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Un ange blanc dans la Grande Guerre (3e épisode)

3e épisode : le conflit s’enlise, le doute s’insinue


jeudi 16 juin 2016, par Michel Guironnet, Yves Plasseraud

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1917 commence sous de sombres auspices. Gaby est fatiguée et son moral est au plus bas : elle est témoin des terribles ravages faits par l’offensive Nivelle au Chemin des Dames. Elle le confie dans ses courriers. En marge de son courageux dévouement, elle se réfugie dans l’écriture de nouvelles et a la joie d’être publiée.
En début d’année 1918, une permission à Paris, à cause de sa maladie, lui permet de souffler un peu auprès de sa famille et de ses amis. Mais il y a les Gothas et La Grosse Bertha ! Dès juin 1918, Gaby reprend du service dans cette guerre meurtrière : les blessés sont de plus en plus nombreux, les évacuations se multiplient...

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Gaby peinte par son amie Anita Cartier, concertiste de talent et artiste-peintre, fille du Général François Cartier (1862-1953)

Année 1917

22 janvier  : Le secrétaire général de "L’Œuvre des Trains de Blessés" (Commission de la Presse) demande à Lucie des nouvelles de Gaby.

29 janvier  : Même si, à l’époque, Gaby n’en sait rien, on apprendra plus tard que l’empereur d’Autriche Charles 1er de Habsbourg-Lorraine engage alors des négociations de paix secrètes avec l’Entente, par le biais de l’impératrice Zita, de ses beaux-frères Sixte et Xavier et du pape Benoît XV.

24 février  : Début de repli des Allemands sur le front Arras-Vailly (Aisne). Ils dévastent méthodiquement les territoires qu’ils abandonnent.

15 mars : Une inquiétante nouvelle se répand : l’abdication du Tsar. Les Russes, déjà pas très efficaces sur ce front, s’effacent !

Mars - mai 1917 : Au Chemin des dames, énorme falaise crayeuse plantée de Craonne à Soissons, les assauts de Mangin se brisent sur une redoutable muraille. Nivelle s’obstine. En vain ! C’est l’échec.

2 avril  : Entrée en guerre des États-Unis, révoltés par le torpillage de leurs navires. Les perspectives de la guerre changent !

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Un moment de détente
A Montigny-sur-Vesle, Lucie et Gaby avec des sous-officiers médecins militaires.

Ce même jour, Gabrielle Mezergue « s’est portée spontanément au secours des blessés, sous un bombardement par obus de gros calibre » [1].

16 avril  : L’attaque de Nivelle sur le Chemin des dames se solde par un échec sanglant !

L’échec de l’offensive est consommé en 24 heures malgré l’engagement des premiers chars d’assaut français (une quarantaine). On n’avance que de 500 mètres au lieu des 10 kilomètres prévus, et ce au prix de pertes énormes : 30 000 morts en dix jours. Le général Robert Nivelle, qui a remplacé le général Joseph Joffre à la tête des armées françaises le 12 décembre 1916, en est tenu pour responsable.

Lors de la conférence interalliée de Chantilly, en novembre 1916, il assurait à tout un chacun que cette offensive serait l’occasion de la « rupture » décisive tant attendue grâce à une préparation massive de l’artillerie qui dévasterait les tranchées ennemies en profondeur. « Je renoncerai si la rupture n’est pas obtenue en quarante-huit heures » promettait-il aussi !
Mais le lieu choisi, non loin de l’endroit où s’était déroulée la bataille de la Somme de l’année précédente, n’est pas le moins du monde propice à la progression des troupes, avec ses trous d’obus et ses chemins défoncés.

Qui plus est, avant l’attaque, les Allemands ont abandonné leurs premières tranchées et construit un nouveau réseau enterré à l’arrière, plus court, de façon à faire l’économie d’un maximum de troupes : la ligne Hindenburg.
Une offensive parallèle est menée par les Anglo-Canadiens au nord de la Somme, près d’Arras et de la crête de Vimy. Plus chanceux que leurs alliés, ils avancent dès le premier jour d’un à cinq kilomètres, les Allemands ayant allégé leur dispositif pour concentrer leurs efforts sur le Chemin des Dames.

