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Georges Pageix Médecin-major de la Grande guerre (1880-1921)

1er épisode : famille, service militaire, études de médecine, mobilisation.


jeudi 19 septembre 2019, par Jacques Pageix

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Il n’est pas nécessaire de flâner longtemps dans le cimetière de Beaumont pour y découvrir, cachée derrière une rangée d’ifs [2], une tombe ornée d’une plaque en bronze ; celle-ci présente, auréolé de feuilles de lauriers et de chêne, le visage d’un militaire coiffé du béret des chasseurs alpins.
On peut lire, entre une Croix de Guerre et une Légion d’Honneur, l’inscription suivante : « 1880-1921 Georges Pageix, caporal honoraire au 6e bataillon de chasseurs alpins » [3]

Avant-propos

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Plaque en bronze sur la tombe de Georges et de Marie Pageix.
Cimetière de Beaumont.

Il s’agit de Jean-Baptiste Laurent Georges Pageix (dit Georges Pageix), médecin, né à Beaumont le 24 juin 1880, dont mon grand père Pierre Pageix, son cousin, nous parlait souvent. On les voit ensemble sur des photos prises pendant la Grande Guerre par mon grand oncle Joseph Pageix, frère de Pierre. J’ai retrouvé à la Bibliothèque Nationale de France sa thèse de médecine, soutenue à Paris en 1906 ; elle portait sur "un nouveau procédé d’anesthésie en art dentaires"... Ainsi, après ses longues études de médecine générale, Georges s’était spécialisé dans les soins dentaires.

Pendant la Grande Guerre, il servit le plus souvent en première ligne comme médecin-major au 46e, puis 6e Bataillon de Chasseurs Alpins.
J’ai une grande admiration pour cet homme qui fit le sacrifice de sa vie en soignant les blessés sous la mitraille. Il fut touché une première fois en juillet 1915 en Alsace au cours des combats du Braunkopf et du Reichakerkopf. et évacué au repos à l’hôpital de Bizerte. Marié à Paris le 13 octobre 1915, il se porta néanmoins volontaire à l’issue de sa convalescence pour retourner au front dans un autre bataillon de Chasseurs, le 6e...

On imagine avec peine l’extrême dureté de la vie sur le front, au milieu des combats. Il faut pour s’en pénétrer lire les journaux de marche des unités ; les plus gradés, jusqu’au rang de colonel n’étaient pas épargnés par les tirs mortel. Ainsi, le colonel Nautret fut grièvement blessé le 7 novembre 1914 en inspectant les lignes et mourut le surlendemain. On ne compte plus bien sûr les officiers, capitaines et lieutenants, chargeant toujours en tête, qui se firent tuer tout comme leurs hommes. À son arrivée au Bataillon le 11 avril 1915, Georges Pageix remplaça le médecin aide-major Fumel qui venait d’être blessé et évacué.

Au 6e bataillon de Chasseurs, alors qu’il soignait et évacuait des blessés, le 1er août 1917, au cours des combats meurtriers du plateau de Craonne, [4] et plus précisément de la Tranchée de la Gargousse, au Chemin des Dames, une balle de schrapnell lui enleva l’œil gauche. Il fut évacué et rendu à la vie civile. Mutilé de guerre, il n’en continua pas moins à exercer à Paris où il avait toujours vécu depuis ses études de médecine et où il s’était marié. Son cabinet dentaire était installé au 29 rue Niel. Il mourut subitement et prématurément, à 41 ans.

Faute de renseignements suffisants sur sa vie civile, je me suis consacré surtout à son service militaire, qui peut être reconstitué fidèlement grâce à son dossier conservé aux Archives de la Défense du Château de Vincennes et aux journaux de marche, conservés dans le même service d’archives (consultables en ligne), ainsi que ceux des ambulances, conservés au Val-de-Grâce ; ces journaux de marche permettent de suivre toutes ses campagnes.

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Georges Pageix à 36 ans (vers 1916)
Les trois chevrons cousus sur la manche gauche indiquent deux années de présence au front : un pour la première année, et un par semestre : la photo a donc été prise en 1916. Le brassard est celui des médecins. Ce visage souriant est bien celui d’un homme « sympathique », comme le souligne l’une de ses notes militaires.

Sa famille, sa naissance à Beaumont, sa jeunesse

Georges Pageix appartenait à une famille de vignerons, implantée à Beaumont depuis environ 1600. Ses parents étaient Alexis Amable Louis Pageix, propriétaire viticulteur, né à Beaumont le 15 avril 1851, et Marie Clotilde Grand.

