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Quand Rose Petit accouchait dans une voiture en 1872

Une vie de marchande ambulante au XIX siècle en Seine-inférieure


jeudi 3 octobre 2019, par Martine Hautot

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Croiriez-vous qu’au XIX siècle on pouvait accoucher dans une voiture ?

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AD76 Grandes-Ventes 4E05436

C’est pourtant ce qui est arrivé à Rose Petit, le 13 Juin 1872, à trois heures du matin. La voiture du marchand ambulant qui l’abritait était alors stationnée sur la commune des Grandes Ventes et plus précisément sur la route de Dieppe à Paris. Les Grandes Ventes, c’est le nom d’un village en bordure de la forêt d’Eawy, en Seine-Maritime (alors Seine-Inférieure), nommé ainsi en raison des importantes ventes de bois qui s’y effectuaient.

C’est là que Rose Petit met au monde, le 13 Juin 1872, la petite Félicité, Louise, Julia, à trois heures du matin, sur la route de Dieppe à Paris, dans une voiture de marchand ambulant.

La femme qui vient d’accoucher a déjà 37 ans. Elle exerce alors un de ces nombreux petits métiers "qui n’attendent pas en boutique la venue du client." Pour le moment marchande ambulante de mercerie, elle propose aux paysannes des objets bien utiles aiguilles, épingles et dés à coudre, mais aussi quelques futilités, rubans, dentelles, jolis mouchoirs, un peu de rêve enfin. Elle empoche quelques sous, pas de quoi faire des folies et elle reprend la route. Elle vient de Belleville-sur-mer, à une dizaine de kilomètres au nord de Dieppe, où elle a vu le jour dans les bâtiments d’une ferme : son père, originaire du quartier du Pollet à Dieppe, qualifié de journalier et mendiant, est venu s’y abriter avec sa femme en mal d’enfant. Avec de tels débuts dans la vie, on devine que l’existence de Rose ne sera pas des plus faciles.

Rose ne passe pas devant monsieur le maire mais quand naît Félicité, elle a déjà mis au monde plusieurs enfants qui ont tous vu le jour dans le département de la Seine- Inférieure mais dans des villages différents au gré de ses déplacements : une première petite fille naît à Gruchet Saint Siméon (près de Luneray), dans l’arrondissement de Dieppe, le 28 Décembre 1859. Elle est prénommé Rosalie Delphine et s’appelle Dujardin puisque reconnue à sa naissance par son père François Marcellin Dujardin, un chiffonnier, originaire de Bosc-le-Hard.

Rose s’occupe alors à « coudre de la faïence. » car, à cette époque on ne jette pas la vaisselle cassée, on la répare ou si vous préférez, on la raccommode en récupérant les morceaux qu’on relie avec des agrafes et elle est comme neuve et d’une solidité à toute épreuve ! Une seconde petite fille, Angelina, naît le 18 juin 1863 à Estouteville-Ecalles (non loin de Buchy), puis un garçon, une quinzaine de kilomètres plus loin, en 1866 à Saint-Georges-sur-Fontaine, prénommé François Marcellin. Celui-ci n’est pas reconnu par son père, la maman est devenue marchande de chiffons.

Tous ces enfants sont certainement les enfants de François Marcellin Dujardin, même s’il omet parfois de les reconnaître ou le fait tardivement : la petite Félicité, née sur la route de Dieppe est ainsi reconnue 16 ans plus tard en 1888, peut-être pour faciliter un mariage.

Mais on pouvait trouver un indice de cette paternité dès la lecture de l’acte de naissance : on y voit que la femme qui présente l’enfant s’appelle Félicité Dujardin, « présente à l’accouchement comme compagne de voyage de la mère de l’enfant. » Ce qui n’est pas dit, c’est qu’elle est la sœur de François Marcellin Dujardin et donc la tante du nouveau-né. D’autres enfants suivront ; dont un petit Désiré Eugène Dujardin, né sur la voie publique en 1877 à Arques-la-bataille. On se retrouve du côté de Dieppe.

La situation de Rose ne s’améliore pas et d’autres enfants sont peut-être nés dont je n’ai pas retrouvé la trace. Ce sont des familles qui vivent dans une précarité très importante, qui changent sans cesse de résidence et qui ne s’encombrent pas de formalités administratives.

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Cailly, place du marché

Nous connaissons toutefois le lieu et la date de décès de Rose, à tout juste cinquante ans, le 26 Octobre 1886 « sur la place publique de Cailly où elle était de passage ».
Cailly est à une dizaine de kilomètres de Saint-Saëns.

(Je connais bien l’endroit car c’est dans ce village que j’ai passé toute mon enfance, on y voyait encore de pauvres marchandes traversant le village en criant « peaux de lapins, chiffons, ferrailles. ») On la dit marchande ambulante sans domicile fixe et mariée à Marcellin Dujardin, sans profession et domicile connus. La date du mariage est laissée en blanc et pour cause. Triste destinée ! Les filles de Rose connaîtront à leur tour les aléas d’une vie de nomade.

