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« Enfin je peux causer un instant avec toi »

Sergent Albert Feldmann, du 26ème régiment d’infanterie (1914-1915), Auditeur au Conseil d’Etat


jeudi 2 mars 2017, par Michèle Champagne

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Hommage à Albert Feldmann, Sergent au 26ème régiment d’infanterie, à travers sa correspondance avec son frère, Maurice, et son père, Armand Feldmann, avocats à la Cour d’Appel de Paris.
Ce qui nous frappe dans sa correspondance, ce sont les mots de solidarité entre les hommes, qui avoisinent les égoïsmes et les hostilités entre classes sociales, la mort que l’on apprivoise peu à peu au détour de quelques phrases, et la réserve de ne pas parler des tueries et des massacres.

Cet article est écrit avec l’apport de Michel Guironnet pour les encarts grisés qui complètent bien cette correspondance.

Parcours militaire

Charles, Maurice, Albert Feldmann est né le 18 octobre 1884 à Paris 16ème.
Il est le fils de Bernard Armand Feldmann et de Jenny Cécile Oulif, domiciliés à Paris. Sa courte biographie est jalonnée par ses années d’études : licencié en lettres et en droit, il est avocat à la Cour d’Appel de Paris. Albert Feldmann présente le concours de l’auditorat en 1910, il entre comme auditeur de 2ème classe en juillet de la même année, au Conseil d’Etat [1]

  • 1906, 6 octobre : incorporé au 26ème régiment d’infanterie à Nancy, matricule 10345
  • 1907, 15 septembre : soldat de 2ème classe envoyé dans la disponibilité, certificat de bonne conduite
  • 1908, 3 octobre : Certificat d’aptitude au grade de sous-officier de réserve
  • 1912, 11 juin : nommé Caporal
  • 1914, 3 août : incorporé au 26ème Régiment d’Infanterie sous le matricule 31
  • 1914, 16 décembre : nommé Sergent
  • 1915, 9 mai : Mort pour la France à Neuville St-Vaast (Pas-de-Calais).
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Fiche matricule d’Albert Feldmann
Ministère de la guerre, Gouvernement militaire de Paris, subdivision de la Seine, 6ème bureau, Registre matricule classe de 1904, 1er volume du N° 1 au n° 500.

Historique du 26ème Régiment d’Infanterie
En 1914, ses casernements sont Nancy et Toul. Ce régiment fait partie de la 2ème brigade d’infanterie, 11è division d’infanterie, 20è corps d’armée. Il est constitué en 1914 de trois bataillons. A la 11è division d’infanterie d’août 1914 à novembre 1918. [2]

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Honneur au drapeau

Photo tirée de l’ "Historique du 26e régiment d’infanterie pendant la Grande Guerre 1914-1918" consultable sur Gallica

Portrait d’Albert Feldmann

N’ayant point de photographie d’Albert Feldmann, c’est par son signalement, décrit dans sa fiche matricule, que nous avons des informations sur son visage : cheveux et sourcils châtains, yeux gris, menton rond, visage ovale, 1 mètre 68.

Ses qualités sont relatées dans un extrait de la délibération du Conseil d’Etat du 10 juin 1915 :
« il s’était fait remarquer comme un collaborateur particulièrement précieux : ses rapports étaient nombreux et toujours parfaitement étudiés, ses projets de décisions attestaient une étude très attentive des dossiers et des recherches approfondies dans les textes législatifs et dans la jurisprudence. Sa nature franche et loyale, son attachement à ses fonctions lui avaient conquis toutes les sympathies, et il a prouvé que, chez lui, la valeur morale ne le cédait pas à la valeur intellectuelle. »

Mais comment aller plus loin ? Comment faire sa connaissance lorsque nous n’avons pas de photographies, et que nous disposons de quelques écrits, particuliers en période de guerre, où la correspondance est interrompue, les lettres difficiles à décrypter, des cartes militaires où l’on ne peut développer sa pensée ?

