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Un exemple de médecine populaire au 18e siècle

Le samedi 15 septembre 2007, par Thierry Sabot

« Dans une de nos Provinces méridionales, lorsqu’un enfant a une attaque de vers bien décidée qui a résisté pendant quelques jours aux secours ordinaires de la Médecine, les femmes à secrets sont dans l’usage d’étendre l’enfant sur une table, autour de laquelle elles allument neuf petites bougies ; neuf, ni plus, ni moins. Ces bougies étant allumées, la principale actrice se poste aux pieds de l’enfant, et dit avec un enthousiasme singulier, soutenu des grimaces et des gestes les plus extravagants... Ce petit job a neuf vers, il en a trop de neuf, qu’ils soient réduits à huit. On éteint successivement toutes les autres bougies, en prononçant chaque fois du même ton et avec la même cérémonie, la formule de conjuration, que nous venons de rapporter, jusqu’à ce qu’on soit parvenu à la dernière et que job n’ait plus qu’un vers. Pour lors, on finit en disant... Que ce ver qui est le seul qui reste, ait autant de pouvoir sur Job que celui qui entend la messe derrière la servante du curé a de part à ce sacrifice. » (N. BROUZET, Essai sur l’éducation médicinale des enfants, Paris, 1754 ; cité par J. Gélis, M. Laget et M.-F. Morel, Entrer dans la vie, Paris, Julliard (Archives).

Note : « Presque tout le premier âge est maladie et danger : la moitié des enfants qui naissent périt avant la huitième année », écrivait Jean-Jacques Rousseau dans ses Confessions. Ce sujet, étudié et détaillé par les travaux de l’école française de démographie historique, est résumé ainsi par l’historien Daniel Roche : Dans un couple rural, « sur les huit à dix bébés mis au monde, trois au quatre seulement arrivent à l’âge de vingt ans, pour recommencer la mécanique reproductive ». Les raisons de cette hécatombe sont bien connues. Aux accidents de grossesses, traumatismes des accouchements, maladresses des matrones et des jeunes parents, s’ajoute le long cortège de maladies diverses : coups de froid ou de chaleur, ictères, coliques, diarrhées, fièvres, typhoïdes, dysenteries, entérocolites, convulsions... On conçoit que, dans ces conditions, la mort soit constamment présente dans l’univers mental des hommes et des femmes de ce temps... et que les thérapeutiques symboliques de la médecine populaire ne soient pas d’un grand secours !

Sources :

  • Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, livre VIII, éd. Pléiade, pp 259.
  • J. Gélis, M. Laget et M.-F. Morel, Entrer dans la vie, Paris, Julliard (Archives).
  • Daniel Roche, Les Français et l’Ancien régime, tome 2, Paris, Armand Colin, 1984.

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9 Messages

  • Bonjour,
    Je remonte les généalogies, tant paternelle que maternelle, jusqu’à la seconde moitié du 17éme siècle.
    Le constat est le même. En Franche-Comté, en milieu rural, encore dans les 20 dernières années du 19e siècle :
    9 enfants, 3 morts à la naissance ou quelques jours après, 4 avant 4ans seuls 2 arrivés à l’age adulte.
    Par ailleurs, sur une période allant de 1645 à 1890, dans des familles paysannes ou bourgeoises, dans le nord-est comme dans le sud-ouest, force est de constater un grand nombre de décès de femmes en couches, l’enfant et le mère disparaissant à quelques jours d’interval.
    Pierre FOY

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  • Un exemple de médecine populaire au 18e siècle 11 juillet 2009 10:50, par Roland Lécuyer

    J’ai trouvé une forte mortalité enfantine des enfants placés en nourrice, je ne sais si de ce fait l’allaitement maternel était interrompu prématurément, les causes de décés (maladies ou accidents) ne sont pas indiqués.

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    • Un exemple de médecine populaire au 18e siècle 11 juillet 2009 12:40, par heidi09

      Bonjour,
      A ce sujet des enfants placés en nourrice et la mortalité des nouveaux-nés, j’avais beaucoup aimé l’ouvrage de Elisabeth Badinter intitulé « L’Amour en plus - Histoire de l’amour maternel (XVIIe-XXè siècle ) ».

