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Voyage professionnel de liquoristes en Algérie en 1913

Correspondance familiale


lundi 1er septembre 2008, par Sophie Rousset

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Cartes postales d’Augustine R. (53 ans) épouse de Petrus F. (57 ans), tous deux liquoristes à Lyon et distillateurs à H., mariés en 1880 – cartes envoyées à leur fils unique Louis (31 ans, marié plus tard en 1917), lors d’un voyage professionnel en Algérie.

11 janvier 1913 (Alger – Rampes descendant au Port)

Alger, 11 janvier 1913

Mon cher Louis,

Ma carte d’hier est partie par notre bateau qui a quitté Alger vers midi. Nous allons bien mais il a fallu se vêtir hier, il faisait froid. La pluie a duré presque toute l’après-midi, surtout de 5 à 7h soir elle tombait à verse. Nous sommes allés voir jouer le soir Tir aux Flancs et nous avons bien ri – joli spectacle très bien joué. Ce matin il pleut et fait soleil mais le temps est doux. Toujours beaucoup d’animation. Les trams sont toujours complets. Hier nous avons fait deux longues promenades grâce à eux, à gauche et à droite de la ville, vue sur la mer. Nous espérons recevoir demain de tes bonnes nouvelles. Aujourd’hui doit partir un colis pour toi, de bananes et de dattes (5 kg). Tu nous diras si c’est en bon état, combien il y a de bananes que nous avons recommandées et si on a ajouté quelques petites cerises de ces pays.
Embrasse bien cousine pour nous. Donne le bonjour à Jean, Josephia, Joseph, Antoine et Louise. Dis-nous les cartes ou lettres que tu as reçues pour nous. Soigne-toi bien, mon cher Louis, et reçois de Papa et de moi toutes nos tendresses avec de gros baisers.
Ta maman, Augustine F.

13 janvier 1913 (Alger – Vue prise de l’Amirauté)

Alger, 13 janvier 1913 - 9h1/2 matin

Mon cher Louis,

Nous n’avons encore reçu aucune de tes nouvelles et tu dois peut-être aussi en avoir pas beaucoup des nôtres, séparés par cette immensité d’eau. Nous espérons en avoir à midi. La pluie a enfin cessé. Depuis hier nous avons du soleil avec le temps plutôt tiède. Nous avons fait hier de longues promenades en tram et nous en ferons autant aussi. En ce moment nous prenons notre petit-déjeuner au café. Nous aimerions bien t’avoir avec nous, car tu aurais du plaisir à voir ce mouvement de peuples qu’on sent bien différents, Français et Arabes. Nous avons vu un nom sur une maison voisine à notre hôtel « Hammam B. ». Serait-ce ce Mr qui t’a envoyé des dattes l’hiver passé ? Nous avons vu sur le Progrès [1] (ici édition de notre région) que Mr N. avait eu sa bicyclette volée. Nous allons bien et nous avons bon appétit. Embrasse bien la cousine, que nous espérons auprès de toi, et donne le bonjour à tous à la maison. Et toi, mon cher Gd Enfant, Papa et moi t’envoyons nos tendresses et gros baisers. Ta maman, Aug. F.

15 janvier 1913 (Alger – Le théâtre et la Place Bresson)

Alger, 15 janvier 1913 - 9h3/4 matin

Mon cher Louis,

Nous n’avons pas eu de tes nouvelles hier mais espérons en avoir demain. Nous allons bien. Nous n’avons pas fait hier de grandes promenades, attirés vers le port par le départ de deux grands bateaux, un français allant en Turquie emmenant plus de 2000 passagers, l’autre anglais avec autant de passagers se rendant aussi dans leurs pays rappelés par le gouvernement [2]. Ce départ était émouvant. Tout ce monde chantait, agitait mouchoirs en signe d’adieu, et nous avons vu partir cette grosse masse vers 5h environ.

Temps assez beau hier un peu sombre mais pluie dans la soirée. Ce matin beau soleil temps frais. Nous nous promettons d’aller sous peu à Blida avec Mr et Mme L. (ancien commandant).

