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Gilles de Laval, baron de Rais.

Maréchal de France, compagnon de Jehanne la Pucelle, tueur d’enfants et pédophile notoire.


lundi 4 février 2013, par Jean-Pierre Bernard

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Gilles de Laval, baron de Rais, seigneur de deux douzaines de châtellenies situées dans le Maine, l’Anjou, la Vendée et le Poitou, était possesseur d’une immense fortune, un « milliardaire » de l’époque.

Compagnon de Jehanne d’Arc, dite la Pucelle d’Orléans, lors de son épopée, ce fut le bon côté de sa vie. L’autre face, la mauvaise, le fit surnommer « le Barbe Bleue français. »

Enfance et adolescence.

Son père, Guy de Laval, meurt en 1415. Gilles a alors 11 ans. Sa mère, Marie de Craon, va vivre chez son beau-père, Jean de Craon, grand-père de Gilles. Celui-ci, soudard et dépravé va avoir une très mauvaise influence sur son petit-fils.

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Blason de la famille de Craon

Pourtant, malin et assoiffé de pouvoir et de gains, il va arranger une union entre Gilles et Catherine de Thouars, une toute jeune fille, rejeton d’une des plus riches familles de la région et dont les terres jouxtaient les siennes. Les parents de la fiancée sont très riches. Ils sont seigneurs de Savenay (au nord de Nantes), Pouzauges, Chabanais, Confolens (au sud de la Loire), Lombart, Chateaumorand, Grez-sur-Maine, Tiffauges.

Le seul problème est que Catherine est une cousine de Gilles. Il faut donc une dispense qui tarde à venir. Décidant de passer outre, le grand-père, Jean de Craon, fait enlever la jeune fille par Gilles. Une cérémonie secrète eut lieu dans une église de la région le 30 novembre 1420. Gilles a seize ans.
Durant un an et demi, les époux vivent à Champtocé. Ils font fi des sommations d’usage que leur adresse à plusieurs reprises l’évêque d’Angers, Hardouin de Bueil (ou Vueil), frère du capitaine Jean de Bueil, qui sera lui aussi plus tard d’un des compagnons de la Pucelle.

Jean de Craon se décide à envoyer un émissaire au Pape Martin V, avec une bonne somme en écus d’or destinée à aplanir le problème de ce mariage consanguin réprouvé par l’Eglise. Le Pape se laisse faiblir et propose une solution alternative.
Le couple devra être séparé symboliquement, puis ils seront à nouveau mariés. Le secrétaire du Saint-Siège, Jourdain, évêque d’Albano, envoie la dispense à l’Archevêché d’Angers et la cérémonie officielle du mariage de Gilles et Catherine a lieu le 26 juin 1422, en l’église de Saint-Mauville de Chalonnes, dépendant de l’Archevêché d’Angers.
Le couple n’eut qu’un seul enfant : Marie de Rais. A sa naissance, le 8 septembre 1429, Gilles combattait aux côtés de la Pucelle sous les murs de Paris.

Chef de guerre, compagnon de Jehanne et maréchal de France

Gilles, vassal à la fois du roi de France (dont il a été nommé chef de guerre grâce à son cousin Georges de la Trémoilles, personnage guère recommandable, ministre de Charles VII et personnage adipeux et sans scrupules), mais aussi vassal du duc de Bretagne, Jean V, était forcément réquisitionné pour reconquérir le royaume.

En juillet 1429, il en fut récompensé en accédant à la dignité de maréchal de France. Il a 24 ans. C’est lui aussi, avec l’amiral de Culan(t), le maréchal de Boussac et Jehan Malet de Graville, grand maitre des arbalétriers, qui a escorté depuis le monastère de Saint-Rémy jusqu’à la cathédrale de Reims, l’abbé Jehan Canard chargé de porter la Sainte-Ampoule destinée au sacre du roi Charles VII.

Gilles s’était distingué au siège et à la délivrance d’Orléans, assiégée depuis octobre 1428 par les troupes anglo-normandes, en compagnie de Jehanne la Pucelle.
Des renforts anglais ayant été signalés, une troupe formée en grande partie par des soldats de Gilles permit de couper la route aux envahisseurs. Ceci entraîna, le 4 mai 1429, la prise de la bastille Saint-Loup, près d’Orléans, l’une des clés de la défense du dispositif anglais.

