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Quand les Victor-Hugoliens avaient inventé la pelote-verrière


jeudi 18 septembre 2014, par Michel Baumgarth

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Quand j’étais gamin, dans les années cinquante du siècle dernier, la cour de récré de mon école était entourée de verrières qui nous protégeaient de la pluie.
Il est très probable que les milliers de cours de récré de France et de Navarre en étaient aussi équipées.
La marmaille de mon école en avait détourné la fonction officielle de protection climatique en en faisant le terrain sur lequel nous pratiquions avec enthousiasme un sport magnifique sorti de notre imagination.
Dans le petit texte qui suit, j’ai conté cette activité qui a enchanté ma jeunesse et dont les réminiscences viennent souvent agrémenter mes insomnies.
J’aimerais tellement savoir si les garnements d’autres villages avaient eux aussi inventé et pratiquer notre pelote-verrière…

École Victor Hugo, les années cinquante...

Deux heures à rester attentifs sous la férule du maître ou à faire semblant de l’être, deux longues heures à lutter contre l’impérieux besoin d’échanger quelques mots avec un condisciple co-indiscipliné, ça vous fourmille les bras et les jambes, ça vous rend le postérieur de plus en plus lustreur du banc du pupitre, ça vous ébullitionne la caboche de la marmaille scolastique. Face à la menace d’explosion imminente, un seul exutoire : la récré !

Dans toutes les écoles, la cour de récré est un monde hors le monde d’où les adultes ont la sagesse de se savoir importuns, à peine tolérés pour venir calmer ou exclure vers le piquet ceux dont l’excès d’excitation fait tache dans le bourdonnement ambiant.

Notre cour était délimitée par trois murs sur lesquels s’accrochaient les verrières qui assuraient notre protection les jours de pluie. Quant au quatrième, il supportait vaillamment nos pissotières et, hélas, nous interdisait tout accès visuel à l’univers des filles de l’autre côté...

Nul ne se souvient du génial garnement qui imagina de transformer cette verrière en terrain de pelote et nul n’a retenu les noms des maîtres qui décidèrent d’en tolérer la pratique dans un coin de la cour des grands.

La verrière était constituée d’épais panneaux lisses en verre armé incrustés entre des armatures de fer en forme de T renversé, ce qui laissait des arêtes verticales de plus d’un centimètre érigées vers le ciel.

Le jeu consistait à renvoyer de la paume de la main sur la verrière une balle de ping-pong. En heurtant une arête elle changeait brutalement de direction et la trajectoire était aléatoire en fonction de l’angle d’impact, de la force donnée et du nombre d’arêtes rencontrées.

Chaque équipe de deux ou trois membres s’évertuait alternativement à empêcher la balle d’atteindre le sol. Aux multiples et capricieux changements de direction, aux encombrants obstacles qu’étaient nos adversaires et parfois nos partenaires s’ajoutaient les incursions des équipes des matches adjacents car aucune limite territoriale n’était fixée.

De temps à autre la confusion et les injures atteignaient un tel paroxysme que le maître, excédé, expédiait deux des belligérants au piquet au centre de la cour. Les survivants continuaient le combat...

En ce temps-là, l’argent de poche était exceptionnel et les balles faisaient souvent défaut. Nous contournions l’obstacle par un savant bricolage d’un avatar confectionné à l’aide de feuilles de cahier compactées et rigidifiées par des bandes d’adhésif. La sphère était approximative, mais suffisamment fonctionnelle.

Pourtant un grave danger menaçait nos ersatz de balle : nous jouions dans un coin de la cour où deux verrières se rejoignaient par l’intermédiaire d’une goulotte de section rectangulaire dont la pente était fatalement plus faible et dont le plancher métallique rugueux capturait trop souvent notre projectile, le transformant en obstacle supplémentaire fatal à la balle de rechange que nous mettions en jeu.
En quelques jours le terrain serait devenu impraticable si nous n’avions pas eu un complice pour nous tirer de ce mauvais pas : le concierge de l’école, Adrien BAUMGARTH - mon grand-père - nettoyait chaque soir, d’un zèle scrupuleux, cette maudite goulotte piégeuse.