Georges avait une sœur aînée, Philomène, née à Beaumont comme lui, le 29 février 1876. Au mariage de celle-ci, le 11 avril 1898, Georges, qui avait alors 18 ans et qui débutaitt ses études de médecine à Clermont, fut certainement présent. Philomène Pageix épousa, en Mairie de Beaumont Alexandre François Souchal, natif de Clermont (5 octobre 1876). Il était négociant, tout comme ses parents Joseph et Élisabeth Émilie Bouchet. Mes arrières grands parents Jean-Baptiste Pageix et Bonnette Bardin assistèrent au mariage comme en témoignent les menus qu’ils avaient conservés.

L’acte fut passé en Mairie de Beaumont, en présence de Jean Goy-Pageix, 48 ans, "ancien notaire", cousin de l’épouse, dont la demeure à Beaumont était une maison bourgeoise avec tourelles, qui sera transformée par la suite en mairie. Était présent un autre cousin, Jean Cohendy, 53 ans, Maire de Royat [5]. Le Maire de Beaumont qui dressa l’acte était Léger Vignol.

Le moniteur du Puy-de-Dôme évoqua dans ses pages le mariage religieux qui fut célébré le 13 avril en l’église Saint-Pierre de Beaumont "avec un éclat exceptionnel" :

"Mariages - Hier a été célébré à l’église de Beaumont le mariage de M. Alexandre Souchal avec Mlle Philomène Pageix.
"Le mariage civil avait eu lieu la veille à la mairie de Beaumont.
"Les témoins du marié étaient ; M. l’abbé Gorsse, son oncle, et M. Cohendy, maire de Royat, son cousin ; ceux de la mariée, M. Grand, son oncle, et M. Goy, son cousin. "La cérémonie religieuse a eu un éclat exceptionnel ; l’église superbement décorée de fleurs et de verdure était trop petite pour contenir une foule nombreuse et élégante. "M. l’abbé Gorsse qui a béni les jeunes mariés a prononcé une allocution très touchante.
"La partie musicale, sous la direction de M. Martinez a été un véritable régal artistique. Parmi les morceaux exécutés, citons une Marche nuptiale, de M. Martinez, et un joli morceau de Dupuy : Voix célestes, par un excellent orchestre de 15 musiciens ; l’Agnus Dei, de Bizet, fort bien chanté par M. Manigler, ténor à la voix chaude et vibrante ; un solo de violoncelle dans lequel l’archet magique de M. Chizalet a fait merveille ; enfin un O salutaris, de M. Martinez, délicieusement interprété par M. Carradot, qui était accompagné par MM. Chizalet, Médina et Grasset.
« Après la cérémonie nuptiale, un lunch a été servi dans les beaux salons du grand hôtel Servant où a eu lieu également le dîner, le souper et un bal très animé qui s’est prolongé fort avant dans la nuit ».

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Le Grand-Hôtel de Royat en 1905
(collection personnelle)

On se rendit ensuite au Grand Hôtel de Royat, où les convives déjeunèrent, puis ce fut en soirée un long dîner avec, comme à l’accoutumée, une kyrielle de mets, tous aussi appétissants les uns que les autres, si l’on en juge par le contenu du menu du dîner. On notera que les vins de Chanturgue et de Corent voisinaient sans vergogne avec le Rœderer et le Saint-Émilion !

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Menu du déjeuner

Le déjeuner fut une collation somme-toute assez légère...tandis que le dîner fut très copieux, comme tous les repas de noce...

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Menu du diner
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A Royat vers 1905
Beaucoup de personnages n’ont pu être identifiés. Le petit garçon aux cheveux longs est Paul Teihol, le couple : mes grands parents, Pierre et Jeanne Eugénie née Cromarias, Germaine (avec une canne), fille d’Eugène Cromarias (chapeau melon), et de son épouse Eugénie née Labourier, le couple Alexandre Souchal (canotier à la main)-Philomène Pageix (sœur de Georges).

