint au maire, travaillait dans son champ, lorsqu’un individu nommé Denis Chaulois vint l’y menacer. La gendarmerie de Moisselles, sur la plainte de M. Laroche, s’est rendue dans la commune hier après-midi et y a procédé à l’arrestation de Denis Chaulois, âgé de trente-huit ans, syndicaliste convaincu, déjà dix fois condamné. Le parquet de Versailles le faisait rechercher pour purger une condamnation d’un mois d’emprisonnement, prononcée en octobre dernier pour entraves à la liberté du travail.

Avec les grévistes de Villiers-Adam et de Méry, Chaulois « sommait » les habitants de Chauvry et de la région de donner de l’argent ou des provisions alimentaires pour les soupes communistes. Une trentaine de terrassiers grévistes voulurent s’opposer à son arrestation et décidèrent qu’ils le délivreraient lorsqu’on l’emmènerait à Pontoise. Les gendarmes durent enfermer leur prisonnier dans une voiture et partir à un moment où on ne s’y attendait pas, pour éviter leurs adversaires.

Le 19 avril 1910 : Fin de la grève des maçons à Parmain, l’Isle-Adam

La grève des ouvriers maçons s’est terminée, hier à Parmain et à l’Isle-Adam, à la suite d’un arbitrage du juge de paix de cette dernière localité. Le juge de paix du canton de Saint-Germain en Laye a, de son côté, proposé l’arbitrage aux grévistes du bâtiment de Saint-Germain et une entente paraît probable à bref délai. A Versailles, on a constaté, hier, une reprise partielle du travail, sauf parmi les couvreurs et les éboueurs. Toutefois, quelques incidents se sont produits et les dragons ont dû charger, boulevard du Roi, pour disperser des grévistes qui voulaient renverser des tombereaux.

Le 21 avril 1910 : Les maçons de Poissy entrent dans la danse

Les maçons de Poissy se sont réunis au nombre de 200 environ, salle de la Mairie. Ils ont décidé de présenter des revendications à leurs entrepreneurs et leur ont donné vingt-quatre heures pour les accepter ou les refuser. Si au soir du vendredi 22 avril, les patrons n’ont pas adhéré aux demandes de leurs ouvriers, la grève sera déclarée.

À Saint-Germain, la grève des maçons est en décroissance.

À Méry sur Oise, malgré le départ des patrons carriers des propriétés où ils demeurent, les ouvriers carriers ne baissent pas les bras. A leur réunion habituelle, M. Gallois, délégué de la Fédération du bâtiment prit la parole et les encouragea à poursuivre leur mouvement. Après la réunion, ils firent une grande manifestation dans les rues. La chasse aux « jaunes » continue et lorsque les grévistes en découvrent, ils vont les chercher, leur accrochent une grande pancarte dans le dos où est écrit : « Regardez un jaune » et les placent en tête des manifestations.

Le 22 avril 1910 : Premières violences physiques

Après six semaines de grève, un incident violent vient d’avoir pour théâtre, la nuit dernière, les galeries d’une carrière de Villiers-Adam, exploitée par M. Labrousse, maire de cette commune et son associé, M. Roux. Dans la soirée d’avant-hier, quatre « jaunes » étaient allé s’allonger pour dormir, auprès des fours de la carrière Labrousse et Roux. Ils furent tirés soudain de leur sommeil par la venue de deux autres grévistes, qui exigèrent la présentation d’une carte d’affiliation à un groupement syndical reconnu par la CGT. Devant la résistance des ouvriers chaufourniers, les grévistes tirèrent six coups de revolver sur le groupe des dormeurs et engagèrent une bagarre au corps à corps et les lapidèrent, alors qu’ils étaient encore étendus, avec des pierres à chaux destinées à la cuisson. Sur les quatre dormeurs, le plus grièvement atteint est un nommé François Desesquelles, âgé de 47 ans, qui ne porte pas moins de cinq blessures à la tête, a le nez écrasé et se plaint de lésions internes. François-Marie Prigent, 32 ans et Louis Leduc, 39 ans, rossés à coup de pied et de poing, ont également porté plainte à la gendarmerie de Méry sur Oise. Le quatrième dormeur, Aristide Dagrave, a été épargné par les deux agresseurs.

