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Accueil > Articles > La vie militaire > « Nos Poilus » > Charles Surugue, Doyen des Poilus

Charles Surugue, Doyen des Poilus

Le vendredi 4 juin 2021, par Yves Gervot

Connaissez-vous le doyen des poilus de la Grande Guerre 1914-1918 ? Rassurez-vous, je ne le connaissais pas moi-même voici seulement quelques jours. L’acquisition d’une carte postale m’a permis de découvrir l’homme, pionnier de la laïcité et son incroyable existence. Tout en vous exposant la méthodologie utilisée, je vous propose aujourd’hui de vous raconter l’histoire atypique de Charles Surugue.

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Collection personnelle de l’auteur

Il n’existe pas officiellement de biographie de Charles Surugue, sa notoriété dépasse péniblement les frontières de la ville d’Auxerre, seuls un monument et une place dans cette ville rappellent au passant le parcours exceptionnel de cet homme.
Charles Surugue est le fils du charpentier marinier Pierre Théodore Surugue et de Marie Madeleine Delume. Il est né le 16 janvier 1839 à Coulanges sur Yonne [1].

Au recensement de Coulanges sur Yonne de 1851, la famille de Pierre Théodore Surugue habite Rue Folle et compte deux enfants : Charles et Victorine. Le recensement de 1851, sous la deuxième République, renseigne sur les cultes de la population, maladies et infirmités apparentes [2].

C’est dans cet environnement corporatif des mariniers (le grand- père Edme était directeur du port de Coulanges) que les enfants Charles et Victorine grandissent à Coulanges sur Yonne. Charles fait des études pour être ingénieur, il devient conducteur des Ponts et Chaussées et est nommé en premier poste à Arras.

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Coulanges le quai du port

Le 22 février 1865, Charles Surugue épouse à Arras Marie Emilie Langlet âgée de 20 ans [3], deux enfants naissent de cette union : Georges en 1866 et Paul Charles en 1868.

Spécialisé dans la construction de chemins de fer, Charles Surugues est incorporé en 1870 comme capitaine du Génie dans l’armée du Nord du général Faidherbe [4]. Après sa démobilisation en 1871, Charles poursuit une brillante carrière d’ingénieur dans le Pas de Calais.

Le second fils du couple Paul Charles décède à Arras le 20 novembre 1873 à l’âge de 5 ans [5].

La carrière de Charles se poursuit en Dordogne, puis dans l’Yonne, son département natal, comme agent voyer en chef du département de l’Yonne. La famille Surugue s’installe à Auxerre en centre-ville, au 17 rue Philibert Roux. Marie Emilie Langlet, épouse de Charles décède à ce domicile le 5 août 1888 [6].

Par décret du 6 janvier 1890, Charles Surugue est nommé à titre civil chevalier de la Légion d’Honneur [7].

Le 22 juillet 1893 Charles Surugue épouse à Saint Mandé Eugénie Fanny Fournier [8].

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Le couple Surugue

En 1900, alors qu’il aurait pu jouir d’une paisible retraite, Charles Surugue devient maire d’Auxerre. Républicain convaincu, anticlérical et franc-maçon, il se donne pour objectif d’instaurer une gestion communale démocratique et humanitaire, son plus cher voeu étant de moderniser sa ville.
Dès sa prise de fonction le nouveau maire engage un vaste programme de grands travaux : écoles primaires, maison du peuple pour les associations ouvrières et syndicats, agrandissement du lycée de jeunes filles, collège des garçons, gare des Migraines, école de l’industrie, école de musique, crèche, logements à bon marché. Sur la place des Cordeliers il fait édifier un superbe marché couvert (aujourd’hui disparu), inauguré en grandes pompes par le président du conseil Emile Combes en 1904 qui y prononce un discours préfigurant la loi de séparation de l’église et de l’état.

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Arrivée d’Emile Combes
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Fête du 2 août 1908
Charles Surugue est au premier plan
(archives municipales d’Auxerre)

En 1912, critiqué pour ses dépenses aux affaires, Charles Surugue est contraint à la démission.