Une évocation de cette journée.

« Le 16 avril 1917, il a plu depuis 10 jours. Le sol n’est plus que de la boue. Il a neigé dans la nuit. Les Allemands ont posté 392 positions d’artillerie. Les Français n’en ont repéré que 53 ! Dès la deuxième vague il n’y a déjà plus de brancardiers. Tués où déjà débordés. En quatre jours, 35 000 tués ou portés disparus. 95 000 blessés gisent sur le Chemin des Dames. »  [2].
« Enorme quantité de blessés. Désorganisation des trains de blessés On cite le cas d’un convoi de blessés envoyé jusqu’à Lourdes en passant par Paris, qui met cinquante quatre heures, quand il y a à Paris un nombre énorme de lits vides. » [3] .
Pas assez de personnel, les chirurgiens travaillent dix huit heures par jour.

27 avril : Mort de Soeur Claire Cartier, une amie de la famille Mézergue, dans sa 72° année [4].

5 mai : Nivelle s’entête et repart vainement à l’assaut. Les blessés affluent de nouveau en masse.

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Hommage ému d’un jeune aviateur
En gare de Senlis, Lucie, Gaby, un zouave (?) et un aviateur (au premier plan, à gauche). Au dos, cette belle phrase : « Hommage ému d’un jeune aviateur au dévouement d’une charmante infirmière. 6 mai 1917 » Signé Henry.
En comparant sa signature avec celles des fiches du "personnel de l’aéronautique" je pense qu’il peut s’agir de Robert Marc Henry "passé à l’aviation le 15 décembre 1916 en qualité d’observateur...venu du 1er d’artillerie à pied"
Né le 6 février 1897 à Paris, Robert Marc a donc 20 ans, chimiste avant la mobilisation, il est encore célibataire ! Mais, pour l’instant, ce n’est que mon intuition. Je vous laisse juges. M.G
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A gauche, la signature du jeune aviateur ; à droite celle de Robert Marc Henry

13 mai : Mort chez les Mézergue de sa grand mère, Éveline Rivaud, Gaby n’en parle pas !!!

16 mai  : Le découragement gagne les Français. Nivelle est limogé, remplacé par Pétain. Mutineries et grèves éclatent partout. Gaby n’en dit rien !

Désespoir et mutineries
Après l’attaque du Chemin des Dames, au cours de laquelle sont morts pour rien 29.000 soldats français, la désillusion est immense chez les poilus. Ils ne supportent plus les sacrifices inutiles et les mensonges de l’état-major.
Des mutineries éclatent çà et là. En fait de mutineries, il faudrait plutôt parler d’explosions de colère sans conséquence pratique : aucun soldat n’a braqué son arme sur un gradé ; aucune compagnie n’a déserté.
Elles surviennent à l’arrière, dans les troupes au repos qui, après s’être battues avec courage mais inutilement, apprennent que leurs supérieurs veulent les renvoyer au front sans plus d’utilité.
Le général Nivelle, qui n’a pas tenu sa promesse d’arrêter les frais au bout de 48 heures, est limogé le 15 mai 1917 et remplacé par le général Pétain, auréolé par ses succès de l’année précédente à Verdun. Il s’en faut de beaucoup que ce changement ramène la discipline dans les rangs et les mutineries se reproduisent en assez grand nombre jusqu’à la fin du printemps.
Le nouveau commandant en chef s’applique en premier lieu à redresser le moral des troupes. Il sanctionne avec modération les faits d’indiscipline collective, limitant à quelques dizaines le nombre d’exécutions.
L’historien Guy Pedroncini chiffre le nombre de condamnations à 3.500 environ et les exécutions effectives à 60 ou 70. Les autres condamnés voient leur peine commuée en travaux forcés (ils échappent du même coup à la guerre !). L’historien Jean-Baptiste Duroselle évalue à 250 le total des mutineries sur le front français au printemps 1917. Elles auraient impliqué un maximum de 2.000 soldats et se seraient soldées par 27 exécutions pour faits d’indiscipline collective.
Les mutineries du printemps 1917 sont passées pratiquement inaperçues des contemporains et n’ont suscité l’intérêt des historiens qu’à partir des années 1930. [5] »

