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Accueil > Documents > Témoignages > L’arbre qui ne voulait pas mourir > La fête Dieu (10e épisode)

La fête Dieu (10e épisode)

Le dimanche 1er décembre 2002, par Josiane Laurençon-Kuprys

Le jour de la Fête-Dieu, les enfants du village passaient dans tous les jardins pour que les grandes personnes leur donnent des fleurs.

Nous passions chez Grand-père, qui nous donnait les roses pompon, accrochées tout le long du grillage qui bordait le mur de notre maison.

Des autels étaient édifiés tout au long du parcours que devait faire le Saint-Sacrement. Il y en avait toujours un, vers le portail des « Pérouse », une grande famille dont la très jolie propriété se trouvait juste en face de chez nous.

Maman m’habillait en blanc et, une corbeille remplie de pétales de roses dans les mains, je rejoignais tous les enfants du village. Nous précédions la procession, en chantant et en jetant le produit de nos corbeilles. A chaque autel, notre prière sincère montait d’un cœur complet.

Enfin, nous arrivions au château, pour écouter la messe en plein air, puis nous allions prier vers une grotte perdue dans les grandes allées ombragées du parc, spécialement conçue pour la Vierge Marie.

Merci « Vierge Marie » de m’avoir fait connaître toutes ces fêtes aujourd’hui disparues, elles restent un hymne à ma jeunesse, un chant d’amour à mon enfance.

Et je t’en suis également, très reconnaissante, Pépé, à qui je dédie de tendres baisers.

A cet homme qui a su tendre les fils pour tisser la toile de ma vie, à ce patriarche tyrannique parfois, mais combien droit, je dois la connaissance du nom des fleurs, l’amour de la terre, et la découverte des paysages. Il m’a également appris les plaisirs de la table, à moi la petite fille, longue et chétive au visage sans couleurs, qui n’avait jamais faim.

Il me disait :

Hum ! goûte mon Lapinos,

Et il faisait mine de manger avec délectation.

Pépé l’a fait pour toi, goûte comme c’est bon.

Je prenais la becquée qu’il me tendait avec tant d’amour et le miracle produisait l’effet escompté, je trouvais que c’était bon et j’avalais.

Pépé, en me parlant de ma grand-mère, tu m’as appris ce qu’était l’amour, la vie et toutes ses jouissances. Tu m’as donné le goût de l’effort, tu m’as appris à rendre service aux autres et à être charitable avec mon prochain. Toi qui n’avais jamais mis les pieds à la messe, tu aurais pu en montrer à toutes ces « grenouilles de bénitier » qui ne t’arrivaient pas à la cheville. Tous ces gens bien pensant, avec leur bon Dieu de pacotille, ne savaient même pas tendre la main à leur prochain.

Patati et patata, chère Madame Machin vous ne savez pas la dernière ?

Vieilles langues de vipères !

Quelle éducation nous as-tu donné ?

Ces lignes sont un cri d’amour qui monte jusqu’à toi !

Combien de fois m’as-tu consolée ?

Enfermée dans tes bras robustes toujours bronzés par le soleil, mes gros chagrins s’y évanouissaient instantanément.

Et bien plus tard tu m’as aussi ouvert tes bras et ta maison, malgré la peine et la déception qui t’animaient, lorsque je suis rentrée de Paris avec ce jeune étranger qui m’avait volée à toi, et mon bébé dans les bras.

La gloire et la fierté que je te suscitais, s’envolaient. Tes longues attentes au froid sous le péristyle de l’Opéra, l’argent dépensé pour les cours de danse pendant des années, semblaient cause perdue. La progression que vous suiviez Maman et toi avec tellement de fierté, les examens réussis, les galas lors desquels vous invitiez toute la famille, si heureux des rôles importants que l’on me donnait et les compliments des uns et des autres, que vous écoutiez ravis :

« Elle a quelque chose cette petite, elle arrivera c’est certain ! »
Tout cela n’avait plus la même saveur.

Je me souviens encore du jour où je suis partie à Paris. C’était en août 1960. Il faisait beau ce matin là. C’était un matin qui ressemblait à tous les autres. Et pourtant...

Maman et moi descendons les trois marches, nous refermons le portail. J’ai le cœur serré et il frappe très fort dans ma poitrine. Je me retourne, tu es là sur le seuil de la porte et tu pleure en agitant le bras. Oh ! Mon Dieu que j’ai mal, mes jambes voudraient courir vers toi mais elles se refusent à moi. Je veux jouer la fille forte, alors d’une voix qui se veut claire, je bredouille « à bientôt Pépé ».

