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Augustin Dussueil, « premier relieur du Roi », où la reliure « à la Duseuil »

Le dimanche 1er février 2004, par Jérôme Dussueil

Augustin DUSSUEIL voit le jour en Provence, à Méounes (Var), le 2 septembre 1673 ainsi que l’atteste l’acte de baptême de même date qui figure dans les registres paroissiaux conservés à la Mairie de Méounes et dont le double est déposé aux Archives Départementales du Var, à Draguignan :

« Augustin DUSSUEIL, fils d’Honoré et Isabeau BILLONE a été baptisé le 2 septembre 1673. Le parrain Louis DUSSUEIL, la marraine Anne JAUFFROY du lieu de Signe. Par moi. Signé : BARRY, vicaire, H. DUSSUEIL. L. DUSSUEIL. »

Il est le quatrième enfant d’une famille qui en comporta neuf, six filles et trois garçons, tous nés à Méounes entre 1665 et 1685, du mariage d’Honoré DUSSUEIL (1641-1721) avec Isabeau BILLON (1647-1697).

Par son père, le nouveau-né descend d’une famille implantée à Méounes depuis au moins le début du XVIe siècle et, par sa mère, il se rattache à la paroisse voisine de Signes où les BILLON sont connus sous le nom de BILLON de CANCERILLE, du nom du quartier sis à l’est du village et mitoyen de Méounes où ils résident. C’est sous cette appellation que l’abbé V. SAGLIETTO désigne cette famille. Cette alliance entre deux communautés villageoises voisines se manifeste également dans l’acte de baptême d’Augustin puisque l’on observe que le parrain, Louis DUSSUEIL (1639-1681) est son oncle de Méounes tandis que la marraine, Anne JAUFFRET est originaire de Signes.

Des premières années de la vie du jeune Augustin, les archives ne révèlent rien de particulier en cette époque où sur le plan extérieur, Louis XIV mène la guerre contre la Hollande et où, à l’échelle régionale, la Provence connaît des temps paisibles.

C’est vraisemblablement dans l’enceinte du village avec, parfois, des incursions à Cancerille ou dans les paroisses voisines habitées par d’autres membres de sa famille (Belgentier notamment) que se déroula l’enfance de ce garçon. Vint alors le moment où il fallut envisager une orientation professionnelle dans ce milieu rural où les débouchés étaient rares. Sous la nécessité économique, de nombreux Méounais quittaient chaque année leur village natal pour trouver à Toulon, à Marseille ou ailleurs des conditions de vie moins rudes que dans la haute vallée du Gapeau.

Alors que le tissage était l’une des activités traditionnellement exercées par sa famille paternelle et que, dans le territoire de la paroisse, étaient seuls pratiqués les quelques métiers nécessaires à l’économie locale - augmentés d’une fabrique de drap, d’une tannerie, de moulins à papier - le jeune Augustin s’orienta dans une voie tout à fait originale grâce à l’appui de l’un de ses cousins germains.

Si l’on en croît les lettres de Jean BILLON citées par l’abbé V. SAGLIETTO dans son ouvrage sur l’histoire de Méounes « vers la fin du XVIIe siècle, le jeune homme (Augustin) vint à Paris, attiré par son cousin Jean BILLON de CANCERILLE, de Signes, qui, par ses longs et courageux voyages en Perse, y jouissait d’un grand crédit. Plein d’ardeur et de fermeté, il parvint, après plusieurs années d’un labeur intelligent chez divers patrons, à créer dans la Capitale, un atelier de reliure... »

Dans son ouvrage sur les « Relieurs Français » publié en 1893, Ernest ROQUET (THOINAN) écrit, de son côté, à propos de cette période d’apprentissage : «  Il ignorait et, nous ne sommes malheureusement pas mieux renseignés que lui à cet égard, comment DUSSUEIL vint à Paris, où il fit son apprentissage ; mais il était amené à croire que ce fut chez Philippe 1er PADELOUP parce que, le 23 novembre 1699, à Saint-Séverin, il en épousait la fille nommée Françoise alors âgée de vingt cinq ans. Ce mariage impliquerait tout au plus que DUSSUEIL travaillait comme compagnon chez le père de sa future ; quant au nom du maître dont il fut l’élève, le seul registre des apprentissages qui nous ait été conservé ne mentionnant, à partir de 1677, que les apprentis libraires et imprimeurs, nous avons dû renoncer à le trouver ».