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Signature d’Albert Feldmann

L’analyse de l’écriture, en reconnaissant une pointe d’aventurisme, peut nous aider. Regardons la signature d’Albert lorsqu’il signe de son prénom. Cette signature est régulière dans sa correspondance, toujours le même mouvement, la même lisibilité.
Première observation, l’écriture est lisible, ce qui dénote un trait de loyauté. La hampe portée sur le « A » et le « T » est synonyme d’une motivation forte puisant sa source à l’extérieur. L’écriture est ascendante, signe d’une nature active. Les caractères penchent vers la droite, nous pouvons y lire une ouverture sur le présent et l’avenir et sur les autres.
Ainsi, l’analyse rapide de la signature du prénom d’Albert Feldmann nous éclaire sur des facettes de sa personnalité, ce qui est cohérent avec le portrait qu’en fait le Conseil d’Etat et ses propos tenus dans ses lettres.

Maintenant, laissons-lui la parole.

Le 16 octobre 1914, blessé au combat.

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"16 octobre (1914) Mon cher Maurice,
Enfin je peux causer un instant avec toi. Comme tu le sais sans doute, je suis à Dieppe, admirablement soigné d’une blessure au mollet. Je voudrais tant te revoir et pouvoir t’embrasser : mais quand Dieu le permettra t-il ?
Que Dieu te protège et nous réunisse un jour tous en bonne santé et dans une paix victorieuse. Mille et mille baisers de ton frère qui t’adore. Albert.
Expéditeur Feldmann Cal (Caporal) 26e Infie (d’Infanterie) Dieppe Hopital auxiliaire n° 5"

Albert écrit de l’hôpital de Dieppe à son frère Maurice en poste à l’Etat Major du XVème Corps à Lyon. Il est hospitalisé pour une blessure aux mollets. Dans quelles circonstances ?
Une hypothèse : le 26è RI menait une bataille en Artois à Monchy-au-Bois le 10 octobre : « Mais des renforts arrivent à l’ennemi qui contre-attaque énergétiquement ; des combats de rues se poursuivent une partie de la journée… mais la poussée allemande est telle que non seulement Monchy-aux-Bois, mais plus au sud Hannescamps, et la majeure partie de Fonquevillers tombent aux mains de l’ennemi. Il n’est arrêté devant Bienvillers que par les efforts combinés des fantassins du 26è R.I. et des dragons de la division Baratier. » [3]

L’hôpital auxiliaire N° 5 de Dieppe, installé dans les bâtiments du Casino Municipal, rue Aguado, fait partie de la SSBM : Société française de Secours aux Blessés Militaires.

3 novembre 1914, « il ne faut pas que ce soit les mêmes qui se fassent tuer »

« Mon bien cher Maurice,
Rien de toi ce matin ; ce n’est pas tous les jours fête.
Nous avons un instituteur de Paris qui se plaint de douleurs qui m’ont l’air bien de circonstance... et un pasteur qui jouit tant de sa convalescence. Ce sont de pauvres hommes tous et bons, il faudrait être un héros pour avancer l’heure du départ n’est-ce pas ?
On me parlait encore du fils d’Albert P....qui est dans un bureau quelconque. Tout cela est un peu dégoûtant. Il ne faut pas que ce soit les mêmes qui se fassent tuer.
Et puis j’espère toujours un coup de théâtre favorable pour abréger tant de misère. Malheureusement l’échiquier politique se complique au lieu de se simplifier. Quel spectacle passionnant pour les civils assis dans leur bureau et comme cela sera intéressant de voir le feu de tout cela.
De longues lettres encore d’A…. La mère de Pierre m’avait même envoyé une flanelle qui n’est pas arrivée ! Je crois que le pauvre Pierre sera farci de faire la campagne d’hiver. Il blague encore beaucoup quoique le temps ne s’y prête guère, mais au fond c’est un très bon garçon.

