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Comment les français reprirent la ville de Verneuil

Charles VII commence la reconquête de la Normandie (juillet 1449)


samedi 16 avril 2005, par Jean-Pierre Bernard

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Maître de Paris et réconcilié avec le duc de Bourgogne, Charles VII se retrouve roi de France.
Il devra consacrer la seconde partie de son règne à reprendre l’oeuvre monarchique, interrompue par les désastres de la guerre de Cent-Ans et l’incapacité des premiers Valois.
Sa tâche consistera donc :

1° A recommencer la guerre contre les anglais, pour les chasser définitivement du territoire national,

2° A réaliser les projets d’organisation administrative, militaire, financière et judiciaire que Charles V avait laissés seulement ébauchés,

3° A combattre l’ancienne féodalité indépendante et la nouvelle féodalité issue de la maison de France, celle des princes apanagés, pour élever sur les ruines des maisons seigneuriales, définitivement assujetties ou détruites, le pouvoir unique, fort et incontesté de la royauté.

Ce qui caractérise, en somme, le règne de Charles VII, c’est la fondation du régime absolutiste, que devaient développer Louis XI et ses successeurs.

L’une des premières tâches de Charles VII fut de reprendre aux anglais la ville de Verneuil, qui devint ainsi l’une des premières villes libérées en Normandie, pour la reconquête du royaume de France.
Nous allons voir de quelle manière, racontée par des chroniqueurs de l’époque.

« En ce temps un meunier de la ville de Verneuil qui avait son moulin contre les murs d’icelle ville, fut battu par un Anglais faisant le guet parce qu’il dormait.
De dépit il alla vers le bailli d’Evreux et lui promit, moyennant certaines conventions faites entre eux, de le bouter dedans la ville.

Et s’assemblèrent messire Pierre de Brézé, sénéchal de Poitou, le bailli d’Evreux, Jacques de Clermont, et autres ; ils chevauchèrent tant que tous ensemble se trouvèrent le neuvième jour de juillet l’an 1449, au point du jour, près des murs de la ville de Verneuil.

Icelui meunier, qui faisait le guet ce jour-là, fis descendre les autres qui étaient au guet plus matin qu’ils n’avaient accoutumé, et parce qu’il était dimanche ils se hâtèrent d’aller à la messe pour déjeuner.

Les français, à l’aide du meunier, dressèrent leurs échelles au droit du moulin et entrèrent dans la ville sans être aperçus. Ils étaient dedans cent vingt anglais dont aucuns furent tués et pris, les autres se retirèrent au château en grande hâte.

Le lendemain le meunier ôta une partie de l’eau des fossés du château, lequel fut assailli et défendu moult valeureusement, mais à la fin fut pris d’assaut, et il y eut moult belles armes faites et spécialement par le sénéchal.

Et là furent morts et pris plusieurs anglais ; les autres se retirèrent en grande hâte dans la tour Grise, laquelle était moult forte et imprenable tant qu’il y eût à manger dedans, car elle est haute et grosse, séparée du château, bien garnie et environnée de fossés pleins d’eau. »

Autre extrait de chroniques de l’époque, où est également racontée la reprise de Verneuil, pratiquement de la même manière, confirmant ainsi le premier récit, et nous faisant part de plus de détails :

« ...Un peu auparavant, messire Pierre de Brésay, sénéchal de Poitou, le bailli d’Evreux, et Jacques de Clermont, avaient pris la ville de Verneuil, au Perche, par le moyen d’un meunier qu’un anglais de la garnison avait beaucoup de fois battu et maltraité.

Dedans laquelle ville étaient six à sept-vingts anglais, dont une partie fut tués et pris, et les autres se retirèrent dedans le château et la grosse tour Grise.
Lequel château fut enfin pris d’assaut, combien que ceux de dedans missent grand’peine à la défendre ; auquel exploit, selon la coutume renommée de ceux qui y étaient, ledit sénéchal se porta et conduisit très vaillamment de sa personne.

Quant à ladite tour, qui était très forte et imprenable tant qu’il y aurait des vivres dedans, elle tint encore environ un mois, au bout duquel terme, pource que ceux de dedans n’avaient plus aucune espérance de recevoir secours, ils la rendirent aux français, et s’en allèrent à Rouen... »

C’est donc par ruse que la ville de Verneuil se libéra du joug des anglais. Charles VII continua la reconquête de son royaume.

Quelques commentaires :

La ville de Verneuil fut donc reconquise grâce à un meunier, qui avait son moulin installé le long des remparts.
Il s’agit d’une vengeance, car ce meunier, qui était assujetti au guet de la ville, avait été plusieurs fois molesté par un anglais de la garnison. Côté français, dans les villes, les gens des cités étaient aussi requisitionnés pour monter la garde sur les remparts, et formaient pour cela des « dizaines », commandées par un « dizenier », soit des groupes de dix hommes, répartis dans les quartiers.

