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De la maison où fut élevée Jehanne la Pucelle, à Domrémy - 1re partie

La maison et le village


dimanche 20 mai 2007, par Jean-Pierre Bernard

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En 1818, la maison de Domrémy, où fut élevée Jehanne, appartenait encore à des descendants de cette famille.
Elle faillit être vendue à « un étranger » (souligné dans le texte qui va suivre), avant d’être acquise par l’Etat pour en faire un site historique national.
On parlera aussi du village et de quelques habitants.

La maison de la famille d’ARC, à Domrémy, est restée longtemps dans la famille.
En 1818, elle appartenait à un nommé Gérardin (ou Girardin), descendant de Jacques d’Arc. Celui-ci reçut une proposition d’un « étranger » (un allemand, crois-t-on) qui voulait l’acheter pour la détruite, et sans doute construire une maison sur l’emplacement.
Mais Gérardin, patriote et digne descendant de la famille de la Pucelle, ne voulut pas faire la transaction.

La maison fut finalement achetée par l’Etat.

Un député du Loiret, M. de Longueve, ayant eu vent de l’histoire, écrivit au maire d’Orléans pour proposer que l’on récompense ce bon français, qui n’avait pas voulu que ce lieux historique soit galvaudé.

Voici ce que M. de Longueve propose au Maire d’Orléans :

« Paris, rue de Grenelle, n°35, Fg. St. Germain. 29 juillet 1818.

Monsieur le Maire,

Je ne sais si vous avez lu dans les journaux un fait qui ne peut manquer de produire sur les habitants d’Orléans une vive et touchante impression.

Un habitant de Domrémy, que ses compatriotes reconnaissent issu de la même famille que Jeanne d’Arc, avait reçu dans l’héritage de ses pères et conservé jusqu’ici la chaumière où naquit notre libératrice.

Très récemment un étranger (nb : mot souligné) lui a offert de cette maison un prix de plus de 6.000 francs pour se procurer la satisfaction de la détruire.

Nicolas Gérardin, c’est le nom de ce bon français, a regardé cette proposition comme un outrage. Il a rejeté l’or contre lequel on voulait lui faire échanger son honneur.

Le Conseil général du département des Vosges se trouvait en ce moment assemblé, justement effrayé d’une tentative de ce genre, et jaloux de conserver à la France l’humble asile qui doit lui être cher à jamais. Il a chargé deux de ses membres d’aller sur le champ en demander la cession à son digne propriétaire,pour en faire la propriété du département.

Cet homme aussi désintéressé lorsqu’il s’est agit de se montrer bon citoyen et parent de Jeanne d’Arc, qu’il avait été insensible lorsqu’on le provoquait à méconnaître ce double titre de gloire, a cédé aussitôt pour la modique somme de 2.500 francs, ce dont il n’avait tenu qu’à lui l’obtenir trois fois davantage.

Il n’y a mis qu’une seule condition qui l’honore, celle d’être préposé à la garde de la propriété, devenue monument national, mais il a stipulé qu’il ne voulait de cette fonction qu’aussi longtemps qu’il s’en montrerait digne.

La cession et l’acquisition viennent d’être autorisés sur l’avis du Ministre de l’Intérieur par ordonnance royale du 24 de ce mois. Je me permets de penser que la ville d’Orléans, dont la gloire de Jeanne d’Arc et le patriotisme ne scaurait rester spectatrice indifférente de cet acte de dévouement et de patriotisme, et quelle s’empressera de donner à l’homme respectable qui vient de se signaler ainsi, un témoignage public d’admiration et de gratitude

Je ... (1 mot illisible) de vous donner à cet égard une impulsion qui sera certainement accueillie. Il serait, je crois, inconvenant d’offrir à Gérardin une indemnité pécuniaire qui pourrait l’humilier en lui ôtant le mérite de son noble désintéressement, mais il me semble qu’une délibération du Conseil municipal devrait arrêter qu’une lettre de félicitation conçue dans les termes les plus honorables, lui serait adressée par vous à son nom, et qu’il y serait joint une des médailles de Jeanne d’Arc frappées lors de la restauration de sa statue, ainsi qu’une expédition de la délibération en vertu duquelle (sic) cette lettre serait faite.