Sur ma carte j’ai fait un signe pour te montrer le café où nous déjeunons le matin (où nous sommes en ce moment) et où nous prenons aussi notre café après dîner et après souper (avec concert). Comme Papa, je bois mes 2 tasses par jour. C’est la traversée qui me permet cet extra, je pense.

Embrasse bien Cousine et le bonjour à tous. Pour toi, mon cher Grand Enfant, tous nos meilleurs baisers et affections. Ta maman, Aug. F.

16 janvier 1913 (Alger – La Place du Gouvernement)

Alger, 16 janvier 1913 - 10h matin

Mon cher Louis,

Nous n’avons pas reçu d’autres nouvelles depuis ta dernière lettre. Nous attribuons cela au service des bateaux, ainsi ce matin nous n’avons que le Progrès de lundi, quand d’autres fois nous l’avons le surlendemain. Enfin nous espérons que tu te portes bien, et que nous l’apprendrons au courrier de 4 ou 5h ce soir. Nous allons tous les jours à l’hôtel voir à cette heure-là.

Nous allons bien tous deux, avons eu beau temps hier et avons fait une des plus belles promenades, en tram d’abord puis à pied pour arriver au Cap Pescade [3], route très fréquentée par maraîchers, transport de vins, autos… Nous avons vu descendre, venant de Stanouli [4], pays vignoble plus loin, quatre énormes chargements de vin Maison Bruno qui venait de chercher des vins dans ce pays.

Ce matin il fait très beau et nous allons nous promener un peu avant dîner.

Tu dois avoir Cousine P., embrasse-la pour nous, donne le bonjour à tous. À demain mon cher Grand Enfant, et nous pour te lire peut-être à ce soir. Papa et moi t’envoyons nos mille et tendres baisers. Ta maman, Aug. F.

17 janvier 1913 (Alger – Rue Bab-Azoun)

Alger, 17 janvier 1913 - 9h1/2 matin

Mon cher Louis,

N’avons encore rien reçu hier soir ni ce matin, mais nous espérons toujours que tu te portes bien. Nous sommes en bonne santé, avons bon appétit. Hier, belle journée chaude qui paraît continuer aujourd’hui. Promenade hier en tram. Nous avons reçu ce matin une lettre de la Tatan Marie R., [5] datée du 14, ils ont tous plus ou moins la grippe sauf Jean. Nous nous disposons à aller voir aujourd’hui la grande mosquée, et nous attendons que l’on joue une pièce qui nous plaise pour retourner au théâtre un de ces soirs.

Toujours beaucoup d’animation et plusieurs départs de bateaux tous les jours.

Nous continuons d’envoyer des cartes à H. [6] - L., M., S., Mlle F., B., E. – et je vais continuer par Mme B., B., L., Dr Q. fils, Dr Q. père.

As-tu bien cousine P. maintenant ?

Te fais-tu bien soigner par Louise [7] en demandant ce qu’il faut ? Nous attendons ce soir vers 9h de tes nouvelles et avec cet espoir Papa et moi t’embrassons bien tendrement, mon Cher Grand Enfant, avec tout notre coeur. Ta maman, Aug. F.

18 janvier 1913 (Alger – La Place de la République et la Rue de Constantine)

Alger, 18 janvier 1913

Mon cher Louis,

Nous espérons que notre dépêche envoyée ce matin à 9h1/4 ne t’a pas effrayé. Mais comme nous n’avons rien reçu de toi depuis ta première lettre du 11 nous sommes inquiets, mais pensons pourtant que tes lettres ont pris une fausse direction. Nous allons bien, nous avons eu très beau temps ces jours, hier surtout il a fait très chaud. J’ai transpiré comme en juillet. J’ai dû ce matin me vêtir légèrement. Cependant voici le temps qui devient sombre et fait présager la pluie.

Nous avons appris hier soir à 7 hres la nomination Présidentielle [8], peut-être aussitôt à H...

Nous avons visité hier le Jardin d’Essai [9] où poussent comme des poireaux, de superbes plantes de tous genres.

