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Une ténébreuse affaire à Beaumont


jeudi 23 juin 2016, par Jacques Pageix

Répondre à cet article

Qui a volé les dindons du Notaire, Maître Jean Goughon ?
Qui a déplacé la borne ?
Qui a incendié les granges ?...

Tout commence en 1752...

Avant propos :

Il n’est pas dans mon intention de parodier Honoré de Balzac et son fameux roman intitulé "Une ténébreuse affaire". Toutefois, et sans prétention, celle que je vais conter ici pourrait bien alimenter la même veine littéraire...

Il y a bien longtemps, alors que je fréquentais la Bibliothèque Municipale de Clermont-Ferrand, j’eus l’occasion d’y lire un opuscule daté de 1767, intitulé "Mémoire en défense pour Jean Goughon, Notaire Royal, Procureur Fiscal en la justice de Beaumont, et homme d’affaires de l’abbesse », concernant un curieux procès [1] aux péripéties pour le moins rocambolesques, qui met en scène ce personnage peu ordinaire. L’intéressé était accusé de subornation de témoin, de déplacement de borne et d’avoir incendié, le 20 mars 1760, une grange appartenant au sieur Champflour !

D’autres sources, judiciaires celles-là [2] précisent l’ampleur de l’incendie et de ses conséquences : la grange « renfermait 20 vaches, 7 chars de foin, un char de paille, 100 bottes de bois de vigne et une cabane de berger avec ses roues (voir photo ci après). Le feu consuma aussi la grange et deux étables attenantes appartenant à Antoine Maradeix, laboureur de Beaumont, qui contenait 8 chars de foin, 300 bottes de paille, 400 bottes de bois de vigne, 8000 échalas, 2 chars ferrés, 2 araires pour le labour, 15 planches de noyer, un tombereau ferré et autres ustensiles de labour, ainsi que 2 vaches et 2 cochons ». On comprend mieux les propos du témoins cité plus bas, qui déclarait que l’on voyait presque comme en plein jour...

Suite à ces méfaits, le 17 avril 1761, le Lieutenant Criminel de Clermont prononça contre Jean Goughon la sentence suivante : « Goughon, contumace, est condamné à être pendu sur la place du Cerf à Clermont, son corps mort jeté au feu et réduit en cendres qui seront jetées au vent. Faisant droit aux demandes du sieur de Champflour, héritier de Jean, son père, et d’Antoine Maradeix, portées par leurs requêtes des 24 septembre 1760 et 16 avril 1761, le juge leur octroie à titre de dommages et intérêts la somme à laquelle sera estimé les bâtiments, marchandises et bestiaux à prendre sur les biens dudit Goughon avant leur confiscation. La condamnation sera exécutée en effigie, par transcription sur un tableau attaché à un poteau sur la place du Cerf » ! (Place située dans le quartier Saint-Genès à Clermont).

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La cabane roulante du berger, photographiée par mon grand oncle Joseph Pageix (sur les hauteurs de Fontanas, je crois, vers 1930).
Le berger y dormait !

Les péripéties : (reconstitution inspirée du « mémoire en défense »)

Le Sieur Champflour d’Allagnat, "écuyer, lieutenant particulier en la Sénéchaussée", appartenait à une famille de robe Clermontoise récemment anoblie. Il avait naturellement beaucoup de relations au sein de la Magistrature, ainsi que dans les cercles religieux, avec un parent Vicaire Général. Potentat local, il nourrissait une haine profonde envers Goughon, car il convoitait une terre dont ce dernier avait hérité de ses parents. Le mémoire rédigé pour la défense du sieur Goughon relate les péripéties de cette affaire et présente des faits qui sont bien évidemment de nature à discréditer le nommé Champflour : entre-autres, la récupération « musclée » d’un chien qu’il prétendait lui appartenir, au domicile de son véritable maître, un nommé Leroux de Clermont, où l’on s’introduisit nuitamment, par effraction ; ce particulier, sorti « nud en chemise », se vit appliquer les canons de « deux mousqueton sur la poitrine » ! [3].