Le 23 avril 1910 : La grève s’étend aux cimenteries

Le 23 avril, à la veille du premier tour des élections législatives, Le Petit Journal annonce que les cimentiers en Seine et Oise se joignent eu mouvement de grève des carriers de Méry : « Les ouvriers cimentiers des usines de Guerville et Dennemont se sont mis en grève. Dans la matinée d’hier, ils sont allés à Mantes au nombre de trois cents environ, drapeau rouge déployé, en chantant l’Internationale et précédés par M. Goust, maire de Mantes, se sont rendus à la sous-préfecture où a eut lieu une longue entrevue. Les grévistes demandent une augmentation de salaire ».

Le 24 avril 1910 : Premier tour des élections législatives

Rarement on a vu d’élections générales aussi calmes, aussi dépourvues d’incidents, d’éloquence et d’intérêt que celles de 1910. Dès le premier tour, la France voit un déferlement des Républicains de gauche. Le basculement de l’opinion publique vers les Républicains de gauche était attendu par le pouvoir en place.

Le 25 avril 1910 : Sanglantes échauffourées à Saint-Denis

A Epinay, les ouvriers terrassiers occupés à la réfection de la voie ferrée de la Compagnie du Nord étaient en grève depuis une dizaine de jours. Chaque jour, après leur réunion syndicale, ils allaient manifester, sans incident notable, dans les localités environnantes. Ce lundi, après leur réunion salle Ferrer à Saint-Denis, deux cents grévistes partirent vers la place de la gare en chantant l’Internationale. Ils furent refoulés. Une nouvelle colonne de gréviste se reforma vers 14h, rue Coignet où se trouvait un poste de police. Les policiers n’arrivant pas à disperser les manifestants qui lançaient des pierres, ils appelèrent les cuirassiers d’infanterie qui chargèrent. Lors de la charge, l’un des policiers, le sous-brigadier Courniot, blessa gravement d’une balle dans le flanc l’un des deux cents terrassiers grévistes qui envahissaient la ligne de chemin de fer entre Saint-Denis et Epinay. Le jeune manifestant avait 21 ans et s’appelait Jean-Louis Philippe.

Le 27 avril 1910 : Le 120e de ligne surveille de la ligne de chemin de fer

Les brigades de gendarmerie du canton de Montmorency et plusieurs détachements du 120e de ligne sont placés en surveillance des lignes de chemin de fer de la Compagnie du Nord sur les directions de Creil, de Beaumont et de Pontoise pour prévenir toute tentative de sabotage de la part des grévistes de Saint-Denis. A Méry, une nouvelle tentative de conciliation est actuellement faite par le sous-préfet de Pontoise, mais il est fort probable qu’elle n’aura encore aucun résultat. Les ouvriers carriers préparent leur manifestation du 1er Mai.

Le 1er Mai 1910 : Les manifestants défilent de Méry à Vaucelles

Le 1er mai se passe sans incident grave dans une région Parisienne mise sous haute surveillance de l’armée. A Méry sur Oise, la manifestation du 1er Mai fut grandiose. Le rassemblement eut lieu sur la place. Les manifestants se rendirent ensuite rue de l’Isle-Adam. Là, un conseiller municipal remplaça la plaque existante par une autre portant : « Rue Francisco Ferrer [1] ». Tous les travailleurs réunis saluèrent cet acte par les cris de : « Vive Ferrer, vive la Liberté ». Puis le défilé partit de Méry avec 400 participants, il traversa les rues de Sognolles, Taverny, Vaucelles, Frépillon et arriva à Villiers-Adam avec 800 personnes au moins. Un grand meeting fut alors organisé salle Guébet où M. Bourrassée du Syndicat des Carriers de Seine et Oise et M. July, délégué de la Fédération du Bâtiment firent l’historique du travail fait par la classe ouvrière jusqu’à ce jour et du chemin qui restait à parcourir. Au retour à Méry, un nouveau meeting eut lieu. Une collecte faite au cours de cette manifestation rapporta 70 francs, qui furent versés à la coopérative ouvrière qui s’occupe des soupes communistes. La manifestation produisit une impression énorme dans le pays à peine touché par l‘évolution syndicale révolutionnaire.