Nous profitons toujours bien de notre séjour mais pensons bien à toi.

Gros bonjour à Cousine si tu l’as, et aussi à tous à la maison.

Papa et moi t’envoyons toutes nos tendresses avec nos meilleurs baisers. Ta maman Aug. F.

(Alger – Femmes Mauresques en promenade)

Alger, 18 janvier 1913

Mon cher Louis,

Notre dépêche ne t’était sans doute pas encore parvenue quand nous avons reçu ta lettre du 15 – à 11hres ce matin. Réponds de suite à N. [10] qu’il amène un voyage de paille de froment de bonne qualité ; la poser à H. et voir les cours de Lyon et fixer le prix avec lui.

Pour la dose que tu demandes, mettre à peu près 10 à 12 centilitres de macération de vanille et finir de remplir la bouteille avec infusion de framboises. Joseph sait où tout cela se trouve.

Nous avons reçu aujourd’hui la carte de Mr M.

Au lieu de nous écrire une longue lettre chaque fois, envoies-nous une carte chaque jour pour alterner.

Nous venons de visiter 2 mosquées et un ancien harem devenu ensuite résidence de l’archevêque Lavigerie [11], aujourd’hui monument historique.

Journée de pluie, temps lourd. Je ne t’écrirai pas demain, et Papa se joint à moi pour t’envoyer nos biens tendres et gros baisers. Ta maman Aug. F.

20 janvier 1913 (Blida [12] – Vue sur la ville prise du Chemin de la Glacière)

Blida, 20 janvier 1913, 10h matin

Nous arrivons pour repartir à 4h. Nous allons visiter la ville puis nous rendre aux Gorges Siffa voir les singes. Nous sommes avec Mr et Mme L.

Papa et moi t’envoyons mille baisers et nos tendresses. A. F.

(Blida – Place d’Armes. Le nouveau kiosque)

20 janvier 1913.

Bien affectueux baisers. P. et A. F.

(Blida – Gorges de la Chiffa [13] – Hôtel du Ruisseau des Singes – Le repas des singes de la montagne)

4 h soir, 20 janvier 1913.

Nous venons de faire une belle promenade en voiture aux Gorges où nous avons dîné. Avant de prendre le train pour Alger, nous t’envoyons Papa et moi toutes nos pensées et gros baisers. A. F.

24 janvier 1913 (Blida – Le Bois Sacré)

Alger, 24 janvier 1913 - 9h3/4 matin

Mon bien cher Louis,

Nous espérons avoir de tes nouvelles aujourd’hui. Avons reçu hier une carte de Mme B. Nous allons toujours bien et depuis hier le temps plus aussi frais est délicieux. Promenade hier en tram à la colonne Voirol [14], nom d’un général qui a fait créer la route de l’endroit.

Nous espérons que tu te portes bien aussi, et que tu n’as pas trop de tracas.

Avant notre départ, si toutefois nous t’envoyions une dépêche, ne sois pas surpris, ce sera au sujet de nos clés de Lyon, car nous ne savons encore si nous y coucherons. Si tu vas dimanche chez Tatan, dis-lui que je répondrai à sa lettre par une carte seulement, ayant presque tous les jours quelques cartes à envoyer je ne puis pas trop écrire.

Nous espérons que Cousine P. pourra rester plus qu’elle l’avait écrit. Nous n’avons pas encore décidé notre départ. Embrasse-la bien pour nous et toujours le bonjour à tous.

Nous pensons nous promener dans Alger aujourd’hui, revoir les rues et magasins arabes. Aujourd’hui vendredi est le dimanche des arabes, demain celui des juifs. À demain mon Cher Grand Enfant et en attendant de te lire Papa et moi t’envoyons mille baisers avec toute notre tendresse. Ta maman, Aug. F.