Je note que les affaires exposées dans le mémoire faisaient suite à une autre, tout aussi curieuse, dont on trouve le dossier aux Archives Départementales, Série B, justice seigneuriale de Beaumont (cf en annexe) : il s’agit d’un vol de Dindons perpétré chez ce même Goughon en 1757, qui motiva une procédure menée à sa requête contre les prédateurs qui ne furent pas pour autant démasqués !

Sa plainte fut adressée à "Monsieur le Châtelain de Beaumont, seul et unique Juge Civil et Criminel et de la voirie du dit Beaumont, Laschamps et membres en dépendant" Ce juge, nommé Chassaigne, convoqua les témoins. Ce jour-là, veille de la fête de Notre-Dame de Septembre, l’un d’eux ramassait du regain, un autre était occupé à sortir du chanvre d’un gour [4] appartenant à Champflour...Ils ne virent qu’un petit chien blanc qui poursuivait un dindon..

Les péripéties rapportées dans le mémoire de 1767 commencèrent dès 1752 : Goughon fut accusé par les nommés Herbaud et Cohendy d’avoir arraché puis déplacé nuitamment une borne marquant la limite de l’une de ses propriétés. Il fut avéré que ses accusateurs, manifestement à la solde de Champflour, avaient eux-mêmes déplacé cette borne !

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Reconstitution (Jacques Pageix) de Beaumont en 1791 à partir de la matrice cadastrale. La « cita » du Sieur Goughon est notée 6 (en bas) et le « château » du Petit Allagnat du sieur Champflour est noté 5 (en haut).

Légende :
1 : Église Saint-Pierre et abbaye de BEAUMONT.
2 : Enclos et jardin de l’abbaye.
3 : Enclos de La Veyria.
4 : Clos Soubrany (acheté par l’abbaye à Soubrany de Bénistan, vieille famille de Riom. Plus tard, on l’appelait "Bel instant"...Bel exemple de déformation d’un toponyme au fil du temps).
5 : Château, cuvages, et parc du Petit Allagnat, appartenant au citoyen Jean-César Champflour, résidant à Clermont.
6 : Jardin ou "cita" du Ventadour, appartenant au sieur Pierre Goughon, notaire, fils de Jean.
ND : Église et cimetière de Notre-Dame de la Rivière.
En hachuré : Ancien four banal de l’abbaye, devenu four communal, puis aliéné au XIXe siècle.
En noir : Maison commune, aliénée au XIXe siècle et en partie démolie pour aménager la place du Centre.
PR : Quartier de la Porte Réale, ou Royale.
CO : Quartier de la Conche, ou de la Cure.
CI : Quartier du Cimetière.
H : Quartier de la Halle, ou de la Place.
PL : Quartier du Plot, ou du Plat.
PB : Quartier de la Porte Basse.
E : Quartier de la Rue Expirat.
T : Quartier du Terrail ou de la ci-devant Notre-Dame de la Rivière.
O : Quartier d’Obaiss, ou du Couvent, ou de devant la cy -devant abbaye.
B : Quartier Dau Ban.
CH : Quartier du Chauffour.
V : Quartier de La Veyria.
GR : Quartier de la Grande Rue ou Grand Rue Neuve des Fossés.
LPE : Quartier de Las Pedas.
NDA : Quartier de Notre-Dame de l’Agneau.
CSV : Quartier de la Croix Saint-Verny, ou des Granges.
PE : Quartier du Pêcher, ou des Roches.
CA : Quartier du Canal.
P : Passerelle reliant les clos Soubrany et La Veyria, de l’abbaye.
M1 : Maison du Sieur Antoine Costes, Notaire, 1er Maire, puis Maire sous le 1er Empire.
M2 : Maison d’Étienne Pageix, 2e Maire, et de Marie Lamy.
M3 : Maison de Jacques Pageix, 3e Maire, puis Maire sous la Restauration.
M4 : Maison de Pierre Pageix le Jeune, 4e Maire.
M5 : Maison de Jean Bernard, Prêtre Martyr de la Foi.
M6 : Maison de Pierre Pageix l’Aîné (notre ancêtre direct), 5e Maire.