Le 2 Mai 1910 : Répression sanglante à Dunkerque

Le 2 mai, de violentes émeutes ont lieu à Dunkerque où les troupes de dragons à cheval chargèrent les grévistes du bâtiment qui étaient plus de 6.000 et qui se protégèrent en élevant des barricades.

Le 07 mai 1910 : 50 gendarmes réquisitionnés pour aller à Méry

Les ouvriers champignonnistes viennent de se mettre en grève pour obtenir une augmentation de salaire. Six patrons ont déjà accepté de signer le contrat qui leur a été présenté par le syndicat. En raison de l’agitation qui règne parmi les champignonnistes et les carriers de Méry sur Oise, 50 gendarmes viennent d’être réquisitionnés à Pontoise et à Versailles à la demande de M. Duvernois, sous-préfet de Pontoise.

Le 08 mai 1910 : Sabotages à Méry et Villiers-Adam

Les grèves des carriers et des champignonnistes de la région de Méry sur Oise et de Villiers-Adam ont donné lieu à plusieurs actes de sabotage. Un bourrelier, Gabriel-Paul Favreau, âgé de 52 ans a été arrêté pour entrave à la liberté du travail. Deux carriers, André Jouanne et Octave Couanaut, qui avaient dételé, renversé et brisé un tombereau dans la cité de Menandon (Cergy), ont également été arrêtés et écroués à Pontoise. A Saint-Germain en Laye, une tentative d’arbitrage n’a pas donné de résultats et les maçons ont voté la continuation de la grève.

Le 12 mai 1910 : Réponse explosive des patrons carriers aux propositions ouvrières

Début mai, quelques ouvriers carriers grévistes de Méry avaient demandé par l’intermédiaire du maire de la commune, d’entrer en pourparlers avec les patrons carriers de Méry. Cette idée de médiation leur avait été suggérée par des tâcherons travaillant pour la Compagnie Civet et Pommier. Les patrons carriers se réunirent le 3 mai et eux, qui jusqu’ici avaient fait aux non-grévistes des promesses d’augmentation de salaire, reviennent aujourd’hui sur ces propositions.

« Réponse des patrons aux jaunes : Répondez aux ouvriers qui sont venus vous trouver que nous consentons à ce qu’ils reprennent le travail, à la condition absolue que la reprise aura lieu simultanément dans tous les chantiers, aussi bien chez nous que chez nos confrères. Les prix payés seront les mêmes qu’avant la grève. Les ouvriers accepteront formellement de se soumettre au réglement que nous élaborons et que nous leur ferons connaître. La pierre de Méry ayant été supprimée dans la plupart des affaires où elle était prévue, en raison de la grève, le nombre des heures de travail sera réduit jusqu’à nouvel ordre et subordonné à nos besoins. Si les ouvriers acceptent ces conditions, la reprise en tout cas ne pourra avoir lieu que le 18 courant. Signé : Hennocque fils ».

Dans leur réunion tenue hier matin, les grévistes ont condamné comme il convient ce texte. Ils se sont refusés à toute entente dans de pareilles conditions et ont pris les mesures suivantes pour poursuivre leur lutte :

  • Tout d’abord, ils permettent à tous de s’embaucher partout où ils pourraient trouver du travail et en premier lieu, sur les travaux de chemin de fer qui s’effectuent actuellement sur les lignes des Chemins de fer du Nord.
  • Les soupes communistes continueront à fonctionner. Tous les grévistes embauchés s’engageront à continuer de participer aux soupes communistes. Ils verseront la moitié de leurs salaires à la coopérative ouvrière.
  • D’autre part, tous ceux qui cesseront de se servir de la « popote communiste » verseront 75 centimes par jour, pour être versés aux autres grévistes qui restent et qui sont chargés de la garde des chantiers. Ce sera pour ces derniers « le sou de poche ».