Le 3 août 1914 l’Allemagne déclare la guerre à la France, la mobilisation est générale. Le 26 mars 1915, à 76 ans, Charles Surugue s’engage comme simple soldat au 8e Génie. En juin 1915, il est envoyé au front. Caporal en octobre 1915, il est nommé sergent en décembre.
On le trouve en Artois, sur la Somme, à Verdun, toujours sur des postes périlleux. A partir de juillet 1916, il est constamment à la division de première ligne du 3e corps pour travaux à exécuter de jour et de nuit : reconstruction de routes et de ponts, rétablissement des voies ferrées.
Sans jamais solliciter un jour de permission, Charles Surugue est cité à trois reprises et reçoit le 3 mai 1916 la croix de chevalier de la Légion d’Honneur. Pendant la bataille de Verdun, il est nommé sous-lieutenant le 26 juillet 1916, puis lieutenant le 12 août 1918. Le 9 juillet 1919 Charles Surugue, matricule 9131, est admis à recevoir la croix d’officier de la Légion d’Honneur [9].

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Charles Surugue est nommé Sous-Lieutenant
Grâce aux JMO de la Compagnie 9/2 T (le T = Territorial) du 6e Régiment du Génie sur Mémoire des Hommes, vous pouvez suivre le parcours du Doyen des Poilus entre 1915 et 1918. Dans le premier JMO coté 26 N 1321/8 à la page 25 se trouve la citation en octobre 1915 de Charles Surugue et page 38 sa nomination le 26 juillet 1916 comme Sous-Lieutenant (ci-dessus).
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Charles Surugue aux tranchées

Charles Surugue termine la guerre en héros national, il est acclamé par la foule lors de son retour à Auxerre en 1919, il est à nouveau élu maire de cette ville le 10 décembre 1919.

L’année 1921 est bien triste pour la famille Surugue. Eugénie Fanny, seconde épouse de Charles décède le 24 février 1921 à son domicile 4 rue Gérot à Auxerre. Le 6 mars, c’est son fils Georges qui succombe à Paris.

Charles Surugue meurt subitement le 24 avril 1921 à Paris, au 121 rue de Rennes, domicile de son fils Georges. Auxerre lui fait des obsèques solennelles le 28 avril 1921. Charles Surugue, Doyen des Poilus, et Eugénie Fanny Fournier reposent au cimetière de Saint Amatre à Auxerre [10]

En 1921, un comité placé sous le patronage du Président de la République Raymond Poincarré, dirigé à Auxerre par Jean Moreau s’occupe de dresser un monument à la mémoire de Charles Surugue, ingénieur des Ponts et Chaussées, maire d’Auxerre, conseiller général de Coulanges sur Yonne (1905-1919), ancien combattant de 1870, engagé volontaire à 76 ans comme sapeur mineur en 1915.
La réalisation est confiée à Jean Roché, originaire de Charny. L’inauguration a lieu le 26 octobre 1930.
Déplacé à plusieurs reprises, le monument se trouve aujourd’hui dans le bas de la contre-allée du boulevard de la Chaînette à Auxerre. Le 9 décembre 2018, à l’occasion de la journée de la laïcité, un hommage est rendu à Charles Surugue en présence de son arrière-petit-fils Roland Surugue.

Le Dossier de Charles Surugue dans la base de données Léonore des archives nationales de la Légion d’Honneur est référencé sous la cote : LH/2559/2
Les fiches matricules des officiers de la première guerre mondiale ne sont consultables qu’en salle de lecture du Service Historique de la Défense à Vincennes. Charles Surugue figure parmi les stars de Généanet, à voir sur Généastar.

Remerciements à Claude pour son travail en retouches photographiques et à Sabine pour son aimable communication de ses photos familiales.


