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De quelques propriétaires de la Maison Carrée de Nîmes

Le jeudi 1er février 2001, par Michel Morice

Quand on visite ce monument, on peut se faire remettre une brève note traitant de son histoire. On y insiste sur un Tristan de BRUEYS qui est déclaré coupable de l’avoir défiguré vers la fin du XVI° siècle. Ce Tristan étant l’un de mes lointains cousins, j’ai cherché à savoir comment sa famille en était entré en possession et comment elle s’en était défaite. 

Bien avant les BRUEYS on trouve :

  • que Charles Martel, après avoir chassé les Sarrasins, commence en 737 les déprédations ; il fait abattre partie du frontispice nord pour marquer au front des édifices publics son irritation contre ses sujets ;
  • que quand Nîmes obtint ses franchises des comtes de Toulouse, la Maison « Quarrée » devint son Capitole, siège consulaire, et les syndics y apportèrent nombre de modifications plus ou moins heureuses dont certaines ont bien failli en entraîner la ruine.

Venons-en à l’époque des BRUEYS :

  • un Louis BOYS, laboureur de Nîmes que sa profession enrichit et qui teste en 1522, laisse à sa mort 3 fils (Bérenger, Jacques et Pierre) et 2 filles (Etiennette et Louise) ;

Louis et son fils Pierre investissent leurs coquets revenus dans de nombreux achats de terres et autres immeubles à Nîmes et dans les environs.

  • son fils Pierre, aussi laboureur de Nîmes, continue d’arrondir la pelote commencée par son père ; ce sont les syndics de la ville qui échangent avec lui la Maison Carrée (qui servait donc de maison commune, mais devenue trop petite) contre un plus grand immeuble près de la Tour de l’Horloge, et ce malgré l’opposition de la population ;

C’est ce Pierre BOYS qui continue les transformations pour pouvoir se servir de son acquisition comme entrepôt. Il la divise par une voûte en 2 étages. Il y ajoute un pigeonnier. Une maison y est accolée à la façade Sud. De plus les guerres de religion accumulent les décombres de l’église St-Etienne au point de faire disparaître les soubassements.

  • vers 1570 Pierre décède en laissant ses 2 filles pour héritières ; preuve de l’ascension sociale de cette famille terrienne, Louise et Claude de BUYS (BOYS, BOIS) portent maintenant particule et sont mariées à une noblesse confirmée ;

Le changement d’orthographe de BOYS en BUYS serait-elle volontaire pour créer une confusion (ou rétablir un lien légitime) avec l’ancienne famille provençale de ce nom, les seigneurs d’Albaron ?

Claude est épouse de Jean de GONDIN, seigneur de Carsa et receveur particulier du diocèse, acquéreur en 1597 de la baronnie d’Aramon.

Louise est épouse de Robert d’ALBENAS, seigneur de St-Ferréol, Valeyrargues (dont elle devient la dame), Seynes et Servier.

Claude et Louise se répartissent les biens leur venant de leur père en 1590 et c’est à Louise qu’échoit la Maison Carrée.

  • dans le même temps, fin 1576, la duchesse d’Uzès, Louise de CLERMONT-TONNERRE tente sans succès de racheter aux 2 demoiselles cet ancien temple pour en faire le tombeau de son défunt mari, Antoine de CRUSSOL ;
  • Louise, veuve depuis longtemps, fait en 1626 sa fille Marguerite son héritière universelle, ce qui la rend propriétaire, outre de la Maison Carrée, de l’hôtel d’ALBENAS sise au 7 rue Dorée à Nîmes ; Or Marguerite a épousé en 1585 Tristan de BRUEYS, seigneur de St-Chaptes, Poulx et Cieure. Celui-ci décède en 1617 lors d’un séjour à Milan, non sans que le couple ait eu une dizaine d’enfants.

Les BRUEYS n’ont donc pas eu à acheter la Maison Carrée comme on peut parfois le lire.

Par contre ils aménagent ce qui est en train, à nouveau, de devenir une ruine pour y parquer des bestiaux les jours de marché.