25 janvier 1913 (Alger – Le Grand Hôtel Régina et la Poste)

Alger, 25 janvier 1913 - 9h3/4 matin

Mon bien cher Louis,

Lorsque nous sommes sortis de l’hôtel il y a un moment, le courrier n’était pas arrivé. Nous espérons avoir de tes nouvelles avant midi, nous irons voir. Ce matin le temps est sombre avec quelques gouttes de pluie. Nous nous proposons de faire une petite promenade en tram avant dîner et une plus grande après, en compagnie de Mr et Mme L. Nous avons visité hier la grande jetée où est l’amirauté, bureaux, quelques militaires. Nous nous proposons d’aller ce soir au cinéma. Nous allons bien et aimons à croire que tu es bien portant aussi. Hier j’ai envoyé une carte à la Tatan. Nous retournons cet après-midi à la Kouba pour tâcher de terminer l’achat de citrons. Embrasse bien Cousine pour nous et faites-vous bien soigner. Le bonjour à tous. En espérant de bonnes nouvelles, Papa et moi t’envoyons tous nos meilleurs baisers aussi fort que nous t’aimons. Ta maman, Aug. F. Une caresse à Léda [15].

26 janvier 1913 (Alger – Palais d’Hiver du Gouverneur et la Cathédrale)

Alger, 26 janvier 1913

Mon bien cher Louis,

Nous avons reçu hier soir tes deux cartes du 21 et 22 et tu as très bien fait pour la paille ; vois si le prix de 4- n’est pas celui de Lyon car il y a toujours une différence de 0,75 à 1F. Nous allons bien et avons pris nos billets pour aller voir jouer ce soir Miss Heyliet [16] et Le Malade Imaginaire ; contrairement à ce que nous avions pensé hier, nous ne sommes pas allés au cinéma, le choix est meilleur pour ce soir.

Hier temps un peu sombre, ce matin malgré le soleil il paraît être variable, et nous voyons que c’est pire à H. Nous envoyons une carte à Mr et Mme B. Comme je te l’ai dit, nous avons sur le Progrès l’édition d’H., et avons vu le décès de Mme M., mais nous n’avons ce journal que 2 ou 3 jours après.

Penses-tu bien à faire blanchir tes chemises et faux-cols ? Nous sommes bien contents que Louise fasse une bonne cuisine, faites-vous toujours bien soigner avec Cousine que tu embrasseras pour nous, et bonjour à tous. Tu dois être aujourd’hui à Lyon, où tu trouves plus d’animation qu’à H. Ici tous les jours sont des dimanches, il semble que c’est constamment fête. Soignes-toi bien, mon Cher Grand Enfant, et reçois les mille et tendres baisers de ton Papa et ta Maman. Aug. F.

27 janvier 1913 (Alger – Palais d’été du Gouverneur à Mustapha Supérieur)

Alger, 27 janvier 1913 - 9h3/4 matin

Mon bien cher Louis,

Nous espérons avoir de tes nouvelles ce soir. Nous allons toujours bien et avons en ce moment une température de juin. 18° dans notre chambre ce matin, beau soleil, aussi faut-il se dévêtir un peu. Hier promenade en tram après dîner, puis le soir avons vu jouer Miss Heylett et Le Malade Imaginaire, pièces amusantes, le tout bien excité, beaucoup de monde, le spectacle s’est terminé à minuit 1/2, aussi la nuit a été courte.

Comme nous ne serons sans doute pas rentrés le 31, tu payeras Jean pour nous. Tu as dû avoir beau temps pour ton voyage à Lyon, et peut-être aussi à H. maintenant. Nous envoyons une carte à Mr T. et à la mère M. Nous espérons que tu te portes bien ainsi que Cousine et que vous ne vous ennuyez pas tous les deux. En t’envoyant la carte Vue de notre Hôtel, j’ai oublié de te dire que notre chambre est au 4e sur le grand balcon. Nous montons chaque fois en ascenseur, chose bien commode ; nous avons très belle vue et sommes très tranquilles. Nous voyons la mer de notre lit.

À ce soir sans doute le plaisir de te lire. Papa et moi t’envoyons avec nos plus gros baisers mille tendresses. Embrasse bien Cousine pour nous, bonjour à tous.
Ta maman - Aug. F.

