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Sauvés du choléra par la Vierge

Le mardi 7 septembre 2004, par Michel Guironnet

« Le choléra, après avoir sévi pendant deux mois dans la ville de Condrieu, vient de frapper un coup terrible dans ma paroisse dans l’espace de huit jours. La population est effrayée et réclame des prières publiques pour la cessation de ce fléau. J’ai profité de cette occasion pour ranimer la foi de mes paroissiens et je les ai engagé à recourir avec confiance à la Sainte-Vierge ».

« Dans ce but j’ai acheté une belle statue de la Vierge que je veux inaugurer sur une de nos places le jour de l’Assomption. Les fidèles sont heureux de cette idée et se préparent à cette grande fête ». Je te prie Monseigneur de m’accorder la permission de bénir cette statue, et de vouloir bien appliquer des indulgences aux fidèles qui réciteront un ou plusieurs Ave Maria en présence ou en vue de cette statue. Je serais heureux de pouvoir les annoncer à ma paroisse le jour de la fête. Ce qui pourrait avoir lieu par une réponse courier par courier. Je suis avec respect, Monseigneur, de votre grandeur, le très humble et très obéissant serviteur. Dorzat, curé.

Tel est le courrier adressé des Roches le 12 août 1854 à Mgr Ginoulhiac, évêque de Grenoble.

Entre 1853 et 1854 en effet une épidémie de choléra fait en France 145 000 victimes. Cette maladie contagieuse est caractérisée par des vomissements et des selles très fréquentes. Avec une soif intense et un amaigrissement rapide, le malade est très affaibli et succombe rapidement d’épuisement. Le bacille responsable du choléra ne sera découvert qu’en 1884... Pour l’instant il ne reste que la prière et, aux Roches, elle se révèle efficace :

« Monseigneur, je suis heureux de pouvoir annoncer à votre grandeur que probablement nous serons délivrés du choléra. Du 3 au 20 août, nous avons 5 cas de mort et un nombre à peu près égal de cas plus ou moins graves qui laissent espor de guérison. Si la justice de Dieu est satisfaisante nous sommes heureux de nous en être tirés à si bon compte. Espérons que nous n’aurons pas de nouvelles pertes à déplorer ».

« Cette grande leçon de la Providence n’a pas été sans fruits pour ma paroisse. Elle a fait rentrer en elles-mêmes bien des personnes, et la solennité du 15 août en a été une preuve bien convainquante. Quoique contrariée par le mauvais temps, la cérémonie de la bénédiction de notre statue de la Sainte Vierge a été magnifique ».

« Le bruit de l’inauguration s’était répandu dans les paroisses voisines qui étaient accourus en foule. La population des Roches, heureuse de voir placer au milieu d’elle l’image de la Vierge qu’ils choisissaient pour gardienne, leur refuge et leur consolatrice dans leur affliction, s’était préparée à cette fête avec un enthousiasme indicible. La piété devait donner à cette solennité son plus bel éclat. Le nombre des communions a été extraordinaire, et malgré les précautions que j’avais prises et l’aide d’un confrère voisin, nous n’avons pu satisfaire les désirs de la piété ».

« C’était après la bénédiction de la statue que devaient se faire sur la place les prières réclamées par l’Empereur. Les autorités et le corps municipal assistaient à la procession. Ce fut un beau spectacle que cette foule immense tombant à genoux aux pieds de la Ste-Vierge au moment où nous récitions trois Ave Maria pour nous mettre sous sa protection ».

« Le soir les illuminations ont été superbes, surtout autour de la statue. Elles avaient été organisées par nos Frères Maristes, au zèle desquels nous devons une grande partie de l’éclat de cette fête ».

« Depuis cette époque, chaque soir un très grand nombre de fidèles de tout âge, et je puis dire de tout sexe, se rend aux pieds de notre statue, sans respect humain, pour gagner les Indulgences dont votre grandeur a bien voulu l’enrichir ».

« Espérons que l’image de Marie sera pour la paroisse des Roches une source de bénédictions pour le corps et pour l’âme, pour le temps et l’éternité... » (Les Roches, le 26 août 1854).

Morts du choléra aux Roches (38)

Les registres de la paroisse Saint-Nicolas nous livrent les noms des victimes de l’épidémie, le curé Dorzat ayant pris soin de préciser « décédé hier du choléra » sur les actes de sépultures :

  • 1er août 1854 : Marie Anne Cornillon, décédée le 31 juillet, veuve Barbier, 72 ans
  • 3 août : Marie Barbier, morte la veille, 32 ans, épouse de Louis Taret
  • 9 août : Etiennette Levet, décédée le 8, 55 ans, veuve de Jean Chanal
  • 12 août : Marie Garat, épouse de Jean Siaux, elle est décédée le 11
  • 20 août : Benoit Lentillon, 27 ans, époux d’Anne Dutrieux (décédé le 19)
  • 29 août, Jean Roux, 37 ans, époux de Catherine Montet (décédé le 28)
  • 30 août Joseph Dutrieux, 59 ans, époux d’Anne Verrier (décédé le 29)
  • 1er septembre : Denys Ponthon, mort la veille, 55 ans, époux de Marguerite Chevalier
  • 6 septembre : Marie Bernard, femme de Claude Cachet, enterrée à Auberives
  • 8 septembre : Louis Chevallier, époux de Jeanne Brondel (décédé le 7)
  • 9 septembre : Pierre Tranchant, 50 ans, marie d’Etiennette Barbier (décédé le 8)
  • 11 septembre : Jeanne Brondel, morte la veille, 84 ans, veuve de Louis Chevalier
  • 12 septembre : Jean Claude Dard, agé de deux ans, fils de Michel Dard et d’Antoinette Arthaud, décédé le 11 probablement du choléra.