Les grévistes réaffirment qu’ils auront raison de l’intransigeance patronale.

Le 13 mai 1910 : Isolés, les maîtres-carriers de Méry sur Oise s’obstinent

Dans les plâtrières de Seine, Seine et Oise et Seine et Marne, un accord global vient d’être signé entre la CGT et les patrons carriers. Le journal l’Humanité rend compte de cette négociation dans ses colonnes :

« Le 20 avril dernier, le citoyen Lapierre, secrétaire de l’Union syndicale des travailleurs de Seine et Oise, adressait à la direction de la société « Le Plâtre », composée d’environ soixante patrons ou établissements, une lettre demandant une entrevue pour régler les conditions de travail et de salaires dans les plâtrières situées dans les départements de la Seine, Seine et Oise et Seine et Marne. Le secrétaire de l’Union ajoutait que des dispositions seraient prises, en accord avec la Fédération du Bâtiment, dans le plus bref délai si la Chambre syndicale patronale ne répondait pas à l’offre de discussion des travailleurs organisés. Il adressait en même temps au siège de la Société, 39, rue Meslay, un projet de contrat. Le 3 mai, avait lieu la première entrevue au cours de laquelle, après discussion, les propositions ouvrières étaient acceptées en principe. Hier a vu la signature du contrat suivant entre les délégués patronaux et ouvriers : Entre les soussignés… Il a été convenu ce qui suit :

Art. 1– Le présent contrat est applicable dans toutes les carrières et usines à plâtre des départements de Seine, Seine et Oise et Marne,

Art. 2 – Le salaire minimum pour les différentes catégories d’ouvriers est de :

  • 0,70 l’heure pour les caveurs boiseurs,
  • 0,65 l’heure pour les carriers employant la poudre,
  • 0,60 l’heure pour les ouvriers des carrières,
  • 0,55 l’heure pour les ouvriers d’usines et les charretiers-wagonniers,
  • 5,50 la journée pour les charretiers sur route à un cheval,
  • 6 fr. la journée pour les charretiers sur route à deux chevaux,
  • 6 fr. 50 pour les charretiers sur route à 3 chevaux,
  • 3 fr. la demi-journée de pansage du dimanche. Il sera alloué une plus-value de 10% sur toutes les heures passées à des travaux faits dans l’eau ou à des travaux de réparations dans le cavage sur échafaudages.

Art. 3 – Le repos hebdomadaire sera appliqué sans aucune dérogation, sauf pour les travaux d’entretien et les travaux d’un caractère urgent.

Art. 4 – La durée maxima de la journée de travail sera de 11 heures.

Art. 5 – Il est interdit d’une façon absolue aux patrons directeurs, chefs de chantiers, d’avoir des cantines près des usines ou des carrières.

Art. 6 – La paie a lieu tous les quinze jours, et le prêt journalier est égal aux 4/5 du salaire de la journée.

Art. 7 – L’outillage et la lumière seront fournis par le patron.

Art. 8 – Une carte sera délivrée par le patron à chaque ouvrier dès son embauchage et cette carte mentionnera la profession et le prix de l’heure.

Art. 9 – Les délégués des syndicats ouvriers seront autorisés à vérifier cette carte au moment de la paie.

Art. 10 –Pendant l’hiver, une entente s’établira entre les délégués des syndicats ouvriers et les différents patrons pour atténuer le chômage par une réduction des heures de travail.

Art. 11 – Le présent contrat est applicable à partir du 16 mai 1910 jusqu’au 31 mars 1911 par tacite reconduction, pour neuf mois, pour la période du 1er avril 1911 au 31 décembre.

