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Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie

L’oisillon au chapeau de paille


jeudi 13 septembre 2018, par Patrick Darbeau

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Tout le monde a en mémoire la célèbre maxime de Jean de La Bruyère selon laquelle « nous descendons tous d’un roi et d’un pendu », sous entendu d’un noble et d’une personne de « mauvaise vie ». Eh bien, à défaut de « roi », j’ai découvert mon « pendu ».

L’oisillon au chapeau de paille

Bien que je ne descende pas directement de lui (c’était l’oncle de mon arrière grand-mère Françoise REDON épouse de Jean BARLIER), Claude BLANC mérite de figurer au tableau... (d’honneur ?) des personnages, dignes d’intérêt.

Natif de Saint-André-le-Coq (Puy-de-Dôme), Claude BLANC est le 9e enfant de Marie BLANC  [1] et de père inconnu. Ses 8 (demi) frères et sœurs sont, tous, les enfants légitimes d’Antoine CIBERT  [2] qui décède en 1853.

Lui est né hors mariage le 16 avril 1855, comme le serait un oisillon poussé et tombé hors du nid ; il est reconnu comme enfant naturel par sa mère alors âgée de 42 ans, mais qui est veuve depuis 2 ans.

Enfant très certainement probablement délaissé en raison de son statut de bâtard (il porte le nom de BLANC, et au lieu de CIBERT), il verra sa mère se remarier une 2e fois, avec André GARMY en 1858 (il a 3 ans), puis une 3e fois avec Marien CHAPUT en 1866 (il a alors 11 ans).

Après une enfance que l’on suppose tumultueuse et difficile, en compagnie de ses cinq demi-frères et sœurs encore en vie, Claude ira peu ou pas à l’école, et sera, comme tout un chacun, cultivateur, et participera malgré lui aux pénibles travaux des champs.

Dès l’âge de 15 ans, il est placé comme domestique chez M. et Mme François VALLAUDE, cultivateurs au lieu-dit « Demolle », commune de Luzillat (Puy-de-Dôme), tandis que sa mère qui a refait sa vie, s’est établie à quelques lieues de là, très exactement à La Moutade, commune de Crevant-Laveine. Ces deux bourgades s’étendent sur les rives, de part et d’autre de la rivière Allier, à mi chemin entre Maringues et Puy-Guillaume, et sont reliées par un immense pont de bois de 206 mètres de long.

Au recensement de la population de 1876, Claude BLANC apparaît à nouveau comme domestique, mais cette fois-ci chez M. et Mme Antoine HEDIEUX, cultivateurs aux Fumoux, dans la même localité de Luzillat.

La même année, il se rend au Conseil de Révision ; son degré d’instruction est estimé à « Zéro », mais il sera néanmoins reconnu « bon pour le service ».

Il est appelé à effectuer son service militaire en 1876. Il a alors près de 22 ans. Parti de Riom (Puy-de-Dôme) le 22 décembre pour le 96e Régiment d’Infanterie de Ligne, il arrive au corps et immatriculé le 23 dudit mois sous le n° 6587.

Dès son arrivée au corps, et durant tout son service militaire, Claude BLANC, soldat de 2e classe, se montrera particulièrement indiscipliné.

A peine un mois après son incorporation, le samedi 20 janvier 1877, lorsque le caporal lui fait une observation, il lui répond par un « Vous me faites chier ! » et écope de 2 jours de salle de police, sanction qui sera immédiatement alourdie par ses supérieurs, et commuée en 8 jours de salle de police par le capitaine, puis en 8 jours de prison par le colonel et enfin en 60 jours de prison par le général de division.

Négligence dans l’entretien de ses effets, manquement aux corvées, comportements désinvoltes, violence envers ses camarades, refus d’obtempérer, autant d’attitudes réitérées qui contreviennent aux règlements, et immanquablement sanctionnées par des jours de consigne ou de salle de police…

Le 26 mars 1879, il passe au 100e Régiment d’Infanterie de Ligne sur décision ministérielle du 15 février.

Mais son comportement ne s’en trouve pas pour autant amélioré ! Le 26 juin, il vient à la revue avec des bottes, laissant ses guêtres de cuir à la cantine où il est employé.

Le 23 septembre, il vient dans la salle à manger des sous-officiers et s’est mis à danser, et lorsque l’un d’eux lui demande de partir, il rétorque : « Si je veux ! ». Son attitude est immédiatement sanctionnée de 4 jours de salle de police par le sergent désabusé. Mais l’affaire n’en restera pas là, Claude BLANC écopera de 7 jours de prison, puis de 8 jours de cellule infligés par le colonel.

Ce ne sont pas de moins de 150 jours cumulés de punitions qui viendront émailler son séjour dans l’armée active qui devait s’achever le 1er juillet 1881, date prévue de son entrée dans la réserve.

Or, ce long séjour sous les drapeaux  [3] sera brutalement interrompu un jour de printemps 1880.

En effet, nous savons d’après le registre de matricule des armées, que Claude BLANC est « condamné le 15 mai 1880 à la peine de 5 ans de travaux forcés et à la dégradation militaire pour être coupable de vol commis la nuit dans une maison habitée, conjointement avec une autre personne, à l’aide d’escalade et d’effraction, d’une somme d’argent et de divers objets au préjudice du cantonnement du Fort Mont-Louis (Pyrénées-Orientales) ».

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Mais quelle est donc la nature des méfaits commis par Claude BLANC et son complice ?

On peut estimer à priori que s’attaquer à une dépendance d’une citadelle de Vauban demande une certaine dose de courage… ou plutôt d’inconscience !

Une recherche sur le site des Archives Nationales d’Outre-Mer, dans la base de données des dossiers individuels des condamnés au bagne, nous apprendra que Claude BLANC, condamné en 1880, est envoyé en Nouvelle-Calédonie sous les N° de matricule : 12178 / 4821 / 2059 (Voir : Son dossier individuel de bagne). Il a alors 25 ans.

Une consultation de son dossier de bagnard, sur place aux Archives d’Aix-en-Provence, nous permet de connaître précisément les faits. [4]

D’abord, le registre des matricules du bagne nous confirme qu’il a été condamné le 10 mai 1880 par le 2e Conseil de Guerre de Perpignan à « cinq ans de travaux forcés pour vol qualifié, sans surveillance » et qu’il a été dégradé le 15 mai suivant.

Ensuite, l’examen des pièces du dossier individuel viendra préciser les circonstances de l’événement.