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    • Un exemple de médecine populaire au 18e siècle 11 juillet 2009 14:04, par mqueny

      Bonjour,

      Lors de mes études d’histoire, on nous a expliqué que la mortalité infantile des enfants mis en nourrice s’expliquait le plus souvent par le trajet entre le lieu où ils sont nés (souvent dans des bonnes familles, ayant assez d’argent pour mettre les enfants en nourrice) et le lieu où ils sont en nourrice (« au bon air », souvent la campagne) alors qu’ils sont très jeunes, quelques jours seulement.

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    • Un exemple de médecine populaire au 18e siècle 13 juillet 2009 22:01, par claudine

      Pour vous donner une idée : ma mère, née dans une grande ville du Midi en 1912, a été « emportée » par la nourrice quelques heures après sa naissance, mes grands parents (de bien braves gens, pourtant, lui comptable et elle institutrice)se contentaient de nouvelles par personnes interposées de temps à autre. Jusqu’à ce qu’une lettre anonyme les avertisse que s’ils ne venaient pas rapidement récupérer leur enfant, celui-ci ne tarderait pas à mourir. Mes grands parents firent alors les 80km qui les séparaient du village, et s’aperçurent qu’à 8 mois ma mère ne tenait même pas assise, ses mains se « nouaient », comme on disait à l’époque. La nourrice avoua que faute de lait, après avoir bien nourri son propre bébé, elle donnait à ma mère des biberons de pavot !!! Etant la maîtresse du docteur, celui-ci lui avait délivré sans état d’âme son certificat de « bonne nourrice ». C’était il y a moins de cent ans. Alors...

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    • Un exemple de médecine populaire au 18e siècle 20 juillet 2009 18:24, par christofist

      En feuilletant le régistre d’état civil de Saizerais(54) j’ai pu constater également beaucoup de décès d’enfants en bas age,moins de 10 ans, placés en nourrice et venant de l’hospice de Pont-à-Mousson situé à quelques km, sans explication sur la cause de leur décès.

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  • Un exemple de médecine populaire au 18e siècle 11 juillet 2009 17:43, par Roland Peccoud

    Ma généalogie réunit des familles paysannes de la moyenne montagne (8 - 900 m) et de la plaine haut-savoyardes ; j’ai constaté une mortalité infantile (jusqu’à un an) un peu moins élevée en montagne dans des familles plus nombreuses, sans pouvoir trouver une explication.
    Quant à la mortalité élevée des bébés mis en nourrice, il faut aussi l’expliquer par le fait que la ration de lait était souvent insuffisante : le propre enfant de la nourrice était privilégié et/ou un ou deux autres enfants étaient allaités plus ou moins clandestinement. Money, money ...

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  • Un exemple de médecine populaire au 18e siècle 12 juillet 2009 16:12, par Capucine

    Toutes les raisons avancées par les différentes interventions sont bien sûr vraies et de plus elles s’entrecroisent au dessus de ces petits enfants mis en nourrice.Il ne manquait pas que le lait mais aussi l’attention, le temps conscacré au nourrisson et l’amour que l’on sait si important dans les premiers mois de la vie. Jusqu’à un passé très proche on n’imaginait pas que les bébés pouvaient souffrir (même lors de grands soins médicaux) dans leurs corps et encore bien moins dans leur esprit, il semblerait que certains auraient la capacité devant de grandes douleurs de ne pas se battre et de se laisser glisser doucement vers un autre monde.. La femme n’ayant eu ni conscience ni esprit pendant longtemps alors un nourisson ...N G-C

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  • Un exemple de médecine populaire au 18e siècle 13 juillet 2009 08:27, par Alain MORINAIS

    Je vous recommande la lecture de « Le lait des nourrices » de Valérie Renoncet (roman broché). Paru en 03/2008 aux Éditions CHEMINEMENTS

    Cordialement

    Alain MORINAIS

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