Quant à François Marcellin, il se marie finalement avec une veuve, en 1888, à Yvetôt (pas de mention d’un précédent mariage de l’époux) et décède beaucoup plus tard aux grandes ventes le 7 mars 1908, à 65 ans, resté jusqu’à sa fin marchand ambulant.

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21 Messages

  • Quand Rose Petit accouchait dans une voiture en 1872 3 octobre 12:56, par Pierrick Chuto

    Très intéressant. Merci Martine

    Pierrick

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  • J’avais déjà croisé un cas semblable dans un village de Saône-et-Loire vers 1900. Il s’agissait d’un couple de forains qui avaient posé leur roulotte dans un pré de la commune. Il est fort probable qu’ils n’étaient pas seuls et qu’il y avait avec eux toute une communauté de gens du voyage.
    Comme sur l’acte de naissance, il y était fait mention d’une reconnaissance suite au mariage des parents précisément daté, j’ai pu facilement retrouver cette acte et faire une petite généalogie de cette famille. Le père était originaire d’un village d’Alsace qu’il avait quitté avec sa famille en 1872, et, comme la plupart des Alsaciens de cette époque, chaque membre de cette famille était lettré et avait une belle écriture. Quant à la famille de la mère, elle avait beaucoup voyagé. De ce que j’ai trouvé, ça allait du nord de la Cote-d’Or jusqu’en Savoie. C’étaient probablement des Manouches.

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    • « C’étaient probablement des Manouches. »

      Non, non.
      Certains métiers ne pouvaient pas être sédentaires.
      Par exemple, le cordonnier se déplaçait chaque jour de ferme en ferme.
      Il était sûr d’avoir au moins un repas.

      Pour ma part, j’ai aidé l’une de mes cousines par alliance.
      Sa famille possédait un petit cirque et ils allaient régulièrement de l’Italie à la Belgique. Grâce à Internet, nous avons bien avancé malgré tout.
      Ce n’étaient pas des « manouches » mais des gens entreprenants.

      Pour les Alsaciens, certains sont allés en Bretagne pour leur apprendre à tailler la pierre.
      Les Hollandais sont venus dans le Marais Vernier (27) pour assécher les marais.
      Les ramoneurs venaient de Savoie. Etc.

      Dans le cas de Martine, ce sont de vrais déshérités, car habiter dans les « gobes » de Dieppe était particulièrement rude ; des familles entières de pêcheurs s’entassaient dans ces habitats troglodytes creusés dans les falaises.

      Voyez ces photos :
      http://www.quiquengrogne-dieppe.com/2013/03/les-gobes.html

      Sujet très intéressant.
      Amicalement
      Gabrielle

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      • Quand je parle des Manouches, je parle de la branche du peuple Romanichel installée en France. Et j’ai oublié de préciser que je connaissais le nom de famille, car habitaient non loin de chez moi une famille portant le même et qui étaient des Manouches sédentarisés. Ce mariage m’avait montré que les populations nomades n’évoluaient pas chacunes en castes fermés, mais pouvaient s’unir entre elles.

        Dans le cas de Martine, on sait que Rose Petit s’est accouchée dans une roulotte stationnée sur un axe de communication(route de Dieppe à Paris), et que la soeur de son mari est également présente à l’accouchement, ce qui indique qu’ils ne sont pas isolés. Il serait intéressant d’enquêter également sur la famille de Marcellin Dujardin. Connaître ses origines pourraient nous en apprendre beaucoup.

        Et effectivement, on a encore beaucoup à apprendre sur ces communautés de gens du voyage qui parcouraient (et parcourent encore) les routes de France.

        Répondre à ce message

        • Quand Rose Petit accouchait dans une voiture en 1872 4 octobre 21:27, par martine hautot

          Bonjour, en ce qui concerne les origines de Marcellin Dujardin ,son père était aussi du département de la Seine-Inférieure ,itinérant aussi et condamné à plusieurs années de travaux forcés pour vol,sa mère était aussi de la région :une famille qui ne faisait que des petits déplacement à l’intérieur du département.
          Cordialement,
          Martine

          Répondre à ce message

        • Quand Rose Petit accouchait dans une voiture en 1872 7 octobre 12:12, par henry virginie

          Bonjour voilà je peux vous renseigner sur Marcelin dujardin c’était le frère à mon arrière-grand père s’appelait Pascal Joseph dujardin je crois qu’ils était 7 enfants leurs père c’était Anguste dujardin donc mon arrière arrière grand père a et leur mère s’était une famille tourime je suis pas sûr de l’orthographe du noms de famille si vous voulez plus de renseignements j’aurais le plaisir de vous renseigner

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          • Merci pour ces infos. ;)

            Ce qui serait intéressant, c’est de savoir si cette famille est nomade depuis plusieurs générations ou bien si ce sont seulement les deux dernières qui ont vadrouillé. Et aussi, dans le cas où ils voyageraient en communauté, il faudrait arriver à retrouver leurs compagnons de route.