Le futur maréchal interviendra encore dans la bataille des Augustins, dans les faubourg d’Orléans, où les anglais furent massacrés jusqu’au dernier.
A Beaugency aussi, on retrouve Gilles, cité par Enguerrand de Monstrelet, chroniqueur de l’époque, comme « l’un des conducteurs de la bataille. »
D’autres combats aussi....

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Gilles de Rais

Fascination pour Jehanne

Mais malgré tout, on peut dire quand même que sa participation fut assez mince à l’extraordinaire chevauchée de la Pucelle. Il est un pion sur l’échiquier militaire et politique. Il ne fait qu’obéir, et comme tous les barons fidèles au roi, il se place sous l’autorité de Jehanne.

Comme ses pairs, il est fasciné par elle. En décembre 1430, il le prouve en se portant à Louviers, avec quelques hommes aguerris, pour monter une opération destinée à faire évader Jehanne du donjon de Rouen où elle était enfermée. La tentative échoua.

Sa fidélité à Jehanne ne se démentit jamais. On en a la preuve également dans la théorie de Pierre de Sermoise ("Missions secrètes de Jehanne la Pucelle", les Ombres de l’Histoire, René Laffont, 1970).
Une autre mission secrète aurait été confiée à Jehanne : il n’était plus possible de développer des conquêtes vers l’est, à cause de la puissance des Turcs. Il fallait donc se tourner vers l’ouest, vers ce qu’on appellera « les Amériques », dont on avait connaissance par des documents templiers, le mouvement celtique, et par les dires des marins bretons et normands. Et puis, une fois le royaume reconquis, il fallait occuper routiers et soldats qui saccageaient les campagnes. Le plan échoua, sans doute à cause du désintéressement et l’avarice du roi.

Le maréchal, presque ruiné en 1436, entrevoit de refaire rapidement sa fortune, en conduisant des troupes sur des terres nouvelles à conquérir, dont les rumeurs disaient qu’elles regorgeaient d’argent et d’or.
Jehanne, quittant Metz en décembre 1436 (donc bien après son pseudo-supplice...), se rendit à Tiffauges, chez Gilles de Rais, qui consentit à contribuer au financement du projet. L’entreprise capota et les Espagnols reprendront le programme 50 ans plus tard, en le confiant à Christophe Colomb.

Gilles, alors financièrement aux abois, se verra contraint d’essayer la fabrication de l’or au moyen de l’alchimie, en recrutant fin 1438 Francisco Prélati, qui l’entraînera dans une accumulation de crimes abominables et démentiels.

Autre action de Gilles et Jehanne

Jehanne, contrainte de se réduire au sol de France, n’a plus qu’une solution : anéantir les grandes compagnies qui se sont reconstituées, faute d’emploi, pour écumer les territoires au sud de la Loire, mettant les villes et village à feu et à sang. Jehanne les pourchasse, attaquant au passage des positions anglaises restant dans quelques places de Guyenne. Gilles fournit l’argent.

En mars 1436, 400 hommes descendent de La Rochelle. Assauts et combats à Blaye, Bordeaux, Bayonne. La Pucelle mène sa guerre, aidée entre autres de Saintrailles. Ceci dura environ jusqu’au milieu de 1439 où Jehanne, blessée de nouveau, confie par l’intermédiaire de son commanditaire, Gilles de Rais, le commandement de ses troupes à un certain Jehan de Siquenville, comme en témoigne un document daté du 29 juin 1441, signé du roi :