Le 2e Conseil de Guerre permanent de la 16e Région de Corps d’Armée a rendu le jugement suivant :

« Aujourd’hui dix mai 1880, le 2e Conseil de Guerre permanent de la 16e Région de Corps d’Armée, ouï le Commissaire du Gouvernement dans ses réquisitions et conclusions, a déclaré le nommé BLANC Claude, soldat au 100e régiment d’infanterie, coupable de vol commis la nuit, dans une maison habitée, conjointement avec une autre personne, à l’aide d’escalade et d’effraction, d’une somme d’argent et de divers objets au préjudice du cantinier du fort Mont-Louis ‘Pyrénées-Orientales).
En conséquence, ledit Conseil a condamné le nommé BLANC Claude, sus qualifié, à la peine de cinq ans de travaux forcés et à la dégradation militaire avec dispense de la surveillance, conformément aux articles 261 et 19 du Code de Justice militaire, 379, 384, 381, 386, 390, 397, 393, 396, 19 et 46 du Code pénal ordinaire.
Et, vu l’article 139 du Code de justice militaire, le Conseil condamne ledit BLANC Claude solidairement avec le nommé FORESTIER Auguste, soldat au même corps à rembourser, sur ses biens présents et à venir, au profit du Trésor public, le montant des frais du procès et a fixé à deux jours la durée de la contrainte par corps.
Signalement du nommé BLANC Claude, fils de père inconnu et de Marie BLANC, né le 16 avril 1855 à St-André-le-Coq, arrondissement de Riom, département du Puy-de-Dôme, domicilié, avant d’entrer au service, à Luzillat, arrondissement de Thiers, département du Puy-de-Dôme, taille d’un mètre 650 millimètres, cheveux et sourcils blonds, front bombé, yeux bleux, nez moyen, bouche moyenne, menton rond, visage oval, teint ordinaire, signes particuliers : petite cicatrice au front, deux en bas des reins, n° matricule au corps 942.
Le présent jugement a commencé à recevoir son exécution le quinze mai 1880, jour où le condamné a subi la dégradation militaire devant les troupes sous les armes.
Le montant des frais liquidés et décimes additionnels s’élève à la somme de trente deux francs cinquante centimes.
Pour extrait conforme
Le Greffier
Signé : Robinet »

Une notice individuelle en date du 12 mai 1880 signé du Procureur, commissaire du Gouvernement, expose précisément les faits qui ont motivé la condamnation à subir :

« Un vol à l’aide d’escalade et d’effraction ayant été commis, dans la nuit du 18 au 19 mars 1880, au préjudice d’un nommé CLERC, cantinier civil à la citadelle de Mont-Louis (Pyrénées-Orientales). Une première enquête faite le 19, n’amena aucun résultat ; mais une perquisition, opérée le 21 ayant fait découvrir un litre d’eau-de-vie caché dans le lit d’un soldat, cette découverte amena celle des auteurs du vol, les nommés FORESTIER (Auguste) et BLANC (Claude) soldats au 100e Régiment d’infanterie.
Pendant l’information et l’audience, tout en cherchant à se rejeter mutuellement la responsabilité du crime, ces deux hommes ont avoué s’être concertés pour le commettre, avoir pénétré, vers minuit, dans la cantine en passant par une fenêtre, avoir ensuite fracturé une table et avoir enlevé tout ce qui se trouvait dans le tiroir de cette table : la somme de 1 fr 65 c  [5], quelques objets de mercerie, tels que fil, coton, etc, et avoir en outre, pris tout ce qu’ils avaient trouvé à leur convenance sur des étagères : un litre d’eau-de-vie, du fromage, etc.
Leur attitude a été convenable pendant l’instruction et à l’audience. »

Ainsi, nous découvrons l’identité de son complice : Il s’agit d’un certain Auguste FORESTIER, né le 9 janvier 1857 à Marvejols (département de la Lozère), déjà « condamné le 1er septembre 1875 par la Cour d’Assises de la Lozère à la peine de 3 ans de prison pour attentat à la pudeur avec violence sur la personne d’une jeune fille alors âgée de moins de quinze ans accomplis ». Ce dernier sera également condamné à la même peine de 5 ans de travaux forcés.

Quant au devenir de Claude BLANC, et son itinéraire, toujours d’après le registre des matricules, nous savons qu’au terme d’une dure et interminable marche, enchaîné par dizaine, au départ de Mont-Louis ou de Perpignan, il est arrivé au dépôt de Saint-Martin-de-Ré le 4 juin 1880 et qu’il a été écroué sous le N° 6429, en attendant son transfert vers le bagne de Nouvelle-Calédonie.

Claude BLANC et son compère d’infortune embarquent à bord de la frégate « La Loire » le 25 septembre 1880. [6]

Parti de Brest le 20 septembre, le vaisseau de 4 450 tonneaux pour une longueur de 62,86 mètres et ses 2 456 m2 de voilure, appareille avec ses 450 hommes d’équipage, et quitte Rochefort le 26 septembre.

La presse locale « Les Tablettes des deux Charentes » dans ses éditions du samedi 25 septembre et mercredi 29 septembre 1880, se fera l’écho de cet événement en ces termes :

« Rochefort
Le transport La Loire, venant de Brest, a mouillé sur la rade de l’île d’Aix, mercredi, 22, à deux heures 35 de l’après-midi. Ce bâtiment a embarqué, vendredi matin, ses passagers militaires et civils. Demain, samedi, il recevra 300 forçats, provenant du dépôt de Saint-Martin-de-Ré, et, dimanche, la commission supérieure, présidée par M. le major-général passera l’inspection à bord. Il est donc probable que La Loire appareillera, dimanche soir, pour la Nouvelle-Calédonie. »

Plus loin, elle poursuit :

« Un détachement de 100 soldats du 3e régiment, a été embarqué, ce matin, sur La Loire, pour remplacer, à la Nouvelle-Calédonie, un même nombre de militaires congédiables. Ce détachement sera placé, à bord du transport, sous le commandement de M. le capitaine Baule, du 2e régiment. »

Et dans son édition du mercredi suivant :

« Rochefort
Le vaisseau-transport La Loire a appareillé, à la remorque du Travailleur, pour Ténériffe et la Nouvelle-Calédonie, dimanche soir à 2 h 45. Son état-major est composé de MM. le capitaine de vaisseau Brown de Colstoun, commandant ; le capitaine de frégate Masson, second ; les lieutenants de vaisseau Thierry, Canolle, Reveillère, Simon, Festy ; les enseignes de vaisseau Pradère, Duchateau, Gervais, de Rosière, de Lorme, du Laurent de Montbrun ; le sous-commissaire Marchal ; le médecin de 1re classe Bohan ; le médecin de 2e classe Pichon ; les aides-médecins Lamolle, Omnès ; l’aumônier Vathelet.
La Loire a reçu, à Brest et à Rochefort, 400 passagers environ et 300 condamnés.
… »

La frégate fait donc escale à Ténériffe (archipel des îles Canaries) le 12 octobre, et arrive à Nouméa le 20 janvier 1881.