Le canon tonne près de notre château. Nous allons peut-être être tués. C’est à ces gens-là et aux pauvres nôtres déjà morts qu’il faut toujours penser pour apprécier sa chance lorsqu’on s’embête un peu sur place ou que le travail est monotone. Albert »

Le château est sans doute celui de Bécourt dans la Somme, où le 26ème RI mène une bataille les 7 et 8 octobre :
« Le 26e, relevé dans Fricourt, est ensuite porté un peu plus au Nord et cueille, dans la nuit du 7 au 8 octobre, à Bécourt de nouveaux lauriers. C’est l’affaire célèbre du château de Bécourt où le 3è bataillon (Weiller), attaqué par surprise à minuit par 7 compagnies allemandes, résiste non seulement avec la dernière énergie, mais permet au commandant Colin (commandant le 26e) d’exécuter deux contre-attaques à la baïonnette et une manœuvre d’encerclement qui force les assaillants, cernés dans le parc du château, à se rendre. » [4]

Dimanche le 8 novembre 1914, « autant de courage à vivre qu’à mourir »

« Ici tous les blessés sont aux petits soins les uns pour les autres se consultant sur leur sommeil, leurs rhumatismes. C’est gentil. Je me rappelle qu’à notre ligne, un A… se serait fait tuer plutôt que de me céder un bout de chocolat. Il en avait beaucoup et c’est tout ce que j’aurais pu supporter. D’ailleurs d’après une lettre reçue de là-bas hier, ces braves camarades ont été tués. »

Et la solidarité a sa place lorsqu’Albert Feldmann évoque un camarade tué qui « avait été bien bon pour moi, me donnant à manger dans sa gamelle parce que je n’arrivais pas à défaire la mienne. Je suis resté si maladroit hélas ! Rappelle-toi le nom de sa veuve Bauer : femme d’un petit coiffeur de Lunéville. »

Michel Guironnet, que nous remercions, l’a identifié :
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Fiche matricule de Charles Bauer
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Fiche de Charles Bauer sur « Mémoire des Hommes »

Charles Bauer repose dans la nécropole nationale "Serre-Hebuterne" (tombe N° 509) à Beaumont-Hamel, dans la Somme

Et une attention portée à son frère, Maurice, pour le retrouver en vie :
« Je voudrais que tu ne veilles pas trop et que tu ne te fatigues pas. Pense à la douleur que j’aurais si revenant vivant de la guerre je ne te retrouve pas en bonne santé ça ne serait pas la peine. Ne va pas à la mort si c’est inutile. Il y a actuellement autant de courage à vivre qu’à mourir et puis il faudra que tu te maries et que tu aies des enfants… »

Maurice Feldmann épousera Marie-Anne Léon, fille du philosophe Xavier Léon, directeur de la Revue de métaphysique et de morale et de Gabrielle Bloch, le 23 mars 1920. Ils n’eurent pas de descendance. Maurice Feldmann était avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation. Il décède le 5 mars 1970 à Paris.

Et les fils de bourgeois, sont-ils mieux lotis ?
« Notre pasteur protestant de notre chambrée, qui d’ailleurs retournera je crois comme infirmier, non à la ligne de feu mais à l’hôpital, se plaignait que les fils à papa étaient embusqués etc. Je crois que c’est tout à fait faux … Il y aura toujours hélas des égoïsmes et des hostilités entre classes sociales. »

Lundi soir, « des drapeaux tricolores dans la Grande Ourse »

« La fidèle Lilette qui me touche vraiment par sa constance (car enfin elle m’écrit plus souvent que Fanny) me dit qu’un mage lui a affirmé que la guerre serait finie le 31 mars et comme il y a toujours des fous il parait que leur cuisinière voit le soir des drapeaux tricolores dans la Grande Ourse ce qui est bon signe. »

10 novembre 1914, « des paysages de rêve qui changent des champs de bataille »