"Charles, par la grâce de Dieu Roy de France, savoir faisons à tous présens et advenir, nous avoir reçu l’humble supplicacion de Jehan de Siquenville, escuier du païs de Gascoègne, contenant que, deux ans ou environ (donc en juin 1439), feu sire de Raitz, en son vivant notre conseiller, chambellan et maréchal de France (entre temps, Gilles avait été exécuté) sous lequel ledit suppliant estoit, dict à iceluy suppliant qu’il vouloit aller au Mans et qu’il vouloit qu’il prit la charge et le gouvernement des gens de guerre qu’avoit alors une appelée Jehanne qui se disoit Pucelle, en promectant que, s’il prenoit le dit Mans, il en seroit cappitaine. Lequel suppliant, pour obéir au dict feu sire de Raitz, son maître... lui accorda en prit la charge un certain temps entour les païs de Poitou et d’Anjou..."
(Trésor des Chartes - Archives nationales - J.176)

D’après cela, Jehanne était donc toujours aux côtés de Gilles en 1439, et accompagnait le maréchal à travers le Poitou. Pendant que Jehanne se remet de cette nouvelle blessure, Gilles confie donc le commandement à l’un de ses hommes, et lui ordonne de prendre Le Mans. Mais la ville ne fut délivrée qu’en 1448.

Par quoi étaient liés ces deux personnages si dissemblables ?
Par quoi était motivée le dévouement presque sans faille du maréchal, le monstre, pour cette Pucelle, la future sainte ?

Au passage, ce document étaye la thèse de M. Pierre de Sermoise (entre autres) quant à la survivance de Jehanne à son supplice de Rouen et à la reprise de ses campagnes guerrières.
Ce serait extraordinaire si la Pucelle, comme il le soutient, aurait continué à vivre après son martyre officiel et se serait mariée à l’un de ses ascendants, pour des raisons financières, puisqu’on le sait, elle n’était pas intéressée par la vie de famille et ne pouvait pas avoir d’enfant, suite à une malformation et à son état gynandroïde.

Gilles

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Autre portrait de Gilles

Mais revenons à l’histoire officielle et au maréchal de Rais.
Charles VII remboursa Gilles d’une partie de « ses frais de guerre » et lui fit octroyer par Guillaume Charrier, receveur général des finances, une somme de 1.000 livres :

« A messire Gilles de Rais, conseiller et chambellan du Roy nostre sire et maréchal de France, la somme de mille livres que le Roy nostre dit seigneur, par ses lettres patentes données le 21 juing 1429, lui a ordonné estre baillée, pour le recompenser des grans frais, mises et dépenses que faire lui a convenu, afin d’avoir naguière mis et place et assemblé par l’ordonnance du Roy, certaine grosse compaignie de gens d’armes et de traict, et les avoir entretenus pour les emploier à son service en la compaignie de Jehanne la Pucelle, afin de remettre en l’obéissance dudit seigneur la ville de Jargeau que tenoient les anglois. »

Il reçut aussi d’autres sommes, comme :

  • le 27 avril 1429, il encaisse 895 livres pour des frais et le paiement de 25 hommes d’armes et 11 archers de sa compagnie.
  • en mai ou juin 1429, le roi lui octroie également une forte somme de 3.770 livres.

Charles VII avait fait une « fournée » de paiement de soldes et de récompenses pécuniaires aux « seigneurs, cappitaines et chiefs de guerre... pour leur aider à supporter les grandes dépenses qu’il leur a convenu faire à l’encontre des Anglois à l’avitaillement de la ville d’Orliens, devant laquelle les ennemis avoient longtemps tenu le siège... en la recouvrance des villes et forteresses de Janville, de Jargeau, de Meung, de Baugency, occupées par lesdits ennemis... comme au voyage et assemblée par iceluy seigneur faite à Reims pour le faict de son sacre et couronnement. »
(Comptes de Hémon Raguier, trésorier des guerres de Charles VII)

Peu de chose sans doute pour ce grand seigneur encore immensément riche. Encore un tout jeune homme, il est de taille moyenne, mais d’allure fort altière avec un visage impénétrable. Il est aussi mécène, raffiné et élégant.