Par contre, on ne saura jamais quelles ont été les « conventions » convenues entre le meunier et le bailli d’Evreux, pour que les français puissent pénétrer dans la ville, avec des échelles, et ainsi anéantir la résistance anglaise.

Les chiffres concordent assez entre les deux chroniqueurs au sujet du nombre d’hommes de la garnison anglaise. Le premier parle de « cent vingt » hommes, le second en dénombre « six à sept-vingts », soit 120 à 140, garnison somme toute importante.

Le second nous apprend que le reste de la garnison anglaise était retranché dans la tour Grise, et que celle-ci était séparée du château. Il précise qu’ils tinrent environ un mois, et ne se rendirent que lorsqu’ils n’eurent plus à attendre ni vivres ni secours.

Dans le même texte du chroniqueur Mathieu de Coucy, ci-après, on apprendra que Jehan de TALBOT, seigneur et capitaine anglais (qui était au siège d’Orléans, ville délivrée par Jehanne) avait réuni des renforts pour aller à Verneuil, renforcer la garnison et tenir la ville.
Mais les français, grâce à cette ruse, reprirent Verneuil avant que Talbot n’eut réuni les troupes nécessaires :

« ... En après, ledit comte de Saint-Pol, partant avec ses gens dudit lieu d’Ailly-sur-Noye, tira devers Beauvais, où il trouva le comte d’Eu qui avait environ cinq à six cents combattants, et tous ensemble prirent leur chemin pour aller devers Rouen, où ils s’attendaient de pouvoir entrer par le moyen d’aucuns des citoyens de la ville ; mais leur entreprise fut rompue en partie pour ce coup, à cause que le seigneur de Tallebot, qui avait emmené un grand nombre d’anglais pour penser bailler secours à ceux de Verneuil, était déjà retourné dedans ladite ville de Rouen... »

Peut-être les français ont-ils battu de vitesse Talbot, reprenant ainsi la ville, mais il se peut également que Talbot ait préféré laisser Verneuil, moins importante, pour plutôt défendre Rouen pour empêcher - provisoirement - que les troupes françaises ne l’investissent.

Ref. :
1° « Charles VII et la monarchie absolue (1438-1461) », publié par B. Zeller et A. Luchaire, docteurs ès-lettres - Paris - Librairie Hachette - 1886.

2° Mémoires de Jacques du Clercq - liv.I, ch.III).

3° Chroniques - Mathieu de Coucy - ch.XXXIV.

Quelques mots sur les deux chroniqueurs cités :

Jacques du CLERCQ

Ce chroniqueur, né en 1420, mourut après 1467. Il était fils de Jacques du Clercq, conseiller et avocat du duc de Bourgogne.
Sa chronique s’étend de l’an 1448 à la mort de Philippe Le Bon, duc de Bourgogne (juillet 1467). Elle est divisée en cinq livres, et c’est au premier de ces livres que sont empruntés les extraits ci-dessus.

Au point de vue politique, la chronique de Du Clercq présente un caractère neutre ou mixte, car, par ses alliances, sa famille, il était engagé à la fois dans le parti orléanais et dans le parti bourguignon.
Il est probable qu’elle est plutôt une compilation écrite à poste fixe qu’un récit « de visu ». Du Clercq a réuni aux données qui lui étaient fournies par les principales chroniques contemporaines le récit d’un nombre assez considérable d’épisodes ou d’évènements qui se passèrent dans son entourage et que l’on ne trouve pas ailleurs.

Mathieu de COUCY

On sait fort peu de choses touchant la personne de ce chroniqueur, et son nom même est incertain : les uns l’écrivent COUSSY, d’autres COUCY, d’autres ESCOUSSY ou ESCOUCHY.
Les seuls renseignements relatifs à sa biographie qui nous soient parvenus résultent de sa chronique.
Mathieu nous y apprend qu’il était laïque, natif du Quesnoy-le-Comte, en Hainaut, issu par sa mère de noble génération et originaire de la ville de Péronne, en Vermandois, où il résidait. Il était né sujet du duc de Bourgogne et compatriote de Enguerrand de Monstrelet (autre chroniqueur) dont il se fit le continuateur.

Il écrivait entre la mort de Charles VII et celle de Philippe Le Bon, c’est-à-dire entre 1461 et 1467. Son oeuvre, ainsi qu’il l’annonce, continue immédiatement Monstrelet et poursuit la narration des évènements jusqu’à l’avènement de Louis XI au trône.
Cet extrait de récit forme la matière d’un premier livre, à la fin duquel l’auteur annonce qu’il se propose de reprendre la suite se son travail en composant un second livre. Mais le premier seul nous est parvenu.
Le récit de ce chroniqueur est peu étendu, mais il contient des renseignements qui, eux non plus, ne sont pas ailleurs.

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