« Dans mes moments perdus, je cherche à retrouver tout ce que nous avons fait de nos derniers voyages et je pense au beau tableau de Rome et à ces paysages de rêve qui me changent des champs de bataille. Nous voyagerons beaucoup plus tard et nous retournerons à Rome. »

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Le couvent du Palatin à Rome
Carte postale 1918 tirée des archives personnelles de l’auteur
Sur une carte postale du 14 décembre 1914, le cachet d’expédition est la gare de Mâcon ; ville où est transféré au début du conflit le 26eme régiment d’infanterie, caserné en temps de paix à Nancy . Il est bien indiqué dans l’adresse de l’expéditeur que le Caporal Albert Feldmann est "au dépôt de Mâcon" à la 28eme Compagnie .

Incorporé en août 1914, le numéro de sa compagnie prouve qu’ il est en période d’instruction avant de partir au front. Dans quelques jours, il sera nommé Sergent et est formé à ses futures fonctions.
Cela explique bien ce qu’il écrit dans ses lettres du mardi 12 et du dimanche 17 Janvier 1915 au sujet des "départs" pour la zone des combats.
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L’Hôtel Sennécé à Mâcon
Carte postale non datée tirée des archives personnelles de l’auteur

Mardi 12 janvier 1915, pas de permission, point de reproches !

« Mon cher Maurice
Ton serviteur fera sans doute partie d’un des prochains départs. Il n’est donc pas sûr que nous puissions fêter ici avec toi le 27 février. Dans tous les cas n’ayant rien demandé je laisse faire les choses et ainsi je n’aurai rien à me reprocher. J’ai reçu aussi un mot de Pierre qui m’a l’air d’intriguer beaucoup pour être officier d’administration. Je lui pardonne car je crois son amitié sincère et si ce n’est pas un héros, c’est un bon garçon. »

Albert Feldmann fait référence à la date d’anniversaire de son frère, Maurice, né le 27 février 1886 à Paris.

Dimanche 17 Janvier 1915, « je pense malgré tout que la guerre ne pourra pas durer toujours »

« Mon cher Maurice,
Papa m’écrit qu’il n’y aura pas de départs annoncés avant le 2 février. Vous pouvez sans doute être tranquille au moins encore pendant 15 jours et quelle que soit la monotonie de l’existence ici et son peu d’agrément surtout à cause de relations peu cordiales que j’entretiens avec quelques-uns de mes collègues qui m’ont pris en grippe je ne sais pas trop pourquoi, qui estropient mon nom, etc. Il n’y a qu’à se laisser vivre et qu’à attendre les événements. Je pense malgré tout que la guerre ne pourra pas durer toujours. »

Les relations peu cordiales qu’Albert entretient avec quelques collègues pourraient s’expliquer par son patronyme d’origine germanique – « Feld » signifie champ et « Mann » homme.

29 Janvier 1915, « les infirmes ont toujours tort »

« Un mot sur mes nouveaux collègues qui me font beaucoup rire. Tous deux sont charmants, chacun dans leurs genres, aussi bien Fichot (clerc chez Hardy) que Charpentier, et je crois que notre petit trio est destiné à une parfaite harmonie. Charpentier craint comme moi qu’après la guerre on n’ait pas assez de reconnaissance à ceux qui auront fait tout leur devoir et que les pauvres infirmes aient toujours tort. Il m’a donné quelques nouvelles sur les choses du Palais. Le pauvre G ( ?) est mort parait-il qu’il ne voulait pas se faire amputer.
Fichot est un très gentil garçon mais qui a gardé de son long passage sur le front un air triste et il se plaint que ses nuits soient nourries de cauchemars, ce qui n’est pas étonnant. »

16 février 1915, « un jouet entre les mains du Dieu des armées »