19 mai : Pétain décide de mettre fin aux attaques inutiles.

30 mai : Une vague de mutineries secoue l’armée française déçue par les offensives inutiles et meurtrières de Nivelles. Paul Painlevé, Ministre de la guerre, est convaincu qu’une partie des troupes françaises, complètement révoltées, s’apprête à marcher sur Paris.
Il est vrai que le découragement est grand et que la colère monte au sein des unités. Les fraternisations se multiplient, les désertions aussi [6]. Les wagons remontent du front, couverts d’inscriptions pacifistes ! Gaby ne peut pas ne pas les avoir vues. Elle n’en souffle pourtant pas mot !

2 juin : Les mutineries se répètent sur le front.

4 juin  : L’arrière rejoint le mouvement. Manifestations pacifistes à Paris, pillage de magasins à cause de la cherté de la vie [7]. La répression commence alors avec brutalité, les exécutions se multiplient. Pétain, de son côté essaie d’amadouer la troupe ! Qu’en sait, qu’en pense Gaby ? Elle n’en dit rien !

13 juin : Gaby rejoint le « fourgon cantine de la presse N° 13 ».
Ce même jour, le général Pershing débarque à Boulogne à la tête du corps expéditionnaire américain. Les secours arrivent !

Gaby, de plus en plus attirée par l’écriture, accumule les manuscrits de nouvelles sur le front. Ces textes, au style un peu emphatique et patriotique, sont bien dans l’air officiel du temps. Courant juin, elle prospecte les divers media parisiens possibles, Le monde féminin, L’Écho de Paris, La revue littéraire illustrée, Paris - Revue, La Tribune, Excelsior, pour y caser l’une ou l’autre de ses nouvelles en attente.
A côté des réponses négatives, on trouve un certain nombre d’acceptations dont celle de Paris-Revue qui lui offre à cette occasion une carte de presse. Elle détient effectivement, pour l’année 1917, une Carte de Rédacteur - Correspondant du journal Paris - Revue.

Août  : Poursuite de la reconquête française. Combats sur la rive gauche de la Meuse : reprise du Mort-Homme et de la cote 304.

3 septembre : à Montigny-sur-Vesle (Marne) vers 22 heures, Gaby est « blessée à l’épaule gauche par éclats d’obus en attendant un chargement de blessés. Mme Mézergue était sur la marche du wagon - cantine qui devait assurer le ravitaillement des blessés à évacuer »

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Certificat d’origine de blessures, en service commandé, du 22 septembre 1917.

8 octobre 1917 : Les Ombrais ; lettre de Gaby à sa mère : « Tu sais qu’il m’arrive souvent d’être prise de panique en te croyant malade ! »

En octobre, elle publie enfin dans Le monde féminin, une nouvelle intitulée : Le rêve sauveur qui met en scène une prémonition de son amie Vava. Selon le manuscrit, ce texte avait été écrit entre avril et juin 1916.
Un récit de songe, non daté et resté inédit révèle par ailleurs un inconscient troublé :
« Dans la cathédrale sombre, une foule pressée, silencieuse comme des ombres, haletante et immobile, fixe un point qu’un projecteur éclaire brutalement. Soudain, un bruit de poulies, un grincement de chaînes, et, dans la tache claire s’élève une immense croix de bois aux couleurs de la France : un homme, les pieds cloués à cette croix, nu comme à l’heure de sa naissance, les bras soutenus par des cordes, est lentement redressé : ses genoux se tendent, ses bras, par des mains invisibles, sont étendus sur la croix et de sonores coups de marteaux résonnent dans la nef. Son visage torturé essaye de sourire.

