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Accueil > Documents > Au fil des registres paroissiaux et des registres d’état civil > Les mentions insolites > Un scandale au temps du Carême à Soyons (07), en mars 1739

Un scandale au temps du Carême à Soyons (07), en mars 1739

avec le concours de Jacques Sève

Le jeudi 1er février 2007, par Thierry Sabot

L’an mille sept cent trente neuf et huict du mois de mars le quatrième dimanche de carème, sur les six heures du soir ont fait un branle [1] sur le patit commun le long du Rone à l’escandale de toute la parroisse les nommées ci dessous et écrites en lettres rouges, afin que quand elles viendront a se marier, elles restent six mois fiancées et d’un an ne seront point reçues marainnes, le tout pour le bon ordre de la parroisse ; si je viens à mourir avant quelles soient marriez, je prie mon successeur de leur faire suporter la peine de leur escandalle, de leur mauvais exemple et du mépris formel pour le saint tems de carème.

Jeanne Moulin, Magdeleine Maisonneuve, Françoise Esbrayat, Catherine Girens, Marie Molens.

Celle cy a été la cause de cette danse qui est Marie Crose... qui plus le 12 Xbre 1739 pour la corriger, failli me faire insulter par M. S (?) sur les 9 heures du soir. La première fois par (?) de ma vie.

Acte signé par le curé Valdemer en charge de la paroisse à cette époque.

Texte lu et déchiffré par Jacques Sève dans le registre de Soyons, BMS 1721/1751 page 122/256 (registre numérisé sur le site du département de l’Ardèche).

Note : Voici un acte qui est remarquable, au contenu rare, et d’un grand intérêt à la fois généalogique et historique. En effet, il nous renseigne sur les mentalités de l’époque, les pratiques populaires (la fête) et, pour reprendre l’expression de l’historien Yves-Marie Bercé, sur « les censures des exercices de la jeunesse ».

Sous l’Ancien Régime, les fêtes et les divertissements, y compris les manifestations religieuses, sont pour les villageois autant d’occasions de dérapages possibles... toujours redoutés par le curé qui s’efforce de les contrôler et de limiter les débordements, car il en va de son autorité morale et spirituelle sur ses paroissiens et notamment sur la turbulente jeunesse. Cette dernière, selon Michel Vernus, « constitue une force qui agit selon son humeur et à sa guise, dans une autonomie et indépendance qui secouent les contraintes », y compris en période de carême où les divertissements sont interdits... qui plus est lorsqu’ils s’expriment à travers la danse, comme dans l’exemple ci-dessus. En effet, la danse, principale réjouissance villageoise, est alors considérée par l’Église comme une activité de perversion, une source de profanation qu’il faut bannir.

Sources :

  • Yves-Marie Bercé, Fête et révolte, des mentalités populaires du XVIe au XVIIIe siècle, Paris, Hachette, collection « Pluriel », 1976.
  • Michel Vernus, Le Presbytère et la chaumière, curés et villageois dans l’ancienne France (XVIIe et XVIIIe siècles), Rioz, Editions Togirix, 1986.
  • Thierry Sabot, Nos ancêtres et les mentions insolites des registres paroissiaux, éditions Thisa, 2011.

Cet ouvrage, étude inédite, se propose de vous faire découvrir quelques-unes de ces mentions insolites et de vous en montrer la richesse historique et généalogique. Il répond à bien des questions au sujet de ces textes insolites qui parsèment les registres paroissiaux : Pourquoi certains curés notent des mentions insolites ? Que nous apprennent-elles sur la vie quotidienne de nos ancêtres ? Comment repérer, déchiffrer, transcrire et commenter ces témoignages du passé ? Comment les utiliser pour compléter notre généalogie et l’histoire de notre famille ou de notre village ?


[1Le branle est une danse où un ou deux danseurs entraînent les autres dans un même mouvement répétitif.

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15 Messages

  • Un scandale au temps du Carême à Soyons (07), en mars 1739 18 juillet 2009 09:09, par françoise lechartier

    J’ai apprécié ce texte, il est agréable de connaître les coutumes anciennes par l’intermédiaire des textes comme celui-ci que des personnes veulent bien partager avec tous.
    Les curés étaient vraiment trop stricts.

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  • Si j’interprète les textes sacrés de l’Evangile, le carême est institué par,« le Messie »,c’est une période de jeûne et de sacrifice, qui aide à comprendre.
    Seulement le carême est fait pour l’homme, mais c’est pas réciproque. Les dimanches sont des moments pour se réunir en famille et groupe, après les
    offices dominicales.

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  • Un scandale au temps du Carême à Soyons (07), en mars 1739 18 juillet 2009 11:59, par Bernardmicheld

    Effectivement, danses et « mauvaises » chansons étaient vigoureusement combattues par l’Eglise puisque , pour peuve supplémentaire,un traité contre les danses et les mauvaises fut édité en en 1769 chez Antoine Boudet Imprimeur du roi, et dont je détiens un exemplaire.