Mon frère fut l’un des gamins auxquels il confiait chaque matin la mission de ramener sa moisson quotidienne de pseudo et vraies balles aux compétiteurs.

Récemment, ce frère, Christian, m’a ramené dans notre chère école ; c’était l’heure de la récré, mais aucune partie de pelote n’était engagée... En levant les yeux, consterné, j’aperçus une verrière neuve, magnifique, mais d’une planéité imbécile interdisant à tout jamais la pratique de notre sport. Hélas, la rénovation n’avait pas été confiée à un ancien Victor-Hugolien ...

Je prends la plume pour témoigner : notre pelote-verrière, petite sœur de la pelote des Mayas et de la pelote basque, née du génie inventif de la marmaille Victor-Hugolienne, avait toutes les qualités requises ( bien plus que le squash ) pour quitter son sanctuaire et conquérir le monde ; mais les enfants, hélas, n’ont pas leur mot à dire sur l’implantation des verrières...

Je fais un rêve : il suffirait de presque rien, d’un mur accueillant à quelques mètres de verrières, de quelques explications données aux gamins du quartier pour qu’ils s’approprient le merveilleux sport de notre enfance et le fasse revivre. Ajoutez quelques bancs autour et vous aurez un lieu convivial intergénérationnel où les pratiquants des temps anciens pourront se réunir pour commenter les prouesses des jeunes en se réjouissant la rétine...

La pelote-verrière Victor-Hugolienne ne peut pas se perdre dans les poubelles de l’histoire ; elle doit être classée au patrimoine culturel de Créteil.

Ma bourse de Cristolien exilé est ouverte à une souscription communale.

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11 Messages

  • Quand les Victor-Hugoliens avaient inventé la pelote-verrière 19 septembre 2014 12:29, par DUFRENE-SEQUARIS Germaine

    J’ai adoré votre compte-rendu rédigé avec un art qui se perd ! Ayant modestement été responsable d’un cours d’histoire de l’éducation, dans une école normale belge, je trouve que cette situation aurait pu être un bon départ pour une réflexion sur l’école d’autrefois. Corsetez (tiens, il n’est pas dans le Larousse de poche 2010 ? donc je l’invente ???)l’inventivité, elle rejaillit là où on ne l’attendait pas. Quel bonheur que ces adultes bienveillants que le destin place parfois sur le chemin de la jeunesse. Avant de « former les maîtres » , ambitieux, non ?j’étais moi-même « maîtresse d’école » ! Super le va-et-vient entre pratique et théorie. Je crois que c’est ce qui manque sans doute, le plus, dans les formules actuelles de formation.

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  • Quand les Victor-Hugoliens avaient inventé la pelote-verrière 19 septembre 2014 14:51, par MARC Jean-Louis

    Merci pour ce beau souvenir mis en mots avec une photo qui permet de mieux comprendre l’aire de jeu.

    Aujourd’hui, les cours de récré de l’élémentaire ne permettent que rarement l’inventivité. Il faut ensuite passer l’écueil de la surveillance des enseignants qui sont responsables de tout incident vis à vis de parents toujours plus procéduriers. (c’est un enseignant qui écrit)

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  • Quand les Victor-Hugoliens avaient inventé la pelote-verrière 19 septembre 2014 17:47, par Cochelin Michèle

    Merci pour ce beau souvenir victor-hugolien. Et félicitations aux adeptes de la pelote verrière pour leur imagination. J’ai regretté (car je suis une enseignante dorénavant en retraite) le manque d’imagination des enfants de cette génération pendant les récréations.
    Lorsque j’étais au cours moyen dans les années 60, nous demandions des élastiques à nos mamans couturières et inventions (je crois) les premières règles de ce jeu. Maintenant des élastiques de couleur se vendent dans le commerce...

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  • Quand les Victor-Hugoliens avaient inventé la pelote-verrière 20 septembre 2014 00:01, par Vincent de Walque

    Dans mon collège belge (= lycée), au début des années 1950, l’on jouait à la balle au mur avec des balles pelotes bien dures. Puis vinrent d’incessants travaux, et le beau mur disparut derrière les constructions nouvelles. Et le jeu aussi...

