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Vacances d’antan

Il est toujours joli le temps passé...(Georges Brassens)


mardi 1er février 2005, par Jean Monange †

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Il est toujours joli le temps passé... On connaît la chanson, il me remonte quelques souvenirs d’enfance. C’était dans les années cinquante, j’avais dix ans « Je te tarte la gueule à la récré ». À cette lointaine époque, on était en vacances du 14 juillet au 1er octobre.

Les voyages forment la jeunesse

Pour prendre le bon air, on m’expédiait chez ma grand-tante Marie, à Lézinnes dans le sud de l’Yonne. C’était toute une expédition, on prenait le bus, le 129, un vieux bus à plate-forme, avec le receveur (à l’époque, on savait recevoir) bardé avec sa machine à oblitérer les tiquets, sur le ventre. En outre il revenait à chaque arrêt, sur la plate-forme tirer le cordon de la sonnette pour prévenir le chauffeur que tout était en ordre.

Donc départ de La Boissière, quartier de Montreuil, débarquement à la mairie de Montreuil pour prendre le métro. Arrivé sur le quai, il y avait un autre receveur muni d’une pince à faire des trous dans nos tickets, « J’suis le poinçonneur de Montreuil’ » Ensuite, fallait changer à Nation, arpenter les longs couloirs couverts de carreaux de faïence blancs, avec cannes à pèche et bagages pour attraper la ligne Vincennes-Neuilly pour descendre à Gare de Lyon.

La gare de Lyon c’était notre Roissy en ces temps. Le train était déjà en gare, fallait arriver de bonne heure pour se trouver une bonne place, c’était encore des wagons en bois avec une porte par compartiment, on s’installait sur les banquettes faites de lattes en bois, après avoir monté les bagages dans les filets. La locomotive à vapeur attelée, c’était le départ, le train était omnibus jusqu’à Dijon, il s’arrêtait à toutes les gares, fallait bien compter 6 heures pour faire les 200 kms. À Laroche-Migennes on changeait de loco, le chef de gare en grand apparat, drapeau rouge sous le bras, tonitruait "Laroche-Migennes, Laroche-Migennes, 15 minutes d’arrêt" .

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Au premier plan l’auteur et Annick. derrière de gauche à droite, la mère d’Annick, ma mère avec ma sœur Michèle dans ses bras et la tante Marie

Enfin arrivé à Lézinnes, il y avait toujours un comité d’accueil composé d’une trentaine de personnes armées de carrioles à bras pour les bagages, la gare étant un peu excentrée, pour accueillir les Parisiens, des "congés-payés" venus passer leurs trois semaines au bon air.

Une anecdote en passant, mon grand-père l’Alfred, était marchand de couleur à La Boissière il ne fermait jamais sa boutique en août, c’était la période où il vendait le plus, peintures et papiers peints, aux "congés-payés" qui profitaient des vacances pour rafraîchir leurs habitations.
En septembre, il prenait quelques jours de congés, pour aller taquiner le gardon à Lézinnes chez sa sœur. Il avait, auparavant, acheté une tête de mouton pour faire les asticots nécessaires à ses forfaits, en ces temps reculés, cela n’existait pas en boîte.

Donc il transportait sa tête de mouton bien faisandée dans le compartiment unique. Ingénieux, il l’installait dans le filet d’en face de sa place, parce que, je ne vous dis pas l’odeur et les asticots qui s’échappaient du colis et dégringolaient sur la tête des passagers du dessous.

La tante Marie louait une petite maison sans confort, (il y avait la cabane au fond du jardin) avec des granges et une grande cour, à la sortie du village, près de la rivière, l’Armançon bordée de grands peupliers où les corbeaux croassaient dès le matin.

Mon amie d’enfance, Annick, une petite gonne de mon âge, dont les parents tenaient un bouchon dans le vieux Lyon, venaient passer ses vacances chez la tante Marie. On allait aussi à la pêche, au grand désespoir du grand-père qui passait plus de temps à démêler nos lignes qu’à se consacrer à son loisir favori.

L’Armançon était une belle rivière qui ne connaissait pas encore les nitrates et les pesticides, il y avait encore des joncs, dans les rapides, qui faisaient le bonheur des gitans rempailleurs de chaises, et des nénuphars dans les calmes. Une multitude de poissons l’habitaient, vairons, goujons, gardons, vandoises, barbeaux et quelques truites farios sauvages.

On allait pêcher à l’abattoir, les deux bouchers du village avaient encore le droit d’abattre, il y avait une rigole qui emmenait le sang des bêtes tuées dans la rivière, les poissons affluaient, et quand nous arrivions à escher nos hameçons avec du sang caillé, on faisait un malheur d’ablettes et de barbeaux. On ramenait notre pêche, filoche pendante, pour que tout le monde la voie, à la tante Marie, qui était chargée de les vider, écailler et frire pour améliorer l’ordinaire.