Ont signé :

  • Les patrons : Aubry-Pachot et Cie à Gagny, Audebert à Montmagny, Becker à Villemomble, Bertolle à Villiers le Bel, Birckel à Sannois, Chatellier à Villejuif, Desforges frères à Vitry sur Seine, Dian et Magot à Sannois, Dumont et fils à Neuilly-Plaisance, Eterlet à Chelles, Ferry-Bresseau fils et Cie à Vitry sur Seine, Franck de Préaumont à Taverny, Gabriel à Rosny, Grivellé-Pachot à Gagny, Hannecourt au Raincy, Labrousse-Roux et Cie à Mériel et Villiers-Adam, Lamarque et Cie à Neuilly-Plaisance, Landry à Saint-Brice sous Forêt, V. Letellier et Cie à Méry sur Oiise, Manuel à Argenteuil, Mussat à Gagny, Romainville et Villemmble, P.. et E Pachot fils à Livry, Rabourdin à Livry, Rouzée à Bessancourt, Etablissement Paupy à Vitry sur Seine, Etablissement Poliet et Chausson à Gournay, Société des Plâtrières du Midi à Vitry, Société des Plâtrière réunies du Bassin de ¨Paris, Chevallier à Livry, Dindin à Vaujours, Goudeau et Mithard à Argenteuil, Parquin à Villeparisis, Pers à Noisy le Sec, Nanhrantegem et Vioujat à Villetaneuse et Pierrefitte.
  • Les syndicats : Carriers de la Seine, Carriers de Seine et Oise, Bâtiment de Livry, Bâtiment de Montmorency, Bâtiment de Neuilly-Plaisance, Bâtiment d’Argenteuil, Bâtiment de Chelles, Bâtiment d’Annet, Bâtiment de Villeparisis, Syndicat des carriers meuliers et terrassiers de la Ferté sous Jouarre. Ajoutons qu’en outre des adhérents de la Société « Le Plâtre », on compte également sur l’adhésion de 8 patrons de Triel, Vaux et Meulan, ainsi que MM. Barbeau à Argenteuil et Châtillon et Bagneux, Bertaux à Argenteuil, L. Letellier, Douard, Garcin, Labour et Le Poiré frères à Claye, Annet et Livry ».

Les huit patrons carriers de Méry sont les seuls à ne pas avoir signé ce protocole d’accord. Ils s’obstinent dans leur intransigeance et se sont isolés des autres patrons carriers de la région. Les ouvriers carriers de Méry voient-ils enfin le bout du tunnel arriver ? Cela fait deux mois qu’ils n’ont pas reçu de salaire…. Cela fait deux mois que leurs dettes s’accumulent et qu’ils sont obligés d’aller avec leurs familles aux soupes communistes, sur la place de la mairie pour se nourrir, pour survivre…

Pour lire la suite : La grève des poings tendus


[1Francisco Ferrer y Guardia, était un homme de gauche fort populaire de cette époque. C’était un libre penseur, anarchiste et franc-maçon. Il fut obligé de s’exiler d’Espagne en 1886, après avoir été impliqué dans le coup d’état républicain raté du général Villacampa. Il créa les centres de l’Ecole Moderne, qui étaient des centres d’enseignement destinés à libérer le peuple par l’instruction. Francisco Ferrer contribua au mouvement des revendications ouvrières espagnoles en créant le journal périodique « La Huelga general ».

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9 Messages

  • La grève des bras croisés 27 juin 2010 13:31, par André Vessot

    Bravo Jean-Pierre pour ce nouvel article qui nous fait revivre l’histoire sociale des ouvriers carriers et leur révolte bien légitime. Les illustrations sont magnifiques.
    Bien amicalement.

    André VESSOT

    Répondre à ce message

  • La grève des bras croisés 27 juin 2010 22:00, par Magali

    Bravo Jean-Pierre pour votre travail très approfondi ; j’en profite d’autant plus que mon grand-père, comme son père et son grand-père avant lui, était tailleur de pierres dans les carrières de Poilley (35) ce qui me permet de faire des parallèles. Merci aussi pour la carte postale de la grève de la chaussure à Fougères 🙂
    Bonne continuation !

    Répondre à ce message

  • commentaire 16 juillet 2010 23:29, par Daniel Baduel

    J’ai lu avec intérêt votre texte, mais bravo, je suis d’autant plus intéressé que depuis quatre ans je travaille sur les carrières de gypse du Val-d’Oise, et vous évoquez d’ailleurs le patronyme de patrons de ce département. Beau travail continuez à faire savoir les difficultés qu’on eut ces « misérables » travailleurs sur-exploités. Et ça recommence ne nous leurrons pas.