On peut penser qu’appelé à Paris par son cousin BILLON, Augustin réussit, grâce à ses relations à entrer dans la corporation des libraires-relieurs où il put travailler et apprendre un art pour lequel il avait peut-être des dispositions naturelles ou dont il avait acquis les rudiments dans la vallée du Gapeau, dans les tanneries situées entre Méounes et Belgentier.

Ainsi devenu parisien, Augustin passa plusieurs années d’initiation, maîtrisant peu à peu la technique de la reliure d’art dans l’atelier d’un maître qui fut, peut-être, parmi les plus grands de son époque.
Le grand évènement de sa vie personnelle et professionnelle fut, sans aucun doute, son mariage qui par cette alliance avec l’une des plus anciennes et plus notables familles de relieurs du Roi, le fit entrer dans une corporation prestigieuse, proche de l’Université et des milieux intellectuels.

Le 23 novembre 1699, en effet, Augustin épouse en l’église Saint-Séverin, au coeur du « quartier de l’Université hors duquel les relieurs ne pouvaient habiter », Françoise PADELOUP (1675-1714), fille du maître relieur Philippe 1er PADELOUP (1650-1728) et petite-fille d’Antoine PADELOUP, reçu maître relieur en 1633.

Conservé au Minutier Central Parisien, aux Archives Nationales, le contrat de mariage passé devant Maître BARBAR, notaire à Paris, indique que « fut présent Augustin d’USUEIL, libraire à Paris, demeurant rue Saint-Jacques, paroisse Saint-Séverin, fils d’Honoré d’USUEIL, marchand demeurant en la paroisse de Meosne près Marseille en Provence ».

Les amis et témoins du marié furent Gaspard RAIBAUD, prêtre, prieur de Saint-Pierre d’Orléans, grand supérieur de l’Hopital Général de Paris, assisté de Marie MIRLANDON, parente de Charles MIRLANDON, premier époux de la belle-mère d’Augustin. On observe que le cousin Jean BILLON qui devint par la suite, ambassadeur du Roi, n’est pas présent à l’établissement de ce contrat. La dot de l’épouse est constituée d’une somme de 900 Livres dont 336 payées en « une année de nourriture et logement que le dit PADELOUP (père) et sa femme ont promis solidairement de fournir aux futurs époux en leur demeure et avec eux à commencer du lendemain de la célébration du mariage ». Une cohabitation entre générations s’organise donc pour le départ dans la vie d’un jeune ménage aux revenus modestes.

De cette union naquirent sept enfants en l’espace de neuf années : Marie-Anne (1700), Philippe-Augustin (1702-1705), Jeanne Françoise (1703), Angélique (1704), Marie (1706), Philippe Augustin II (1708) et Pierre (1709).

La postérité de ces enfants n’est pas établie et elle sera vraisemblablement difficile à connaître en raison, notamment, de la destruction de l’Etat-civil parisien lors des évènements de la Commune de Paris, en 1871.

La rue Saint-Jacques et le quartier de l’Université furent le cadre géographique où, en une unité de lieu quasi-totale, se déroula la vie d’Augustin et de sa famille.

C’est dans cette rue qui fut probablement la première rue de Paris (ancienne Via Superior romaine) qu’Augustin vécut et travailla. C’est là qu’après quinze années de mariage s’éteignit Françoise, son épouse, alors que leur dernier enfant n’avait que six ans. Morte le 16 février 1714, dans sa quarantième année, Françoise PADELOUP fut inhumée le lendemain après la célébration de ses obsèques en l’église Saint-Séverin.
Si l’on ignore la date à laquelle Augustin se fit recevoir maître, on observe que l’acte de décès de son épouse le qualifie de « relieur de Monseigneur et de Madame la Duchesse de BERRY » (mariés en 1710, le duc mourut en 1714 et la duchesse en 1719). La duchesse de BERRY, fille du Régent, eut un rôle très important dans la carrière d’Augustin DUSSUEIL à qui elle confia la reliure d’un grand nombre de volumes sur lesquels il put manifester ses talents et gagner la faveur de son illustre cliente. Pour elle, il composa des reliures somptueuses portant toutes les « armes de France, à la bordure engrêlée de gueule, qui est de Berry, accolées d’ORLEANS » et au dos les lettres « M.L » entrelacées.
Ses goûts artistiques ainsi satisfaits la duchesse de BERRY décida d’apporter un appui décisif à son relieur en intervenant auprès du Régent pour qu’une reconnaissance particulière lui soit conférée.