  • au décès de sa mère, avant 1630, la Maison Carrée revient à l’aîné des fils de Marguerite, Denis de BRUEYS, seigneur de St-Chaptes et Poulx ; puis, au décès de ce dernier en 1647, c’est son fils Jean-Félix qui hérite des biens, des dettes et du bâtiment ;
  • Louise avait aussi doté sa petite-fille Gabrielle de BRUEYS, lors de son mariage en 1623 avec Benony de BORNE, seigneur d’Auriolles et autres lieux, en lui allouant 1500 livres à prendre sur ses biens ;

En 1650, Gabrielle, déjà veuve, et lasse d’attendre le paiement de sa dote, obtient du juge des conventions que la jouissance de la Maison Carrée lui soit allouée ; elle va bénéficier de sa location pendant une vingtaine d’années.

  • viennent 1670 et la convergence de la nécessité de mettre fin à un procès d’un demi siècle des Augustins contre les habitants RPR (de la « Religion Prétendue Réformée » c’est-à-dire des protestants) de Nîmes ; le besoin d’assainissement de ses finances par Jean-Félix de BRUEYS assailli par ses cohéritiers et d’autres créditeurs ; l’intérêt que semble porter COLBERT à notre antiquité qu’il aurait envisagé de faire transporter à Versailles ; l’intervention de l’évêque de COHON ;

Jean-Félix, baron de St-Chaptes et seigneur de Cieure, vend la Maison Carrée le 28 mai 1670 pour 5650 livres aux syndics des habitants RPR de Nîmes pour qu’ils en dédommagent les Augustins de Nîmes ; ceux-ci envisagent d’en faire leur église en remplacement de celle détruite quelques dizaines d’années plus tôt.

Cette vente permet à Jean-Félix de se débarrasser de la saisie de tous ses biens obtenue par sa tante Gabrielle de BRUEYS pour paiement de 2000 livres de sa dot plus les intérêts de retard et frais divers. Il devait aussi en règlement d’hoirie 3610 livres à son oncle Jacques de BRUEYS, prieur de St-Chaptes et de St-Geniès de Claisses. Faites le compte...

  • Jean-Félix de BRUEYS n’est cependant pas débarrassé de ses soucis car le contrat à peine signé, la légitimité de sa possession du bien vendu est contestée et des procès sans fin s’ensuivront qui ne seront toujours pas terminés en 1734 ;

Jean-Félix meurt en 1688, laissant à son fils Henri cet héritage plus un procès en restitution de biens dépendant du domaine royal.

Pour brouiller les cartes et gagner du temps face aux graves problèmes financiers de la famille, Henri émancipe son fils, autre Henri, en 1711 (le jeune homme a alors 14 ans), et meurt en 1730.

Le dernier baron de St-Chaptes, ce second Henri, mourra ruiné en 1760, n’ayant rien pu conserver des biens de ses aïeux.

Les tribulations de la Maison Carrée n’en seront pas terminées pour autant...

Mais elle est quand même encore debout.

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6 Messages

  • > De quelques propriétaires de la Maison Carrée de Nîmes 13 décembre 2004 18:59, par christophe de voogd

    très intéressante histoire familiale qui rejoint la grande histoire. mais j’ai aussi lu que François 1er était intervenu pour protéger la Maison carrée en 1531 : pourquoi ? comment ? est-ce en relation avec les projets des Brueys ?
    Serais très heureux d’être éclairé sur ce point faisant actuellemnt une étude sur l’histoire de la notion de patrimoine...
    Dans cet espoir
    bien à vous
    chrsitophe de voogd

    Répondre à ce message

    • > De quelques propriétaires de la Maison Carrée de Nîmes 15 décembre 2004 07:47, par Michel Morice

      Je n’ai pas d’autre trace d’une intervention de Fançois Ier si ce n’était une phrase tirée de « Le trésor de la Maison Carrée » par Emile SEGUI, aux Editions méridionales, 1935 : « ... la Renaissance réhabilitait alors la colonne et le fronton ... ». Peut-être celà correspondrait-il à votre information ?