Qu’une autre lettre devrait de même être adressée au Conseil général du département des Vosges, par l’entremise du sous-Préfet de ce département avec lequel elle lui serait commune, et qui serait invité à la lui présenter à la première réunion.

Je ne sais si le coin de la médaille est resté à Orléans ou s’il a été déposé ici à la monnaye des médailles. Dans le premier cas, il faudrait l’y faire remettre momentanément. Et dans l’un comme dans l’autre, je me chargerais avec empressement de suivre cette opération.
Je ferais substituer l’effigie du roi au revers de cette médaille, à la place de celle qui s’y trouve.
Je me chargerais aussi d’obtenir l’autorisation du roi qui, d’après l’ordonnance du 10 juillet 1816, est nécessaire en pareil cas.

Je prend la liberté de vous soumettre un projet des deux lettres, et de la délibération à prendre. Je désire qu’il remplisse vos voeux et celles du Conseil municipal.

Je suis avec un dévouement respectueux, Monsieur le Maire, Votre très humble et obéissant serviteur.

Henry de LONGUEVE.

Ps : Je vous demande un mot de réponse pour scavoir ce qui aura été décidé. Je pense qu’il ne faut pas retarder ce qu’on jugera convenable de faire. C’est du surplus une chose aussi simple qu’elle sera honorable.

(Lettre de M. de Longueve, en date du 29 juillet 1818, au sujet de la maison de Jeanne d’Arc à Domrémy - Médiathèque Orléans - MS 515-17 - 19e siècle, papier, 3 pages, 235 millim. - Autographe.)

La maison de Jehanne.

Dans son procès de condamnation, Jehanne nous permet de situer quelque peu cette maison dans le village, tout près de l’église, séparée d’elle par un jardin :

 »Et cette voix vint quasi à l’heure de midi, en été, dans le jardin de son père, et ladite Jehanne n’avait pas jeûné le jour précédent. Elle entendit la voix sur le côté droit, vers l’église, et rarement elle l’entend sans qu’il y ait une clarté."
(Condamnation - t.II, p.46)

Nous n’avons pas de renseignements intéressants sur l’aspect de la maison du temps où Jehanne y vivait. Par contre, on sait que, un peu après 1481, la façade était décorée de peintures murales, racontant et illustrant l’épopée de Jehanne.
En 1580, le fameux Michel de Montaigne passa par Domrémy, et il nous a laissé ce témoignage
 :

« (Nous) passâmes le long de la rivière de Meuse dans un village nommé Domremy-sur-Meuse, à trois lieues dudit Vaucouleurs d’où estoit nastive cette fameuse pucelle d’Orléans qui se nommait Jane Day ou Dallis. Ses descendants furent anoblis par faveur du roi, et nous montrèrent les armes que le roi leur donna, qui sont d’azur à une espée droite couronnée et poignée d’or au costé de ladite épée ; de quoy un receveur de Vaucouleurs donna un escusson peint à M. de Caselis. Le devant de la maisonnette où elle naquit est toute peinte de ses gestes ; mais l’âge en a fort corrompu la peinture. Il y a aussi un arbre le long d’une vigne qu’on nomme l’arbre de la Pucelle, qui n’a nulle autre chose à remarquer . »
(Rigolot F. Ed. - « Journal de voyage de Michel de Montaigne » - Paris - 1992)

Et monsieur Olivier Bouzy nous dit :

«  Il ne reste plus aucune trace de ces peintures. La façade de l’actuelle maison est située sur le pignon et sa surface au sol ressemble plutôt à un grossier carré ; on ne retrouve plus le plan des travées parallèles typiques des maisons lorraines. Il faut en conclure que les nombreuses modifications qu’elle a subies, surtout après 1820, ont complètement bouleversé sa structure initiale .

 »Les premières transformations importantes furent apportées en 1481, probablement par Claude du Lys, arrière-petit-neveu de Jeanne d’Arc et seigneur de Domrémy, dont le blason, accompagné de celui de son épouse Nicole Thiesselin, orne le tympan de la porte actuelle de la maison.
C’est à ce moment que la moitiè orientale de la maison fut construite, le mur pignon devenant la façade principale.
Ces modifications correspondent à un changement de condition sociale des membres de la famille de Jeanne d’Arc, qui commencent à vivre noblement comme en témoigne une enquête de 1476 [1]

("Jeanne d’Arc, Mythes et Réalités" - O. Bouzy - Atelier de l’Archer - Orléans - 1999).

