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Un ange blanc dans la Grande Guerre (4e épisode)

Gaby assistante de chirurgie à l’hôpital de la Salpêtrière


jeudi 30 juin 2016, par Michel Guironnet, Yves Plasseraud

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« En août 1918, j’ai quitté le front pour cause de maladie et pris du service à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris pendant toute ma convalescence (comme assistante de chirurgie) ». Nous accompagnerons Gaby durant les derniers mois de guerre jusqu’à l’arrêt des combats tant désiré. La paix revenue, sa conduite héroïque sera récompensée.

17 août 1918  : "J’ai été à la Salpêtrière et à la Pitié. J’entrerai lundi dans le service de Walther."

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Photo du professeur Walther dédicacée à « Mademoiselle Mézergue »
Charles Walther est né à Rochefort le 23 février 1855 et décède à Paris le 21 décembre 1935. "Ce charmant homme de tournure élégante et simple, de haute stature, dont le visage aux traits réguliers et délicats s’achève en une courte barbe amenuisée et qui, par sa blancheur, contraste avec l’extrême jeunesse de l’ensemble. Les yeux, extrêmement intelligents et doux, se dérobent à chaque instant sous le voile de paupières mouvantes qui trahissent une émotivité foncière" [1].
Une biographie plus complète, illustrée par une belle caricature, est consultable dans « Rictus » journal de carabins, de janvier 1913. M.G.
Entrée principale de La Pitié-Salpétrière
L’hôpital de la Pitié- Salpêtrière, situé sur le Boulevard de l’Hôpital (à deux pas de chez Gaby !), a été inauguré par Louis XIV en 1656. C’est le plus grand ensemble hospitalier de Paris. L’entrée, dominée par l’élégant pavillon d’accueil (1767) ; est superbe. On découvre alors la cour Saint-Louis, dominée par l’impressionnante coupole de la chapelle du même nom. Son plan, en croix grecque, permettait de répartir les patients autour de l’autel tout en les isolant.

30 août  : « Je garde le lit… Rien de Maman, inquiétude folle. » Lucie était partie le 17 août pour Neuilly St Front et Moulins.

31 août  : « Grand père est arrivé. Carte postale laconique de Maman, je suis encore plus inquiète. Qu’à t-elle ? » « J’ai des palpitations, je souffre beaucoup, j’arrête les montres. » [2].

2 septembre : « Maman est arrivée de Gap. Quel bonheur ! Du coup, je me lève et vais avec elle au garage où elle me présente un toubib blond, avec une barbe ... à faire rêver ! »

Ce même 2 septembre, alors que les avant-gardes allemandes sont encore à Senlis et Meaux, le gouvernement part pour Bordeaux entouré d’une masse d’oisifs et de mondains . Gallieni, gouverneur de Paris, organise le camp retranché après avoir mis pendant 3 jours des trains d’évacuation gratuits à la disposition des candidats au départ (500 000 personnes). Toujours le même « autisme ».

6 septembre : « Nous partons pour Ruelle chercher une bonne car Fernande s’en va ! » (en fait elle restera.)

Batailles entre l’Artois et Reims.

7 septembre : « André est venu avec Pierre. J’ai été le reconduire, puis j’ai été au cimetière et Angèle est venue puis George et puis le cousin Reffaud. »

8 septembre  : « J’ai mal à la gorge et un cafard d’enfer », ça continue les jours suivants. Il pleut, elle a mal à la gorge et s’ennuie.

12 septembre : Offensive franco-américaine victorieuse sur le saillant de Saint - Mihiel. « Nous soignons des masses de malades ; tout le monde ici serait atteint du choléra. »

13 septembre : « Bonne journée, je suis gaie ! » Les jours suivants, visites (Fontenille) et chasse du grand-père.

Le 15 septembre, début de l’offensive générale des Alliés. Le 16, opération franco-américaine « Meuse-Argonne ».

15 septembre : « Nous allons à Brouterie voir la fameuse propriété. » (il s’agit d’une exploitation agricole comportant un morceau de forêt).

19 septembre  : « On signe l’acte. Me voilà propriétaire dans la forêt du Bois Blanc. » Selon les courriers d’Émile de 1918, cette forêt est extrêmement giboyeuse et l’on y chasse toute l’année !