« Mon cher Maurice
Pour moi, ce que j’attendais est arrivé : je pars demain à 3 heures pour une destination inconnue. Petit voyage en Belgique et gratuit. 1 sergent (bibi), 1 caporal et 15 hommes.
Ce qui m’ennuie c’est de penser que je ne te verrai pas à ton passage à Paris ; tâche d’avoir une longue conversation avec papa. Je sais que mon départ le préoccupera mais je n’ai rien fait pour partir et je suis comme tant d’autres un jouet entre les mains du Dieu des armées.
J’espère, je suis presque sûr même, étant donné que j’ai toujours eu plus de chance que de mérite, que je m’en tirerai encore à bon compte. Pourvu que je sois à la hauteur de mes hautes fonctions. J’ai un peu mal aux pieds mais je crois que c’est une foulure qui s’en ira vite.
Je t’en supplie : je te dis à toi ce que je dirai à papa : pense à moi pour vous conserver en bon état et en bonne santé morale et physique et pour que la plus grande joie à mon retour soit de vous trouver bien portants.
Pour un pauvre bougre comme moi qui n’ai jamais eu de maîtresse, ni d’ami, vous constituez avec papa et toi ma seule raison d’être.

Dernières nouvelles. Il paraît que nous partons d’abord pour le dépôt le 26 qui se trouve près de Dunkerque et où nous faisons l’exercice comme à Mâcon et qu’on reste souvent un mois avant de partir pour la ligne de feu. J’ai le pied un peu foulé ce qui m’ennuie et me fait souffrir. Pourvu que cette bêtise ne me force pas à plaquer mes compagnons de route. »

Mercredi 18 février 1915, « Fichot et les autres m’ont très gentiment dit au revoir »


« Je pars dans d’excellentes conditions physiques et morales. Je suis dans un wagon dont je suis le chef (chic !). Pas mal de pochards qu’il faut surveiller de près, ce qui est ennuyeux. Je suis content de savoir que tu vas bien et je te prie très vivement de prendre ce qu’on te donnera comme convalescence. C’est ton devoir vis-à-vis de papa. Gardet m’a répété tout à l’heure qu’il serait enchanté de voir. Peut être va-t-il te voir à Lyon.
Fichot et les autres m’ont très gentiment dit au revoir. Je suis très heureux notamment d’avoir fait la connaissance de Charpentier.
Au revoir, mon cher petit. Mille bons baisers. Albert »

La lettre est écrite « mercredi 18 », le cachet de la poste de Chalon sur Saône est du 18 février 1915. Elle est adressée à son frère : « Monsieur Maurice Feldmann » à la « 14e section des Secrétaires d’Etat-Major, Hôpital des Anglais ; 5, rue des Massues Lyon »

C’est l’Hôpital Auxiliaire N° 3 installé dans l’établissement "Les Anglais" (école libre avec pensionnat et chapelle) au 5 chemin des Massues dans le quartier du "Point du Jour" 5ème arrondissement de Lyon

9 mai 1915 : Mort en héros au Labyrinthe

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Carte de situation du Labyrinthe.
Nous remercions le site Le Chtimiste.com de son accord pour publication.
Le 26e entre en secteur au nord d’Écurie dans la nuit du 28 au 29 avril, le P. C. du colonel étant à la cote 107. Les nuits sont activement occupées aux travaux préparatoires et au transport des munitions, des vivres et du matériel dans les tranchées de première ligne. Le carrefour appelé Madagascar sur la route de Béthune, à l’ouest de la cote 103, devient rapidement un important dépôt de matériel de toutes sortes qui n’échappe pas aux vues de l’ennemi et commence à être bombardé. Les organisations allemandes que le 26e a devant lui sont formidables. C’est un enchevêtrement inextricable de tranchées et de boyaux, qui porte le nom, bien justifié, de « Labyrinthe » ; le terrain complètement dénudé et plat s’étend ensuite entre les villages organisés de Neuville-Saint-Vaast et de Thélus jusqu’au bois de la Folie et à la crête de Vimy. Extrait de l’historique du 26e régiment d’infanterie.
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Prise du Labyrinthe par l’infanterie française à Neuville-St-Vaast en mai 1915

Le sergent Feldmann tomba deux fois lors de l’offensive. La première, n’étant que blessé, il se releva et poursuivit l’attaque, la seconde lui fut fatale : foudroyé, au milieu des fils de fer barbelés qu’il venait de franchir. Il est cité à l’ordre du 20ème Corps d’armée du 27 juin 1915.