Champflour habitait le château du Petit Allagnat, à l’entrée Est du bourg (château malencontreusement détruit pour faire place à un centre de formation professionnel), alors que Goughon demeurait à l’extrémité Ouest (quartier de las Citas sivé du Ventadour) [5]...

La Révolution vint opportunément venger la famille Goughon de toutes les misères endurées, car Champflour fut surveillé et dut se faire très discret, alors que le fils de Jean Goughon, Pierre, lui aussi notaires à Beaumont, se porta acquéreur des biens de l’abbaye lors de la vente des biens nationaux en 1792. Il partagea les bâtiments conventuels en de nombreux lots pour les transformer en logements et fit tracer de nouvelles rues dans le clos abbatial de Las Verias où il fit construire des maisons. On peut voir là un précurseur de nos promoteurs urbanistes [6]...

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Signature de César Jean Champflour d’Allagniat,
conseiller à la Cour des Aides de Clermont-Ferrand, et de son épouse, Élisabeth Espinasse, parrain et marraine d’Élisabeth Fosson, fille de Jean Fosson et de Marie Pageix.

Jean Fosson était receveur des deniers patrimoniaux de Beaumont (il gérait les finances de la commune). C’était le futur beau-père de Jacques Pageix, Officier Municipal de la commune sous la Révolution et Maire sous la Restauration...

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Château et parc du Petit Allagnat et sa fontaine renaissance.
(vue perspective au XVIIIe siècle-Reconstitution Jacques Pageix d’après une vieille photo pour la fontaine). Extrait de « Beaumont, essai d’histoir urbaine », Jacques Pageix, 1979.

A) Le château du Petit Allagniat :

A : partie du début du XVIIe siècle
B : XVIIIe siècle 
co : colombiers
cu : cuvages. Ces cuvages ont été vraisemblablement transformés en écuries à la fin du XIXe siècle, alors que le propriétaire, Bertrandon, était fournisseur aux armées. Il était Maire de Beaumont.
b : bac
f : fontaine : canalisation datant de l’adduction d’eau entreprise par l’abbesse Appoline Legroing de la Poivrière, en 1672, pour alimenter son monastère, et qui consentit une dérivation pour alimenter la résidence de ses châtelains successifs (Mège, Tailhandier, etc). cf transaction entre l’abbesse et les habitants.
P : parc du château
cs : clos Soubrany, acheté par l’abbaye à Soubrany de Bénistant, famille de Riom (un Soubrany sera aide de camp de Bonaparte en Égypte et y mourra).
cl : clos de Laverye (ou Las Veyrias)
pa : place d’Armes
lt : les Têtes (las Testas)
lc : le Canal

B) Carte postale ancienne (vue du château prise en direction du nord)

C) Vue de la cour intérieure du château peu avant sa démolition (photo aimablement communiquée par "La Montagne").

Ce mémoire évoque ensuite l’affaire de l’incendie de la grange du sieur Champflour, et cela prend une tournure encore plus rocambolesque...

En effet, on assiste à une série de rebondissements judiciaires, chacune des partie produisant ses témoins et étant accusée tour à tour de subornation. Il apparaît, tout au long des procédures, que les juges furent pour le moins complaisants à l’égard de Champflour qui était d’ailleurs apparenté à certains d’entre-eux !...

Goughon ayant été pris au corps, « les deux huissiers qui l’accompagnaient après son interrogatoire frappèrent inutilement à deux différentes portes de la prison sans pouvoir s ’en procurer l’ouverture. N’ayant pris aucunes précautions pour prévenir la fuite de leur prisonnier, il profita de leur négligence, leur souhaita le bon soir, et se retira à Beaumont » !... Les huissiers furent mis à l’amende... (À mon avis, c’était la moindre des choses...)

Notre homme en profita pour mettre tous ses papiers (y-compris ses minutes notariales) , et surtout les pièces du procès, à l’abri dans le château d’Aubière où il avait manifestement ses habitudes..

