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Une pratique de capture maritime au XVIII° siècle : le rançonnement

Le lundi 1er mars 2004, par Jean-Yves Le Lan

Au XVIII° siècle, une des pratiques de capture maritime de navire ennemi était le rançonnement. Comme son nom le laisse entendre, cette pratique consistait à prendre en otage une partie de l’équipage d’un navire pour l’échanger contre une rançon.

Comment se pratiquait cet acte de capture ? La première étape consistait à arraisonner un navire et ensuite à établir un acte de rançon signé des deux capitaines. Cet acte de rançon définissait le montant de la rançon et précisait le nom de (des) l’otage (s). Le navire rançonné était alors libéré et l’ (les) otage (s) restait à bord du navire rançonneur. La somme définie dans la rançon était ensuite réclamée à l’armateur en échange de l’(les) otage (s).

Comme exemple de cette pratique, nous relatons le rançonnement de La Betty par le navire de la Compagnie des Indes Le Massiac. Les faits se passent pendant la guerre de sept ans. Le Massiac est parti de Lorient le 2 février 1762 et est arrivé dans les parages des tropiques le 27 février 1762 où il rencontre le navire anglais La Betty. Ce navire est un senault à deux mats pratiquant la traite avec une cargaison de 250 « nègres ». Il vient de la Côte d’Or et se dirige vers la Jamaïque. Le Massiac le capture et il navigue de concert pendant 3 jours. Un acte de rançon est établi, la rançon est fixée à 1500 livres sterling avec comme otages restant à bord du Massiac le premier pilote de La Betty et 50 « nègres ». Les deux navires se séparent alors. Le Massiac poursuit sa route sur l’île de France et La Betty probablement sur la Jamaïque.

Arrivé à l’île de France, Le Massiac débarque les « nègres » et conserve à son bord le premier pilote. Le Massiac poursuit alors sa campagne dans l’océan Indien et rentre en France le 9 janvier 1764, l’otage de La Betty y étant toujours à bord.

Ce n’est qu’à cette date que Le Massiac signale au sieur Richard Gérard de Liverpool, armateur de La Betty, qu’il détient un otage de son navire et qu’il ne sera libéré qu’après versement de la rançon convenue. La réponse du sieur Gérard est retranscrite en ces termes dans les registres de délibération de la Compagnie des Indes : " [...] le capitaine du bâtiment La Betty n’ayant pas rapporté à son retour les pièces nécessaires pour réclamer le montant de cette rançon des intéressés dans le dit bâtiment et dans la cargaison, la plus grande partie des dits intéressés étoit devenuë insolvable, que d’ailleurs plus prompte retour de l’otage de l’Isle de France à Lorient l’auroit mis en l’état de recouvrer avec plus de facilités la ditte rançon des dits co-intéressés.
Enfin il a offert 3 à 400 livres sterling. « A la suite de cette réponse, des échanges de courriers ont lieu entre la Compagnie des Indes de Lorient, représentée par monsieur Roth, et messieurs Josair Cottin et Compagnie représentant la Compagnie à Londres à laquelle appartient La Betty. Pour éviter un procès, les anglais accepteront en final de verser 900 livres sterling qui arriveront en lettre de change dans les caisses de la Compagnie des Indes à Lorient le16 octobre 1764. Comme aucune trace comptable n’est parvenue à Lorient concernant la vente des » nègres " à l’île de France, aucune somme n’est prise en compte pour cette opération.

Les 900 livres sterling sont converties en livre et des déductions diverses sont effectuées (commissions, frais de nourriture pour l’otage et pourcentage à la caisse des Invalides) pour aboutir à un reste net de 19 937 livres 19 sols et 9 deniers pour la Compagnie. Le dixième de cette somme revient à l’équipage du Massiac soit 1993 livres 15 sols 10,5 deniers. La part du capitaine Louis Winslow s’élève à 498 livres 8 sols 9 deniers et celle du matelot, François Thoumelin, à 5 livres 19 sols 9deniers. Cette part de prise est honorable pour le capitaine car elle représente plus de 2 mois de sa solde qui s’élève à 200 livres mais elle est par contre très modeste dans le cas du matelot au regard de son salaire qui est de 15 livres par mois à cette époque. Cette gratification sera remise aux intéressés le 4 juin 1777, soit quinze ans après les faits. 

Sources

  • Service Historique de la Marine à Lorient - Registre de délibérations de la compagnie des indes - 1 P 305 - liasse 70 - pièces 207 et 208.
  • Service Historique de la Marine de Lorient - N° 1 P 200 - Livre de désarmement du Massiac.
  • Service Historique de la Marine de Lorient - N° 1 P 254a - liasse 1 - pièce 48 - Répartition des parts de la prise La Betty à l’équipage du Massiac.

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