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Un exemple de « lévirat sorora » dans les sociétés méditerranéennes traditionnelles

Le vendredi 17 avril 2026, par Thierry Suquet

Je vous propose un article sur un pied noir, descendant de maltais, ancien combattant, qui permet d’évoquer le sujet du « lévirat sorora » [1] dans les sociétés méditerranéennes traditionnelles.

André Jean Xiberras naquit le 27 novembre 1881 à Philippeville, premier enfant d’Ange Paul et Carmela à survivre au-delà de la petite enfance. En tant qu’aîné, André Jean porta dès l’enfance le poids de responsabilités particulières, d’autant plus lourdes après la mort prématurée de son père en 1896, alors qu’il n’avait que quinze ans.

Cette perte paternelle le transforma brutalement en homme de la famille, chargé d’aider sa mère Carmela à élever les enfants plus jeunes et à subvenir aux besoins du foyer. Cette responsabilité précoce explique peut-être pourquoi André Jean se lança rapidement dans la vie active, exerçant successivement cafetier et marchand de légumes à Constantine, double activité témoignant d’une capacité d’adaptation et d’un sens commercial certain.
En 1903, à sa sortie du service militaire (3e régiment de zouaves, 1902-1903), André Jean s’établit à Constantine où il résidait encore en 1921, soit au moins dix-huit années de présence continue. Ce choix plutôt que Philippeville s’explique probablement par le fait que son père était mort à Constantine en 1896. Constantine, troisième ville d’Algérie et capitale du département, offrait davantage d’opportunités commerciales population importante, centre administratif et militaire, marchés agricoles actifs.

La Grande Guerre mobilisa André Jean le 2 août 1914. À trente-deux ans, marié depuis sept ans et père de famille (Paul François six ans, Maurice quatre ans), il dut abandonner commerce et famille pour rejoindre son régiment. Son parcours militaire fut remarquable par sa diversité géographique et sa durée.

Algérie (2 août 1914 - 2 mars 1915) : Sept mois de service initial, instruction et préparation des troupes coloniales.

Armée d’Orient (3 mars 1915 - 31 juillet 1916) : Seize mois de campagne aux Dardanelles et en Serbie. André Jean participa probablement au débarquement français à Koum Kalé puis aux combats sanglants de Gallipoli où les zouaves subirent des pertes terribles. Après l’évacuation en janvier 1916, il combattit en Macédoine dans les montagnes balkaniques.

Retour en Algérie (31 juillet - 25 novembre 1916) : Quatre mois permettant de retrouver sa famille après plus d’un an d’absence.

Tunisie : Service à Gabès avec le bataillon K du 1er régiment de zouaves. Cette affectation, moins dangereuse que les fronts précédents, correspondait probablement aux derniers mois de la guerre.

André Jean fut démobilisé le 20 février 1919 à Philippeville, mais fut réformé pour séquelles d’intoxication pulmonaire par les gaz. Ces séquelles capacité respiratoire diminuée, essoufflement chronique, toux persistante l’accompagneraient pendant les vingt-six dernières années de sa vie, constituant un handicap sérieux pour reprendre son commerce.

Son courage lui valut la médaille commémorative d’Orient avec les épingles Orient, Dardanelles et Serbie. Peu de soldats cumulaient ces trois épingles, situant André Jean parmi les anciens combattants les plus expérimentés de l’armée d’Orient. La médaille commémorative d’Orient, créée en 1926, récompensait les combattants de l’armée d’Orient qui avait opéré dans les Balkans et en Turquie. Les épingles petits insignes métalliques portés sur le ruban indiquaient les théâtres d’opérations spécifiques : l’épingle Orient pour l’ensemble de la campagne, l’épingle Dardanelles pour l’expédition de Gallipoli, l’épingle Serbie pour les combats en Macédoine. Ces médailles constituaient les traces matérielles d’un parcours exceptionnel et les témoins silencieux d’une expérience que les mots peinaient à exprimer.

André Jean épousa d’abord Jeanne Rose Castelloti le 5 octobre 1907 à Philippeville, alors qu’il avait vingt-cinq ans. Sa jeune épouse, âgée de vingt-quatre ans, était née le 14 novembre 1882 à Philippeville, fille de François Castelloti et de Catherine Zammith. Le couple établit son foyer à Constantine et eut quatre fils entre 1908 et le milieu des années 1910.

Jeanne Rose mourut avant 1919, probablement pendant la Grande Guerre alors qu’André Jean servait loin de l’Algérie. On peut imaginer la terrible nouvelle lui parvenant à Gallipoli ou en Serbie : sa femme morte en son absence, ses quatre fils orphelins de mère, l’impossibilité de rentrer pour les funérailles.

Après la mort de Jeanne Rose, André Jean épousa sa sœur cadette Noelie Catherine Castelloti le 1er mars 1919 à Philippeville, neuf jours seulement après sa démobilisation. Cette rapidité suggère un mariage arrangé avant même la démobilisation. Noelie, âgée de vingt-cinq ans (douze ans de moins qu’André Jean), était née le 25 décembre 1893 à Bizerte en Tunisie.

Ce double mariage avec deux sœurs illustrait les solidarités méditerranéennes : maintenir les liens d’alliance entre familles, faciliter la transition pour les enfants qui trouvaient en leur tante une figure maternelle familière.

Pour Noelie, à vingt-cinq ans, épouser son beau-frère veuf avec quatre enfants représentait un sacrifice considérable mais aussi un devoir familial.

Ce double mariage avec deux sœurs, pratique connue sous le terme anthropologique de « lévirat sororat », était répandu dans les sociétés méditerranéennes traditionnelles.

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Une famille franco maltaise photographiée en 1910 dans l’est algérien.

Lorsqu’un homme perdait son épouse, épouser la sœur cadette de la défunte présentait plusieurs avantages : cela maintenait les liens d’alliance entre les deux familles plutôt que de créer de nouvelles obligations, la belle-sœur devenue épouse connaissait déjà les enfants et leur offrait un visage familier, et pour la famille de la défunte, cette union garantissait que les orphelins seraient bien traités par leur nouvelle belle-mère, liée à eux par le sang. Dans la mentalité méditerranéenne, ce mariage était perçu comme un acte de solidarité et de dévouement familial plutôt que comme un simple arrangement matrimonial.


[1Le lévirat est le mariage forcé d’une veuve avec le frère de son mari défunt ;
Le sororat est le mariage forcé de la sœur d’une épouse décédée

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