Après un voyage houleux de 116 jours vers la Grande Terre du Pacifique, fers aux pieds, et un périple de 31.300 km (5.640 lieues marines), la Loire, avec à son bord, outre les hommes d’équipage, les 297 forçats de ce 44e convoi de transportés, et 400 passagers civils et militaires, soit environ 1150 personnes, mouille enfin dans la rade de Port-de-France  [7].

Trajet en 1864 de l’Iphigénie depuis Toulon vers Port-de-France en 123 jours

.

Au cours de cette longue traversée, la frégate subira des dégâts aux mâts suite à un gros temps, et une grave avarie de la chaudière distillatoire, mais il n’y aura aucun décès. [8]

Ouvrier de la transportation, comme on appelait les bagnards à l’époque, Claude BLANC et Auguste FORESTIER sont débarqués le 21 janvier 1881 au pénitencier de l’île Nou.

Ensuite, ce sera la longue descente aux enfers, ponctuée de brimades, de privations et autres avanies, peu dignes de l’humanité. Il s’agira de vivre son destin dans un monde cruel et brutal où la bonté, la sensibilité, la pitié n’ont plus leur place, où l’homme n’est plus qu’un numéro.

Tout au long de leur séjour sur le "Caillou", Claude BLANC et Auguste FORESTIER participeront très certainement probablement, comme la plupart des forçats, aux travaux de structuration de la colonie (construction des routes, voies de chemin de fer), aux travaux des champs (exploitation du café), au travail dans les mines de nickel…

En 1882, Claude BLANC dépose un recours en grâce. Sa demande fait l’objet d’un courrier du Garde des Sceaux, ministre de la Justice, adressée au ministre de la Marine et des Colonies, pour s’enquérir « si la conduite de ce forçat et son assiduité au travail lui méritent une mesure d’indulgence ».

Un bordereau griffonné sur une page blanche mentionne une seule entorse au règlement : « Juillet 1881 – Retard de 10 minutes à la réunion des corvées » .

Cette mesure de faveur lui sera néanmoins refusée.

On sait que Claude BLANC a changé 3 fois de statut (puisqu’il a reçu 3 numéros de matricules différents). Le registre de matricule du bagne nous indique qu’il a fait l’objet d’une lettre du Gouverneur n° 173 en date du 29 janvier 1883, mais on n’en connaît pas l’objet.

Claude BLANC aura désormais une attitude irréprochable. Exempt de toute condamnation, il fait l’objet d’une première mutation le 15 mai 1885 sous le matricule N° 4821.

Cette date correspond en fait à son passage dans la 4e catégorie (1re section), c’est-à-dire à sa libération avec l’obligation de résidence dans la colonie pour une durée égale à sa condamnation. [9]

Le 22 février 1888, le Maire de Crevant adresse une lettre au directeur de l’Île Nou libellée en ces termes :

« Je suis chargé, par la famille BLANC, soldat transporté à la Nouvelle-Calédonie et libéré probablement depuis le 15 mai 1885, immatriculé sous le N° 12178, de le rechercher pour avoir son autorisation dans le partage des biens que possède cette famille. Je vous prierai donc, Monsieur le Directeur, de bien vouloir avoir l’obligeance de me renseigner sur ce qu’est devenu ce jeune homme, sa famille pouvant rien faire, ni entreprendre sans sa procuration.
Veuillez agréer Monsieur le Directeur, l’assurance de ma parfaite considération.
Le maire
Signé : Bonnefont »

En effet, sa mère Marie BLANC, veuve depuis 1880  [10], qui s’est retirée proximité de son autre fils, Jean CIBERT, décède le 8 mars 1885 à Limons (Puy-de-Dôme).

Une réponse est adressée au maire de Crevant-Laveine le 6 mars 1888 :

« Monsieur le Maire, vous vous êtes adressé au Département de la Marine et des Colonies à l’effet d’obtenir des renseignements sur le nommé BLANC (Claude) actuellement à la Nouvelle-Calédonie.
J’ai l’honneur de vous informer que ce condamné était présent dans la colonie à la date du 1er novembre 1887 et qu’il ne figurait pas dans les états des transportés traités dans les hôpitaux à la même époque : le nommé BLANC libéré de sa peine le 15 mai 1885 est astreint à résider en Nlle-Calédonie un temps égal à celui de la condamnation qu’il a purgée (5ans).
Recevez, M le Maire, l’assurance de ma considération.
Pour le Ministre de la Marine et des Colonies »

A priori, cette réponse ne parviendra pas à son destinataire ou s’avérera insuffisante, puisqu’en juin 1888, le maire de Saint-Denis-Combarnazat, village voisin où demeure l’une des héritiers BLANC, réitère la demande :

« Monsieur le Ministre,
Permettez que je vienne vous exposez que le nommé Claude BLANC a été condamné le 10 mai 1880 à cinq ans de travaux forcés pendant qu’il était en garnison à Perpignan et par conséquent envoyé à Nouméa.
Comme il est appelé à recueillir la succession de ses parents, je viens vous prier de vouloir bien me faire connaître s’il habite toujours la Nouvelle-Calédonie, vu que sa famille n’a plus de nouvelles de lui depuis trois ans et me faire donner l’adresse s’il y a lieu. Dans l’intérêt de sa famille, j’espère, Monsieur le Ministre, que vous voudrez bien faire donner suite à ma demande.
Recevez, Monsieur le Ministre, l’assurance de mon plus profond respect.
Le maire
Signé : Gorce »

On ne saura rien de plus sur les conditions de son séjour sur l’île Nou, le dossier individuel qui le suivait dans le pénitencier n’ayant pu être récupéré par le service des Archives.

La Dépêche Coloniale Illustrée, dans son numéro du 15 décembre 1903 [11] décrit sommairement le fonctionnement de l’Administration Pénitentiaire Coloniale et permettra néanmoins au lecteur de se faire une petite idée des conditions de vie des forçats.

En fin de compte, ce sont cinq ans de travaux forcés qui se transforment en vingt ans d’exil et de souffrance au bout du monde, sans le moindre espoir de revenir...

Les faits commis pour un butin que l’on peut considérer comme dérisoire aujourd’hui (vol d’un litre d’eau-de-vie, du fromage, d’objets de mercerie tel que du fil , du coton, et d’une somme d’un franc et soixante-cinq centimes), méritaient-ils une condamnation aussi lourde et un destin aussi tragique ?

20 ans d’exil ! Et la mort à la clef...