Ma main t’envoie des baisers, de grosses larmes roulent sur mes joues empourprées et je ne te voie plus qu’à travers un brouillard de larmes. Tu es flou tu t’estompes et je m’en vais.

Ce jour là en me retournant, je sus que je venais de dire adieu à mon enfance, à un monde que je ne retrouverai jamais.

Je venais de tourner la page, refermant dans mon cœur le livre d’une vie avec toi mon Pépé ; dernière image d’un temps à jamais révolu.
Je ne savais pas encore, combien je serais autre, le jour où je te reverrai. Mais je le pressentais. Petite fille je partais, femme je devais revenir et c’est sans doute pour cela que tu pleurais.

Il m’arrive souvent de penser à toi, dans ton fauteuil, éclairé par la petite fenêtre carrée de notre pigeonnier, raccommodant les chaussettes avec tes lunettes campées sur le bout de ton nez.

Comme tu t’appliquais lorsque tu faisais glisser l’aiguille une fois dessus, une fois dessous. Ainsi le trou s’amenuisait pour disparaître sous un joli tissage bien régulier. Tu me disais, pour l’avoir si souvent regardée, que ton habileté venait de Grand-mère qui savait « si bien faire ».

C’est un bon passe-temps pour les après-midi d’hiver.

Sacré Grand-père ! Tu nous as toujours étonnés.

Tenir une maison, ne te faisais pas peur. Tu te débrouillais mieux avec les travaux ménagers, qu’avec le bricolage et cela m’a toujours étonnée car tu ne manquais pourtant pas de virilité.

A l’occasion d’un Jour de l’An, après avoir touché tes loyers de Gerland, tu me fis un merveilleux cadeau : un électrophone.

Et nous sommes allés choisir ensemble mon premier disque : Casse-Noisettes. Nous l’avons maintes fois écouté, ravis. Tu battais la mesure avec tes mains en dodelinant de la tête, car tu te payais le luxe d’être, en plus, mélomane. Ah ! Oui tu l’aimais la musique.

Le même jour, tu offris à Jean-Polo un joli petit accordéon rouge et or. Ce n’était pas un jouet, c’était un véritable instrument.

Et c’est toujours avec beaucoup de tendresse que je te revois cherchant gravement les notes, en appuyant sur ses touches blanches et ce, sans jamais avoir appris la musique.

Tu nous jouais les airs que nous aimions. Mais il y en avait un que tu appréciais particulièrement, et les rares fois où je l’entends mes larmes se mettent à couler.

Rappelle-toi Grand-père... « Le clair de lune de Werther ».

Comme j’aimerais être capable de mieux décrire toutes ces chose qui bouillonnent en moi !

Et même si l’on m’assurait, que l’essentiel, est de laisser parler son cœur, je déplore malgré tout, mon manque d’aisance à manier le verbe, pour transcrire sans les trahir, les mouvements de ma pensée.

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2 Messages

  • La fête Dieu 29 août 2008 17:11

    Je n’ai pas lu l integralité de votre texte. mais la fete dieu existe toujours bel et bien. en particulier dans le pays basque. vous en trouverez des videos en tapant « besta berri » ( c est la fete dieu en basque ) sur google ou sur youtube.
    J’habite dans un petit village saint martin d’arberoue ( donamartiri en basque ) qui a repris cette tradition arreté voila 12 ans. comme vous dites c’est une belle tradition. Jetez y un coup d’oeil peut etre cela vous rememorera certains souvenir meme si ce n’est surement pas le meme type de procession que chez vous

    Cordialement

    Etxekoa chez voila.fr

    Répondre à ce message

  • La fête Dieu (10e épisode) 18 février 2020 09:53, par Mike MORICE

    Salut,

    Pour comprendre ce « silence », il faut savoir que c’est moi qui ai publié les souvenirs de jeunesse de Josiane avec son accord (Josiane est ma cousine préférée).

    Mais depuis la date de cette publication, Josiane n’a rapidement plus eu d’accès à Internet et il était hors de question d’indiquer ici son n° de téléphone ...

    Elle vient de m’autoriser à indiquer son adresse postale pour celles (ceux) qui voudraient la joindre, ce qui lui ferait très grand plaisir ; donc voici :

    Mme J. KUPRYS
    55 ? PLACE DES Pins - lot St-Martin
    83570 CARCES, Var

    (elle est d’une santé acceptable pour ses 76 ans, ma cadette de 12 ans)

    Répondre à ce message

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