Il décida ensuite de se rendre à Paris et « fit étape à l’abbaye de Sainte-Ménéhould (Saint Menoud), près de Moulins » [7], où il apprit qu’on avait perquisitionné chez lui et interrogé sa femme qui, malheureusement, révéla la cachette des documents. Craignant que l’on se rendît à l’endroit où il avait cachés ses papiers (il y avait des quittances sous signature privée du Sieur Champflour...), il demanda conseil à l’Abbesse [8], à des religieuses et à l’aumônier : on le déguisa avec le manteau et le capuchon de l’aumônier et, le 18 mars 1760, il parti à l’aube dans cet équipage avec Étienne Bouchet, valet de l’abbaye [9] (un autre beaumontois !) ; les deux compagnons chevauchèrent par des chemins de traverse jusqu’au Mayet où ils passèrent la nuit. Le lendemain, ils dînèrent à Riom à l’auberge du « Lion d’Or » (cette enseigne existe toujours et mes parents avaient coutume d’y faire une halte gastronomique lorsque nous descendions en voiture de Paris à Beaumont !...).

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L’église abbatiale de Saint Menoux.
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La « débredinoire ».

À Montferrand, bizarrement, il acheta « les ustensiles nécessaires pour se procurer du feu pendant la route. Cette précaution, affirma-t-il, lui était nécessaire, soit pour allumer sa pipe dont il faisait un usage très fréquent, soit pour se procurer de la lumière pour la recherche de ses papiers à Obière ». Il eut beau s’envelopper dans son manteau, il fut reconnu. Le 20 mars 1760, ayant soupé avec Bouchet à Montferrand, ils prirent tous les deux le chemin d’Aubière, où Goughon avait déclaré se rendre. Arrivé sous un noyer, il demanda au valet de l’attendre , car, dit-il, les chemins étaient trop mauvais pour qu’il pût continuer à cheval...Il laissa au valet sa redingote et son capuchon, partit à pied, et revint au bout d’une demi-heure. Il expliquera plus tard qu’en fait, arrivé à Aubière, il ne put pénétrer dans le château dont les portes étaient fermées et dut rebrousser chemin.

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Le Château d’Aubière, tel qu’il a été dessiné vers 1450 par Guilaume de Revel
dans son célèbre Armorial.

Au moment où il rejoignait Bouchet, il y eut une grande lueur provoquée par l’incendie et Bouchet précisera qu’ « il pouvait distinguer les échalas dans les champs ».

Enfin, « les deux compagnons de voyage, remontèrent à cheval et allèrent coucher à Riom, où ils arrivèrent environ une heure après minuit. Le lendemain, ils couchèrent au Mayet, et le surlendemain à Saint-Menoux où le sieur Goughon séjourna deux jours, « d’où il vint à Paris ».

Naturellement, Champflour accusa Goughon d’avoir mis le feu à sa grange.

Commentaires :

J’ajoute que ces faits se passaient à Beaumont à une époque où l’atmosphère était déjà bien détestable, un procès assez sordide opposant alors les religieuses de l’abbaye à leur abbesse, Marie-Thérèse de Lantilhac, procès que l’on trouve rapporté dans plusieurs mémoires, également conservés à la bibliothèque de Clermont [10].

On pourra aussi remarquer que, nonobstant les sentences proclamées à l’encontre de Jean Goughon, celui-ci n’en exerça pas moins sa charge de notaire jusqu’en 1769, puis son fils Pierre lui succéda à cette étude.

Pièces annexes concernant l’affaire des dindons

Source : archives départementales du Puy-de-Dôme, Série B justice seigneuriale de Beaumont.

La plainte :

« Procedure criminelle
a la requette de Me jean Goughon Notaire Royal et Procureur d office de ce lieu de Beaumont Plaintif Contre certains quidams accuzés
...
« Plainte du Sieur Jean Goughon, Notaire (Archives Départementales de Beaumont, série B, Châtellenie de Beaumont)

« A Monsieur
« Monsieur le chatelain, de beaumont, Seul et unique juge civil criminel et de la voierie du d(it) Beaumont, Lachamp et Membres en dépendant