Soudain éclate la plus belle, la plus sonore Marseillaise et l’homme illuminé sourit ! C’est pour la France. Angoisse, enthousiasme, paroxysme d’émotion de la foule !
Je sors épouvantée, le sang battant mes tempes, je trébuche… fuir, fuir ! Ne plus rien voir, c’est trop odieux, ces gens qui ont permis cela, cet homme qui ne s’est pas plaint ! Le makoué crucificateur va-t-il choisir une autre victime ? Fuir, fuir …ah !
À la porte, une forme humaine recouverte d’une cagoule blanche m’arrête ! C’est à moi qu’on en veut ! Mon Dieu ! Je ne sais rien, je ne suis pas complice !
Mais l’homme parle d’une voix sourde, il faut ; dit-il ; pour sauver cet homme qui va mourir, qu’une femme aussi soit immolée. Autre sacrifice - don d’un autre genre … l’homme sa vie, la femme sa chair… Non, non, ah non fuir, fuir, tant pis pour lui, qu’il reste sur sa croix !

Épuisée, je rentre chez moi. Tout est calme et tranquille, j’ai dû rêver… J’ôte mon chapeau, face à une glace… et j’aperçois derrière moi un homme à cagoule, semblable à l’autre ! Le temps de faire ah, la cagoule tombe…. Le crucifié lui – même est là ! Sur mes épaules une main sanglante s’abat, une étreinte farouche de ce grand corps nu et je tombe sans connaissance sur le divan, écrasée me semble-il par les cadavres amoncelés des morts d’une nouvelle et étrange guerre ! »
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Diplôme de la Croix Rouge
Union des Femmes de France ; 16 octobre 1917

7 novembre : Le lieutenant de Chasseurs Marcel Lebigot [8] a le bras droit arraché par un obus, Gaby est l’infirmière qui le soigne et lui apporte du réconfort. Ils ont le même âge et des sensibilités communes [9]. Elle racontait que la nuit précédente, elle avait vu en songe passer devant ses yeux un bras coupé avec des galons de lieutenant.

Pendant ce temps, les évènements révolutionnaires s’accélèrent en Russie. C’est l’insurrection à Petrograd ! À cette période, l’atmosphère est de plus en plus lourde en France. Pour les Français, perdre la guerre n’est plus inenvisageable !

13 novembre  : Fère en Tardenois. Lettre à ses parents. Elle est dans son wagon avec un certain docteur Rio et pense à sa grand-mère, morte il y a six mois. Le lendemain, chargement de 100 blessés à St Gilles et départ vers Mont Notre Dame et Neuilly Saint Front. En attendant Gaby fait du filet !

Le 17 novembre, Georges Clemenceau, 76 ans, forme un gouvernement de choc pour poursuivre et intensifier la guerre contre l’Allemagne. Dans son discours d’investiture en qualité de nouveau Président du Conseil et ministre de la Guerre, il manifeste devant la Chambre des députés sa volonté de conduire une guerre intégrale et de sortir le pays de ses errements.
Par ses visites sur le front, il redresse le moral des troupes. Sa détermination lui vaut les surnoms de « Tigre » et « Père de la Victoire ». Avec affection, les poilus qui combattent dans les tranchées l’appellent plus simplement « Le Vieux »

Gaby doit être assez malade car elle est mise en arrêt jusqu’à mai !
22 décembre : Lettre illustrée (vraisemblablement de Paris) à sa Maman bien chérie, ne parlant pas de la guerre ! Elle souhaite bon noël à sa mère en « exil solitaire » et lui annonce qu’elle ira à la messe de minuit avec Fernande (la bonne).