En effet, j’ai eu la chance, par un pur hasard, de retrouver son acte de décès :

"Claude BLANC, domestique, célibataire, natif de Saint-Martin-le-Coq [sic] (Puy-de-Dôme), fils de BLANC Marie et de père inconnu, est décédé à l’âge de 45 ans, à l’Ile-Nou [12] le lundi 30 avril 1900 à six heures trente du matin, sur la déclaration de Jérôme Michel Modeste CHAMBON, âgé de 42 ans, et Jean Joseph Antoine PASCAL, âgé de 39 ans, tous les deux surveillants militaires."

A-t-il pu refaire sa vie sur ce petit bout de paradis situé à 17.000 km à vol d’oiseau de l’Auvergne ? Ou bien était-il toujours en état d’arrestation lors de son décès, même s’il y est décrit sous la profession de domestique (Les forçats étaient souvent affectés à des travaux au service des colons.) ? La profession des déclarants nous laisse plutôt supposer cette deuxième hypothèse.

Ensuite, a-t-il été victime d’un accident pour disparaître à un âge aussi prématuré, ou bien est-ce la maladie qui l’a terrassé ? Rappelons que le scorbut, la lèpre, la tuberculose, la dysenterie étaient alors monnaie courante et faisaient d’énormes ravages au sein du pénitencier. Autre hypothèse, la lame tranchante du bourreau aurait-elle pu aussi faire partie des causes possibles de cette disparition prématurée ?

Lire à ce sujet l’article : La Nouvelle Calédonie au temps du bagne.

Au delà des suppositions, on peut néanmoins constater que la vie n’a pas souri à cet oisillon égaré devenu un bon "caldoche", lequel a payé un prix fort le fait d’être "tombé du nid" un printemps de 1855. Terrible destin pour ce "Jean-Valjean" auvergnat pour qui un père a certainement beaucoup manqué et qui sans doute, au fond, n’était pas plus mauvais que les autres !

Enfin, pour terminer sur une note positive, rappelons que l’année 1880, date de sa déportation à l’Ile-Nou, est la dernière année qu’à passée Louise Michel à Nouméa où la célèbre "communarde" y était également exilée, mais elle depuis 1873 pour raison politique, et que sûrement leurs chemins se sont-ils croisés...

Pour conclure, si vous vous intéressez au sort des forçats de Nouvelle-Calédonie (les "Chapeaux de paille" comme on les surnommait) , je vous invite à découvrir le magnifique site de Jeff VERGNE et sa superbe collection de cartes postales anciennes : c’est ici

Un bel hommage rendu à ce drame qu’est l’histoire coloniale, et à toutes ses victimes !

Du bagne de Nouvelle Calédonie, il ne reste plus aujourd’hui que 40.000 noms oubliés, moins celui de Claude BLANC qui restera sans doute dans un coin de votre mémoire...

Voir en ligne : Blog de généalogie

P.-S.

Article modifié et complété le 26 juillet 2019

Bibliographie

  • « Nouvelle-Calédonie - Au temps du bagne » de Gérard Lacourrège et Pierre Alibert 1986 (Editions Atlas)

Notes

[1Mon arrière-arrière-arrière grand-mère

[2Mon arrière-arrière-arrière grand-père

[3La loi de 27 juillet 1872 sur le Recrutement de l’armée prévoit dans son article 36, que : "Tout français qui n’est pas déclaré impropre à tout service militaire fait partie : - De l’armée active pendant cinq ans, - De la réserve de l’armée active pendant quatre ans, - De l’armée territoriale pendant cinq ans, - De la réserve de l’armée territoriale pendant six ans."

[4Registres matricules et dossiers individuels des condamnés : ces séries constituent la majeure partie des articles détenus par les Archives de l’Outre-Mer, ce sont également les documents les plus consultés car ils retracent le parcours individuel du bagnard. Si le registre matricule renseigne surtout un suivi général, le dossier individuel peut comporter tout type de pièces annexes relatives à sa détention (lettres, notes, procès verbaux...). Les archives des bagnes comptent environ 1 200 registres matricules et 140 000 dossiers individuels (estimation).

[5Un franc et soixante-cinq centimes

[6Ce bâtiment commencé à Lorient en 1827 sous le nom d’Annibal, ne fut mis à l’eau que le 2 décembre 1853, et fut armé pour la première fois le 1 novembre 1854 sous le nom de Prince Jérôme. En 1870, il devint le Hoche, puis fut rayé de la liste de la flotte le 6 juin 1872.

Cependant sa coque étant en bon état, on décida de transformer le bâtiment en transport à voiles. La machine et les chaudières furent débarquées, l’artillerie réduite à 4 canons de 12.

Et le 23 novembre 1872, il fut réarmé sous le nom de Loire. Il déplaçait alors
4 450 tonneaux pour une longueur de 62,86 m, et une largeur de 16,84 m pour un tirant d’eau de 7,82 m.

Rayé de la liste des bâtiments de mer le 13 juillet 1886, il fut remis en état et envoyé à Saigon, en décembre de la même année, pour y servir de ponton stationnaire. Il effectua même plusieurs visites des côtes, arborant la marque de l’amiral commandant la division navale de Cochinchine.

En 1893. il se trouvait dans un état de vétusté avancé, et une décision du 12 décembre 1893 prescrivit de le remettre aux Domaines. Il est mis en vente pour le prix de 60000 francs.

Sources : - le site de Bernard Guinard
- Le site de Patrice Bochereau

[7Créée en 1854 sous le nom de Port-de-France pour servir de centre administratif et militaire à la présence française en Nouvelle-Calédonie, elle prend le nom « Nouméa » le 2 juin 1866.

[8Source : - le site de Bernard Guinard

[9Les “1re catégorie” étaient les condamnés aux travaux forcés. Ceux qui, à l’intérieur de cette catégorie, appartenaient à la cinquième et à la quatrième classe, étaient employés aux travaux les plus pénibles. Seuls les 2e et 1e classes recevaient un salaire, ou pouvaient être nommés concessionnaires. La “quatrième catégorie”, celle dite des libérés, était aussi divisée en deux sections. Les “4-1re” devaient rester dans la colonie en vertu du “doublage”. Les “4-2e”, ayant achevé leur obligation de résidence, pouvaient quitter la Nouvelle-Calédonie".

[10Marien CHAPUT, troisième mari de Marie BLANC, meurt le 29 janvier 1880 à Crevant-Laveine (Puy-de-Dôme)

[11A télécharger sur le site de la Bibliothèque Nationale de France : Gallica

[12Rebaptisée Nouville et rattachée depuis à Nouméa

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28 Messages

  • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 13 septembre 2018 17:54, par martine hautot

    Récit très émouvant ,avec des documents très révélateurs de ce qu’était le bagne ,avec le retour le plus souvent impossible .
    Bien cordialement,
    Martine

    Répondre à ce message

  • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 14 septembre 2018 08:18, par Alain BEAUMONT

    Plusieurs inexactitudes dans l’article sur Claude BLANC.

