À l’époque, j’avais commencé à faire ma généalogie. Malheureusement, je n’étais alors pas encore assez avertie et je n’ai pas noté la côte du document. Pour plus de facilité lors de la lecture, j’ai scindé le texte en paragraphes, rétabli quelque peu orthographe et ponctuation et mis certains éléments en gras.
« Ce jourd’huy vingt sept avril mil septe cent quatrevingt six en l’hôtel et pardevant nous Pierre Nicolas Baudat avocat en parlement, Bailly premier juge civil et criminel et de police de Ville Baillage et Principauté de Joinville assisté de Jean Guillaume Ballet Greffier par nous commis pour l’absence du Greffier ordinaire duquel nous avons pris le Serment en tel cas requis, et en présence du Procureur Général fiscal,
- Est comparu Edmé Nicolas Hu M.e (Maitre) Sellier demeurant en cette ville, lequel nous adit quil parait que Me Paillette Secrétaire du Roy son procureur en l’Election demeurant en cette ville lui a, et à tout ce qui lui appartient, voué une haine implacable, dans le courant de l’année dernière.
Christine Maigret sa Belle mère étant allée chez lui reclamer une dette légitime, il l’a accablé d’injures, il l’a excédée de coups et elle n’a Echappé à de plus mauvais traitemens. Que par le faite que Si elle n’en a pas rendu plainte dans le tems cest que nous lui avons imposé Silence par des Egards qu’elle et le comparant respectent.
- Mardy dernier Me Paillette a renouvellé voyes de fait. Le comparant et le nommé Perrin son Compagnon étoient allé entre deux et trois heures satisfaire des besoins naturels dans un lieu de cette ville lieu dit de Val-Roy que le public semble avoir destiné particulièrement à cet usage qu’apeine le comparent était-il en posture, que Me Paillette furieux leur a fait dire à l’un et à l’autre de Se retirer, que le Compagnon intimidé par la menace de Maître Paillette n’a pas osé satisfaire la nature, que le comparent lui même s’est hâté, et ils se sont retirés.

- Chacun son tour
| Musée Carnavalet, Histoire de Paris - Numéro d’inventaire : CP952 [1] |
- Mais que le besoin devenant plus pressant, ce compagnon ne connaissant point d’autres lieux d’aisance, à été obligé de revenir, qu’alors Maître Paillette est venu sur lui et l’a maltraité à coups de poings, que le Comparant étant accouru au bruit, n’a pu s’empêcher de témoigner son mécontement des mauvais traitements que venait d’éprouver son Compagnon, que Me Paillette s’est jetté sur lui et lui a coup sur coup porté deux soufflets que le comparant lui a représenté ses torts ajoutant au Surplus qu’il ne lui conseillait pas de recommancer.
- Sur cette observation Me Paillette lui a porté un troisième soufflet, et qu’il n’a même évité le quatrième qu’en saisissant et repoussant fortement Me Paillette qui se trouvant sur un lieu incliné et fait que s’embarrassant dans sa Robe de Chambre est tombé, mais que bientôt relevé il s’est armé d’une grosse pierre et l’a lui jetté avec tant de force qu’il en eut infailliblement été tué s’il n’eut le bonheur d’exquiver le coup en se sauvant,
- Les voies de fait aussi réitérées ne pouvant être passées sous silence, le Comparant nous a requis acte de la plainte qu’il nous en fait et en conséquence qu’il lui soit permis d’informer desdits faits et notamment des exces commis en sa personne et celle de son Compagnon Mardy dernier, circonstances et dependances faisant au surplus toutes reserves nessessaires et de droit et a signé.
Sur quoi nous juge susdit oui le procureur Général fiscal avons donné acte audit Edmé d’hui trois heures de relevée à l’éffet de quoi commission sera délivrée Nicolas Hu de sa plainte, lui avons permis de faire informer des faits sus enoncés, circonstances et dépendances pardevant nous en notre Hôtel ce jour par notre Greffier Commis ».
Cet acte daté du 26 avril 1786 ne nous fait donc pas seulement savoir que le secrétaire du roi Me Paillette avait un caractère irascible, mais surtout que les habitants, comme on le sait, n’avaient pas à leur disposition des toilettes. Il y avait à Joinville, comme c’était certainement le cas dans d’autres villes, des lieux bien précis, où les passants ainsi que les habitants des environs allaient se soulager.
Un de ses lieux d’aisances à Joinville se nommait « lieu dit de Val-Roy ». Sur la carte actuelle de cette localité, on ne trouve pas ce lieu mais on trouve la rue de Valleroy. On peut supposer que c’est là que se trouvait le lieu d’aisance public et que cet endroit était proche de l’habitation de Maître Paillette car il y allait en robe de chambre.
Sur Geneanet, j’ai trouvé la trace d’Edmé Nicolas Hu grâce à Jérôme Vanel, qui a fait son arbre généalogique.
Edmé Nicolas Hu est né le 20 novembre 1762 à Eclaron (52). Il avait donc 26 ans lors de cet épisode mouvementé. Il s’est marié le 7 août 1780 à Joinville avec Marguerite Maigret, dont la mère Christine a essayé pendant un an, sans succès, d’encaisser une facture émis par le maître sellier pour un travail qu’il avait effectué pour Me Paillette. L’artisan est décédé, âgé de 79 ans, le 4 décembre 1841 à Joinville.