Son service militaire

Sa fiche matricule porte le numéro 1659 et précise qu’il était de la classe 1899. Elle indique qu’il demeurait à Clermont-Ferrand [6], qu’il avait les cheveux et les sourcils blonds, les yeux bleus, et qu’il mesurait 1m,72.
Engagé volontaire pour 3 ans à la mairie de Clermont-Ferrand le 9 novembre 1900, il arriva à son corps d’affectation, le 92e régiment d’infanterie le 10, et fut immatriculé sous le N° 2004.
Il demanda alors à bénéficier de la loi du 11 juillet 1892, en vertu d’un certificat délivré par la faculté de Clermont attestant qu’il était étudiant en médecine. Muni d’un certificat de bonne conduite, il fut donc envoyé en disponibilité le 22 septembre 1901 afin d’accomplir ses études de médecine.
L’armée n’oubliait évidemment pas ses sursitaires : elle s’informait régulièrement auprès de la Faculté de la situation de l’étudiant en médecine au regard de ses études. Ainsi, le jeune médecin se voyait en quelque sorte entamer une double carrière : côté civil, en exerçant son métier, et côté militaire, en étant promu à des grades supérieurs et en étant affecté à des postes précis dans la Réserve.

Au cours de ses études, Georges fut donc d’abord nommé médecin auxiliaire de réserve le 28 juillet 1904, et affecté à l’hôpital N°21 du 13e Corps d’Armée. Le diplôme de médecin de Georges, une fois obtenu, fut aussitôt dûment transmis par la Faculté de Médecine de Paris à l’autorité militaire, Georges fut promu Médecin aide-major de 2e classe de réserve [7], et mis à la disposition du général commandant le 13e Corps d’armée.
Le mémoire de proposition notait :
"apte à faire campagne, ne monte pas à cheval (ceci sera contredit par une appréciation ultérieure...), affecter de préférence dans un corps de troupe à pied ou une formation sanitaire".
Ces grades successifs étaient assortis d’affectations militaires précises :

  • Le 16 mars 1907, il fut affecté à l’hôpital de campagne N° 4 de la 63e Division d’infanterie de Réserve.
  • Le 26 juin 1911, il fut nommé Médecin aide major de 1re classe de Réserve et maintenu dans son affectation.
  • Le 30 juillet 1913, il fut affecté à l’ambulance n°5 de la 63e Division d’infanterie de Réserve (il y sera incorporé lors de la mobilisation d’août 1914).
  • Enfin, le 1er octobre 1913, il passa dans l’armée territoriale, maintenu dans son affectation.

Cette « emprise » de l’armée comportait bien sûr des périodes d’exercices. On compte trois exercices pour ce qui le concerne :

  • Du 24 août au 20 septembre 1903, pendant ses études.
  • Du 3 au 20 septembre 1907 : 10 séances à l’école d’instruction au 36e Régiment d’Artillerie.
    L’appréciation de son stage est élogieuse :
    "Au cours de son stage au 36e Régiment d’Artillerie, Mr Pageix a fait preuve de beaucoup de bonne volonté. Apte à rendre d’excellents services. Clermont-Ferrand, le 1er octobre 1907. Le Colonel commandant le 36e d’Artillerie".

Cette appréciation fut complétée par celle du chef de corps, le Directeur du service de Santé du 13e Corps : "Bon médecin, actif, zélé, peut faire campagne"

  • Du 6 au 25 juin 1911 : pour celui-là, l’appréciation fut concise : " Zélé et assidu"..
    Cette autre appréciation, probablement de 1907, vient contredire l’inaptitude à l’équitation : "36e Régiment d’Artillerie : « Aptitude médicale : exerce la profession de dentiste. Apte à diriger le service dans un corps de troupe. Bon médecin et cavalier rigoureux, Mr Pageix peut rendre de bons services dans un corps de troupe à cheval » !!!.

Ses études de médecine à Clermont-Ferrand puis à Paris (1900-1906), sa thèse en 1906

À 20 ans, Georges était donc étudiant en médecine à Clermont-Ferrand. Toutefois, il termina ses études à Paris, puisqu’il y présenta sa thèse en 1906. En effet, à l’époque, Clermont ne disposait que d’une « école de médecine » en charge des deux premières années, ce qui obligeait les étudiants à terminer leurs études et à soutenir leur thèse ailleurs.
Le préambules de sa thèse précise en effet qu’il fréquenta d’abord l’école de médecine de Clermont-Ferrand de 1900 à 1903, auprès des professeurs Bousquet et Du Cazal. Il gagna ensuite la capitale, où, inscrit à la faculté de médecine de Paris, il fit en 1904 un stage à l’hôpital Baudeloque avec le professeur Pinard, puis en 1905 à l’Hôtel-Dieu avec le professeur De Lapersonne, sous l’autorité du professeur Sauvage, chef de clinique de la faculté de médecine de Paris.
Il se spécialisa ensuite en art dentaire, sous l’égide de docteurs attachés aux hôpitaux de l’Hôtel-Dieu, de La Charité, et de La Pitié.
Pour étayer sa thèse, Georges Pageix passa plusieurs mois à l’Hôtel-Dieu, de février à juin 1906, afin d’enregistrer les réactions d’un « échantillon » de 46 patients qui subirent des soins administrés selon sa méthode.