    Tout d’abord dans son cas, il ne pouvait être « ouvrier de la transportation », les transportés étant des détenus politiques, les déportés étant des détenus civils.

    Les bagnards n’ont pas travaillé, à ma connaissance, dans les mines de nickel.

    Enfin, les déportés étaient tenus à rester, à la fin de leur peine, un temps égal ; l’administration leur octroyait un petit lopin de terre pour survivre.

    Répondre à ce message

    • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 14 septembre 2018 12:25, par Patrick Darbeau

      Bonjour
      Au sujet de la dénomination des "ouvriers de la transportation", il semblerait que ce soit vous qui fassiez erreur. Selon Wikipédia, ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Bagne_de_Nouvelle-Cal%C3%A9donie ),
      - les « Transportés » (selon la loi du 30 mai 1854 sur les bagnes coloniaux) : de loin les plus nombreux, aussi appelés « forçats » car condamnés à des peines de travaux forcés (de 8 ans à perpétuité) pour des crimes de droit commun,
      - les « Déportés » (selon la loi de déportation politique du 8 juin 1850) : condamnés politiques, issus essentiellement des participants à la Commune de Paris de 1871.
      Cette définition est également employé par le site des Archives d’Outre-Mer.

      En second lieu, je n’affirme pas que Claude Blanc a travaillé dans les mines de nickel : j’emploie la formule "il participera très certainement,..." laissant la place au doute, puisque je n’ai aucune information, ni aucune preuve pour l’instant.

      Quand à votre dernier commentaire, « les "déportés" (en fait, les transportés !) étaient tenus à rester, à la fin de leur peine, un temps égal ; l’administration leur octroyait un petit lopin de terre pour survivre.  », là aussi aucune certitude (c’était réservé aux bons sujets) puisque Claude Blanc est resté 20 ans en Nouvelle-Calédonie.

      Sans vouloir polémiquer, il serait judicieux avant de lancer le discrédit sur un article, de vérifier soi-même ses propres sources.

      Merci néanmoins pour l’intérêt que vous exprimez pour mon article.
      Cordialement
      Patrick

      Répondre à ce message

      • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 15 septembre 2018 01:41, par mb2t

        Bonjour,
        Ce n’est pas discréditer un article que de relever ses inexactitudes, imprécisions et de rétablir la ou une réalité. C’est constructif pour le savoir de chacun. Les personnes intéressées approfondiront le sujet ou pas.

        Contrairement à ce que vous écrivez, le changement de matricule n’est pas forcément dû à une mauvaise conduite. Ce peut-être le contraire. Le tableau est assez noir comme cela, pourquoi le noircir plus.
        Votre article est ponctué de « très certainement » (barré), « probablement délaissé de son statut de bâtard » qu’en savez-vous ? « enfance supposée », « Ensuite, ce sera la longue descente aux enfers, ponctuée de brimades, de privations et autres avanies, peu dignes de l’humanité. » concernant M. Blanc qu’en savez-vous ?

        Même si la vie de bagnard n’a pas été facile, voire extrêmement dure, certains ont pu s’installer et former une famille. Dans l’annuaire de l’Office des Postes de Nouvelle-Calédonie 2018, on relève 22 « Blanc » uniquement sur Nouméa. Sont-ce des descendants de votre Claude Blanc ?

        « Il faut regarder alors avec les yeux d’alors » (Aragon) et non pas avec nos yeux d’aujourd’hui.

        mb
        Nouméa 15/09/2018

        Répondre à ce message

        • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 15 septembre 2018 11:31, par Patrick Darbeau

          Bonjour
          Je n’écris pas que le changement de matricule est lié à une mauvaise conduite, mais à un changement de statut :

          on sait que Claude BLANC a changé 3 fois de statut (puisqu’il a reçu 3 numéros de matricules différents), peut-être à la suite de récidives ou d’une mauvaise conduite.

          J’ai décidément du mal à me faire comprendre...

          Quant à la supposée « descente aux enfers », j’en ai effectivement déduit que Claude Blanc n’était pas allé en Nouvelle Calédonie pour y passer des vacances. En effet, de mes longues lectures sur la question, j’en tire la conclusion que le séjour dans un pénitencier, quels que soient les aménagements possibles, ne devait pas être une partie de plaisir. Je n’ai pas besoin de noircir le tableau, avec ou sans moi, il est déjà noir !

          Sur les descendances possibles de Claude Blanc, j’ai indiqué qu’il était célibataire. Il a pu néanmoins avoir eu des enfants...

          Merci pour vos commentaires.
          Patrick

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  • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 14 septembre 2018 11:06, par Colette Boulard

    Bonjour,

    Bien que la subjectivité soit en partie inévitable, il me semble que vous vous avancez un peu trop quant à l’enfance de Claude Blanc.
    Enfant "très certainement délaissé" écrivez-vous. Peut-être, mais pas si sûr. Comme chacun d’entre nous, vous avez forcément constaté dans les registres paroissiaux puis dans ceux d’état civil que les naissances d’enfants illégitimes étaient autrefois fréquentes. Il y avait aussi beaucoup d’abandons, voire de décès ...un peu aidés de nourrissons non désirés. Or il s’avère que Claude Blanc a pu grandir auprès des siens. Par ailleurs, il aurait aussi pu éventuellement être reconnu par le second mari de sa mère (son géniteur ?), lors du remariage. Il était bien sûr normal, inévitable, qu’il ne porte pas le nom du premier mari de sa mère, dont il ne pouvait être le fils. Enfance tumultueuse et difficile, peut-être, mais rien ne vous l’indique, et peut-être le fut-elle aussi pour certains de ses demi-frères et soeurs ? Que devinrent-ils eux-mêmes ?
    Personnage de roman, Jean Valjean ne devint ce personnage admirable que parce que, réelle victime d’une injustice révoltante, il sut traverser les pires épreuves et devenir un grand homme puissant, juste et généreux, un héros. Claude Blanc n’eut pas ce destin, et pas forcément cette capacité de rédemption ...ou de résilience !

    Tout comme ses frères et soeurs sans doute, "Claude ira peu ou pas à l’école, et sera, comme tout un chacun, cultivateur, et participera malgré lui aux pénibles travaux des champs". D’où vient ce "malgré lui" que vous écrivez ? Claude avait alors le destin de tous les enfants de paysans, et, au milieu du XIX ème siècle, la question d’un éventuel choix d’activité ne se posait que pour une minorité d’entre eux. Je suis étonnée de ce « zéro » concernant son degré d’instruction (idem pour le nom suivant, dans la liste).