    A Argenteuil, les ouvriers étaient sortis de leur usine habillés avec des haillons et pour chaussures des sacs à plâtre inutisables, des zombis (les sacs étaient en tissus donc réparables) qui ont choqué les habitants qui ne le soupçonnaient pas. Les pauvres, s’ils gagnaient 3 francs par jour, à la fin de la soirée ils ne leur restaient rien, ils devaient payer une mauvaise nourriture, le tabac, leur hébergement et la gobette, verre d’alcool obligatoire. Ils n’avaient plus un centime donc ils ne sortaient jamais.

    Répondre à ce message

    • commentaire 19 juillet 2010 13:09, par JP.Auger

      Oh, Daniel...Arrêtez de lire des romans noirs !
      Certes la vie de nos ancêtres était dure, très dure même. Mais c’était le commun de tout le monde à cette époque.Cela ne les empêchaient pas d’être heureux, comme tout un chacun qui souhaite l’être en ce bas monde. Les enfants, la famille, la vie communautaire étaient leur bonheur quotidien. Un bonheur accessible à tous, même aux moins riches et dont nous oublions de profiter quelques fois.... et trop souvent même !
      Vous me parlez de travailleurs surexploités... Bigre, comme vous y allez ! Sur la seconde photo des carriers prise dans la carrière de Méry, donnée dans la première partie du texte, le second ouvrier debout à gauche est le fils Hennocque. Pensez-vous que le « père » Hennocque ait pu envisager à cette époque de faire travailler son fils dans ses propres carrières, si les conditions de vie étaient celles que vous vous imaginez ? Bien sûr que non !

      Répondre à ce message

  • La grève des bras croisés 22 juillet 2010 13:09, par Baduel Daniel

    Cher Monsieur,
    Je ne lis pas de roman noir. Ou si vous préférez je trouve mes romans noirs, comme vous dites, aux archives départementales de Pontoise et aussi aux Archives nationales.
    Je ne pense pas être un rigolo, je travaille très sérieusement.
    Vous pouvez chercher sur Internet l’ouvrage consacré, entre autres, à :
    Briqueteries et tuileries disparues du Val-d’Oise, un travail de quatre années environ. Les références venant des archives et des livres que j’ai consultés sont données.
    Il a intéressé de nombreux ouvriers de cette corporation + une exposition que j’ai faite sur le sujet et que j’ai présentée à Saint-Martin-du-Tertre, Sarcelles, Domont, Cormeilles-en-Paris, Saint-Brice, Écouen…

    Et je travaille depuis quatre ans sur les carrières de gypse du Val-d’Oise et j’ai trouvé ce texte au siège de la CGT, archives de la Vie ouvrière, voici la référence : LAPIERRE J., Les grèves des plâtrières du Bassin de Paris, in la Vie Ouvrière, p. 112-132, no 56, du 20 janvier 1912. Je vous transmets une partie du texte : le corps couvert de loques, chaussés de souliers troués, ayant pour pantalons des toiles de sac reliées entre elles par des ficelles, [la population] se montre pleine de sympathie pour les grévistes. Les habitants ignoraient l’exploitation honteuse de ces pauvres types. Des collectes tant d’argent que de vêtements parviennent au syndicat pour nourrir et vêtir ces exploités.{{}}
    Sinon je suis aux archives tous les mardis, nous pouvons nous rencontrer.

    Malgré tout bonne continuation.

    Daniel Baduel

    Répondre à ce message

    • La grève des bras croisés 4 août 2010 20:58, par jean-pierre auger

      Oh, Daniel...

      J’ai le pressentiment que je vous ai vexé en ne suivant pas votre avis sur l’état physique, sanitaire, moral et humain des ouvriers carriers de notre région. Biens que n’étant que de simples ouvriers, sans instruction ni fortune, je vous certifie que les ancêtres de mes petits-enfants n’étaient pas ce que vous décrivez. Malgré leur relative pauvreté et l’alcoolisme récurrent à leur métier, ils arrivaient à vivre petitement, mais de façon heureuse en famille et dans leur entourage immédiat. Je reste donc sur mes positions.