Il avait une préférence pour les vêtements aux teintes pourpres, qu’il porta même sous l’armure à Orléans et Patay, devant Paris aussi, au moment où la Pucelle venait d’être blessée non loin de lui par un carreau d’arbalète. Il ne se départit pas de cette élégance à l’audience solennelle de son procès, le 8 octobre 1440 :

« Sur le front saillent en pointe les bords en retroussis, rehaussés d’hermine, d’un chapeau en feutre gris. Une houppelande de même couleur laisse apparaître, au col et aux emmanchures largement échancrées depuis les épaules, la doublure d’hermine, signe distinctif des grands feudataires. Les jambes sont moulées dans des hauts de chausse assortis à la houppelande et au chaperon. Aux pieds, de souples bottes à rabats et à la poulaine comme la mode l’impose encore en ce milieu du XVe siècle. Un poignard, sur le manche ciselé duquel l’homme pose négligemment sa main gantée, pend sur la cuisse dans une gaine de velours. »

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Blason de Gilles de Rais

Le « Mystère du siège d’Orléans »

(voir aussi sur ce site : « Le séjour de Gilles de Rais à Orléans »)

Mais nous s’en sommes pas encore au procès qui le perdra. Rentré dans ses terres après que le Roi ait recouvré son royaume, Gilles revient ensuite à Orléans et y séjourne en 1434 et 1435.

Il était venu financer et représenter le « Mystère du siège d’Orléans », écrit par un Orléanais (anonyme) dont le manuscrit est à l’heure actuelle conservé à la Bibliothèque Vaticane, et dans lequel il était aussi acteur. Cette énorme composition sociale, militaire et religieuse est composée de 20.000 vers, et jouée par 500 acteurs.
Le spectacle était représenté plusieurs fois par semaine, près des quais, au bord de Loire, non loin du pont et des bastilles où s’étaient déroulées toutes les péripéties qui avaient abouti à la défaite des troupes anglo-normandes et à leur retrait qui précéda la délivrance de la ville où Jehanne et les chefs de guerre entrèrent victorieux le dimanche 8 mai 1429, devant la foule en liesse.

Voici un passage où Gilles de Rais, qui tient son propre rôle, accompagné d’Ambroise de Loré, autre compagnon, conduit la Pucelle jusqu’à Blois et Orléans. Il a été déterminé à suivre les inspirations de Jehanne par Charles VII, qui déclare à la jeune fille :

  • « et pour conduire vos gens
  • vous aurez le Maréchal de Rais
  • et un gentilhomme vaillant
  • nommé Ambroise de Loré.
  • Je leur commande exprès
  • qu’ils vous conduisent où il vous plaira
  • en n’importe quel lieu, soit près ou éloigné. »

La Pucelle remercie le roi et le recommande à Dieu :

  • « Roy soyez toujours humble et doux
  • envers Dieu. Il vous gardera. »

Gilles, aussitôt, parle à Jehanne :

  • « Dame, que vous plaît-il de faire ?
  • nous sommes près de Blois
  • si vous voulez vous y arrêter
  • et vous reposer deux jours ou trois
  • pour savoir où sont les Anglois
  • et aussi pour rafraîchir vos gens
  • ou si vous aimez mieux passer outre
  • et aller jusqu’à Orléans ? »

Gilles, trois strophes plus loin :

  • « Madame, tout incontinent
  • nous accomplirons votre volonté
  • nous ferons assembler nos gens
  • et présentement partirons
  • droit à Orléans, où nous vous mènerons
  • Dame Jehanne, sans plus attendre. »

Plus loin, les capitaines qui encadrent l’armée de la Pucelle discutent. Gilles intervient, y met ordre et décide, après avoir présenté son plan :

  • « Mieux vaut faire notre besogne
  • et ainsi éviter le danger
  • entrer par le porte de Bourgogne
  • et nous irons passer à Chécy. »

Pour un peu Gilles commande les opérations, sous l’oeil attendri de la Pucelle. Il a ce qu’on appelle « le beau rôle ».
Mais c’est un rôle qui coûte cher. En 1434 et 1435, à Orléans où il s’occupait de son « Mystère », il soignait son image de noble et grand seigneur, devant les Orléanais ébaudis par tant de prodigalité. Il dirigeait les mises en scènes, veillait à l’habillement des acteurs, dont les vêtements étaient taillés dans les tissus les plus fins, chaque costume ne devant être porté qu’une seule fois !