A l’époque, il existait plusieurs degrés dans la hiérarchie de la corporation des relieurs : au-dessus des « relieurs suivant la Cour  » nommés par le grand prévôt, se trouvaient les « relieurs ordinaires » désignés par le Roi. Un usage s’était établi suivant lequel il n’y avait que deux relieurs ordinaires à la fois. Or, alors qu’aucune vacance ne s’était produite, la duchesse de BERRY obtint du Régent qu’Augustin fut nommé relieur ordinaire du Roi, à côté des deux titulaires alors en activité. Un brevet officiel fut alors délivré dont l’original est conservé aux Archives Nationales :

« Aujourd’hui, 26 février 1717, le Roy estant à Paris, ayant esgard aux témoignages avantageux qui lui ont esté rendus de la probité et capacité d’Augustin de SUEIL, maistre relieur à Paris, et voulant en cette considération le traiter favorablement, sa Majesté, de l’avis de M. le duc d’ORLEANS, son oncle Régent, a retenu et retient le dit de SUEIL en la charge de l’un de ses relieurs ordinaires pour par luy en faire les fonctions, en jouir et user aux mesmes honneurs, prérogatives et priviléges dont jouissent les autres relieurs de Sa Majesté, avec le pouvoir de mettre au devant de sa boutique un tapis chargé des armes et panonceaux de Sa Majesté. Et pour assurance de Sa volonté, Elle m’a commandé d’expédier au dit de SUEIL le présent brevet qu’ELLE a signé de sa main et fait contresigner par moy conseiller, secrétaire d’Estat. »

L’autorisation de mettre sur sa boutique « un tapis décoré des armes » royales était souvent accordée à des imprimeurs ou à des libraires royaux, mais, selon THOINAN, rarement à des relieurs. Selon cet auteur, « c’est peut-être ici la seule fois qu’elle est mentionnée dans un brevet de relieur ».

On peut penser qu’à côté des armes de France surmontées de la couronne royale, Augustin avait ajouté les armes de la duchesse de BERRY, sa protectrice. Ainsi reconnu, Augustin développa une activité très intense et sa réputation grandissait chaque jour, ses reliures étant très recherchées tant à Paris qu’à l’étranger. Parmi les amateurs étrangers, ceux de Grande-Bretagne furent les plus nombreux à la suite notamment, de la vente à des libraires britanniques, de la bibliothèque de François de LOMENIE de BRIENNE, évêque de Coutances, décèdé le 10 aout 1723. Le chapitre ayant besoin d’argent pour restaurer la cathédrale, « se dépécha de vendre en bloc la bibliothèque épiscopale aux libraires anglais James WOODMAN et David LYON qui l’emportèrent à Londres » (THOINAN) alors que le cardinal DUBOIS avait d’abord interdit la vente de ces livres par un arrêt du Conseil d’Etat du 23 avril 1723.

Dans la perspective de la première vente interdite par le Ministre du Régent, Augustin fut chargé de la reliure d’environ 400 volumes dont 140 in folio, 155 in 4° et 145 in 8° et 12° (THOINAN).

Dans leur catalogue, les libraires anglais indiquèrent que la vente comportait des livres en excellente condition « nouvellement et très joliment (nicely) couverts, dessus et dedans, en maroquin, par le fameux DUSUEIL » (THOINAN).

Le nom d’Augustin devint alors célèbre en Angleterre au point que l’écrivain anglais POPE écrivait dans sa « Quatrième Epitre morale » que le comble de la gloriole pour les collectionneurs riches et maniaques est de « posséder dans leur bibliothèque... des volumes reliés par DUSEUIL » (THOINAN).