    Quant au fait d’être domestique, c’était sans doute pour ce jeune auvergnat une situation que partagèrent au moins certains de ses frères et soeurs qui durent sûrement pour la plupart se faire employer chez autrui avant, peut-être, d’avoir un jour une meilleure situation. Tout cela avec les aléatoires de la vie. Il y a quelques années, un vieil ami paysan me parlait du meilleur employé de la ferme gérée par sa famille, celui qui d’ailleurs encadrait les autres et qu’il estimait beaucoup, en le nommant "domestique". Devant ma surprise, il m’expliqua que dans son coin de terre ce mot était l’équivalent de "employé". Le mot a donc plusieurs sens, selon lieux et époques. Ce sont les recensements qui peuvent nous aider à établir des nuances, encore devons-nous mettre des guillemets puisque tel personnage, au fil des temps et des recensements, pourra être nommé de différentes manières. Sa voie ne sera pas toujours ascendante, ni logique selon notre regard contemporain.

    A moins d’autres découvertes, il vous sera difficile d’avoir une opinion plus établie sur la personnalité de Claude Blanc, qui fut peut-être un vrai "affreux" comme nous en avons tous parmi nos aïeux voire parmi nos contemporains ! Pour ce qui concerne les aïeux, ils n’en sont pas moins intéressants, passionnants même parfois.

    Bonnes recherches,

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    • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 15 septembre 2018 00:22, par Patrick Darbeau

      Bonjour

      Merci de votre analyse. Permettez-moi de considérer votre jugement très sévère, mais j’ai décidé d’en tenir compte (voir les corrections). En effet, j’admets qu’il est très difficile de rester objectif, surtout quand on est partie prenante.

      Quant à Jean Valjean, je n’ai pas la prétention de comparer mon A.A.Grand-Oncle à l’héroïque personnage de Victor Hugo ; c’était juste pour établir un parallèle sur leur qualité de forçat. Pour autant, on ne rencontre pas les héros que dans les romans...

      En ce qui concerne le niveau d’instruction, « Claude ira peu ou pas à l’école », je fais cette déduction aussi à partir du registre des dépôts qui mentionne « Instruction : presque nulle ».

      Enfin, sur la personnalité de Claude Blanc, était-il un vilain « affreux » ? Possible, mais je doute qu’il soit né ainsi. Je pense qu’on le devient. Comme vous l’aurez remarqué, j’avais pris le parti de le défendre, de l’excuser même.

      En effet, pour la plupart des délinquants, on constate la même pathétique histoire. « Issu d’un milieu défavorisé, un père alcoolique, une mère dépressive, les enfants laissés à eux-mêmes, souvent battus et parfois abusés sexuellement. Les bambins qui grandissent dans de tels milieux se sentent impuissants face à leur situation. Ils sont trop petits pour pouvoir y changer quelque chose. Une colère s’installe peu à peu en eux. Souvent bafoués par leurs parents, rejetés par leurs pairs à l’école, ils n’ont pas développé une bonne estime de soi et se sentent seuls au monde. Lorsque vient l’adolescence, leur recherche d’identité et d’appartenance les mèneront vers la fréquentation de pairs marginaux car c’est auprès d’eux qu’ils pourront se sentir à la hauteur. Ils deviennent ainsi des individus en marge de la société... »

      Cordialement
      Patrick

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      • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 15 septembre 2018 11:06, par Colette Boulard

        Bonjour,

        Ne soyez pas blessé, je voulais l’éviter. Relisez ma réponse : j’y glisse bien des "peut-être" et je ne juge pas, si ce n’est votre trop grande rapidité à dessiner un profil un peu définitif de cet aïeul. Je suggère plus de doute, plus de questionnement qui sera pour l’instant laissé sans réponse, par force. Surtout je rappelle l’indispensable contextualisation de la vie de cet homme. Bien sûr j’ai vu que vous défendiez, voire excusiez Claude Blanc. Mais, pardon de l’écrire, est-ce cela le but d’une recherche généalogique ? A ce stade de recherches et de connaissances en outre ? Votre tendresse bien sympathique pour ce personnage vous éloigne de la rigueur intellectuelle qu’il nous faut nous contraindre à avoir.

        Qui de nous, amateurs non historiens, n’a-t-il pas vu, par ses recherches, se former l’esquisse d’une personnalité, d’une réponse à une situation, qui fut ensuite renversée par une autre découverte, contradictoire ? C’est dans un premier temps frustrant, puis réjouissant : on avance, les chemins sont tortueux ! Le plaisir de la recherche et parfois une vraie réponse.

        J’ai été étonnée de ce niveau zéro de connaissances constaté chez ce personnage, et aussi un autre conscrit qui se trouve sur le document affiché, n’ayant pour ma part jamais rencontré ce cas. Est-ce à dire que le jugement était plus sévère dans ce secteur, ou que le niveau des recrues était plus bas, par exemple du fait d’un territoire isolé, particulièrement pauvre et peu propice à la venue à l’école des enfants ? Cela attire l’œil et donc serait peut-être intéressant à mieux connaître. Les éventuels demi-frères de Claude étaient-ils dans la même situation ?

        Vous répondez « déterminisme social » , en citant un texte sans le nom de son auteur ni sa datation. C’est un choix, un positionnement personnel, cela se réfère à une idéologie qui, pour respectable qu’elle soit, n’est pas très scientifique. Ce n’est pas très rigoureux, ne va pas dans le sens d’une recherche plus fine puisque le présupposé est là, grille de lecture plaquée sur des faits mal connus. C’est aussi une simplification un peu hâtive, ne croyez-vous pas ?

        Pour tout cela, j’écrivais qu’il serait intéressant de savoir ce que sont devenus les demi-frères et sœurs de Claude, même si cela aussi ne sera qu’une vue partielle, un élément du puzzle... Je me pose aussi des questions sur la mère de Claude, dont la personnalité, la santé physique, sociale et mentale restera sûrement dans l’ombre, enfouie comme celle de ses voisins, ses amis.
        Enfin, le personnage qu’est Claude Blanc n’est-il pas justement intéressant puisque hors d’une certaine norme, et en tous cas sorti de l’anonymat qui fut le sort de la plupart de ses proches ?

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  • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 14 septembre 2018 17:07, par maurice taillaumard

    Histoire poignante de « cette misère sociale » des siècles passés qui ont poussé certains à des exactions certes punissables.La déportation de ces esclaves a atteint des sommets d’inhumanité combattue notamment par Louise Michel qui a fait reconnaitre publiquement cet acharnement à refuser le pardon à des pauvres bougres qui avaient accompli leur peine au delà de la souffrance tolérable.