Il demeurait dans la ville, avec sa collégiale et sa cour, invitant la municipalité à de fastueux banquets, donnant fête sur fête, baillant des aumônes aux pauvres, faisant des dons aux oeuvres et des cadeaux de prix aux notables.
Tout le monde, on s’en doute, louait le maréchal. On le regretta quand il prit la route de Blois pour partir. Cela lui avait coûté 90.000 écus d’or, soit à peu près un milliard d’anciens francs ! (1999).

A ce train-là, sa famille s’émut. Elle fit le compte de ce que Gilles avait dépensé depuis six années. Elle s’aperçut avec stupeur qu’il avait englouti tous ses revenus et qu’il commençait à « manger » son capital. La ruine le menaçait.
Déjà les créanciers le harcelaient. Pour s’en libérer, Gilles vendait des meubles, de la vaisselle d’argent, engageait des vases d’or ou des manuscrits précieux. Il lui fallait des sacs d’écus pour pouvoir y faire face... et continuer de tuer ! Car il tuait beaucoup, ou faisait tuer.

C’est sa deuxième personnalité : celle d’un monstre.

Le maréchal court à sa perte

Si sa jeune épouse, Catherine de Thouars, son frère René de La Suze et le cousin André Laval-Lohéac ne connaissaient pas encore ses crimes, ou ne voulaient pas prêter foi aux sinistres rumeurs, en revanche ils étaient atterrés par les folies de Gilles.
René et André se montraient logiques : tout ce que dilapidait le maréchal diminuait d’autant l’héritage. A ces raisons d’intérêts familiaux et très féodales, se greffaient des problèmes d’ordre politique et militaire : la famille Rais-Laval était du parti français.

La vente de terres et forteresses situées aux endroits stratégiques, séparant la France de la Bretagne, devenait dangereuse.
Achetées par le duc de Bretagne Jean V, au gré des avatars de la politique, elles pouvaient servir les intérêts anglais si ceux-ci pressaient les Bretons. Il fallait que non seulement ces châteaux et leurs dépendances restassent dans la famille, mais aussi, par voie de suzeraineté, au royaume de France.

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Le château de Champtocé.

René et André se réunirent, le connétable Arthur de Richemont, breton du parti français, était même présent. C’est dire l’importance de l’enjeu. Ils décidèrent d’en appeler au roi afin que celui-ci empêchât le baron de Rais de vendre ses biens. Par lettres d’interdit royal, datées d’Amboise le 2 juillet 1435, Charles VII leur donnait gain de cause. L’interdiction fut communiquée au son des trompes dans tous les pays et villes où Gilles avait coutume de séjourner : à Tiffauges, Machecoul, Pouzauges, Champtocé, Angers, Tours et Orléans.

Ce grand seigneur, à l’écusson orné aussi de fleurs de lys, maréchal de France et compagnon de Jehanne la Pucelle courait à sa perte.
Malgré sa haute position, son procès, sa condamnation et son exécution étaient en route. Il était accusé de meurtres, sorcellerie, hérésie et sodomie !

On peut encore visiter quelques restes d’un de ses châteaux, à Tiffauges, en Vendée, où il résida et y voir des salles où se déroulèrent des choses horribles.
Des centaines d’enfants et de jeunes disparurent dans la région pour satisfaire les plus bas instincts de Gilles, qui se livrait sur eux au viol, à la sodomie, avant de les tuer de la manière la plus sauvage qui soit.

Adepte de sorcellerie et de messes noires, il fut exécuté à Nantes, en place publique, sur l’île de Biesse, en amont des ponts de Nantes, condamné à être brûlé vif le matin du 26 octobre 1440, à 11 heures, en se repentant, après un procès retentissant.

Le maréchal était responsable d’à peu près 800 meurtres, particulièrement des enfants ou jeunes garçons !

Mais cet homme avait été littéralement subjugué par Jehanne et il a dit lui-même qu’il ne pourrait jamais l’oublier. Il fallait sans nul doute que Jehanne fut quelqu’un d’extraordinaire pour marquer autant pareil personnage ! C’est peut-être la seule personne qu’il ait respectée.