Le soir venu, on allait à la ferme des Larbouillat, avec notre pot en aluminium, chercher le lait, tout chaud, sorti manuellement du pis des vaches. La tante Marie faisait son fromage, elle était équipée en fraisure et faisselle et nous concoctait des chaources délicieux et des fromages blancs.

Chaque semaine, il n’y avait pas d’éboueur, on mettait les déchets de la semaine, tous ceux qu’on n’avait pas pu brûler, dans la brouette en bois, que l’on allait vider à deux kms à la décharge. Chaque mercredi, à la salle paroissiale, il y avait cinéma ambulant (genre Paradisio) cela permettait de flirter un peu, dans la pénombre, sur le banc, avec les copines.

Le dimanche on allait à la messe, ma tante étant très pieuse, c’était obligatoire, cela donnait l’occasion de lorgner sur les filles des hobereaux du château qui avaient leurs places réservées aux premiers rangs, avec même leurs noms gravés sur des plaques en laiton, bien astiquées. C’était la séparation des sexes, les hommes à gauche, les filles à droite.

Mais on était heureux, c’était les vacances.

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7 Messages

  • > Vacances d’antan 1er février 2005 04:57, par Jean Pierre BERNARD

    Quel bel article qui me rappelle personnellement des années de belles vacances en Vendée... Le temps était tout autre... Nous étions jeunes, et nous avons tendance à oublier la félicité de ces douces périodes de notre enfance. Merçi. Nous ne pouvons que vous inviter à nous en écrire d’autres, pour nous faire encore rêver au bon temps passé.

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    • > Vacances d’antan 15 février 2005 09:31

      Loin du passéïsme béat tâchons de procurer à nos enfants ou petits enfants des sources de joies qui feront plus tard les délices de leur mémoire.Bernard archives de Brest

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    • > Vacances d’antan 15 février 2005 17:36

      Et si vous tous qui avez lu ces lignes, vous les aînés qui avez vu tant de choses intéressantes, vous qui avez eu tant d’aventures passionnantes, si vous preniez la plume pour raconter votre vie à vos desczndants, à l’heure ultime,vous ne disparaîtriez pas complètement.
      Moi, je l’ai fait. Le début, les premières pages, furent difficiles à rédiger. Mais aprés, quel plaisir !!!

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      • > Vacances d’antan 22 février 2005 06:41, par Mayette

        J’ai 78 ans et depuis trois ans que je possède un ordinateur je passe des heures délicieuses à écrire mes souvenirs. J’ai ainsi gravé plusieurs recueils « Chronique des années enfuies » qui reprend l’histoire familiale depuis mes grands-parents, « Ces instants-là » , plus personnel, qui relate mes souvenirs d’enfant, sans aucun lien entr’eux, depuis le plus ancien à 2 ans et demi. Dautres, enfin, sont attribués à un seul prsonnage de la famille. Je fais relier ces dossiers. Peut-être, un jour, mes arrière-arrière-petits enfants les liront-ils avec curiosité.

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  • > Vacances d’antan 15 février 2005 20:43, par J-Ph. SOUFFRONT

    Il est inutile de publier ma petite remarque.
    La transmettre seulement à JM, svp
    .

    Dans la chanson de Souchon, et étant de la même
    génération que vous et lui, je comprends :
    « T’aar ta gueule à la récré »,
    c’est à dire :"tu vas voir ta gueule...".
    En tous cas, c’est comme cela qu’on l’ entendait,
    dans ma cour de banlieue, au milieu des années 50.

    Pour le reste, les souvenirs sont proches.

    Bien à vous,

    jphs

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  • > Vacances d’antan 22 février 2005 03:31, par Simone Milhé

    Il est superbe, votre récit, et tellement réaliste ! On s’y croirait ...
    Il faut dire que, Lyonnaise d’origine, âgée ... du 3e âge, dirions-nous, j’ai connu des vacances semblables chez ma grand’mère, dans son hameau, nous allions « garder les chèvres » le long des chemins, mais je me demande si ce ne sont pas les chèvres qui nous gardaient ! Ma grand’mère récitait son chapelet, et nous connaissions toutes les sources... car les bouteilles d’eau minérale n’existaient pas : le BON TEMPS ... comme on dit !
    C’était surtout le temps de notre jeunesse !
    Merci à vous pour votre récit !
    Simone Milhé simonemilhe@yahoo.fr

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  • > Vacances d’antan 22 février 2005 11:12, par JPG

    Se souvenir, c’est simple ! Ecrire ses souvenirs, c’est déjà plus difficile ! mais lorsque les premières lignes sont « couchées », c’est un parfum de fraicheur, de légèreté, de tendresse, etc... qui passe, et on en redemande. Il faut continuer.

    Répondre à ce message

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