Mata Hari est exécutée dans les fossés de Vincennes.

Année 1918

Une nouvelle année commence et toujours la guerre ! Le front est stabilisé et même amélioré en France et pourtant, en dépit des exhortations de Clemenceau ; « Nous nous battons depuis trois ans et voulons la victoire de la France » ; le cœur n’y est plus !

1er janvier, le 1247e jour de guerre  : « Maman rentre du wagon 13 que nous quittons pour un mois. J’y étais depuis le 13 juin avec Loulou [10] ».

En ce début d’année, libéré du front russe, Berlin, qui a pu ramener des troupes vers l’Ouest, juge nécessaire de lancer une offensive décisive avant que les Américains n’imposent leur solution [11]
Les combats redoublent de ce fait d’intensité sur le front occidental par un froid glacial. Pétain adresse ses « vœux les plus affectueux » aux soldats. A l’arrière, le climat est pourri. La neige, la grippe, le coût de la vie, l’affaire Caillaux [12] , tout y contribue.
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Dans le Livre d’Or de Gaby
"A ma chère amie Gaby. Souvenir affectueux d’une petite « civile » un peu honteuse de prendre place après tant de vaillants"
Renée Cartier 15 janvier 1918

16 janvier : Gaby, qui a repris son service plus tôt que prévu, part en permission vers l’arrière.

17 au 21 janvier : Séjour à Ruelle.

2 février : Gaby est de retour dans la capitale et reprend ses activités parisiennes.

26 janvier au soir  : partie de roulette chez les Cartier [13].

La fin du mois de janvier se passe à la maison. Nombreux rendez-vous dont : Docteur Vorbe (de Dunkerque), Loulou et Zette Buchwalter [14]

29 janvier : Une carte de pain donne à chaque Français droit à 300 grammes de pain par jour, eux qui en consommaient 410 grammes avant guerre.

30 janvier : commencement des bombardements aériens, par des bombardiers biplans Taube et des bimoteurs appelés Gotha sur Paris. Il y en aura 20. Dès que l’alerte était signalée, les pompiers des casernes de Port-Royal et de Nationale parcouraient les rues du 13e arrondissement en sonnant au clairon « Garde à vous ! ». L’alerte terminée, ils faisaient le même trajet en sonnant cette fois La Breloque.
Aucune mention dans les notes de Gaby alors qu’une historienne [15] note : « À l’apparition des premiers Taube allemands, les Parisiens s’affolent, font des provisions en vue d’un nouveau siège, ou veulent quitter la capitale au plus vite. »

17 février  : c’est un dimanche gris et froid. « Je me sens bien malade. » C’est la confirmation d’une antienne qui n’aura pas de fin. Elle s’inquiètera toujours pour sa santé !

19 février  : « J’ai vu le Docteur Etchépar. Je me sens de plus en plus malade. Je me couche. Quand me relèverai-je ? »

1er mars : « Tous les jours, plusieurs personnes sont venues prendre de mes nouvelles. »

3 mars  : Traité de Brest-Litovsk, la Russie quitte la guerre. Gaby n’en dit rien !

12 mars  : « Je ne vais guère mieux. Je me lève et nous partons pour Ruelle. »

20 mars : Retour de Ruelle.

21 mars  : Début d’une offensive allemande de grande envergure sur un front de 100 km, du nord d’Arras au sud de l’Oise.

23 mars : « L’alerte a été donnée cette nuit et à 8 h 30 ce matin. Les enfants des écoles sont dans notre cave. Nous allons leur distribuer des bonbons. »

25 mars  : « Il tombe un obus (de 240), toutes les 20 minutes. La population est calme. »

Jusqu’à la fin du mois, nombreux rendez-vous et visites. Gaby décompte chaque jour le nombre de victimes du canon.

Il s’agit des tirs de la Grosse Bertha, du nom de la fille de l’industriel Krupp [16]. Ceux-ci sont annoncés par des agents de police descendant le Boulevard de l’hôpital en sonnant du tambour.