      Elles ne sont pas basées sur des recherches documentaires aux archives départementales – où nous aurons certainement l’occasion de nous rencontrer un prochain mardi - ni sur les écrits de Monsieur Lapierre - dont je parle dans mon texte - mais sur les récits que me firent et que me font encore les membres de ma famille et ceux des descendants des anciens ouvriers carriers de Méry sur Oise, dont je puis vous donner les coordonnées, si vous souhaitiez les contacter pour vous faire confirmer mes dires.

      En carrière, les soucheveurs pour se protéger les genoux s’entouraient les cuisses et les jambes par des sacs de jute emplis de charpie de vieilles toiles, maintenus en place par des ficelles. Cela pourrait correspondre à la description du carrier que vous avez trouvée dans la Vie Ouvrière du 20 janvier 1912. Mais habillés de propre et munis de leurs belles casquettes, les ouvriers carriers devaient assurément avoir de l’allure et savoir faire danser les « belles » dans les guinguettes des bords de l’Oise ou en forêt : nos arrière-grands-mères et leur descendance en témoignent !

      J’ai naturellement lu votre ouvrage « Briqueteries et tuileries disparues du Val d’Oise ». Il est remarquable et fait honneur à la qualité de vos recherches. Je l’évoque dans le livre de mes petits enfants, dans un chapitre qui traite de la forêt de Montmorency, de son (ses) histoire (s), de ses légendes, ses lieux-dits, ses propriétaires…. et de ses métiers disparus. Mais à ma connaissance, il n’y avait pas de briqueterie ou de tuilerie dans notre petit village familial de Bessancourt. Il y avait par contre la carrière de monsieur Rouzée, qui devait être un homme fort correctement apprécié par la population puisqu’il fut élu au conseil municipal. Il en fut de même, pour monsieur Bélier à Méry sur Oise. Mais lui fut maire du village, je crois.

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      • La grève des bras croisés 28 septembre 2010 15:34, par Daniel Baduel

        Monsieur Auger,

        Je crois que nous ne parlions pas de la même chose. Vous êtes axé sur les carrières de pierre
        où les risques existaient, mais les accidents moins fréquents. La pierre de taille est un
        matériau plus noble et Méry était une carrière de pierre pour le bâtiment, on est en droit
        d’attendre un comportement et une mentalité autre des patrons, mais tout cela n’est que
        suggestif. Je suis intéressé par les carrières de gypse, un matériau différent de la pierre,
        les blocs se présentent sous forme de pierres irrégulières. La masse n’est pas toujours très
        solide, surtout quand l’épaisseur du ciel [plafond de la galerie] n’est pas respectée. Je ne parle
        que des carrières de gypse. Mais si M. Hennocque (pierre de taille), que vous me citez, faisait
        travailler son fils, je ne pense pas qu’il lui confiait des tâches plus difficiles qu’à ses ouvriers,
        il devait être privilégié et surtout apprendre le b à ba pour lui succéder un jour.

        Vous êtes libre d’avoir une opinion prononcée et je la respecte. Si je me suis permis d’émettre
        un avis à la suite de votre texte c’est que votre vision de la condition ouvrière d’avant
        et d’après 1900 est angélique. Elle ne reflète pas la réalité. Tous les patrons n’étaient pas
        à jeter aux fauves. Certains étaient humains, lors d’accident de carrière, ils faisaient conduire
        le blessé chez le médecin ou à l’hôpital selon la gravité. L’employé restait au domicile de son
        patron, ou chez lui, le temps de son rétablissement et par ailleurs, à de rares exceptions,
        il percevait son salaire intégralement. Pour une raison bien simple, cela évitait qu’il ait une
        enquête d’un ingénieur des mines dont le résultat aurait pu se retourner contre le patron.
        Très, très peu de patrons ont agi ainsi, ne nous leurrons pas.
        D’autres se moquaient totalement des conditions de sécurité et les ingénieurs des mines qui
        contrôlaient l’état de l’exploitation à ciel ouvert ou souterraine déféraient très fréquemment
        des patrons devant le conseil de préfecture où ils étaient condamnés à une amende et/ou à la
        fermeture de leur entreprise, tant qu’elle n’était en conformité avec le règlement.