Le village de Domrémy.

C’est un hameau, situé entre les duchés de Lorraine et de Bar, dans la vallée de la Meuse. Le village dépend de la châtellenie de Vaucouleurs, apportée en dot par l’héritière de Champagne et de Navarre au roi Philippe-le-Bel, et qui est, dans la région, le seul fief dépendant de la couronne française, faisant partie du domaine royal.

Juste à la limite de la châtellenie, le village est coupé et deux parts, en suivant le ruisseau des Trois-Fontaines (car alimenté par trois sources). C’est un petit ru peu large (on la sautait d’un pas) et le pont devant son église était fait d’une seule dalle.

Le village est composé de 30 à 40 feux, dont une trentaine environ est au midi, qui est de Barrois, et le reste au septentrion, de France, et strictement dépendant du roi.
La maison de Jehanne était donc « la première de France. »

La maison est assez longue, basse, massive et obscure. Une ou deux fenêtres en façade. Le sol nu est de terre battue. Les meubles du Moyen Age sont rudimentaires : table rustique, escabeaux, la maie, les coffres et la huche.
Dans l’âtre : les landiers de fer battu, la crémaillère.
Aux parois : grossières chevilles, râtelier pour les paniers, 2 ou 3 chandeliers de bois.
Les murs sont noircis par la fumée et la suie. Un crucifix naïf dans l’embrasure, couronné par le buis béni des Rameaux.
Devant la porte, une aire poussièreuse l’été, fangeuse en toute autre saison, souillée du purin qui stagne. Des poules qui picorent. A côté : des dépendances pour les animaux domestiques. Derrière la maison, jouxtant l’église, le courtil touche au cimetière.

On pense qu’Isabelle avait apporté cette maison en douaire à son mari, à leurs épousailles, au début du 15e siècle.

A l’église, des cloches sonnent les messes, vêpres, matines et complies, mais aussi les baptêmes, les mariages et les enterrements. Elles préviennent aussi pour la grêle, le feu, la foudre ou les bandes armées, par petits détachements armés, amis mais plus souvent ennemis, dont la venue signifiait parfois dépossession et famine pour les malheureux laboureurs.

Mais la grande voie romaine la longe. Filant, tricotant ou cousant, les femmes voyaient passer la vie du monde : les courriers du duc de Bourgogne, du roi, de l’Empereur, les marchands et les émissaires qui se rendaient de Flandres en Bourgogne, en Savoie, en Italie ; les messagers des papes, les clercs et les laïcs que les conciles interminables, les assemblées toujours renouvelées suscitées par le Grand Schisme, détachaient d’Avignon, de Rome, de Bâle, de Constance, en quête d’informations... Les voyageurs, les marchands et colporteurs aussi.

La Meuse est là, tout près, avec ses bouleaux, osiers, trembles, aulnes, noisetiers, hêtres et peupliers. Dans les bois et sur les pentes : chênes, châtaigniers.
A côté, les villages de Greux et Maxey ; un peu plus loin, les deux Burey (le Petit et le Grand), et à 5 lieues Vaucouleurs.

A une demi-lieue du village, se trouve « la Fontaine aux Bonnes Fées », où les fièvreux y buvaient pour recouvrer la santé, placée au-dessus de la route de Neufchâteau, et à l’orée du « Bois Chenu » que Jehanne aperçevait de la maison.

Près de la fontaine s’élevait le « Beau Mai » ou « Arbre des Dames » (déjà centenaire au temps de Jehanne) et qui était d’une forme rare pour un hêtre, car ses branches formaient un dôme arrondi et pendaient jusqu’à terre. On le vénérait.

Jehanne habitait en France, car la maison était au-delà du ruisseau qui formait la frontière entre châtellenie de Vaucouleurs et celle de Bourlemont dont dépendait le midi du village.