Le 4 juillet 1906, Georges soutint avec succès sa thèse de doctorat sur "L’Étude d’un Nouveau procédé d’Anesthésie en Art Dentaire" [8], et fut reçu docteur en médecine le même jour.
Le Président du jury de thèse était le Professeur Terrier [9]et les juges de thèse MM Reclus, Professeur, et Mauclaire et Gosset, agrégés. Georges avait dédié sa thèse à la mémoire de sa mère décédée, à son père "en témoignage de reconnaissance et de profonde affection", ainsi qu’à ses amis.
Il la dédia aussi à ses premiers maîtres de l’École de Médecine de Clermont-Ferrand, MM les Professeurs Bousquet, du Cazal et MM les Docteurs Planchard, Maurin, Bide, Lepetit, Dieulafé, Billard, Dionis du Séjour, ainsi qu’à ses maîtres dans les hôpitaux de Paris les Professeurs Pinard et de Lapersonne et le Docteur Sauvage chef de clinique à la Faculté de Médecine de Paris, ainsi qu’à ses maîtres en l’Art Dentaire MM les Docteurs Pietkiewicz, Nogue (Hôtel-Dieu), MM les Docteurs Cruet, Robin (La Charité) et MM les Docteurs Ferrier et Moireau (La Pitié).

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Thèse de médecine de Georges Pageix

Pendant ses études à Paris, Georges Pageix habita le quartier Latin, à proximité de la faculté de médecine, d’abord au 1 rue de la Harpe [10], puis au 9 rue Monge à partir du 20 décembre 1906. Ensuite, à partir du 15 mai 1907, il demeura 29 avenue Niel, dans un bel immeuble haussmannien qui abrita son cabinet dentaire où il exerça jusqu’à sa mobilisation.

La mobilisation : l’Ambulance N° 5 de la 63e Division d’Infanterie (août 1914-avril 1915)

Mobilisé dès le début de la Grande Guerre, le 16 août 1914, comme engagé volontaire, il servit d’abord à l’Ambulance N° 5 de la 63e Division d’Infanterie.
Lisons le journal de marche du service de santé de la 63e Division d’Infanterie auquel était rattachée l’ambulance N°5 [11] :
"L’ordre de mobilisation générale est le 2 août. Du 5 au 11 août, la 63e Division d’Infanterie de réserve se forme et se mobilise à Clermont-Ferrand et dans les autres places des Corps d’armée. Elle comprend 5 ambulances : Nos 1, 2, 3 4 et 5 dont les trois premières seulement doivent marcher avec la division, les deux autres (4 et 5, donc celle de Georges) restant au service de l’arrière, avec deux sections d’hospitalisation et un groupe de brancardiers divisionnaires" .

La photo ci-dessous, prise probablement par mon grand oncle Joseph Pageix (ils se voyaient quelquefois), le montre avec son équipe médicale de l’Ambulance N° 5.

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On s’amuse à l’Ambulance !
Georges Pageix, béret et brassard foncé, au milieu de ses ambulances hippomobiles. Ce doit être d’août 1914 à avril 1915, alors qu’il était affecté à l’Ambulance N° 5 de la 63e Division d’Infanterie.
Cette photo n’a pas été prise à l’improviste, car les hommes affichent des poses peu naturelles. On notera l’attitude burlesque de l’homme qui imite un cheval attelé...et tout cela sous l’œil amusé de Georges Pageix...

Ces ambulances n’étaient pas appréciées. Les médecins se plaignaient de leur inconfort et souhaitaient obtenir des automobiles :
"Les grandes et petites voitures pour blessés, écrivaient-ils, sont peu pratiques. Elles ont d’abord tous les inconvénients de la traction animale dont le plus banal est l’extrême lenteur et la limite d’emploi à cause de la fatigue des chevaux. Elles sont très encombrantes pour le service qu’elles rendent. Elles sont peu confortables pour les blessés et leur mauvaise suspension est bien connue".

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Parc d’ambulances à la ferme de la Thibaudette
A Clermont-en-Argonne. Photo prise par Joseph Pageix.
On notera en les comparant à celles inventées par Dominique Larrey, Chirurgien en Chef de la Grande Armée, que celles-ci n’avaient guère changé entre-temps.