[1Archives départementales de l’Yonne NMD 1839 vue 58/258

[2Archives départementales de l’Yonne Recensement Coulanges sur Yonne 1851 vue 33-34/43

[3Archives départementales du Pas de Calais NMD 1865 vue 387/1298

[4Archives nationales de la légion d’Honneur base Léonore Dossier Charles Surugue

[5Archives départementales du Pas de Calais Décès Arras 1873 vue 47/1288

[6Archives départementales de l’Yonne Auxerre Décès 1888 vue 75/133

[7Archives nationales Légion d’Honneur Base Léonore Dossier Charles Surugue

[8Archives départementales du Val de Marne NMD Saint Mandé vues 508-509-510/

[9Archives nationales Base Léonore Dossier Charles Surugue

[10Décès Eugénie Fanny Fournier Succession notariale Charles Surugue et Archives nationales Légion d’Honneur Base Léonore Dossier Charles Surugue

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8 Messages

  • Charles Surugue, Doyen des Poilus 4 juin 08:13, par Michel Vanwelkenhuyzen

    L’armée belge a aussi connu un engagé volontaire, âgé de 65 ans. Surnommé « Papa Merx », de son vrai nom Barthelémy Merx, il était né en 1849, et mourut en 1938, après avoir passé toute la guerre en première ligne, et n’avoir accepté de quitter l’armée qu’en 1919. Un très bon article sur lui : https://www.1914-1918.be/soldat_papa_merx.php

    Répondre à ce message

  • Charles Surugue, Doyen des Poilus 4 juin 09:57, par CHRISTINE LUXEMBURGER

    Incroyable !!
    Merci pour cette histoire

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  • Charles Surugue 4 juin 10:17, par Jacques Dupé

    Quelle histoire étonnante ! Et quel bel exemple et quel homme formidable ! Il existe tout de même des personnages remarquables qui ne s’en laissent pas conter, et surtout qui agissent.
    Bravo pour cet article, cela donne du baume au cœur.

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  • Charles Surugue, Doyen des Poilus 4 juin 13:11, par thierry62

    Bonjour

    C’est un parcours original, qui aurait pu donner de très mauvaises idées a Clemenceau.. 🤑
    Je ne vois pas l’intérêt de mettre au front des types de cet âge..
    Sinon,le général Picquard, c’est bien celui de l’affaire Dreyfus qui venait d’être réhabilité ?
    L’info est intéressante..
    En ancien combattant d’Auxerre, je ne connaissais que Marcel Petiot... 😄

    Cordialement

    Thierry

    Répondre à ce message

    • Charles Surugue, Doyen des Poilus 4 juin 14:07, par yves gervot

      Bonjour, le général Picquard photographié avec Charles Surugue est bien le colonel lié à l’affaire Dreyfus devenu ministre de la guerre du gouvernement Clémenceau. Bien cordialement.

      Répondre à ce message

  • Charles Surugue, Doyen des Poilus 5 juin 10:10, par thierry62

    Bonjour Charles

    Les chevrons de présence sur la manche gauche témoignent de trois ans de présence au front - un an pour le premier en bas et six mois pour les quatres supérieurs...
    Un chevron sur la manche droite indique une blessure...
    Les trois palmes sur la médaille indiquent des citations dont le niveau est indiqué par le métal..

    Cordialement
    Thierry

    Répondre à ce message

  • Charles Surugue, Doyen des Poilus 5 juin 13:43, par catherine marquet

    Bonjour,

    Article intéressant !!
    En 1976 à MONTARGIS, j’avais une camarade de lycée, Patricia SURUGUE ( malheureusement plus sûre à 100 % du prénom), peut-être une descendante ? SURUGUE n’étant pas un nom très courant et AUXERRE n’étant pas très loin de MONTARGIS ??
    Cordialement.

    Répondre à ce message

  • Charles Surugue, Doyen des Poilus 17 juillet 17:05, par André Vessot

    Bravo Yves pour ce travail extraordinaire que vous avez réalisé, pour sortir de l’ombre l’histoire de ce doyen des poilus.

    Cordialement

    André

    Répondre à ce message

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