27 janvier 1913 (Scènes et types – Réunion des Aïssaouas [17] )

Alger, 27 janvier 1913 - 9h3/4 matin

Mon bien cher Louis,

Nous avons eu hier soir tes deux cartes du 19 et 20 – ainsi que celle de Cousine. Tout de suite pour les jouets du Ministre, préviens Mr G. de les faire transporter chez Mr E. et tous deux en feront la distribution. Faire mettre articles sur les deux journaux relatant que c’est grâce aux démarches faites par Mr Buyat. Nous allons toujours bien. Beau temps encore un peu, moins frais ce matin. Hier belle promenade à Kouba [18], endroit très élevé, vue magnifique. Papa a marchandé des citrons qui revaudraient à Lyon dans les 40 le mille. Inquiètes-toi du prix, au besoin demandes par téléphone.

Dans leurs cafés Maures, autour de leurs huttes, on voit les Arabes toujours assis ou couchés. Nous avons reçu hier soir une carte de Mr F.. J’en envoie une à Mme B et B. ce matin. Nous sommes très contents que tu aies Cousine P. et nous espérons que tu te portes bien, et que tu n’as pas trop d’embarras. Le bonjour à tous. Et toi mon Cher Grand Enfant, reçois de Papa et de moi tous nos meilleurs baisers avec nos tendresses.
Ta maman, Aug. F.

28 janvier 1913 (Alger – Café Maure en plein air)

Alger, 28 janvier 1913

Mon bien cher Louis,

Nous avons eu hier à 11h ta grande lettre et le soir à 6h ta carte du 24 où nous apprenons l’événement qui a dû bouleverser le pays et surtout désoler les parents. Nous plaignons bien P. G. et M., qui doivent être reconnaissants pour tes démarches auprès de Mr Buyat sous-Préfet [19]. C’est une consolation qui leur aidera à supporter le verdict définitif et que Papa ne pouvait leur donner, étant si éloigné. Tu as bien rempli tes fonctions de Maire n° 2 [20], mon Cher Grand Enfant. Espérons que cela aboutira à quelque peu d’amélioration. As-tu reçu une vue générale, grande carte pliée en 3, que nous t’avons envoyé les premiers jours ?

Nous avons reçu hier une lettre de Marius G. et y répondons par une carte. Je ne t’écris pas longuement ce matin, moins gentille que toi qui nous donne beaucoup de détails si intéressants quand on est éloignés. Nous allons toujours bien et continuation du beau temps, doux. Hier, avons fait belle promenade après dîner en tram, et après souper Papa a essayé de m’apprendre à jouer aux cartes. J’y arrive un peu. Nous pensions partir dimanche pour profiter de prendre un meilleur bateau encore que La Ville d’Alger, mais c’est le commencement des grandes fêtes du Carnaval, et nous resterons peut-être encore 2 ou 3 jours sinon plus pour les voir.

Embrasse bien Cousine P. pour nous, bonjour à tous, et toi mon Cher Grand Enfant, reçois de ton Papa et de ta Maman toutes nos tendresses. Mille gros baisers.
Aug. F.

29 janvier 1913 (Alger – le Pavillon du Coup d’Éventail [21])

Alger, 29 janvier 1913 - 10h matin

Mon bien cher Louis,

Nous espérons avoir au courrier d’aujourd’hui de tes bonnes nouvelles. Nous allons bien et avons toujours beau temps. On prépare la ville aux fêtes des fleurs, pour samedi ; des estrades sont déjà placées. Hier matin nous nous sommes promenés dans la ville, et après dîner en tram nous avons revu l’habitation d’été du gouverneur.
Nous avons envoyé hier cartes à Jean et Louis C. [22], aussi à Humbert chez la Tatan, ce matin à Oncle M.  [23].

Outre les trams et voitures, surtout dans la direction des alentours, on rencontre de nombreuses autos à chaque instant qui vont souvent à toute vitesse. Nous en avons vu ressemblant à la tienne.

Papa va probablement terminé par les citrons suivant ta réponse ; ils reviendraient, rendus à H., à 38 à 40 le mille.