            Répondre à ce message

            • Quand Rose Petit accouchait dans une voiture en 1872 7 octobre 18:14, par martine hautot

              Bonjour,Ce sont ,je pense des gens que la misère a poussés à prendre la route ,plutôt des marins du côté de Rose Petit et tisserands et domestiques du côté de Marcellin . je pense qu’ils se déplacaient en famille :frères et sœurs ,beaux frères, belles soeurs ...ils ne s’éloignaient jamais beaucoup
              Cordialement
              Martine

              Répondre à ce message

          • Quand Rose Petit accouchait dans une voiture en 1872 7 octobre 17:26, par martine hautot

            Merci de ces informations :heureuse d’avoir croisé la route de vos ancêtres
            Cordialement,
            Martine

            Répondre à ce message

          • Quand Rose Petit accouchait dans une voiture en 1872 7 octobre 18:02, par martine hautot

            Bonjour,Virginie

            Je crois que Marcellin Leon Dujardin (1907_1976)fils d’Auguste Dujardin et de Louise Toumire était en fait un petit neveu de Marcellin François Dujardin(1842-1908) compagnon de Rose Petit:François Marcellin et François Auguste étant frères ,on reste dans la famille.
            Cordialement,
            Martine Hautot

            Répondre à ce message

      • Quand Rose Petit accouchait dans une voiture en 1872 4 octobre 21:11, par martine hautot

        Merci pour le lien et pour ces images des gobes de Dieppe.
        cordialement, Martine

        Répondre à ce message

    • Quand Rose Petit accouchait dans une voiture en 1872 4 octobre 21:15, par martine hautot

      Beaucoup de migrants au cours des siècles dont il n’est pas toujours aisé de retracer les parcours ,mais la recherche est passionnante .Merci du partage.

      Répondre à ce message

  • Quand Rose Petit accouchait dans une voiture en 1872 4 octobre 11:22, par Marie JACQUEY

    Retour sur tous ces métiers bien utiles et qui venaient « à domicile » avec leur appel à la clientèle bien reconnaissable ; mais quelle vie difficile !
    Merci à l’auteur

    Répondre à ce message

    • Quand Rose Petit accouchait dans une voiture en 1872 4 octobre 21:29, par martine hautot

      une grande misère et pas beaucoup de compassion à leur égard,souvent sur plusieurs générations.
      Cordialement,
      Martine

      Répondre à ce message

      • J’ai moi-même des ancêtres dits mendiants lors de leur décès. C’est également dans cette région Pays de Bray/Pays de Caux.

        J’avais collationné beaucoup d’écrits sur la mendicité.
        Centre de recherche et de documentation Jean-Marie Déguignet :
        « … j’allais commencer le plus digne et le plus noble état du monde, puisque Dieu l’avait pratiqué lui-même et qu’il fut pratiqué également par nos plus grands saints. Quel honneur et quelle gloire de pouvoir à l’âge de 9 ans marcher sur les traces de Dieu et des saints ! … »

        Médiathèque de Lisieux : Suppression de la mendicité à Rouen par Henri Barbet, Maire et Député de Rouen (1841).
        « .. Je constatai que le nombre des mendiants qui appartenaient à la ville de Rouen et qui y exerçaient, était de 600 ….. Une centaine comptait quatre ou cinq générations qui s’étaient succédé à la porte d’une église, d’un hôtel, ou sur quelque point des promenades publiques. »

        Par contre, les miens avaient un bon métier, laboureur, meunier, chasse-moûte, etc. Puis les aléas de la vie, un accident, la maladie les laissent handicapés, incapables de subvenir à leur subsistance. Ils sont alors « autorisés » à mendier car les secours n’existent pas à leur époque.
        Je souligne « autorisés » car tout un chacun ne pouvait se déclarer mendiant. (Je ne retrouve plus mes notes à ce sujet).
        Votre Rose a le mérite de travailler, mercière, chiffonnière ; chez moi on dit qu’il n’y a pas de sots métiers mais des sottes gens.

        Bonnes recherches
        Gabrielle

        Répondre à ce message

  • Quand Rose Petit accouchait dans une voiture en 1872 5 octobre 18:28, par catherine marquet

    Triste destinée, mais très bien racontée.
    En plus, c’est une région que je commence à bien connaître, et à bien apprécier, y allant souvent en congés.Les GRANDES VENTES est un bourg assez animé au niveau commerce, nous y passons sur la nationale DIEPPE PARIS ou inversement.
    La prochaine fois que je passerais par là, j’aurai une pensée émue pour Rose et sa famille.
    Le quartier du POLLET me semble toujours assez triste, il y a des commerces désaffectés par rapport à l’autre côté du pont.

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  • Quand Rose Petit accouchait dans une voiture en 1872 5 octobre 22:41, par Colette Boulard

    Ce sont des vies bien dures que vécurent ces personnes, sans grand espoir de sortir un jour de l’âpreté quotidienne. Vous en faites un récit factuel, sobre, sûrement plus fidèle à la réalité et au concret de chaque jour qu’en le romançant, en l’enveloppant et l’adoucissant. J’y vois beaucoup de respect pour Rose et ses proches, ainsi que pour tous ceux qui vécurent, par force, semblables vies.

    Répondre à ce message

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