« Suplie humblement Jean Goughon No(tai)re royal et procureur d office de Beaumont
« Disant que le Mercredy dernier sept du present Mois de Septembre, certains quidam Mal Intentionnes furent dans le vergers clos du Supliant appelé vulgairement la ville Sur les trois heures apres Midy, + (renvoi : le d(it) verger se tient dans votre justice et au terroir de la Clouzade sivé de Fromage Chassaigne Goughon) qui avoient a leur suitte des chiens, ou ils tuerent trois dindons du Supliant, Et Emporterent deux avec luy et jeterent le troizieme dans (le) canal dependant du d(it) verger, et comme de pareille vols et voye de fait meritte punition Exemplaire le Supliant se voy oblige de vous rendre plainte
« Ce Considere Monsieur il vous plaise donner acte au supliant de Sa plainte, luy permetre En Conceq(uen)ce d En faire Informer par devant vous a l encontre de Ses Sortes de quidams, des faits Mentionné, En la presante Req(uê)te de plainte et circonstance, et dependences, et autres qui vous seront donne par le Sup(liant) par item dis, et que les temoins qui Seront assignes, Seront obliges de Comparoir par devers vous (...) ; a paine de dix livres d amande Contre Chaque deffalliant pour la d(ite) Information Faitte et Communiquee au lieutenant Criminel et Ensuitte a vous Raporter Estre par vous ordonne et arrete ce qu il appartiendra par () et votre ordonnance (…) et vous feres bien
Chassaigne Goughon

« Veu la presante requete signée du suppliant en toutes pages, et de nous cottées et paraphées
« Nous avons donné acte au supliant de sa plainte luy permettons de faire informer des faits y contenus et dépendances, et a cet effet de faire assigner tesmoins par devant nous en l auditoire des causes de cette justice, jour et heure certaine, ausquels enjoignons de comparoir aux assignations qui leur seront données a peyne de dix livres d amende contre chascune des deffaillements, pour l information faite communiquée a l’encien curial pour le procureur d office, et a nous rapportée estre ordonné et décrété ainsy qu’il appartiendra et sera nostre ordonnance exécutée nonnobstant opposition ou appel quelconques, fait le neuf septembre mil sept cents cinquante septembre Chassaigne Bughon 30 sols gratis.

L’enquête :

« Information faite par nous, jean Chassaigne procureur es cours de la ville de clermont ferrand chatelain juge civil et criminel de ce lieu de Beaumont Laschamp et membres en dépendant assisté de Me Michel Bughon Greffier en la sénéchaussée et siège présidial de la ville de clermont ferrand que nous avons pris pour notre commis greffier apres avoir de luy pris et recu le serment, a cela requis et accoutumé a la requete de Me jean Goughon, notaire Royal et procureur d’office de ce lieu de Beaumont y résidant Paintif Contre.

….

« Du samedy premier octobre mil sept cens cinquante sept Sébastien jozat fils a jean vigneron de ce lieu de Beaumont agé d environ quatorze ans premier temoin

« Depoze ne scavoir autre chose des faits mentionnés en la requête de plainte si ce n’est que le mercredy spt septembre dernier entour trois heures apres midyetans dans un pré verger appartenant a antoine tartara laboureur habitant de ce lieu de Beaumont scitué dans cette justice terroir de la Rongeyre atenant au pré verger du plaintif appellé la villeet qui n’en est séparé par d autres vergers que de l espace d environ cinquante pas, dans lequel verger il ramassois du regain, et s appercu qu’un chien Blanc etant entré dans le clos de la ville appartenant au plaintif poursuivoit un dindon qui étoit dans une vigerie attenante et qui appartient a Claude dorayre aussy laboureur habitant de ce lieu de Beaumont, mais ne scavoir a qui appartenoit ce chien ny le dindon et si le fut tué, Le dépozant s’étant bientôt retiré sans avoir vû personne a la suite de ce chien, observant néanmoins le depozant que lors qu il vit poursuivre ce dindon par le chien il dit a annet et antoine jozat ses cousins vignerons habitants du dit lieu de Beaumont qui ramassoint egalement du regain dans un autre pré verger scitué au même territoire appartenant a Pierre Laverie Laboureur habitant du même lieu qu’un chien Blanc poursuivoit a toute force un dindon dans la vigerie de Claude dorayre qui est tout ce qu il a dit scavoir Lecture.