En pensant à Léda, nous oublions Cora et Zart ? jusqu’ici. Pour Jean, c’est 100- que nous lui donnons. Le bonjour à tous. À demain mon Cher Grand Enfant. Papa et moi t’envoyons nos meilleurs et tendres et gros baisers. Ta Maman Aug. F.

30 janvier 1913 (Scènes et types – Mauresque – Costume de ville)

Alger, 30 janvier 1913 - 10h matin

Mon bien cher Louis,

Nous avons eu hier soir tes deux bonnes lettres du 25 et 26, nous donnant bien des nouvelles intéressantes.

Papa achètera des citrons rendus à H. dans les 33 F. – bonne qualité. Pour la lettre au sujet de la décoration de Jean, demandes des explications à celui à qui tu as remis les 20 F. Nous croyons que c’est pour que tu répondes si tu assisteras au banquet ; renseignes-toi sinon il y aurait erreur. Nous avions l’intention de te faire un autre envoi de bananes et dattes, mais tu en trouveras d’aussi fraîches et pas plus chères à Lyon. À ton premier voyage, achète une jolie douz.[aine] de bananes et 1 liv.[re] de dattes, pour que vous en mangiez avec Cousine, et on renouvellera à mesure afin d’avoir toujours frais.

Nous avons reçu hier une carte de Mme Buyat, bien aimable. Nous pensons que tu vas avoir Cousine aujourd’hui. Hier il a fait très beau, grosse chaleur jusqu’à 5h puis frais ; ce matin il a déjà plu et le temps est plus frais encore et disposé à la pluie, mais il change vite. Nous sommes bien heureux que tu te portes bien, mon Cher Grand Enfant ; nous allons bien aussi. Nous espérons que Marcelle [24] se remet de mieux en mieux, et attendons nouvelles de la Tatan ; en avons envoyées à Jean avant-hier.

Donne le bonjour au garde et à toute la maisonnée. Embrasse Cousine pour nous. Notre départ est fixé pour le milieu de la semaine prochaine. Reçois de Papa et moi nos baisers pleins de tendresses. Aug. F.

31 janvier 1913 (Alger – Boulevard de la République)

Alger, 31 janvier 1913 - 10h matin

Mon bien cher Louis,

Nous avons reçu ce matin ta carte du 28 et la lettre de N. Écris-lui qu’il abatte les arbres, qu’il les amène avec la paille la semaine du 10 février pour que nous y soyons, et qu’il s’entend avec T. pour venir ensemble. Écris aussi à ce dernier d’amener son voyage de grumes [25] le même jour si possible ; qu’il s’entende aussi avec N.

Papa a commandé les citrons et l’on joindra 1 colis de mandarines pour Marius et Marie-Louise Marius M.  [26] que nous leur offrons, et 100 pour nous. Le même jour, il partira aussi 1 colis de 100 adressé à la Tatan à Lyon. Nous envoyons une carte à M. et Mme R., percepteur. J’en suis à ma 69e sans les tiennes (on doit savoir que nous ne sommes pas perdus).
Nous avons visité hier la fabrique de tapis faits par de jeunes Arabes et de toutes petites filles. Une, très habile, a 5 ans. Hier temps pluvieux, et ce matin encore davantage, cependant le baromètre va au beau.

Nous avons assisté hier soir à l’arrivée des invités au bal du Gouverneur de la Place. Le bâtiment était illuminé et la musique militaire devant l’édifice jouait du cor. Nous avons vu arriver le Gouverneur de l’Algérie (Lutaud) [27] en auto, un amiral et nombreuses dames, c’était très beau et surtout imprévu pour nous.

Embrasse Cousine pour nous, et bonjour à tous. À demain mon Cher Grand Enfant. Papa et moi t’embrassons un million de fois aussi fort que nous t’aimons. Ta Maman - A. F.