A la mort de Louis-Joseph DUBOIS, relieur ordinaire du Roi, Augustin recueille la place vacante par ce nouveau brevet :

« Aujourd’hui, 15 février 1728, le Roi estant à Versailles, bien informé de la capacité d’Augustin de SEUIL et de sa fidélité et affection à son service, Sa Majesté l’a retenu et retient en la charge de l’un des relieurs de sa maison, vacante par le déceds de Louis de BOIS, dernier possesseur d’icelle ; pour le dit de SUEIL l’avoir et exercer en jouir et user, aux honneurs, autorités, privilèges, franchises, libertés, gages, droits, fruits, profits, revenus et esmoluments accoutumés et y appartenants tels et semblables qu’en a jouy le dit du BOIS et tant qu’il plaira à Sa Majesté... »

Augustin compte alors dans sa clientèle presque tous les bibliophiles de son temps et son nom devait traverser les années en « estant toujours accompagné des plus pompeux éloges » (THOINAN). De ses reliures, on admirait « la perfection de ses corps d’ouvrage, la délicatesse de sa couvrure, la qualité de ses maroquins, l’élégance et le fini de ses dorures... » (THOINAN).

Il est paradoxal d’observer qu’il est maintenant très difficile d’authentifier de manière indiscutable tous ces ouvrages tant recherchés jadis. Aucun volume ne porte en effet son nom, ni sa marque ni un quelconque indice assurant de l’origine de la reliure ou de la dorure.

Quant aux fers, aux formes souvent originales, ils ne peuvent non plus être retenus comme éléments d’identification puisqu’ils passaient fréquemment d’ateliers en ateliers.

Pour THOINAN, « on n’aura de certitude à cet égard qu’au moyen de reliures justifiées comme son oeuvre par des comptes émanant de sources incontestables, à moins que ce ne soit par des volumes aux armes de LOMENIE décrits au catalogue de 1724 sous son nom. »

Sans doute rares, ces sources existent cependant puisqu’ ainsi, Louis-Marie MICHON, dans son livre paru en 1951 sur la « Reliure Française » attribue à Augustin DUSSUEIL diverses reliures nommément désignées dont l’une fut récemment vendue aux enchères publiques, à l’Hôtel DROUOT et fut reproduite dans le catalogue de la vente. Il s’agit d’une reliure mosaïquée, exécutée vers 1720, aux armes du duc d’ORLEANS (Le Régent) ou de son fils, Louis. Elle est citée par MICHON en page 71 de l’ouvrage précité, sous le numéro 154. Cette précieuse reliure devait sans doute contenir un exemplaire de « Daphnis et Chloé » (1718) avec les figures du Régent.

Elle fait l’objet de la description technique suivante :

« Volume in 12, maroquin olive, dos finement orné de fleurs de lys et rosaces dorées et mosaïquées sur fond de points d’or ; plats entièrement couverts d’un cartouche de maroquin rouge orné d’écailles, fleurs de lys en mosaïque citron aux angles ; sur les côtés, bandes de maroquin citron losangées d’or, fond semé de petits fers dorés ; armoiries au centre, dentelle intérieure. »

Elle fut adjugée pour dix sept mille francs (FRF 17.000 ou € 2.592) en décembre 1973.

Membre de la corporation des relieurs-doreurs, réorganisée par l’Edit du Roi de 1686, Augustin ne paraît pas avoir recherché d’autres honneurs que ceux déjà conférés par son Brevet.

Ainsi, il n’a pas été élu « garde » de la communauté en dépit de sa qualité de Relieur du Roi. Choisi parmi les « maîtres expérimentés et capables » (Edit de 1686), les deux gardes élus administraient la communauté qui était soumise aux charges et privilèges inhérents à son statut de « suppôt de l’Université ». Ces représentants de la profession avaient par exemple l’obligation et le droit de faire des visites dans les ateliers de leurs confrères « pour veiller à ce qu’il ne soit relié ni livres défendus ni livres contrefaits » (THOINAN).

Il semble également qu’il n’ait jamais assisté aux assemblées de la profession puisque son nom ne se trouve jamais à côté de ceux de ses confrères, au bas des délibérations prises dans ces réunions.