    L’on était 600 garçons en ce temps-là ; actuellement, 2400 garçons et filles fréquentent cet établissement. Je doute qu’il y ait encore la possibilité matérielle de jouer à ce jeu, ni même un peu de terre où tout simplement jouer aux billes.

    Je ne sais à quelle époque de l’année a été prise cette photo. Elle me rappelle que pendant les deux premières années du secondaire, beaucoup de mes condisciples, et moi, venions souvent en culotte courte au collège.

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  • Quand les Victor-Hugoliens avaient inventé la pelote-verrière 20 septembre 2014 00:20, par Michelle Schott

    Bonjour Michel
    Votre histoire d’enfance est un délice de lire.
    Malheureusement dans mes écoles en France, personne n’a eu cette inventivité.

    Mais votre histoire vaudrait la peine d’en écrire davantage avec plus de détails.

    J’ai adoré !!!
    Michelle ( Brésil)

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  • Quand les Victor-Hugoliens avaient inventé la pelote-verrière 20 septembre 2014 08:12, par nicole darrigrand

    Merci beaucoup pour ce texte charmant qui peut certes entrer dans l’histoire
    de la pelote,qu’elle soit celle des Basques,des Mayas...ou des gamins de Créteil.
    A Biarritz,j’ai vu des murs d’école tout piquetés (noir sur blanc),résultat des
    réceptions des balles (de tennis),bien placées ma foi. Les agents de service.
    menaçaient les "délinquants’ rigolards et la Mairie demandaient plus de surveillance de la part des enseignants...qui ,souvent,auraient bien participé aux parties...

    En tout cas,lire votre jolie histoire(qui illustre l’imagination—souvent bridée—
    de nos gosses a été un réel plaisir

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  • pelote-verrière 20 septembre 2014 11:40, par Colette Boulard

    Très, très jolie histoire montrant l’inventivité des enfants, matinée de respect tout de même pour les lieux : il n’est pas fait état de verre cassé ! Complicité avec le monde des adultes, compréhension réciproque.
    Agréablement raconté,finement descriptif, cet épisode nous fait vivre ces récréations : nous sommes près des gamins, jouons avec eux. Gamine, je préférais jouer avec les garçons : leurs activités étaient évidemment bien plus drôles, en voici un exemple ! Ils avaient une bien plus grande marge de manœuvre que celle autorisée aux filles.

    Merci pour ce moment partagé. Il a comme un goût de « reviens-y ».

    Colette

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  • Quand les Victor-Hugoliens avaient inventé la pelote-verrière 20 septembre 2014 14:51, par André Vessot

    Bonjour Michel,

    Merci pour ce beau témoignage qui nous ramène soixante ans en arrière dans les cours de récréation d’antan. Les élèves faisaient preuve d’une sacrée inventivité. Les cours de récréation d’aujourd’hui ont bien changé.
    Vous présentez ça de façon agréable et avec beaucoup d’humour.
    Bravo.

    André VESSOT

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  • Quand les Victor-Hugoliens avaient inventé la pelote-verrière 21 septembre 2014 14:30, par Sallet Claude

    Quel rafraichissement cette lecture.
    Ça me rappelle un jeu d’adresses qui se jouait aux pieds où, dans les années 60 (Villeurbanne-69),on confectionnait des boules assez flasques constituées de lanières découpées dans des chambres à air de vélo liées entre elles par un bout de ficelle et que deux équipes, formées de 3 ou 4 partenaires, s’envoyaient au dessus d’un filet imaginaire.

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  • Merci à Mr Baumgarth de nous faire partager ses beaux souvenirs .

    Avec ce jeu inventé par les enfants, il nous montre qu’avec presque rien, les
    enfants savaient se distraire pendant les récréations.

    Je comprends son rêve de voir renaître ce divertisement. je souhaite que son projet aboutisse et je lui envoie tous mes encouragements

    Répondre à ce message

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