Bousculés par l’offensive « boche », les Alliés acceptent que Foch soit nommé commandant en chef :

« Le 26 mars 1918 se réunit la conférence interalliée de Doullens (Somme) à l’initiative du président du Conseil, Georges Clemenceau. Près de quatre ans après le début de la Grande Guerre, elle a pour but de coordonner les forces alliées alors que les Allemands donnent de vigoureux coups de boutoir sur le front occidental. Cinq jours plus tôt, ils ont enfoncé les forces britanniques autour d’Amiens et le maréchal Douglas Haig, décontenancé, songe à la retraite.
À Doullens, Poincaré, Clemenceau, Foch et Pétain d’un côté, Lord Milner et Haig de l’autre, s’accordent sur la création d’un commandement unique. C’est une première depuis le début de la guerre. Le général français Ferdinand Foch,66 ans, est nommé généralissime des troupes franco-britanniques. Il lui reviendra de faire face à l’ultime offensive allemande en commandant tout à la fois les Anglais et les Français [17] ».

5 avril  : Ruelle avec ses parents. Jusqu’au 30 avril, rien de sensationnel, grippe et à Paris toujours le canon.

9 avril  : Début de l’offensive allemande dans les Flandres. Les Américains débarquent, à raison de 120 000 hommes par mois. A ce rythme, ils vont bientôt faire pencher l’équilibre des forces.

20 avril  : Lettre de Gabriel, son père chef de gare des chemins de fer du réseau Paris-Orléans. Lucie et Gaby sont à Ruelle. Fernande est toujours à leur service.

Mai : Visites et rendez-vous divers. Commencement de la bataille du Chemin des Dames.

23 mai : Pour saper le moral des Français, les Allemands recommencent à bombarder Paris avec la Grosse Bertha, située à 120 km de la capitale. Une bombe tombe sur la gare d’Austerlitz et trois autres au carrefour du Boulevard de l’Hôpital et de la rue Jeanne d’Arc.Il faut préciser que Gabriel travaille à la gare d’Austerlitz et que le carrefour cité est en face de chez les Mézergue, 111 Bd de l’Hôpital.

27 mai : Ludendorff lance sa troisième attaque dans le secteur. Le Chemin des Dames est repris.

29 mai  : Lettre à Gabriel, elle décrit une promenade à Rouen. Lucie a pris froid. Annonce son arrivée ("sa petite personne") à Paris. Elle a aussi, pour la première fois, eu droit aux Gothas.

30 mai  : Retour à Paris. Comme prévu, Gaby reprend son service.

31 mai  : « Je fais des démarches pour aller moi - même soigner Maman. C’est entendu et officiel. »

2 juin  : Château-Thierry est pris. Paris n’est plus qu’à 60km pour l’armée allemande.

4 juin  : « Je pars pour Sotteville (Les Rouen ?). Maman est bien contente de me voir arriver, et moi infiniment heureuse. »

5 juin  : « Nous partons pour Étaples (Pas -de-Calais) et Abbeville (Somme). Il y a des masses de choses démolies par de fréquents bombardements. On nous laisse tranquille. » Lettre de Sotteville qui révèle que Lucie a été gazée.

6 juin  : « Je me suis ouverte une veine de la main gauche. Zut, j’étais venue pour travailler. »

Lettre d’Étaples à son père, Lucie ajoute quelques mots. Elles sont passées par Abbeville. Gaby a été malade (coliques) mais ça va mieux : « J’ai demandé à Zizou [18] un certificat d’intoxication pour Maman ; il est toujours bon d’avoir ces petit papiers là dans ses affaires. » Elle signe à l’époque Gaby Mézergue !