2 février 1913 (Scènes et Types – La Grande prière (1re phase))

Alger, 2 février 1913 - 10h matin

Mon bien cher Louis,

Nous avons eu hier soir ta carte du 29, toujours heureux de te lire et de voir que tu es en bonne santé. Nous avons bien vu hier après dîner la cavalcade ; installés assis sur le passage où ont défilé chars divers et groupes travestis dans de très jolis et frais costumes, beaucoup de confettis, nous en étions couverts tous deux et avons reçu plusieurs petits bouquets aussi. Aujourd’hui, continuation de mascarades, le tout par un temps magnifique et doux. Population encore augmentée par ces fêtes.

L’avoir de citrons a été fait ce matin, il y en a 700. Dans le tonneau il y a une petite balle [28] de 100 mandarines pour Marius et Marie-Louise, et 52 pour vous ; il n’a pas pu en y aller davantage. Par le même départ, il y a la petite balle de 100 mandarines adressée à la Tatan à Lyon, mais le tout n’arrivera que d’ici 7 à 8 jours ; nous serons rentrés.

Nous voyons qu’à votre repas de garçons les légumes étaient exclus, eh ! j’oublie le gâteau de foie. Vous vous êtes bien régalés, c’est l’essentiel. Nous espérons cette fois que cousine est revenue et te renouvelons de l’embrasser pour nous. Bonjour à tous et à M. aussi. Demain nous saurons quel bateau nous prendrons. Papa et moi t’envoyons nos plus tendres baisers et toute notre affection. Ta Maman - Aug. F.

3 février 1913 (Scènes et Types – La Grande prière (2° phase))

Alger, 3 février 1913 - 10h matin

Mon bien cher Louis,

Nous espérons avoir de tes nouvelles aujourd’hui et d’apprendre que Cousine est auprès de toi ; tous deux bien portants. Nous avons revu hier les fêtes, et surtout une bataille de confettis sur la place face au café où nous sommes, cela avec un beau temps devenu nuageux vers 5h et un peu de pluie le soir. Ce matin il fait plutôt froid et grand vent. La mer est très agitée et nous plaignons ceux qui prendront le bateau aujourd’hui. Nous allons probablement savoir tout à l’heure le bateau que nous prendrons et te le dirons sur ma prochaine carte. Nous pensons partir de Marseille le même jour de notre arrivée en prenant le train de 11h soir, arrivée à Lyon le matin pour prendre le train de 8h – qui nous permettra d’être à H. à 9h matin. Mais nous t’enverrons une dépêche.

En attendant le bonheur de t’embrasser bientôt, mon cher Grand Enfant, Papa et moi t’envoyons avec toute notre tendresse nos plus gros baisers. Ta Maman - Aug. F.

(et rajouté, sur la carte elle-même :)

La mer est mauvaise et pour avoir un autre bateau que La Ville d’Alger nous ne partirons que vendredi.

6 février 1913 (Alger – La rue Dumont d’Urville)

Alger, 6 février 1913 - 10h1/2 matin

Mon bien cher Louis,

Nous avons eu hier soir ta carte du 1er et 2 et voyons combien tu as été occupé. Journée sombre hier, sans pluie jusqu’à 8h soir où il en est tombé beaucoup. Ce matin ciel couvert et petite pluie. Nous avons presque terminé nos malles avant de venir déjeuner. Hier, visite à la Casba, où nous avons vu le Pavillon du Coup de l’Éventail (fait historique), puis promenade dans le jardin public du Lycée où sont en fleurs les plantes que nous avons en ce moment à la serre, et mieux celles non serrées chez nous.
Tu dois savoir maintenant le jour de notre arrivée pour dimanche matin, tu enverras chercher nos malles par Antoine. C’est donc demain que nous embarquerons sur Charles-Roux, qui part à midi 30. Nous nous y rendrons à l’avance pour y dîner plus tôt, afin d’avoir fini avant le départ, et irons au gré des flots jusqu’à Marseille, heureux de nous rapprocher de plus en plus pour avoir le bonheur, mon Cher Grand Enfant, de te presser bien fort sur notre coeur. Papa et moi t’envoyons à l’avance nos plus tendres et gros baisers. Ta Maman - Aug. F.

