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Du danger des chandelles allumées dans les maisons au XVIIe siècle


jeudi 17 mars 2016, par Thierry Sabot

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C’est toujours avec un réel plaisir que je me plonge dans les écrits des mémorialistes et des chroniqueurs de l’Ancien Régime, notamment le Journal de Pierre Taisan de l’Estoile (1546-1611), un bourgeois parisien dont la famille était originaire de l’Orléanais. Pour reprendre une citation de Saint-Beuve, « Ce sont, en effet, les bruits de Paris que l’Estoile reproduit fidèlement » dans ses mémoires. Avec le texte suivant, je vous propose le récit d’un banal accident domestique...

Le mardi 28e, jour des Innocents [28 décembre 1610], mon petit Claude, par un grand inconvénient, fut brûlé dans la garde-robe de ma chambre, où, regardant dans un coffre avec une chandelle allumée qu’il tenait en sa main, le feu se prit à sa fraise, qui fut toute brûlée, puis au col, aux oreilles, au menton, et [dé]jà allait gagnant le visage et les yeux : qui était pour l’achever de consommer et perdre à jamais, n’eût été que Dieu, le conduisant comme par la main, lui donna l’adresse, tout petit qu’il était, de déverrouiller la porte de la garde-robe où il s’était enfermé, et où nous entrâmes tout à point pour le secourir, mais non sitôt [pas avant] qu’il ne brûlât pour le moins demi quart d’heure, avant que pouvoir éteindre le feu.

Il était six heures passées, et [dé]jà on apportait notre souper, qu’on laissa là pour courir au médecin notre voisin, qui était M. de Lisle, lequel nous secourut promptement et y apporta de bonne volonté tout ce qu’il put, comme aussi fit Riolant le chirurgien, que nous mandâmes après ; mais ils montrèrent enfin qu’ils s’y connaissaient l’un comme l’autre. Qui me fut un redoublement d’affliction bien grande : car il était près d’entrer bientôt, sans cela, chez Madamoiselle (sic) de Montpensier, pour être son page, étant le plus beau de mes enfants et le plus adroit, et auquel il paraîtra toute sa vie, pour l’avoir mis entre les mains des médecins et chirurgiens, qui n’ont pu faire en six mois ce que beaucoup de femmes, et même de village, eussent fait en six jours. Mais Dieu l’a voulu et l’a ainsi permis pour mes péchés ; c’est là où j’en reviens. Plura non sinit dolor [1].

En même temps Madame d’Eaubonne, qui avait épousé le fils de M. le président d’Ormesson, perdit par un inconvénient de feu, en une sienne maison des champs près de Paris, une sienne petite fille, âgée de quatre à cinq ans, qui fut si bien brûlée, pendant qu’elle était allée à l’église, qu’on lui voyait les entrailles sortir, et ne fut possible de la sauver, mais mourut cette pauvre petite créature innocente, au bout de douze ou quinze jours, avec tourments et douleurs cruelles. A laquelle cuidèrent [2] faire compagnie deux siennes petites sœurs, qui furent brûlées aussi, et ce, par la mauvaiseté et indiscrétion d’une servante, à laquelle Madame d’Eaubonne, s’en allant à l’église, les avait laissées en garde, et commandé expressément de ne point sortir, qu’elle ne fût revenue. Mais cette méchante fille n’ayant laissé pour cela de s’en aller, aussitôt qu’elle fut partie, ces trois petites filles, étant près du feu, tombèrent dedans, la plus grande ne pouvant aider à la plus petite, tellement que, sans une spéciale grâce de Dieu, elle perdait misérablement, en une matinée, trois siens petits enfants.

Voilà comment en ce monde il n’y a point de chemin plat ; tout y est plein de misères, d’embarras et d’empêchements, et la fin de notre voyage est la mort qui ne se soucie d’aucune chose en ce monde.

Moi-même qui écris ceci, quand je considère bien l’ennui et peine qu’une grande famille donne à un homme comme moi, l’incommodité d’une femme, les pénibles pensées à cause des enfants, les nécessités de la maison pour les pourvoir, le peu d’affection des parents, les maladies et la vieillesse, avec la froideur des amis (car tout cela se trouvera en la mienne) ; si je ne me repens d’être ici si longtemps, au moins me trouvai-je si lassé de ce chemin, que je n’en puis tantôt plus.

Notes

[1« La douleur ne me permet pas d’en écrire (ou dire) plus »

[2Crurent, pensèrent.

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3 Messages

  • A combien de malheurs étaient exposés les jeunes enfants :étouffement ,noyade,brûlures,maladies sans remède.
    Si j’en crois les dates indiquées ,cet homme était proche de la mort ,et déjà fatigué de vivre si je comprends bien la dernière phrase .Je compatis.
    Bien cordialement,
    Martine

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  • Bonjour, cela me rappelle une anecdote moins triste que maman m’a racontée. Elle devait avoir une dizaine d’années (elle est née en 1917), les lampes à pétrole était encore d’actualité et elle s’est amusée à crier « au feu » dans l’escalier, ce qui lui a valu une belle raclée comme on disait à l’époque.

    Maintenant, j’ai failli perdre mes 3 petits enfants et leurs parents, il y a 3 ans dans l’incendie de leur maison. Ils ont juste eu le temps de sortir, la nuit et il n’y avait plus personne. Le feu, c’est terrible.
    Cordialement
    Chantal

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  • Bonjour,
    Cette histoire me renvoie à ce qui vient d’arriver début mars à une amie d’enfance vivant seule avec son chien dans une maison indépendante de 2 étages : une bougie dans un photophore (justement par mesure de précaution), elle s’absente quelques instants, le chien bondit pour une raison inconnue, renverse le photophore et le temps qu’elle s’en aperçoive la maison s’embrase.
    Bilan : la maison entièrement dévastée, elle, à l’hôpital à cause de la fumée hinalée mais pas de brûlures heureusement, le chien retrouvé sain et sauf 2 jours après.
    Les histoires d’incendies causés par des bougies n’ont pas fini de se produire.... 1610 - 2016
    Bien à vous
    Eveline

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