Une lettre de son ami et frère d’armes, nommé Thely, adressée à Armand Feldmann, retrace l’assaut du 9 mai 1915 dans lequel tombe Albert Feldmann.



Ce P.Thely, que malgré des recherches, n’a pas réussi à être identifié, est sergent au 26eme RI. Il a pu être blessé à Neuville-St-Vaast puisqu’il écrit au père d’Albert depuis "l’hôpital temporaire N° 32 de Granville", dans la Manche. Cet "hôpital complémentaire" est installé dans l’école libre de jeunes filles, 8 rue Le Campion.
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30 mai 1915 (JMO du 26eme régiment d’infanterie)
"Une messe pour les morts du 26e R. I. est dite sur un autel de verdure par l’abbé Martin, le fidèle aumônier du régiment, aux poches toujours pleines de friandises et de cigarettes, et Mgr Ruch, un ancien du 26e, évêque de Nancy, aumônier du 20e corps, prononce une vibrante allocution glorifiant les braves tombés le 9 mai et les donnant en exemple aux jeunes soldats de la classe 1915 qui viennent les remplacer." Extrait de l’historique du 26e régiment d’infanterie

Armand Feldmann écrivit de nombreuses lettres à l’armée pour avoir des indications sur l’endroit où le corps de son fils avait été inhumé :
« C’est une torture de plus que de ne pas savoir où aller pleurer sur la tombe d’un enfant » ... Une mémoire meurtrie.

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Mémorial pour Albert Feldmann au cimetière Montmartre

Trois ans plus tard, Armand Feldmann donne une bibliothèque de droit au 1er bataillon du 26eme régiment d’infanterie, en souvenir de son fils.

* * *
Laissons la parole au frère d’Albert Feldmann, Maurice Feldmann, qui écrivit un poème que nous reproduisons ci-après :

« Crois tu…
Crois-tu que des soleils se lèveront encore,
Lorsque toi, tu seras entré dans le néant ?
Qu’il y aura des soirs nouveaux, et des aurores ?
Tu le « sais », j’entends bien : mais le crois-tu vraiment ?
Crois-tu, toi qui l’aimas avec tant de ferveur,
Quand tu l’auras laissée, encor qu’elle revienne,
Pour charmer d’autres yeux et ravir d’autres cœurs,
La vie, quand cette vie, ne sera plus la tienne
Crois-tu que se poursuive encor le mouvement
Des heures enchantées sur le cadran docile,
Lorsque toi, tu seras devenu cet absent
A tout jamais perdu dans la nuit immobile ? »

Sources :

Archives familiales, cartes militaires & lettres d’Albert Feldmann.
Nous remercions la famille Léon – Philippe, Michel et Florence – de nous avoir donné l’autorisation de publier cet article.

Notes

[1Plusieurs membres du Conseil d’Etat sont morts pour la France pendant la guerre de 1914-1918. Un colloque organisé par le Comité d’histoire du Conseil d’Etat relate que plus de la moitié de ses membres furent mobilisés en 1914 . Une plaque commémorative rappelle le souvenir de leur sacrifice.

[2Source : Régiments d’Infanterie durant 14/18, N° 1 à 50 site : http://chtimiste.com/

[3« Historique du 26e régiment d’infanterie pendant la Grande Guerre 1914-1918, section L’Artois et la Picardie, combats de Fonquevillers »

[4Tirée de « Les Gars du 26e », Souvenir du commandant du 26e RI, de la division de fer Général H. COLIN, 1932, disponible sur le site http://chtimiste.com/

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