Mais ses crimes étaient trop atroces et la sanction qui s’ensuivit peu paraître « douce » par rapport à ces exactions plus que criminelles.

Ce que Gilles révèle au procès, avant sa condamnation

Le samedi 22 octobre 1440, l’accusé répéta « en jugement », devant le tribunal réuni, sa confession de la vérité, « librement, avec une grande contrition de coeur et une grande amertume, ainsi qu’il apparaissait à première vue, et avec une grande effusion de larmes. »

« J’ai commis et perpétré, ajouta-t-il, d’autres grands et énormes crimes, iniquement, depuis le commencement de ma jeunesse, contre Dieu et ses commandements et j’ai offensé notre Sauveur du fait du mauvais gouvernement que j’ai eu dans mon enfance, où, sans frein, je m’étais appliqué à tout ce qui me plaisait, et je me suis complu à tous les actes illicites. Je prie ceux des assistants qui ont des enfants, de les instruire dans les bonnes doctrines et de leur donner l’habitude de la vertu pendant leur jeunesse et leur enfance.

Il donne alors des détails. Ils sont atroces : ils ne s’inventent pas :
 »J’émettais la semence spermatique de la façon la plus coupable sur le ventre des enfants tant avant qu’après leur mort, et aussi durant leur mort. Quelquefois moi-même, et parfois d’autres de mes complices, notamment Gilles de Sillé, messire Roger de Briqueville, chevalier, Henriet et Poitou, Rossignol et Petit Robin, infligions à ces enfants divers genres et manières de tourments, tantôt nous séparions la tête du corps avec des dagues, des poignards et des couteaux, tantôt nous les frappions violemment sur la tête avec un bâton ou avec d’autres objets contondants, tantôt nous les suspendions dans ma chambre par une perche ou par un crochet avec des cordes et nous les étranglions. Et quand ils languissaient, je commettais avec eux le vice sodomite de la façon que j’ai décrite."

« Quand ces enfants étaient morts, je les embrassais et ceux qui avaient de belles têtes et les plus beaux membres, je les donnais à contempler et je faisais cruellement ouvrir leur corps et je me délectais de la vue de leurs organes intérieurs. Et très souvent, quand ces enfants mouraient, je m’asseyais sur leur ventre et je prenais plaisir à les voir ainsi mourir, et j’en riais avec Corillault dit Poitou et Henriet, après quoi je faisais brûler et convertir leurs cadavres en poussière par ces derniers. »

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La crypte de Tiffauges où se sont déroulées tant d’avanies.

La confession est longue, très longue. Effroyable, insoutenable, irrécusable. Pareils aveux ne peuvent être inventés. Quelle folle imagination faudrait-il posséder ! Le maréchal confesse ses crimes en leurs moindres détails. Dans un geste qui apparaît théâtral aujourd’hui, Jehan de Malestroit voilera le crucifix pendu au mur.

Le maréchal a donc tout avoué. Il s’est repenti. Il dira, quand on lui annoncera son supplice :

« Puisque je suis la cause des maléfices où j’ai entraîné mes serviteurs, je prie le tribunal de m’accorder la faveur de mourir avant eux. Je les exhorterai de la sorte à bien mourir, je leur montrerai l’exemple, leur évitant de choir en désespérance et de penser qu’eux supplicié, je pourrais demeurer impuni.
Dieu aidant, moi qui fus celui de leur perte, je deviendrais ainsi l’instrument de leur salvation en la Jérusalem céleste. »

Le Président déclare :

« Je vous promet qu’avant que votre corps soit réduit en cendres, il pourra être mis dans une chasse et porté dans l’église qu’il vous plaira de désigner. »

« Je voudrais être inhumé en l’église du Moustier de Notre-Dame des Carmes de Nantes », précise Gilles. Le Président fit droit à sa demande.

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Ancien couvent de N.D. des Carmes à Nantes.
Le corps du maréchal fut inhumé dans ce couvent.