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    • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 15 septembre 2018 16:37, par jean-paul simon

      je voulait precise qu’un francois defait de mes ancetres a ete en nouvelle caledonie mais au bagne du bourail le meme que louise michel qui semblait a l’epoque etre un bagne plutot cool s’il en est.......
      mort le 26/8/1885 a l’age de 35 ans
      courtoisement

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  • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 14 septembre 2018 18:42, par Vermorel MF

    Bonjour,

    Merci pour ce récit qui me rappelle que mon mari a aussi « un chapeau de paille » dans ses cousins, qui a été condamné au bagne en 1867 pour complicité d’assassinat. Il est parti sur l’Iphigénie. Sa femme et leurs 2 enfants ont pu le rejoindre en 1873, elle demande à son mari l’autorisation de vendre le peu de mobilier qu’elle possède et demande à l’administration (ministère de la marine et des colonies) s’il prendrait à sa charge le transport de quelques instruments aratoires, tels que : 1 charrue, 5 pioches,2 faux, 3 faucilles,1 hache, outils qui n’existent pas en Calédonie et qu’on ne peut s’y procurer qu’à grand frais.
    Les outils sont contenus dans 5 caisses pour un poids total de 900 kg. Le colon où notre bagnard était engagé lui a donné un terrain de sa propriété. Dans les courriers échangés entre le maire de son village natal et le ministre le condamné est toujours appelé « ce transporté » suivi de son nom et son numéro. Pour la petite histoire, leurs 2 enfants ont eu beaucoup de descendants tous restés en Calédonie, dont 3 sont titulaires de la légion d’honneur pour faits humanitaires ou politique. (belle revanche !)
    J’ai moi aussi trouvé son acte de décès, mais également sa transcription dans son village natal.
    Bravo pour votre portrait d’ancêtre.

    MF Vermorel

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  • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 15 septembre 2018 19:26, par Marlie Toussaint

    Merci, Patrick, pour ce récit empreint d’empathie pour ce Claude Blanc qui, d’après sa fiche « sans punition » aurait eu un comportement conforme aux exigences du bagne donc pas si mauvais que ça. Certes, vous vous laissez emporter par votre intérêt sur les conditions de vie de ce bagnard (si on peut appeler cela une vie)durant laquelle il a du trimer en qualité de main d’œuvre corvéable à merci. La reconnaissance de ces bâtisseurs émerge à peine des mémoires enfouies sous les tabous d’une époque peu glorieuse où chacun pouvait être condamné au bagne pour un fait mineur. Votre texte a le mérite d’exister et appelle à en savoir plus sur ce petit délinquant et j’espère que vous pourrez, un jour prochain, accéder à son dossier. En attendant, j’ai relevé un site intéressant sur Facebook avec de nombreuses photos de l’époque. Il s’agit du Site historique de l’île Nou. Cordialement. Marlie

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  • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 18 septembre 2018 11:25, par pinault

    Bonjour,
    cet article est intéressant, car les bagnes sont des sujets dont on parle peu et que l’on ne connaît pas très bien,pour la majorité d’entre nous.
    Pour en savoir plus je vous conseille de visiter tous les sites qui font référence à Philippe COLLIN," spécialiste" des bagnes coloniaux.Son grand père était Léon COLLIN médecin aux bagnes et il a rapporté de très nombreuses photos, témoignages ...Un livre et des documentaires ont été réalisés d’après ces documents.
    Catherine

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  • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 19 septembre 2018 08:32, par Nathalie MACÉ

    Bonjour
    Merci pour votre article bien écrit et documenté, que j’ai lu avec beaucoup de plaisir et d’intérêt.
    Je trouve également assez durs certains commentaires de lecteurs : vous n’avez pas la prétention d’écrire une thèse sur le bagne en Nouvelle-Calédonie, et le fait de « romancer » ou imaginer la vie de votre ancêtre est tout à fait justifié (c’est aussi ce qui rend la lecture plus vivante et émouvante ).
    Le lecteur a toute la capacité de prendre le recul nécessaire.
    Et même si le débat est bien entendu permis, je pense qu’il y a moyen de dire les choses avec un peu plus de gentillesse et diplomatie....
    En tous cas merci à vous, et continuez !
    Nathalie

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  • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 20 septembre 2018 15:37, par Pierre STREICHER

    Le fait que les deux témoins sur son acte de décès sont des surveillants militaires peut-il éclairer sur le statut de Claude Blanc lors de son décès ?

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  • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 23 septembre 2018 03:21, par Sandrine Faichaud

    Bonjour Patrick,

    Je viens de terminer le récit de Claude Blanc. Je l’ai lu avec beaucoup d’intérêt car derrière ces lignes, il y a eut du temps de recherche et d’écriture, mais quand on aime on ne compte pas, n’est ce pas ?? Vie d’exil et de labeur pour un simple vol, mais à l’époque, ça ne pardonnait pas ! Bravo d’avoir fait « revivre » cet oublié du bagne au parcours bien rude.

    Claude Blanc a été contemporain de mon AAA grand mère Anne Dartige née en 1806 et dont j’ai fait paraitre le récit dans « la Gazette » cette année. L’avez vous lu ? Ils ont Claude Blanc et elle des points communs dans leurs existences respectives. Je n’ai pas encore trouvé comme vous avez pu le faire, son acte de décès. Comme je vous envie !
    Merci encore pour votre travail !
    Bien cordialement, Sandrine

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  • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 26 septembre 2018 06:32, par talkinthat

    Bonjour,
    Je viens de lire votre article - et les polémiques qu’il suscite - avec le plus grand intérêt.
    1° Je dois retourner à l’ANOM, je pourrai donc consulter le dossier de Claude Blanc...
    2° J’ai moi-même recueilli des éléments sur deux autres condamnés (père et fils), tous les deux morts à Thio ; mais je n’ai pas réussi, contrairement à vous, à reconstituer leur transfert depuis la métropole. Où, quand et sur quel bateau ont-ils été embarqués, durée et conditions du voyage, date d’arrivée... Quelles ont été vos sources pour documenter cet aspect ?