« Jean dourif fils a michel laboureurhabitant de ce lieu de beaumont agé d’entour vingt neuf ans second témoin

« Depoze qu il y a environ trois semainesenviron trois heures apres midy dont il n’est pas memoratif precisement du jour, il etoit dans son verger scitué dans cette justice terroir de lavergnes ou de fromage proche l enclos de La ville appartenant au plaintf il vit un Gros dindon dur des pierres etans sur le bort du ruisseau et comme le depozant avoit un petit chien blanc il s appercut que le chien aboyoit contre ce dindon ce qui obligea le depozant de retenir son chien pour l empecher de faire aucun domage a ce dindon, et ce meme dindon entra ensuitte dans un petit verger appartenant aussy au plaintif et ne scait le depozant ce que devint ce dindon et un instant apres vint la gouvernante du plaintif a laquelle il donna avis que le dindon avoit passe dans le petit verger du plaintif a quoy elle repondit qu elle l avoit trouvé qui est tout ce qu il a dit scavoir

...

« Michel Maradeix fils a feu jean vigneron habitant de ce lieu de Beaumont agé de soixante six ans troisième (témoin)

« Depoze que le sept septembre dernier veille de notre dame de septembre entour trois heures apres midy etant occupé a sortir du chanvre d’un gour appartenant a M. Champflour scitué au territoire de fromage il vit un gros dindon qui etoit poursuivy par un petit chien Blanc appartenant a jean dourif fils a michel laboureur habitant de ce lieu de Beaumont dans le verger scitué au meme terroir appartenant au plaintf ce qui obligea le depozant de dire au dit dourif de retenir son chien et de l empecher de faire domage au dindon ce qu il fit a l instant et poursuivir son chien pour le retenir et il ne paru pas au depozant que le chien eu fait aucun domage au dindon lequel resta dans le verger du plaintif ou sur le bort du verger de M. Champflour qui est tout ce qu il a dit scavoir.

Notes

[1Bibliothèque de Clermont, cote A 10800.

[2Archives Nationales (Parlement de Paris, Section criminelle X/2A). Ces procédures ont fait l’objet d’un recueil publié par J.P. Barthélémy d’où j’ai extrait beaucoup d’éléments constitutifs de cet article, et je l’en remercie.

[3Leroux offrait de faire la preuve que ce chien lui avait été donné le 16 mai par un nommé Vaureix, alors que Champflour affirmait que ce dernier le lui avait vendu le 27 juillet suivant !

[4Les gours étaient des fosses emplies d’eau, alimentées par l’Artière, dans lesquelles ont faisait rouir le chanvre. Il y avait des gours au terroir de Ronat.

[5Voir la vue perspective de Beaumont vers 1750 dans l’article sur les séismes. Ce château appartint aux Champflours jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, avec Jean César Champflour, "citoyen de Clermont" en 1791 et passa par succession aux de Challier (Jean Baptiste César de Challier, maire de Beaumont en 1833).

[6Voir "Beaumont, essai d’histoire urbaine", Jacques Pageix, 1979.

[7Il s’agissait en fait de Saint Menoux, situé à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Moulins. C’était une abbaye de femmes dont il ne subsiste que l’église. On peut voir dans le chœur de cette église une curiosité notable, la fameuse « débredinoire » (ou plus couramment "débeudinoire") : c’est une sorte de sarcophage avec deux petites ouvertures quadrilobées laissant voir les reliques du Saint et une ouverture plus large où les malades mentaux (les "bredins" ou "beurdins") peuvent passer leur tête tout en psalmodiant une prière, en espérant ainsi recouvrer leur santé mentale ...
Il est toutefois surprenant que l’on ait écrit le nom de cette localité comme celui de Ste-Ménéhould en Argonne. Voir l’ouvrage de l’Abbé J. Moret "Histoire de Saint-Menoux, Moulins,1907.

[8En 1760, l’abbesse était Marie-Françoise de Soudeilles (d’après la liste exposée dans la nef).

[9Il appartenait à la famille Bouchet de Beaumont, je suppose.

[10A10542, 10542-1, 10589, 10589-15, 10589-17.

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