    Je pense que l’on ne souligne pas assez la dépendance d’une couche de la population , dépendance organisée dans un but sécuritaire pour le pouvoir, ce qui se voit encore de nos jours, et plus souvent qu’on ne le croit.

    Beau travail de recherche !

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  • Episode très significatif du poids des curés dans les compagnes... Ce carcan exercé par l’église conduira peu à peu aux débordements antireligieux de la révolution. A noter, que pendant ce temps la noblesse et le haut clergé se livrait à la débauche... Plaignons nos ancêtres...

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    • Je suis entièrement d’accord avec vous : les nobles et les bourgeois faisaient des choses bien pires que les « pauvres ». En effet, les curés ne pouvaient pas « critiquer » les nobles car ils recevaient leur soutien financier pour la construction ou la rénovation des lieux de culte et ils étaient reçus comme des pachas chez eux où ils faisaient pitance. De plus, les nobles arrivaient assez facilement à détourner les lois et les règles car ils avaient tous pouvoirs. Ils s’adressaient souvent directement au pape de l’époque et n’étaient que très rarement inquiétés.
      Par contre, je suis d’accord que, pendant le Carême, on ne doit pas faire la fête. Mais la faire après, je ne crois pas que c’était interdit puisque les danses folkloriques ont perduré jusqu’à nos jours. La religion n’a pas que du négatif et est là aussi pour nous aider à obtenir la vie éternelle...

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    • Plaignons-nous nous même car rien n’a changé ! les règles, la loi ,la « morale » s’applique à tous, et pourtant, les gens « d’en haut » peuvent s’y soustraire beaucoup plus facilement que le reste de la population.

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      • Un scandale au temps du Carême à Soyons (07), en mars 1739 23 juillet 2009 17:06, par Daniel Panier

        Il est vrai qu’il n’ y a pas deux poids,deux mesures, les lois pourraient être amendées, en faveur des personnes malades, ainsi que les pauvres qui ne mangent pas toujours à leur faim. Le carème peut mettre tout le monde d’accord sur ses problèmes, et favoriser le partage des richesses.
        Heureusement que le vatican, aboli le carème les dimanches,sauf erreur de ma part.

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  • Un scandale au temps du Carême à Soyons (07), en mars 1739 20 juillet 2009 19:46, par Annie Claude

    Un petit commentaire sur la transcription : à mon avis la danse n’a pas eu lieu « sur la partie commune » mais « sur le pâtis (écrit patit)commun »

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    • Un scandale au temps du Carême à Soyons (07), en mars 1739 24 juillet 2009 10:08, par Claudine 37

      Merci Annie Claude de rester positive et lucide... Cette chronique ne devrait pas être une sorte de déversoir où chacun réagit à chaud en mélangeant les époques et en cherchant des ressemblances là où il n’y en a pas ! Passons. Je voulais simplement parler d’une fête lorraine du XVIII ème siècle : La fête de Valentins. Très mal acceptée par l’Eglise qui y voyait une caricature du mariage. Elle avait lieu le dernier dimanche avant le carême. Le « conducteur » de la fête, suivi de tous les jeunes, garçons et filles réunis, courrait dans le village en criant : -Je donne, Je donne

      • Qui ? Qui ? demandaient les autres. - Je donne...(nom d’un garçon) - A qui ? A qui ? - Je donne à... (nom d’une fille) Et la fête se poursuivait au millieu des chants et des danses. Les élus étaient tenus de faire un cadeau à leurs promises. Comme les jeunes, entre eux, connaissaient les sentiments des uns et des autres, ces épousailles de pacotilles se finissaient souvent par de vrais mariages ! C’est en faisant des recherches aux AD d’Epinal que je suis tombée sur cette coutume. Désolée de ne pouvoir donner plus de précisions. Bonne journée à tous. Marie Claude.

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  • Encore aujourd’hui les religions essayent de soustraire les populations à tout ce qui pourrait être plaisir, convivialité, fête, chansons, culture en général,car elles savent bien que le choix est vite fait si on est bien informé. Pourquoi irait-on tomber dans la religion ? (certaines, même sont obligées de séparer les hommes et les femmes). Cela a toujours été. Elles n’ont aucun avenir sans cela.Les pretexes ne sont pas légion, souvent, le diable c’est la femme... on n’avance pas.

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  • Une devinette que je propose dans le jeu du pendu : Qui a dit
    « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur » ?

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  • Si ma mémoire est bonne au 17°siécle à Amiens, 3 jeunes gens de bonne famille ont été décapités pour ne pas s’être découvert au passage du St Sacrement.

    Il est vrai que les coutumes anciennes nous surprennent aujourd’hui, et peut être que celles de notre époque surprendront les générations futures.

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