La réputation dont il jouissait en France et à l’étranger suffisait sans doute à son caractère et à son établissement. On peut penser du reste qu’après avoir bénéficié, dans des conditions inhabituelles, de la faveur du Régent, il lui soit apparu plus judicieux de faire preuve de discrétion vis à vis de confrères moins connus.

La vie terrestre d’Augustin DUSSUEIL prit fin en février 1746 alors qu’il était dans sa soixante treizième année.

Il fut sans doute inhumé dans le cimetière de l’église Saint Séverin, aujourd’hui transformé en jardin, et ses restes reposent vraisemblablement dans les catacombes de Paris où furent rassemblées avant la révolution, les sépultures de tous les cimetières de la capitale.

La nouvelle de son trépas parvint sans doute jusqu’à Méounes où vivait encore la plus grande partie de sa famille. L’histoire de sa vie fut ainsi conservée dans le village et passa les siècles grâce, notamment, à la famille BILLON qui en garda mémoire et en donna connaissance à l’abbé V. SAGLIETTO.

Grâce à la famille FABRE qui, après un mariage avec l’une des sœurs de Jean BILLON, conserva le château de Cancerille pendant plusieurs générations, ont été retrouvées diverses correspondances échangées entre Jean BILLON et son cousin Augustin DUSSUEIL démontrant qu’ils restèrent longtemps en relations l’un avec l’autre.

Dans une lettre du 4 février 1727, écrite à son frère Antoine, Jean BILLON indique : « J’ay beaucoup d’obligation à mon cousin DUSUEIL, bien qu’il y eust trois ans je ne luy eusse parlé mon hoste qui n’estait pas en estat de me secourir d’un écu, fut dire à mon cousin la triste situation où je me trouvais ; il m’envoya d’abord du bois, de la viande et tout ce qui m’estait nécessaire pour ma garde malade ; il continue toujours avec le même zèle ».

Ainsi, dans une lettre du 13 avril 1728, Jean BILLON indique que son « cousin DUSSUEIL » lui a apporté un secours financier lors d’une maladie.

Dans ce même courrier, il fait état de difficultés entre Augustin DUSSUEIL et sa famille de Méounes en écrivant : " Notre cousin DUSSUEIL vient d’être fait le premier relieur du Roy ; il a toujours envie de rentrer dans tous ses biens à Meunes ; il a son committimus il appellera toutes les parties à Paris pour y plaider où il gagnera tous ses procès.
Il commencera par le S. RENAUD s’il ne luy rend pas tous ses papiers ; M. Joseph DUSSUEILL ne le paye pas, M. l’abbé LEJEAN et M. CHABERT de Meunes ; ils s’en repentiront tous de ne l’avoir fait car les Ministres du Roi le protègent tous ; il doit relier au Roy une bibliothèque en marroquins du levant de trente six mille volumes."

S’il est donc encore aujourd’hui difficile d’avoir une complète appréciation des talents d’Augustin dont on ne sait précisément s’il fut doreur en même temps que relieur ou s’il ne fut que l’un ou l’autre, on doit se contenter de faire crédit aux contemporains qui lui ont accordé « de son vivant, la plus grande réputation » (THOINAN).

Cette renommée fut telle qu’elle aboutit à lui attribuer un style de reliure qui apparut une centaine d’années avant lui et connue désormais sous l’appellation de « reliure à la DU SEUIL » (orthographié de diverses manières).

Défini comme « un encadrement intérieur avec fleurons d’angles en dehors » (THOINAN), cet ornement utilisé dès le XVIe siècle est considéré comme une création originale de notre aïeul.

Légèrement modifié à partir des années 1620, il ne cessa d’être repris jusqu’à la fin du XVIIe siècle, époque où Augustin s’établit. Il fit sans doute lui-même usage de ce décor, mais ne pouvait en revendiquer la paternité.

Selon THOINAN, il faudrait réparer cet anachronisme en parlant plus simplement de « reliure avec encadrement intérieur avec fleurons d’angles ».