20 septembre  : « Nous rentrons enfin à Paris. »

23 septembre : Retour à la Pitié. Gaby ne travaille que le matin. Le lendemain : consultation gratuite et ordonnance du Dr Walther : Collargol.

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Salle d’anesthésie
La Pitié Salpétrière 23 janvier 1919

30 septembre au 12 octobre : Offensive franco-américaine en Champagne et en Argonne.

1er octobre : « M. Walter ne peut plus se passer de moi ! »

2 octobre : « Je suis souffrante. J’ai un cafard d’enfer. Je ne veux pas aller à l’hôpital. On me purge. »

Les Allemands envisagent la paix. Message à Wilson, Président des Etats-Unis.

6 octobre : Gaby se déclare affreusement malade, elle s’évanouit deux fois et conclut paradoxalement « I am very happy ! »

Les jours suivants : Hôpital. Arrivée en France de l’épidémie de choléra.

13 octobre : « Le nombre de décès dus à la grippe est énorme. 36 aujourd’hui à la Pitié. »
Walther veut l’attacher définitivement à la Pitié, elle ne veut pas.

22 octobre : « Mes nouvelles fonctions sont bien embêtantes. » Les Chrétien (amis de la famille) sont omniprésents.

25 octobre  : Mort à Libourne d’Annie Plasseraud de la grippe espagnole. [3]

Des troubles commencent à éclater en Allemagne. 3 novembre : Mutinerie de marins à Kiel. L’Allemagne vacille.

5 novembre : Lettre à sa mère Lucie : « C’est du métro que je t’écris. Il est 3 heures, je roule vers le ministère où je vais voir l’oncle Bressoles (sic) pour notre affaire... » « Sais-tu que la guerre va finir ! Petit père qui exagère toujours un peu m’a déclaré hier que nous en avions tout au plus pour 8 jours ! » « Ici tout va bien. Les querelles diminuent légèrement … »

7 novembre : « Entre père et moi, une scène terrible, j’ai failli partir. »

Lettre de Gaby ; qui paraît retravailler à temps partiel ; à Lucie qui est toujours en train sanitaire. Les querelles sont devenues courantes entre Gabriel, son père, et elle. Ce jour-là, selon Gabriel, il l’a mise à la porte ; il en a assez d’elle.
En « écrasant son amour-propre », elle n’est pas partie (à la Pitié) à cause de Mame (C’est le "petit nom" de Lucie, la mère de Gaby). Gabriel lui aurait reproché à plusieurs reprises de ne pas gagner d’argent… Gaby cette fois a répondu et il a failli tout casser !
« J’en suis malade et je sanglote comme une sotte sur ma lettre à côté de mon pauvre petit balluchon. » « Enfin, on n’a pas que le droit d’être joyeux, les affaires de la guerre vont bien ! »

Lettre de M.F Têtaud. Emile gère les métayers de la ferme de Brouterie. Ils ont « fait 16 barriques de vin rouge et 21 de blanc pour nous deux et chacun 12000 fr. d’argent de raisin. » Dans une autre lettre, à Gabriel cette fois, elle propose une bonne, mais recommande de reprendre Fernande si elle revient car elle connaît les habitudes de la maison. Émile court partout pour trouver pour Brouterie une charrue Brabant et deux gros bœufs.

8 novembre : Tout est arrangé entre Gaby et Gabriel. Ce dernier est malheureux comme les pierres d’avoir été injuste avec Gaby. Celle-ci se réjouit de l’armistice (sic !). Lucie est toujours à St Dizier (Wagon 10).

9 novembre : alors que l’Allemagne est sur le point de perdre la guerre, la révolte éclate à Berlin et la marine se mutine. L’empereur Guillaume II abdique et part pour les Pays-Bas avec sa famille. Le socialiste Scheidemann proclame la République. Deux jours plus tard il demandera l’armistice aux alliés.
11 novembre (lundi) : A 11 heures, cessez le feu sur l’ensemble du front. En cinquante deux mois de combats, les belligérants ont perdu neuf millions de morts, dont un million et demi pour la seule France.