7 juin : « Rentrons à Sotteville. On est encore mieux là qu’ailleurs. »

8 juin : « Zizou est ici, nous passons nos journées ensemble et le soir nous sortons toutes les trois. »

9 juin  : Lettre M.F Tétaud, la grand-mère maternelle de Gaby, [19] à ses « Chers amis ». Ils ont acheté une jument et planté de la luzerne à Brouterie

Évacuation massive de blessés vers le Sud-Ouest

12 juin  : « Un ordre de départ ! Nous filons tout à l’heure sur Beauvais (Oise). Évacuation de pékins, il paraît ! »

13 juin  : « Indescriptible chargement de tous les civils des hôpitaux de Beauvais. Quel étalage de misère. »

14 juin  : « Nous roulons toujours. Hier soir le dîner à Saint Germain. Le matin, le déjeuner à Limoges à 14 heures. Je n’ai jamais vu autant d’horreurs. Le dîner est servi à Brives par des amis trop aimables. »

15 juin  : « Nous roulons toujours. Le petit déjeuner est servi à Toulouse où nous rencontrons le 17 bis PLM. Nous déchargeons à Agen à 17 heures. Passage à Monsempron-Libos. À 21 heures, nous arrivons à Cahors pour désinfecter. »

Paris pendant ce temps résonne de l’ écho des combats de Château-Thierry. La nuit est infernale de bruits et d’angoisse. Les Allemands tentent une percée vers l’Ouest. C’est la bataille pour Paris. Une nouvelle fois Gaby n’en dit mot !

16 juin  : « Il pleut à torrents. Nous sommes fatiguées de ces 77 heures de voyage sans arrêt. Nous visitons un peu Cahors et nous allons à la messe à la cathédrale, curieux mélange de roman et de gothique. »

« Nous avions eu 7 ou 8 morts en route. Toutes les horreurs que l’on cache à la société. » Une lettre de Toulouse de ce même jour à son père précise : « Voilà un voyage effrayant de longueur, songe que nous sommes partis mercredi et que nous n’avons pas cessé de rouler. Et tout cela pour éviter des bombardements à des gens qui n’en avaient plus que pour quelques jours à vivre. La preuve, c’est que nous laissons un ou deux cadavres à chaque grande gare. Moralement parlant cette évacuation est incontestablement la plus pénible de toutes celles que j’ai faites. Toutes ces affreuses misères dont les hôpitaux civils sont les réceptacles sont étalées là. Quelle horreur ! »

Déménagement

17-18 juin  : Trajet de retour vers Sotteville. À l’arrivée : Alerte ! « Nos remplaçantes sont là à nous attendre : Mme Privat et Mme Debray (une nouvelle). »

19 juin : « Nous rentrons à Paris. Arrivées à 16 h., nous allons au bureau de Papa qui n’a qu’une idée, c’est de déménager. Nous allons nous en occuper activement. » (De quel déménagement s’agit-il ?)

21 juin  : « On emballe ! Quelle tristesse. Reviendront-ils ces meubles qui partent ? À quoi bon les envoyer ? »

22 juin : « Les déménageurs … »

23 juin : « Rangements, nous sommes bien fatiguées ! »

24 juin : « 8 h. Maman part pour Ruelle où elle va tâcher de caser les meubles. Me voilà seule dans cette grande maison vide ! »

26-27-28 juin : « Alertes de Gothas ».

30 juin : « Papa emménage à son tour au bureau. »

1er juillet : « Printemps, pour les soldes ».

4 juillet : « 4th of july, fête de l’indépendance américaine. »

4 au 15 juillet  : Beaucoup de visites et de courses.

15 juillet  : Départ pour Le Pouliguen. Lucie et Gaby arrivent chez les Chrétien [20]

Ce même jour, Ludendorff décide de jouer sa dernière carte en Champagne et lance 47 divisions de Château-Thierry à l’est de Suippes. C’est un échec, une contre-attaque foudroyante met désormais la victoire dans le camp des Alliés.
Le 18 juillet, après quatre ans de guerre, le généralissime Foch passe à la contre-offensive avec les premières troupes américaines dans la région de Villers-Cotterêts. Pour la première fois sont utilisés à grande échelle les chars d’assaut. Les Allemands sont partout repoussés. Ils subissent leur plus grave défaite à Montdidier, le 8 août, et dès lors engagent une retraite générale [21]

17 juillet : Les Mezergue prennent leurs repas dans une pension de famille.