Au XIXe siècle, les ouvrages reliés par « DU SEUIL » étaient très recherchés si on en juge par cet extrait du livre de Charles NODIER (1780 - 1844) intitué « Le Bibliomane » : « Depuis le moment où nous avions renoncé à l’espoir de le conserver, on avait roulé son lit près de sa bibliothèque, d’où nous descendions un à un chaque volume qui paraissait appelé par ses yeux, en tenant plus longtemps exposés à sa vue ceux que nous jugions les plus propres à la flatter. Il mourut à minuit, entre un Du Seuil et un Padeloup, les deux mains amoureusement pressées sur un Thouvenin. »

De nos jours, la mémoire d’Augustin DUSSUEIL demeure vivante dans le monde de la bibliophilie et de la reliure tant pour les œuvres qui lui sont directement attribuées que, plus fréquemment, pour le décor « à la DUSEUIL » qui est utilisé de manière récurrente sur des reliures anciennes ou contemporaines.


Sources :

  • Archives communales de Méounes, registres paroissiaux,
  • Archives nationales, Minutier Central Parisien,
  • V. SAGLIETTO « Méounes, Etude archéologique et historique »- Cannes 1936,
  • Th. ROQUET : « Les relieurs français » Slatkine Reprints - Genève 1970,
  • E. LE NABOUR : « Le Régent, libéral et libertin » J.C Lattès,
  • L.M PICHON : « La Reliure française » - Paris 1951,
  • L. AUMONT : « L’église Saint Séverin de Paris », Edition de La Tourelle,
  • Catalogue d’Exposition 1987/1988 « L’art de la reliure XVI-XVIIIe siècles », Bibliothèque du Conservatoire National des Arts et Métiers,
  • Catalogue de vente - 1973 - Livres anciens, rares et précieux : vente réalisée le 7.12.1973 à l’Hotel des Commissaires Priseurs, 9, rue Drouot, salle N°18, par le ministère de Me Ph. et J.P Couturier,
    Lettres de Jean BILLON (à l’état de photocopies) :
  • 4 février 1727, « A Mademoiselle REYMOND à Toulon pour faire tenir incessamment à Monsieur Antoine BILLON à Signes, Provence, à Toulon »,
  • 11 octobre 1727, à Paris, sans mention du destinataire,
  • 13 avril 1728 : « A Monsieur TEYSSEYRE à Souliers (Solliès) pour faire tenir s’il luy plaît à Monsieur Antoine BILLON, à Signes, par Toulon à Souliers ».

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  • Augustin Dussueil est le fils d’Honoré Dussueil de Méounes (bap le 3.9.1641 et mort le 16.10.1721 et Isabeau Billone de Signes (mariage à Méounes le 9.7.1663). Elle est la fille de Antoine Billon et de Magdeleine Massis. Honoré est le fils de Jean mort le 27.4.1666 à Méounes. Il était fermier des droits seigneuriaux de 1639 à 1642. Il épouse Magdeleine Reboul de La Roquebrussanne le 6.1.1626 à La Roquebrussanne (sans doute en seconde noce, première épouse Magdeleine Laurine). Outre Honoré, Jean a un autre fils Louis (mon ancêtre direct) maître cordonnier à Méounes et une fille Anne épouse de Sauveur Roux de Tourves. Ce sont donc les oncle et tante d’Augustin. Jean, son grand-père, est le fils de Honoré né vers 1570 à Méounes, mort en 1629 à Méounes, où il était maître tisserand, baile et consul. Il épouse le 19.11.1595 Lucrèce Teisseire, née le 12.4.1580 à Belgentier et morte le 21.2.1634 à Méounes. Ils étaient les parents de six autres enfants.
    Cet Honoré est le fils d’Antoine né à Méounes vers 1530 et mort en novembre 1596 à Méounes où il était maître tisserand ; il était mariée à Pasquette Voire. Lucrèce était la fille de Jehan Teisseire dit Ferrandon, couturier à Belgentier où il meurt le 20.8.1630 ; il était l’époux de Catherine Bernard.
    Antoine est le fils de Pons né vers 1510 à Méounes, mort avant 1558, maître tisserand à Méounes, époux de Catherine Decroix, née vers 1510 à Solliès. Il était l’arrière-arrière-arrière grand-père d’Augustin. Tous les villages cités sont dans le département du Var.

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