Une autre préoccupation des services de santé militaire, également exprimée dans le journal de marche de l’ambulance était la lutte contre les gaz asphyxiants.
On lit ceci : "La lutte contre les gaz asphyxiants ayant été mise à la charge du service de santé constitue actuellement sa principale, presque exclusive occupation au détriment de ses autres obligations. De nombreuses conférences ont été faites aux Médecins et par ces derniers aux officiers et aux hommes pour expliquer les effets de ces gaz et les moyens de s’en préserver".

Lorsqu’on lit les passages du journal de marche consacrés aux gaz, on constate que l’on tâtonne encore notablement et que l’on en est réduit à expérimenter des procédés rudimentaires et peu fiables pour protéger les soldats, même s’il est indiqué que "les nouveaux Masques Tambutet vont être distribués". Avec la « complicité » des pharmaciens et des chimistes, on se livre même à des expériences pour le moins hasardeuses :
"La distribution des engins de protection continue dans les Corps (...) Dans tous les cantonnements de seconde ligne, des expériences de passage des hommes en atmosphère chlorée sont exécutées pour leur donner confiance dans les engins distribués".
Toutefois, malgré des exercices répétés, ces « engins » sont appliqués d’une façon défectueuse et que des incidents fâcheux surviennent :
"Des essais ont été faits sur l’efficacité des engins de protection. L’appareil à oxylithe s’est montré insuffisant par suite de la difficulté d’application de la pince sur le nez par dessus les lunettes. L’étudiant en médecine Agostini (pauvre cobaye !...) faisant fonction de Médecin auxiliaire qui s’était offert volontairement pour cet essai a été sérieusement intoxiqué et a dû être admis à l’ambulance 4/44 à Ploisy" !

J’ai pu aussi consulter le journal de marche de l’ambulance N°5, conservé quant à lui aux archives du Val de Grâce. Ce journal fut rédigé par le Médecin Major de 1re classe Chabrol, qui commandait la 5e Ambulance.

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Couverture du JMO de l’Ambulance 5
Archives du Val-de-Grâce.

Je n’hésiterai pas à en présenter de longs extrait de ce journal, avouant que je ne me suis pas ennuyé à lire ces péripéties pour le moins pittoresques de l’Ambulance, et le style du Médecin-Chef Chabrol, avec qui Georges Pageix se brouillera manifestement un peu avant son départ de l’Ambulance en avril 1915, ne manque pas de sel :

"Le 4e jour de la mobilisation, mercredi 5 août arrivée à Clermont à 12 h. Le soir, visite de Mr le Directeur du service de santé qui me remet le plan XVII de mobilisation de l’Ambulance N°5. L’effectif est composé de :
MM. Chabrol médecin chef (Vichy), les médecins Le Sourd (Paris), Reniaud (St-Étienne), Laurent (Allier), Pageix (Aide médecin de 1re classe, 29 avenue Niel, Paris), Glénard (Vichy), Jamet, pharmacien (Paris), Gras, officier de réserve (hôpital de Grenoble), Valette, officier d’administration de réserve (St-Étienne)".

- Pour lire la suite...

Notes

[1Malheureusement coupés depuis...

[2Malheureusement coupés depuis...

[3Dans cette tombe repose aussi son épouse Marie, née Robillon, décédée le 22 mai 1971 à Châteldon.

[4Lieu de sinistre mémoire ; ces combats meurtriers furent à l’origine d’une fameuse chanson.

[5Jean Cohendy-Bouchet fut maire de Royat de 1880 à 1902 (une rue de Royat porte son nom). Les Cohendy, les Bouchet et les Pageix cousinaient amplement. J’ai montré dans ma biographie consacrée au Général de Division Aérienne Alexandre Bouchet, un beaumontois remarquable, cousin et ami de mon grand père Pierre Pageix, que tous les Bouchet de Beaumont venaient de Royat où leur nom était bien présent depuis au moins le Moyen Âge ; il fallut néanmoins attendre le 28 février 1656 pour qu’un Anthoine Bouchet de Royat vienne à Beaumont épouser une Jeanne Vignolle ; le couple s’installa donc à Beaumont où les Bouchet se multiplièrent au fil des générations et des alliances....