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  • recherche dossier forçat Alfred TISCHBAUER 27 septembre 2018 01:19, par GRAVERON

    Monsieur bonjour,
    je recherche le dossier du bagnard TISCHBAUER Alfred,ancien communard envoyé au bagne de la Nouvelle-Calédonie.il était artiste peintre, ainsi il est parti avec son ami le sculpteur HENRY Lucien. A AIX en Provence ils ont le dossier de HENRY Lucien mais pas celui de TISCHBAUER Alfred
    TISCHBAUER est le frère de l’Aïeule de mes petits- enfants.
    il est né le 24/03/1853 à PARIS 9e, sa sœur Cécile, Jeanne
    TISCHBAUER née le 16/02/1852 à PARIS 9e .quand il est sorti
    du bagne en 1879 il est parti en AUSTRALIE. il s’est marié
    avec Harriet WATSON à MELBOURNE le 20/01/1897.ils arrivent
    à SAN FRACISCO le 09/02/1903. Alfred TISCHBAUER décède le
    09/02/1922 à LOS ANGELES, il est inhumé au cimetière de
    GLENDALE, LE FOREST LAWN MEMORIAL-PARK. il a encore 2 petites nièces vivant à MARSEILLE, Cécile née en 1921, Paule
    née en 1926.ils n’avaient pas d’enfants, son épouse WATSON
    est repartie à SYDNEY le 05/09/1922. elle décède le 14/06/1925 près de SYDNEY.sa famille en France n’avait pas
    d’informations. Son ami HENRY Lucien est parti aussi en
    AUSTRALIE. Le Ministère de la culture Australien détient
    des tableaux de TISCHBAUER. toutes ces informations je les ai eu par INTERNET. La déclaration de son décès n’a pas été
    faite au consulat de FRANCE à LOS ANGElES.
    Je fais de la généalogie Familiale.
    avec mes remerciements.
    Bien cordialement.
    GRAVERON Gilbert
    25 rue de la NERTHE
    13180 GIGNAC LA NERTHE

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  • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 29 septembre 2018 23:55, par BAROCHE

    Votre récit m’a vivement intéressée car un membre de ma famille a subi le même sort - il n’est jamais revenu.
    Cordialement

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  • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 30 septembre 2018 22:52, par julifa

    Bonjour Patrick,

    Je lis votre article qui m’a tout de suite attiré car j’ai moi aussi découvert il y a peu de temps un AAG oncle bagnard né dans l’Oise en 1836 parti en 1865 pour la Nouvelle Calédonie où il est décédé en 1898.
    Contrairement à quelques personnes je trouve très bien cet article écrit qui donne chair et présence à une personne qui a certes commis des délits, probablement dus à sa difficile situation, et dont la punition n’est pas en rapport avec le délit et, si on compare avec notre époque ou des délinquants bien plus importants n’ont que des rappels à la loi ou des amendes il est tout à fait juste de leur redonner une place à nos anciens dans cette société où ils ont tout perdu.

    J’étais aux ANOM le 30 août et en plus des dossiers des 2 matricules attribués à Isidore j’ai consulté de nombreux livres sur les bagnes, livres bien plus nombreux sur la Guyane que sur la Nouvelle-Calédonie. Né en 1836, marié 3 enfants vivants condamné en 1865 à Beauvais, pour vols, à 5 ans de travaux forcés mais sur documents suivants noté 8 au lieu de 5 ; 2 tentatives d’évasion l’ont conduit à 15 ans et après sa libération en 1880 à la résidence perpétuelle. Pas question dans les documents d’attribution de terre ni d’autre chose.
    Pour son décès en 1898 la déclaration a été faite par 2 gardiens pénitenciers.
    Arrivé en Nouvelle Calédonie à 29 ans et mort là-bas à 63 ans ; 34a durant lesquels il a perdu sa femme et ses enfants pour une vie de bête traquée à construire les routes et bâtiments du pénitencier, peut-être aussi les champs, les mines de nickel.

    Isidore a bien été « transporté » et ce bien avant la Commune et il n’a pas été tenu de rester le double de son temps de peine, je pense que cela ne valait que pour la Guyane, mais à perpétuité.
    Un des déclarants de son décès se nomme Blanc , comme le second il était surveillant pénitentiaire.
    Assez normalement ce sont des hommes ayant une vie difficile qui commettent des vols et agressions pour essayer de vivre mieux et aussi ceux qui n’ont pu étudier, mais les punitions sont extrêmes . Isidore était dit « illetré » et dans les fiches matricules il n’est pas rare de voir 0 ou 1 (sait signer) même au-delà de 1900 ; les enfants devaient travailler très tôt et ensuite sans instruction comment trouver un travail régulier et décent ?

    Je ne pense pas qu’il y avait de lieux plus faciles que d’autres, Isidore a vécu dans 3 camps différents et il a essayé de s’évader 2 fois, ce qui lui a valu des prolongations de peine, mais plutôt des statuts différents selon la situation sociale des condamnés et selon qu’ils l’étaient pour des raisons politiques ou de droit commun.

    Je vous remercie d’avoir écrit cet article qui m’a permis de continuer à lire de nouveaux articles je pense qu’il y a encore à chercher, sur le bateau du voyage et les divers camps. Où avez-vous trouvé ce registre que vous montrez au début et toutes les infos du voyage .

    Cordialement
    Monique

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  • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 1er octobre 2018 14:42, par Serge BOGAERTS

    Bonjour,
    J’ai, dans mes collatéraux, la même histoire que vous. Votre Claude BLANC a dû croiser mon Émile PACAUD. Il ne faut pas juger avec la « morale » d’aujourd’hui les faits d’autrefois. C’était un autre temps, d’autres mœurs. Le vol ou le viol étaient graves, on envoyait les coupables au bagne, cela ne posait pas de problèmes, aujourd’hui on relâche les mêmes pour les mêmes faits. Je suis en train de retracer l’histoire d’Émile PACAUD, suite à un imbroglio généalogique où rien n’était clair, j’ai réussi à discerner le pourquoi de son envoi au bagne, je suis allé chercher son dossier à Aix-en-Provence et j’en suis revenu avec moult pages de documents. Je vous conseille d’y aller car il n’y a pas que les 3 pages que vous avez pu glaner sur le site des ANOM, vous y comprendrez sûrement pourquoi votre collatéral, Claude BLANC, y a vu sa peine prolongée alors que le mien, Émile PACAUD, y a vu sa peine réduite, même s’il y est mort, également sur l’Île Nou, en décembre 1905.
    Bien à vous.
    Serge BOGAERTS.

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    • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 2 novembre 2018 23:19, par Monique LENS

      Bonjour Monsieur

      Je suis allé à Aix et j’ai trouvé 2 dossiers papiers ainsi que 2 microfilms qui eux ne contenaient pratiquement rien. Quant aux premiers il y a des contradictions sur le point de départ le jugement et la durée de la peine.
      Ce que je dois faire maintenant c’est essayer d’obtenir le ou les jugements aux archives de l’Oise mais cela ne m’apprendra rien de plus pour ce qui est du bagne lui-même.

      Cordialement
      Monique Lens

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  • Claude Blanc, forçat en Nouvelle Calédonie 26 juillet 20:33, par Patrick Darbeau

    Bonjour,
    Pour ceux que ça intéresse, je vous informe que je viens d’actualiser et de compléter mon article, grâce à mes récentes découvertes, notamment suite à ma visite aux archives d’Aix.

    Je vous conseille de le relire intégralement.

    Merci pour votre intérêt.

    Cordialement

    Patrick

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