Concernant son agresseur, je n’ai pu trouver d’autres éléments que ceux dans l’acte ci-dessus.

- Ah !...Aye !...Le cas est pressant
| Musée Carnavalet, Histoire de Paris - Numéro d’inventaire : G.17833 [2] |
PS. Une trentaine d’années plus tard, les lieux d’aisances en pleine nature étaient devenus rares grâce à l’apparition des latrines publiques. Cette époque est illustrée par les deux gravures trouvées par Michel Guironnet.
Le site de Gewa Thoquet :
Une truculente tranche de vie à Joinville en 1786 
Messages
1. Une truculente tranche de vie à Joinville en 1786 , 8 mai 2020, 08:15, par Philon
la « Justice » en 1786 a classé la plainte de l’artisan sellier se plaignant de violences commises contre lui par un Secrétaire du Roy, Procureur en l’élection. Et l’artisan n’a pu récupérer sa créance.
« Selon que vous serez puissant ou misérable… »
On en est toujours là 2 siècles plus tard, les puissants étant toujours les fonctionnaires du pouvoir…
1. Une truculente tranche de vie à Joinville en 1786 , 8 mai 2020, 12:12, par Gewa Thoquet
Merci pour cette information intéressante ! Au cas où vous auriez dans votre besace le document de la plainte classée, pourriez vous me le faire parvenir à mon adresse courriel gewa(point)abc(at)wanadoo(point)fr ?
2. Une truculente tranche de vie à Joinville en 1786 , 8 mai 2020, 08:19, par Michel Vanwelkenhuyzen
Il pourrait s’agir de Pierre Paillette, avocat au Parlement, lieutenant de la gruerie (il s’occupe des coupes de bois seigneuriales), veuf de Marie Gabrielle Ursule Lacouture, décédé à Joinville le 30 mars 1787 ?
1. Une truculente tranche de vie à Joinville en 1786 , 8 mai 2020, 12:16, par Gewa Thoquet
Merci beaucoup pour votre information sur Pierre Paillette. Grâce à vous et à "Philon", "mon" histoire prend plus de relief. Cela montre aussi que les petits ruisseaux etc...
2. Une truculente tranche de vie à Joinville en 1786 , 8 mai 2020, 14:57, par Michel Vanwelkenhuyzen
Autre possibilité : je lis dans "Dictionnaire biographique sur les pensionnaires de l’académie royale de Juilly (1651-1828) Tome III (1796-1828)" : Le sieur Louis André Collier, avocat en Parlement, fils mineur âgé de 23 ans du sieur André François Collier, conseiller du Roi, président juge des traites foraines de Joinville, résidant à Langres, paroisse Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Langres, et dame Madeleine de Berilleville, a épousé à Saint-Christophe de Neufchâteau (Vosges) le 19 octobre 1790 demoiselle Marie-Françoise Augustine Marguerite Charlotte Paillette, 30 ans, fille du sieur Jacques François de Paule Paillette, secrétaire du Roi ? ancien bailli de Joinville et procureur du Roi en l’élection de la dite ville, y résidant, et de dame Marie-Jeanne Charlotte Morelat, de la paroisse Saint-Amand de Poissons (Haute-Marne), diocèse de Châlons-sur-Marne.
L’ouvrage cité est consultable "en ligne".
3. Une truculente tranche de vie à Joinville en 1786 , 8 mai 2020, 16:02, par Michel Vanwelkenhuyzen
C’est probablement le bon : il habitait rue Valleroy, à son décès le 25 février 1816, ce qui lui permettait donc, trente ans plus tôt, d’y courir se soulager en robe de chambre...
3. Une truculente tranche de vie à Joinville en 1786 , 8 mai 2020, 10:53, par Pierrick Chuto
Document intéressant.Vous auriez pu développer 😉
Belles illustrations.
Pierrick
1. Une truculente tranche de vie à Joinville en 1786 , 8 mai 2020, 12:42, par Gewa Thoquet
Pierrick, vous auriez aimé que je développe plus ? Je préfère de loin laisser parler les actes originaux qui parlent d’eux-mêmes plutôt que de les délayer. Merci, Gewa
2. Une truculente tranche de vie à Joinville en 1786 , 8 mai 2020, 13:10, par Pierrick Chuto
Ce n’était pas un reproche. Juste un peu d’humour, vu le sujet...
4. Une truculente tranche de vie à Joinville en 1786 , 8 mai 2020, 19:30, par Gewa Thoquet
Merci pour vos recherches fructueuses. Gewa
5. Une truculente tranche de vie à Joinville en 1786 , 9 mai 2020, 15:28, par jacques de lespinaz
si vous avez des photos ça m’intéresse
1. Une truculente tranche de vie à Joinville en 1786 , 10 mai 2020, 11:33, par Gewa Thoquet
Bonjour,
oui, je peux vous envoyer copie de l’acte le jour dès que je serai à nouveau là où mes documents se trouvent. Contactez-moi par courriel à l’adresse que vous trouvez dans mes réponses ci-dessus.
Pour quelle raison aimeriez-vous obtenir ce document ?
Gewa
6. Une truculente tranche de vie à Joinville en 1786 , 10 mai 2020, 09:09, par Sonia Landgrebe
Voilà une anecdote plutôt pittoresque, sur un sujet rarement évoqué ! Et les illustrations trouvées par Michel Guironnet y ajoutent un peu de saveur, si j’ose dire ...
Cordialement,
Sonia