[6probablement chez ses parents pendant ses études, voir les recensements

[7décret du 26 septembre 1906

[8Bibliothèque nationale de France
Cote 8 TH PARIS 1924 Notice N° FRBNF 36917229 Faculté de Médecine de Paris Année 1906 N° 342.

[9Professeur de clinique chirurgicale à la Faculté, chirurgien de l’Hôpital de la Pitié, Membre de l’Académie de Médecine, Commandeur de la Légion d’Honneur.

[10Cette rue donne sur la place de la Fontaine Saint-Michel

[11Accessible en ligne sur le site « Mémoire des hommes »

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9 Messages

  • Bonjour
    Bravo pour cet article très documenté et fort intéressant.
    Pourriez-vous rectifier la date de naissance de Philomène ?
    Elle est bien née le 29 février..date plus rare que d’autres, mais pas en 1873 qui n’est pas bisextile..mais en 1876 :-)
    En vous remerciant,
    Catherine

    Répondre à ce message

  • Georges Pageix Médecin-major de la Grande guerre (1880-1921) 21 septembre 10:40, par Marlie TOUSSAINT

    Bonjour Jacques,
    Merci à vous pour ce bel hommage de surcroît fort bien documenté et quel appétit pour les dîneurs !
    Cordialement
    Marlie

    Répondre à ce message

  • Georges Pageix Médecin-major de la Grande guerre (1880-1921) 21 septembre 18:18, par michel massip

    bonjour je vous adresse ces petits mots car a la lecture de votre je me suis aperçu que le grand pere de mon epouse a certainement du croiser le dr Pageix sur le secteur de verdun ayant ete blesse par 2 fois en1917au bois des beaux marrons en avril 17 puis en juin 17 a craonne il s’agissait du 2ecl Magnan joseph du 6e BCA 3e cie
    merci pour votre article

    Répondre à ce message

    • Bonsoir,
      Vous pouvez (si vous ne l’avez pas déjà fait) consulter le journal de marche du 6e BCA (consultable en ligne).
      Voici quelques extraits :
      Le 12 avril, tout le bataillon est cantonné dans des grottes à Breuil. Les chasseurs reçoivent une « allocution » du général Lacapelle sur les opérations du lendemain.
      Après une progression de nuit ("on suit difficilement la piste très bonne par une nuit particulièrement noire..." À 6h30, "le bataillon va prendre la piste du centre qui doit conduire à la lisière du Bois de Beau-Marais (sic).
      « On attend avec impatience le moment de bondir ». Mais l’attaque échoue.
      Le 17 avril on attaque à nouveau et il y a de nombreux tués et blessés y compris les officiers (Chez les chasseurs, tout comme dans d’autres corps certainement, les officiers qui chargeaient en tête des troupes n’étaient pas non plus épargnés).
      Du 15 au 22 avril, il y eut 50 tués et 318 blessés dont 29 ne purent être évacués. Le bataillon fut ensuite relevé et partit au repos et à l’instruction jusqu’au 3 juin. Il repart au front (village de Craonne, plateau de Californie) pour de nouveaux combats et sera relevé le 17 juin etc etc.
      Bien cordialement
      Jacques Pageix

      Répondre à ce message

    • Bonsoir,
      Vous pouvez suivre comme moi le parcourt de votre grand père grâce au journal de marche du 6e BCA consultable en ligne :
      Le 12 avril (1917), « tout le bataillon cantonne dans des grottes ». Le 15, il les quitte à 8 h et vient se former dans le ravin de Beaugilet. Allocution du général Lacapelle sur les opérations du lendemain. À 21h30 départ ; « On suit difficilement la piste très bonne par une nui particulièrement noire »... "Le Bataillon arrive et se forme à 5h30 à la lisière du Bois des Couleuvres. Il quitte ses emplacements à 6h30 et va prendre la piste du centre qui doit le conduire à la lisière du Bois de Beau-Marais (sic). Il y arrive à 9h30..."On attend avec impatience le moment de bondir"...Hélas, l’attaque échoue. L’artillerie lourde allemande fait des ravages.
      Le 22 avril le Bataillon est relevé et part au repos et à l’instruction. Les pertes sont lourdes du 15 au 22 avril : « 50 tués, 17 disparus, 318 blessés dont 29 non évacués ». Le nombre d’officiers tués ou blessés est élevé ; en effet ceux-ci se trouvaient toujours à la tête des troupes.
      Le 3 juin, le Bataillon rejoint Craonne (Plateau de Californie). Il est releva le 17 juin. Etc...
      Bien cordialement.
      Jacques Pageix

      Répondre à ce message

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