Le dimanche de Laetare, au printemps, les jeunes gens de Domrémy allaient au « Beau Mai » pour y « faire leurs fontaines ». On buvait à la fontaine, et on mangeait des galettes ou petits pains, des noix ou des pommes d’hiver, peut-être un fromage sec ou autres menues friandises.
On dansait au son de flûtes rustiques. On cueillait des fleurs que l’on tressait pour faire des guirlandes qu’on attachait aux rameaux, ou encore des couronnes qu’on rapportait parfois au village, à la maison, ou avec lesquelles on décorait l’église.

Jehanne aurait dû « faire ses fontaines » avec la jeunesse de Greux à la chapelle de Notre-Dame de Bermont, mais elle préférait accompagner Hauviette et Mengette, sans doute serves de Bourlémont, qui « faisaient leurs fontaines » au « Beau Mai ».

A quelques lieues au sud, commençait le duché de Bourgogne, explication des fréquentes incursions dévastatrices des troupes Bourguignonnes dans la région.
Le duché de Lorraine ne nous sera rattaché qu’au 18e siècle.

Lire la suite...

Sources et références :

  • Bull. SAHO - Médiathèque Orléans.
  • « Missions secrètes de Jehanne la Pucelle » - P.de Sermoise - R. Laffont - Les ombres de l’Histoire - 1970.
  • « Jeanne d’Arc, Mythes et Réalités » - O. Bouzy - Orléans 1999.

Notes

[1Bouteiller (E.de) et Braux (G.de), « Nouvelles recherches sur la famille de Jeanne d’Arc, enquêtes inédites. » - Paris - 1879 - p.1-46.

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3 Messages

  • Ce qui ressort d’un dessin d’origine allemande,vraisemblablement effectué lors de tractations fn du 18e ou début du 19e, c’est que la maison d’alors était beaucoup plus grande que celle qui a été conservée par le département des Vosges. il y a donc eu des démolitions importantes concernant le batiment principal, dont le faite du toit actuel est d’ailleurs à 90° de celui d’origine. les batiments annexes (écuries, granges, ont complètement disparu. Ceci ne préjuge pas de la maison d’origine du début du 15e siècle, mais ce qui est sûr, c’est qu’on veut nous persuader que la maison qu’on visite correspond bien à la famille de « pauvres laboureurs » présentée dans la légende, alors qu’il n’est nullement sûr qu’elle soit représentatives. Seul le lieu est authentique.

    Voir en ligne : Maison de la famille de Jeanne d’Arc

    Répondre à ce message

    • Bonjour,
      Je vous rejoins tout à fait dans votre propos. On sait que la maison a subi des remaniements au cours des siècles, et, comme vous le dites, seul le lieu semble vraiment authentique.
      Il en est de même pour une autre maison, la métairie de Sandillon, prise à bail par Pierre du Lys, et son fils Jehan. Les photos de cette maison, début 20e, nous présentent une maison qui semble étrangement « moderne », par rapport au style des habitations du 15e siècle. Là aussi, si le lieu est authentique, la maison l’est moins. Je prépare d’ailleurs un autre article sur cette métairie, où habitait Pierre du Lys lorsqu’il était usufruitier de l’Ile-aux-Boeufs.

      Pour répondre à l’autre message concernant l’Ile-aux-Boeufs, je ne crois pas que ce soit vraiment l’Ile-Saint-Loup, du moins telle qu’elle est actuellement. L’île de l’époque a disparu plus ou moins, au fur et à mesure des crues et recrues de la Loire. Cet endroit à beaucoup bougé au fil du temps.
      L’Ile-aux-Boeufs de l’époque devait sans doute se trouver entre Saint-Loup et Saint-Jean-de-Braye, peut-être un peu en amont de l’actuelle base nautique.

      Merçi, en tous cas, de vous être intéressé à ces deux articles.
      Cordialement.
      Jean-Pierre BERNARD

      Répondre à ce message

      • Comme il est dit dans l’article, la maison des d’Arc se situait dans la partie champenoise du village, donc le côté nord. Le ruisseau qui délimitait les deux parties coulait, avant les « aménagements » de 1823 bien plus au nord, et traversait ce qui est maintenant la rue principale du village. Il existe bien sûr des traces de cet ancien lit ! La maison que l’on fait visiter aux touristes ne peut donc être la maison où vécu l’héroïne !
        La vraie maison existe encore, qui était en fait au Moyen-âge une maison de l’Octroi...

        Répondre à ce message

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