6 février 1913 (Alger – Pavillon du Coup d’Éventail)

Sur Charles-Roux, 7 février 1913 – 5h1/2 soir

Mon bien cher Louis,

Nous sommes sur le bateau depuis 11h et avons quitté Alger à midi 30. Mer très belle, pas de fatigue jusqu’à présent. Venons seulement de quitter le pont d’où nous avons assisté au coucher du soleil disparaissant dans la mer, effet féerique qui ne peut s’expliquer tant il est beau. Sommes très contents d’avoir pris ce bateau, bien plus confortable et plus doux que La Ville d’Alger. À après-demain, et en attendant nous t’envoyons tous deux nos tendresses et gros baisers. Papa et ta Maman A. et P. F.

Notes

[1Journal (quotidien) Lyonnais.

[2En mai 1913, la Turquie avait presque perdu la totalité de son territoire européen. En 1913, l’Algérie est gouvernée par Charles Lutaud (franc-maçon).

[3I.e. la Pointe-Pescade, au nord d’Alger.

[4Il doit s’agir en fait de Staouéli, commune de Cheragas, au sud-ouest d’Alger.

[5la soeur d’Augustine (tante de Louis).

[6Petite ville de l’Isère où se trouve leur résidence principale (l’autre étant à Lyon 3è).

[7La bonne.

[8Il s’agit de l’élection de Raymond Poincaré.

[9Immense parc végétal d’Alger donnant sur la mer. Voir http://www.jardindessai.com/index2.htm

[10Personne de sa belle-famille (de l’Isle d’Abeau).

[11Charles Martial Allemand Lavigerie est né le 31 octobre 1825 à Bayonne et décédé le 26 novembre 1892 à Alger (Algérie). Il a fondé la Société des missionnaires d’Afrique, appelés Pères Blancs.

[12Blida et une ville du centre de l’Algérie, au sud d’Alger, productrice d’orangers, citronniers et oliviers, On la surnomme Ourida, « la petite rose ». Présence de négociants en vin. (Elle accueillera l’usine Orangina en 1951.)

[13Il s’agit des Gorges de la Chiffa. Voir http://afn.collections.free.fr/pages/alger.html

[14Théophile Voirol (1781-1853), fut Commandant en chef intérimaire de l’armée d’Afrique jusqu’en 1834. Il a tracé et commencé à réaliser les routes du Sahel et de la Mitidja.

[15Chien de la maison d’H.. D’autres auront des noms très en rapport avec le métier de liquoriste : Guignolet, Porto, Vermouth…

[16« Miss Heylett » est une opérette écrite en 1890 par le Lyonnais Edmond Audran, racontant les mésaventures d’une jeune Américaine dans les Pyrénées… Voir http://www.matelots.be/html/repertoire/heylett.htm

[17Confrérie religieuse marocaine.

[18Quartier d’Alger.

[19Radical-socialiste, député de la 1re circonscription de Vienne (?).

[20Petrus F. fut élu maire d’H. en mai 1904.

[21Allusion au coup (avec un éventail) porté par le Dey Hussein sur Pierre Deval, Consul de France, en 1827, à cause d’un contentieux financier entre les deux pays (lésant l’Algérie). (Voir http://annaba.net.free.fr/html/conquete.francaise.1832.htm).

[22Neveux d’Augustine, fils de sa soeur Marie.

[23Marius M., mari d’Henriette R., la tante d’Augustine et Marie. Futur associé de la liquoristerie.

[24Marcelle C., petite-nièce d’Augustine.

[25Une grume est un arbre abattu, ébranché et encore brut, qu’on amène à la scierie pour en faire des planches qui serviront à faire des meubles ou des charpentes - ou qu’on utilise pour se chauffer.

[26(voir plus haut) et sa femme Marie-Louise R.

[27Charles Lutaud (voir plus haut) est né à Mâcon le 15 novembre 1855. Il a été nommé à Alger en décembre 1898 pour rétablir l’ordre républicain.

[28Gros paquet de marchandises, entouré de toile et fermé par des cordes.

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