C’est le dernier mort signalé de l’épidémie de choléra. Entre le 1er août et le 12 septembre (43 jours) : 13 décès. Il y aura 38 sépultures cette année 1854.
Par comparaison, en années normales, les Roches enterrent 36 personnes en 1851, 28 en 1852, 35 en 1853, 41 en 1855 et 28 en 1856.

Ce n’est donc pas tant le nombre des morts du choléra qu’il faut retenir de cet épisode. Les victimes de la maladie sont les plus faibles : enfants fragiles ou personnes âgées ; certaines sont fauchées dans la fleur de l’âge, mais ni plus ni moins que d’autres années.
Ce qu’il faut retenir c’est la concentration des décès sur une courte période : après le 12 septembre, dernier cas de choléra identifié, on relève 7 enterrements sur 1 mois ! Probablement des personnes affaiblies par la maladie.
Soit sur août et mi-octobre 1854, 2 mois et demi, 20 personnes enterrés aux Roches sur un total de 38 pour l’année !

Une note d’espoir pour terminer ! entre les sépultures nombreuses cet été là, se glissent quelques baptêmes (beaucoup d’enfants nés de parents occupés aux travaux du chemin de fer) :

  • 1er août : Marie Brondel
  • 4 août : Jean-Baptiste Champin
  • 10 août : Marie Louise Cachet, fille de Jean-Pierre et de Louise Durocher
  • 16 août : Marie Emelie Cachet, fille de Claude et de Marie Bernard
  • 10 septembre : Nicolas Remillieux
  • 14 octobre : Auguste Dupin

Cette triste année 1854, l’abbé Dorzat baptisera 42 enfants, dont la plupart verront le 20e siècle grâce aux progrès de l’hygiène et de la médecine.

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4 Messages

  • > Sauvés par la Vierge 18 octobre 2004 19:00, par Pierre Souchier

    Bonjour,
    j’ai apprécié l’article « sauvé du choléra par la Vierge ». Nous avons dans notre famille, également un miracle du à la Saint Vierge. On peut le lire sur mon site dans l a rubrique « Famille Souchier annexe » : à la page du dossier pdf « Charles Bonnaventure Souchier » (1824-1895) (http://pierre.souchier.free.fr/page.sommaire.html). Ce n’était pas un cas de choléra, mais la Sainte Vierge peut être efficace dans beaucoup de domaines…
    Ce ne sont pas les Mexicains qui me diront le contraire avec leur Sainte Vierge de Guadalupe (Je lui ai aussi fait une page à : http://pierre.souchier.free.fr/avoirloeil.html)
    Quoiqu’en disent tous les matérialistes, la spiritualité peut rendre bien des services au pauvre humain ici bas ;
    Courtoisement vôtre.
    Pierre Souchier

    Voir en ligne : La Vierge de Guadalupe

    Répondre à ce message

    • > Sauvés par la Vierge 11 août 2008 22:48

      il existe la meme histoire à maillane village des Bouches du rhone ou les maillanais organisèrent une procession pour faire cesser le fléau du choléra le 28 aout 1854.
      Toutes les personnes atteintes furent aussitot guéries. De plus aprés la procession en l ’honneur de notre dame de grace le fléau cessa subitement son lot de mort.plus aucun nouveau cas fut détecté aprés le 28 aout. les 60 personnes atteintes furent guéries.
      Maillane fut ensuite préservé de la nouvelle vague de choléra qui subit en 1884.
      aucun malade ni déces pendant cette seconde épidémie.
      La vierge est ainsi fetée depuis chaque année dans le village le 28 et 29 aout avec la meme ferveur qu ’en 1854. Des processions sont organisés auquel chaque maillanais se doit d’assister.

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      • > Sauvés par la Vierge 25 octobre 2008 19:02, par Robert GRENIER à Istres (13)

        Il y a eu néanmoins à Maillane durant le 3è trimestre 1854 un taux de mortalité supérieur par rapport aux années 1853 et 1855...

        Mémoire L’épidémie de choléra de 1854 dans les cantons de l’étang de Berre. 1995. Robert GRENIER.

        Répondre à ce message

  • > Sauvés du choléra par la Vierge 19 octobre 2004 11:36, par Surian13

    Très jolie récit...
    C’est très interessant d’avoir le nombre de décès du choléra dans ce village, car souvent « nos curés » oublient de noter la raison du décès...
    En Provence nous avons eu une épidémie de choléra , en 1834...

    Répondre à ce message

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