« Si je puis demander une dernière faveur, dit encore l’accusé, je prie le Président d’intercéder auprès de Monseigneur l’évêque et des gens de son église pour qu’une procession générale soit effectuée demain dans la ville de Nantes, pour mon salut et celui de mes serviteurs. »

« J’interviendrais auprès de Monseigneur Jehan de Malestroit afin que cette dernière grâce vous soit accordée. »

A l’aube du 26 octobre 1440, le maréchal se confesse au frère Jehan Juvénal et communie. Devant le bûcher, le maréchal se tourne vers ses deux serviteurs et leur dit à haute voix :

« Je vous demande d’être forts et vertueux devant les tentations diaboliques et d’avoir un grand regret et une grande contrition de vos méfaits, mais aussi d’avoir confiance en la miséricorde de Dieu et de croire qu’il n’est si grand péché qu’un homme pût commettre, que Dieu ne pardonne dans sa bonté et sa bénignité, à condition que le pêcheur ait eu en son coeur un grand regret et une grande contrition et lui eut demandé merci avec beaucoup de persévérance. »

Gilles de Rais mourut dans ce repentir. Jehan de Touscheronde rapporte : « ... avant que le feu n’eût ouvert son corps et ses entrailles, il en fut tiré (du bûcher) et le corps fut placé dans un cercueil et porté dans l’église des Carmes de Nantes, où il fut enseveli. Et aussitôt Henriet de Poitou furent pendus et brûlés, de telle sorte qu’ils furent réduits en poudre. Et ils eurent beaucoup de contrition et de regret de leurs méfaits, et dans cette contrition et ce regret, ils persévérèrent jusqu’à la fin. »

Par ménagement pour sa puissante famille, dira plus tard Michelet, et pour la noblesse en général, on étrangla le maréchal avant que la flamme l’ait touché. Ce privilège était aussi sûrement dû à son repentir. La dépouille du maréchal de Rais reposera durant 300 ans en l’église Notre-Dame du Carmel de Nantes, auprès d’autres grands seigneurs de Bretagne. A la Révolution, leurs cendres furent jetées au vent et l’église détruite.

Que devint sa famille ?

Il s’occupa peu de sa fille et de son épouse Catherine de Thouars. Savait-elle ?
Elle récupéra toute sa dot, y compris le château de Tiffauges aux salles maudites. Elle épousera en secondes noces Jehan II de Vendôme, vidame de Chartres et seigneur de Lassay qui devint en 1441 chambellan du duc de Bretagne Jean V. Elle mourut en 1462, sans descendance de cette seconde union.

Sa fille, Marie, avait 10 ans à la mort de son père. Un mariage fut conclu, mais non célébré, en 1442, avec un homme de guerre, intelligent mais cupide : l’amiral Prégent de Coëtivy, qui renonça à porter les armoiries de Rais et ne voulut pas s’engager dans un procès de réhabilitation, la cause étant jugée indéfendable (et... heureusement !).
En 1444, l’amiral épouse officiellement Marie : elle avait 14 ans. Il devint en droit et en titre possesseur de Champtocé, mais pas pour longtemps, un boulet le tuant net au siège de Cherbourg détenu encore par les Anglais.

Marie de Rais se remaria avec un autre breton, André de Laval-Lohéac, maréchal et amiral de France, ami de René de La Suze, frère de Gilles de Rais. Marie, jeune femme mélancolique, apporta son concours à de nombreuses fondations charitables en apportant des dons. Elle mourut à 27 ans sans laisser d’enfants, le 1er novembre 1457, et fut inhumée dans le choeur de Notre-Dame de Vitré.

Le frère du « Barbe Bleue » français, René de La Suze, devint le nouveau baron de Rais. Il eut une fille, Jehanne, qui eut un héritier : André de Chauvigny, qui mourut en 1520 sans postérité.

Et les complices ?

Gilles de Sillé et Roger de Briqueville, complices de Gilles, s’étaient enfuis avant l’arrestation du maréchal. On ne sait ce que devint Gilles de Sillé.
Briqueville, parent du maréchal, fut hébergé plus tard par Prégent de Coëtivy, et Marie s’occupa même de ses trois filles. L’amiral lui fit obtenir des lettres de grâce en 1446. Le roi l’acquitta et lui pardonna.