      Quand à la propriété du monument, il est répété (y compris dans mon article) qu’elle aurat été cédée par les consuls de la ville à Pierre BOYS vers la fin du XVI° siècle. Mais j’ai lu depuis dans « Histoire du château des arènes » par Félix MAZAURIC (spécialiste et chercheur réputé) que : « Au XIVe s., le Capitole est entre les mains des IMBERT de CAPDUEL qui y établissent divers logements ; il passe ensuite à Pierre Du PUY, puis à Jean VIDAL, à Pierre BUYS, aux BRUEYS de St-Chaptes, et finalement est transformé en église par les Augustins ; à plusieurs reprises, les consuls tentèrent de l’imposer comme toutes les autres maisons de rapport, mais leurs tentatives dans ce sens demeurèrent toujours sans résultats parce qu’il s’agissait d’un fief noble non soumis aux cotisations municipales » (à noter que Pierre BOYS est fils de Louis et de Galbouze VIDAL)

      On pourrait donc supposer que, quoique propriété privée de longue date, les consuls en auraient été locataires jusqu’à ce que Pierre BOYS (alias BUYS) annule le bail ...

      Répondre à ce message

    • Merci 1200 fois ! 27 octobre 2005 12:03, par Florian

      Merci beaucoup !
      J’ai appris beaucoup de choses ! C’est plus que ce que j’attendais !
      Merci encore,

      Florian

      Répondre à ce message

  • Bonjour !

    J’ai lu l’histoire de la maison carrée et de ses propriétaires avec intérêt.
    A la vérité, je suis tombé sur ce site alors que je faisais des recherches sur Louise de Tonnerre et son mari de vingt ans plus jeune qu’elle, Antoine de Crussol. (j’écris un roman en partie sur ce couple peu ordinaire) J’aurais voulu savoir ce que vous savez de cette tentative d’achat (que je n’ai bizarrement vu mentionné nulle part) si vous en savez davantage, et si possible les sources desquelles vous tenez cette précieuse information. (qui est tout ce qu’il y a de plus plausible, puisqu’Antoine de Crussol avait fait le voeu d’être enterré à Uzès ou dans ses environs)
    (vous pouvez me répondre ici, ou par mel, à l’adresse suivante : allerloin chez hotmail.com)

    Répondre à ce message

    • Salut,

      Une source fiable ? Au moins MENARD dans son « Histoire de la ville de Nismes », tome5 Liv.XVII p.153, rapporte, preuves à l’appui :
      " Ce ne fut pas le feul des édifices publics de Nifines dont on projetta de changer l’ufage & la deftination. Dans le même temps,
      celui de la maifon quarrée, ce fuperbe bâtiment , fi digne de la magnificence Romaine, parut à Louife de Clermont, comteffe de
      Tonnerre, ducheffe d’Uzès, un monument propre â fervir de tombeau pour elle & pour Antoine de Cruffol premier duc d’Uzès fon mari
      qui étoit mort dès le 15. d’Août de l’an 1573. Cette dame fe propofoit aufiî de fonder deux hôpitaux près de cet édifice, l’un pour
      les hommes &. l’autre pour les femmes , & d’affigner deux mille livres de rente pour leur entretien. Elle fit d’abord part de fon
      projet à deux particuliers de Nifines , qui étoient le confèiller Claufonne & l’avocat Favier. Enfuite elle écrivit d’Uzès aux
      confuls de Nifmes le 25. de Novembre de l’an 1576. pour leur communiquer l’intention où elle étoit, & pour les prier de s’employer à
      lui procurer à un prix raifonnable l’achat qu’elle vouloit faire de la maifon quarrée. Sur fa lettre , le confeil de ville ordinaire
      s’affembla le 29. & délibera de lui faire des remercimens de fa bonne volonté pour la ville. Outre cela , le confeil nomma les
      confuls & quatre confeillers de ville, pour négocier le prix de l’acquifition de ce bâtiment avec les darnes de Seines & de
      Valeirargues, qui en étoient les propriétaires, comme filles & héritières de feu Pierre Boys. Ce projet néanmoins n’eut aucune
      fuite. "
      (les preuves sont reprises au chapitre Preuv.titr.XXIX p.137 & suiv. du même tome5)

      En attendant la sortie de votre roman ...

      Cordialement.
      Mike

      Répondre à ce message

  • Bonjour

    Est-ce qu’ il y a quelqu’un qui me peut donner plus des renseignements sur cette famille [l’ancienne famille] de Buys ? Les seigneurs d’Albaron ?

    Est-ce que cette famille est la meme famille de Buys qui tirait son origine de la paroisse d’Alas, au diocèse de Sarlat ; très ancienne en Périgord, elle était connue dès le XIIè siècle.

    Je recherche des renseignements sur la famille de Buys dans france.

    Répondre à ce message

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