        Vous citez des maires, parmi eux il y avait des maires corrects et d’autres qui ne respectaient pas
        ou ne faisaient pas respecter la loi. Ils étaient les garants de cette loi, en tant qu’officiers d’état
        civil. Certains maires, propriétaires de carrière(s) et fabricants de plâtre, n’appliquaient pas
        les mesures prescrites par l’ingénieur des mines notamment à Argenteuil (encore), Montigny,
        etc. Ils étaient continuellement surveillés par les ingénieurs et un commissaire de police
        – nouveau dans la région, qui faisait du zèle – et donc traduits devant le conseil de préfecture
        où ils écopaient d’une amende.

        Autre détail, savez-vous qu’il a fallu une loi interdisant aux ouvriers de dormir sur les fours ?
        Les émanations de carbone ont provoqué 50 décès entre 1906 et 1909, uniquement pour
        l’arrondissement de Pontoise. C’était le seul endroit où ils pouvaient « se reposer ». Ne vous
        trompez pas certains patrons étaient à la limite du correctement honnête. Vous ne trouverez
        pas cela à Méry, et pour cause, il n’y avait pas de four.

        Hormis cela, vous me faites une proposition qui m’intéresse vivement, ce serait de rencontrer
        des personnes ayant travaillé dans les carrières, mais de gypse uniquement. C’est très
        volontiers que j’accepte. Cela me permettra de m’enrichir sur le sujet, de pouvoir parler
        des conditions de travail, mais aussi de connaître d’autres patronymes d’ouvriers et de patrons
        que je n’ai pas trouvés aux archives. J’ai déjà entrepris un index des ouvriers ayant exercé
        cette profession ; un hommage, bien modeste, rendu à ces hommes qui ont travaillé durement
        pour une rétribution minime (je ne dis pas misérable mais le pense).

        Vivre heureux, je fréquente, depuis mon livre sur les briqueteries, des enfants de briquetiers
        qui ont 60 ans et plus, aujourd’hui, dont les parents travaillaient chez Mattioda et Passera
        (où est Atlas à Ézanville), et chez Héral & Censier (à la place de la SATRAL), sur Ézanville aussi.
        Ces patrons n’étaient pas des esclavagistes. Ce dernier, M. Héral, avait emmené une partie
        de ses employés à l’exode. Ces enfants de briquetiers me parlaient des conditions difficiles
        de vie, logements étroits, pas de sanitaires, pas d’eau à la maison, sans oublier le travail pénible,
        relisez le passage de la petite Emma, page 112, mais les familles étaient heureuses. Je viens
        d’apprendre qu’un chauffeur de four Hoffmann, n’ayant plus de « manœuvre » avait fait
        embaucher son épouse et ils faisaient chacun 12 heures en s’arrangeant entre eux pour
        la présence. Ce couple avait deux filles en bas âge à ce moment. C’était vers 1920.

        Mais finalement, cher Monsieur, ne croyez-vous pas, lorsque l’on se retourne sur son passé,
        on a toujours tendance le trouver plus beau que le présent, on l’enjolive, et ces personnes
        que vous avez rencontrées agissent selon cette règle, psychologiquement on trouve toujours
        le passé plus agréable que le présent. On oublie la réalité ! Même si elle était difficile.

        Bien cordialement.

        Daniel B.

        Répondre à ce message

  • les Plâtrières du Val-d’Oiseà travers les siècles. 4 septembre 2020 00:28, par Baduel daniel

    Bonjour, je porte à votre connaissance que j’édite un ouvrage sur les Plâtrières du Val-d’Oise à travers les siècles, si cela vous intéresse vous pouvez m’écrire à mon adresse mail ducdemassa chez gmail.com, si vous souhaitez l’acquérir, il est en souscription jusqu’au 12 septembre au prix de 30 euros + 9 pour le port soit 39 euros.
    Dans l’attente de lire, je souhaite une agréable journée.
    Daniel Baduel

    Répondre à ce message

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