François Prélati fut condamné à la prison à vie. Il s’évada de sa geôle et trouve refuge chez René d’Anjou, « le Bon Roi René », où il devint « souffleur » c’est-à-dire, dans la langage populaire, celui qui se livre à des recherches alchimiques, et le « Bon Roi » le récompensa en le nommant capitaine du château de La Roche-sur-Yon, où il fit venir le prêtre défroqué Etienne Blanchet.

Se croyant fort, Prélati fit arrêter Geoffroy Le Ferron, trésorier de Bretagne, frère du Jehan que Gilles de Rais avait molesté à Saint-Etienne-de-Mer-Morte qui, muni d’un sauf-conduit, traversait son domaine. Il fit une faute de taille, en dérobant le sceau du trésorier de Bretagne, ce qui lui permettait de faire des faux et de compromettre ainsi, à son gré, de grands personnages.

C’en était trop ! Le Florentin fut arrêté, sans que réagisse « le Bon Roi René ». Prélati fut jugé en 1445 et pendu.

Accusés, complices et témoins des crimes, des invocations de démons, magie, alchimie et autres :

  • Gilles de LAVAL, baron de RAIS (alchimie, magie noire, sodomie, meurtres, invocation de démons, hérésie, vices contre nature avec des enfants).
  • Gilles de SILLE
  • Roger de BRIQUEVILLE, chevalier
  • Henriet GRILLARD, chambrier et serviteur de Gilles. Parisien de 26 ans.
  • Etienne CORRILLAUT, dit « Poitou »
  • André BUCHET
  • Jehan ROSSIGNOL
  • Robin ROMULART
  • Un nommé SPADINE
  • Hicquet de BREMONT,

tous familiers et commensaux de Gilles de Rais.

et :

  • Maître Jehan de la RIVIERE, évocateur de démons
  • Maître Antoine de PALERNE, Lombard, idem
  • Un nommé Louis, idem
  • Un trompette nommé DUMESNIL, idem
  • François PRELATI, évocateur de démons, magicien, alchimiste, venant de Monte Catini, au Val di Nivole, près de Pistoie, Italie
  • Un nommé PETIT-ROBIN
  • Perrine MARTIN, dite « la Meffraye », pourvoyeuse d’enfants. Meurt en prison
  • le 29/07/1440 : le maréchal déclaré d’infâmie.
  • le 15/09/1440 : arrestation par le capitaine Jehan LABBE.
  • le 19/09/1440 : Gilles comparaît devant Jehan de MALESTROIT.
  • le 26/10/1440 : Exécution de Gilles à Nantes.
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Sceau de Gilles de Rais
Sceau antérieur à 1429. BNF, Ms. nouv. acq. fr. 22019.37

Voir les documents en pièces jointes :

  • Document 1 : Tribunal, officiants et divers.
  • Document 2 : Témoins.
  • Document 3 : Autres témoins.
  • Document 4 : Victimes (plus de 800 !)

Ref. :

  • "Gilles de Rais ou la fin d’un monde" - Michel Hérubel, Ed. Jean Picollec, Paris, janv. 1993.
  • "Jeanne d’Arc" - Lucien Fabre, Ed. Taillandier, juin 1978.
  • "Copie de différentes pièces concernant Jeanne d’Arc - 1819" - MS 515, Médiathèque Orléans.
  • "Frais du siège d’Orléans - 1428-1429" - Extraits des comptes de Me Hémon Raguier, trésorier des guerres de Charles VII.
  • Extraits du procès de Gilles de Rais - BMS Strasbourg.
  • " Missions secrètes de Jehanne la Pucelle" - Pierre de Sermoise, Ed. Laffont, 1970.
  • Recherches BMS Strasbourg, Médiathèque Orléans, Centre Jeanne d’Arc à Orléans.
  • Travaux personnels.

Voir aussi : « Le séjour de Gilles de Rais à Orléans » : http://www.histoire-genealogie.com/spip.php?page=recherche&recherche=le+s%E9jour+de+gilles+de+rais+%E0+orl%E9ans

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