Quelques notes personnelles de Gaby et, en bas de page «  Enfin l’armistice, Paris est fou !!  » Elle écrit à sa mère Lucie :
« Enfin, ça y est… c’est bien vrai ! Le canon a tonné des coups espacés de loin en loin, et, à part cela je n’ai entendu que la cloche de notre pauvre église (St Marcel sonne à 12 h.) qui se fatigue depuis 3 heures. J’aurais voulu des carillons énormes une berloque monstre ! Il y a depuis tout à l’heure une magnifique éclosion de drapeaux dans la rue Jeanne d’Arc et sur le boulevard. Papa veut que j’en fasse un grand ! Les gens dans les rues sont gais et marchent plus vite. Moi je me dis : on s’attendait à une joie plus grande !…Papa ne semble pas dans l’enthousiasme, il est rentré en disant : « je viens d’essayer mon costume ! ».

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Médaille de l’U.F.F appartenant à Gaby

Épilogue

28 juin 1919  : J’ai le cafard ! Signature de la paix à 15 heures - jour férié - foule énorme dans les rues ; foule bête, sans autre enthousiasme que celui du jour de sortie supplémentaire ; sans autre pensée que celle d’essayer de s’amuser, ce à quoi, du reste, elle ne parvenait pas ! Moi j’ai eu de cette journée une impression fort pénible, une sorte de d’écœurement devant cette fin de guerre, si peu une victoire. Devant l’insouciance de la masse pour laquelle le problème de la Défense nationale ne se pose plus.
Les gens sont tranquilles et il ne pensent pas que chaque pas, dès maintenant, les rapproche d’une reprise cette chose horrible dont ils chantent la fin, que dans 10 ans sans doute, il faudra recommencer, que ce sera plus court, mais que l’issue, sans doute, en sera terrible !

Gaby et sa mère ont été décorées à plusieurs reprises. En cliquant sur le document ci-dessous, vous découvrirez leurs médailles.
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Les médailles de Gaby

Bibliographie

DUHAMEL, George & Blanche, Correspondance de guerre, Tome I : août 1914- décembre 1916, Honoré Champion, 2006.
GUILLEMINAULT, Gilbert (Dir.), La France de la Madelon, Le livre de poche, Denoël, 1966.
La marque du courage, Croix de Guerre et Valeur Militaire, LBM, 2006.
LACHAUX, G, Le chemin des dames – La guerre dans l’Aisne. Paris, 2009.
Larousse mensuel illustré, juin 1916.
LEFEBVRE, Jacques-Henri. Verdun La plus grande bataille de l’histoire, racontée par les survivants. Les éditions des Riaux, collection Mémorial de Verdun, Paris, 2005.
MAUFRAIS, Louis, J‘étais médecin dans les tranchées, 2 août 1914-14 juillet 1919 Paris, Robert Lafont, 208.
MERGNAC, Marie-Odile, Les femmes au quotidien de 1750 à nos jours. Archives & culture, 2007.
MEYER, J. La vie quotidienne des soldats pendant la Grande guerre, Paris, Hachette, 1991.
MORILLON ; Marc, FABRÈGUES, Jean-François, Le service de santé 1914-1918, Bernard Giovanangeli Editeur, Paris, 2014
MOTTIER, Georgette, L’ambulance du docteur Alexis Carrel, 1914-1918, Lausanne, La Source, 1977.
MUSÉE DE LA GRANDE GUERRE, 1914-1918 ; Les femmes dans la Grande Guerre, Musée Bossuet, Meaux, 2011.
OLIER, François, QUÉNEC’HDU, Jean-Luc, Hôpitaux militaires dans la guerre 1914-1918, Tome II, Louviers, YSEC, 2010.
Voir également le blog de François Olier sur les ambulances et les hôpitaux durant la Grande Guerre
PERRIN, F, Un toubib sous l’uniforme 1908-1918, Paris, 2009.
PRÉVOT, Jean, Carnets d’un ambulancier et pharmacien 1915-1918, Édition des Équateurs, 2007.
SCHENEIDER Dr JJ, Le service de santé de l’armée française pendant la bataille de Verdun. Paris, 2009
THÉBAUD, Françoise, Les femmes au temps de la Guerre de 14. Éditions de la Seine 1994.

Notes

[1Extrait d’un article du Figaro du 7 octobre 1919 sur le 28e congrès de chirurgie

[2Gaby est dotée d’un fluide particule : télépathie, intuitions extraordinaires…

[3C’est la soeur de René, son deuxième mari. Gaby n’en fait pas mention. Pourtant elle la connaissait très bien.

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