19 juillet  : Les Mézergue cherchent une villa.

20 juillet : Ont trouvé La Petite Bretonnière, la plus ancienne villa de la côte.

21 juillet : « Papa débarque avec Fernande (la bonne), Landie vient aussi. »

30 juillet  : Excursion à La Baule en bicyclette avec les Chrétien.

31 juillet : Retour à Paris.

2 août : « J’ai été malade comme un chien. C’est affreux, je suis brisée ! »

3 août : « J’ai été conduire Maman au Wagon 7 au Bourget. »

6 août  : « j’ai été au « Monde féminin », Le « Carnet d’une infirmière » commencera dans le prochain N° » « Fournir photo pour le Mémorial des femmes de lettre ».

8 août : Offensive allemande sur Amiens. C’est encore un échec : « Le jour de deuil de l’armée allemande » selon Ludendorff. Les Alliés attaquent sur tous les fronts.

9 août  : « Canon, Journée dans les bois (Loulou), train manqué. 18.30 être au jardin, après dîner les boulevards. »

10 août  : « Maman doit rentrer d’évacuation : Toulouse, Cahors. »

15 août  : « Maman est venue dormir avec le Commandant Cartier, alerte aux Gothas. »

En 15 jours, 3,7 millions d’hommes sont mobilisés [22].

Notes

[1Citation : Ordre N° 19 908

[2Jean-Claude Raspiengas, La Croix, 15 août 2014

[3Guilleminault, page 146

[4Sans doute la sœur du Général Cartier

[5Cybergroupe Généalogique de Charentes Poitou (CGCP), 16 avril 2014

[6LOEZ, André, 14-18. Les refus de la guerre, Gallimard, Folio Histoire, 2010

[7Guilleminault, page 154

[81896-1930

[9Gaby l’épousera en 1919

[10Exploité petit agenda journalier en cuir grenat

[11Kaspi, André, Le temps des Américains, 1917-1918, Paris, 1976.

[12Ancien Président du conseil, accusé de corruption

[1327 rue de Bourgogne Paris 7e

[1411 rue Gohier, Tours.

[15Thébaud, page 28

[16Dutrone, Christophe, Feu sur Paris. L’histoire vraie de la Grosse Bertha, Ed. Pierre de Taillac, Paris, 2012

[17Site Cybergroupe Généalogique de Charentes Poitou (CGCP)

[18Probablement une amie de Gaby

[191852-1942

[20Proches amis de la famille Mezergue.

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2 Messages

  • Un ange blanc dans la Grande Guerre (3e épisode) 16 juin 2016 17:41, par martine hautit

    Bonjour,
    Toujours aussi intéressants ces regards croisés du témoin de l’époque et de l’historien.
    Encore bravo pour cette mise en perspective .
    Martine

    Répondre à ce message

  • Un ange blanc dans la Grande Guerre (3e épisode) 17 juin 2016 12:21, par MAZIERES Bernard

    Bonjour.Emu par cette extraordinaire chronique:notre mére a
    passé toute cette guerre à Paris mème (notre père comme agent de liaison) ;c’est dire que tout ces souvenirs ont
    alimenté notre enfance.Je suis frappé par un constat horrible en forme de question.
    Dans les tètes pensantes du Génie détachées près le Commandement,il n’y avait donc aucun géologue ???
    L’épaisseur du calcaire formant la table du plateau rendait impossible l’effet des obus les plus lourds.Le allemands avaient construit là dessous une Ligne Maginot avant la lettre. Affreux d’incompétence !! B. Mazières.

    Répondre à ce message

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