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Nicolas Bontemps

Archiprêtre de la paroisse d’Exoudun (Deux-Sèvres)


samedi 1er septembre 2001, par Alban Pelletier

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Dans une France du XVIIIe siècle imprégnée de religiosité, les registres paroissiaux apparaissent comme les témoins de la vie quotidienne. Le curé de paroisse est un personnage clef de l’Ancien Régime, il joue de multiples rôles : religieux, social, administratif et économique.

S’il en est un qui garde une place prépondérante dans la paroisse d’Exoudun (au sud-est des Deux-Sèvres), c’est l’archiprêtre Nicolas Bontemps qui officia dans cette paroisse et dans l’archiprêtré du même nom de 1695 à 1733.

L’archiprêtre Bontemps consigna dans les registres paroissiaux les grandes étapes de la vie de chacun : baptême, mariage, sépulture mais à côté de ces sacrements de nombreuses annotations d’ordres climatiques, religieuses, politiques furent rédigées par celui-ci retraçant les grands évènements qui se déroulèrent dans le royaume ou des scènes de la vie quotidienne. Ces notes nous dévoile la personnalité et donc les différents sentiments qu’éprouvaient l’archiprêtre à l’égard de ses ouailles mais aussi de l’autorité royale ainsi que de l’autorité ecclésiastiques.

Localisation et description de la paroisse d’Exoudun dans laquelle officiait Bontemps :

Bontemps attache une grande importance au microclimat exoudunois puisque ces premières annotations concerne le temps qu’il fait dans la paroisse.

Dans une paroisse essentiellement composée de paysans, la pluie et le soleil jouent un rôle capital pour une bonne ou une mauvaise récolte ; en 1713 Bontemps est conscient des dégâts que provoque la pluie pendant la période des moissons, il note "Les pluyes presques continuelles de iullet et aout ont pouri les pailles et fait germer une partie des grains mesme sur pied de sorte qu’on fut d’abord obligé de batre dans les granges et dans les chambres et de faire sècher les grains dans les fours pour les faire moudre". Le 28 avril 1718 il note un accident climatique "le jeudi 28 avril à 5 heures après midy, il tomba une grelle communément grosse comme des noix fresches ; elle ne fit domage qu’aux vignes et aux arbres fruictiers et aux bourgeons, les prez et les bleds se relevèrent" tout en écrivant cet accident climatique Bontemps nous donne des informations sur la formation paysagère de la paroisse.

La terre exoudunoise est de nature calcaire dans la majeure partie de la paroisse, celle-ci est dénommée « petite groie », c’est une terre de « bons rendements » comme l’indique Samuel Lévesque dans son Mémoire sur l’Etat de l’Election de Saint-Maixent, il y fait l’étude de la paroisse en 1698, trois ans après la prise de fonction de l’archiprêtre Bontemps, cette description nous montre bien dans quel univers évoluait l’archiprêtre : "on sème de toute espèce de bleds dans cette paroisse surtout du fromen ; il y a quelques vins et noyers, peu de bois. On peut dire que cette paroisse est un bon fond et d’un beau climat (...). Les peuples commercent sur les fromens qu’ils mènent en farine en les villes de La Rochelle, Niort et Rochefort (...)". Cette photographie instantanée d’Exoudun à la fin du XVIIe siècle nous transporte dans une paroisse où il fait bon vivre mais Samuel Lévesque poursuit sa description en mentionnant que « vingt sept personnes sont sortis du royaume, et on nombre mil trois cens trente neuf personnes nouveaux convertis, dont il n’y a que six qui font leur devoir ». C’est ainsi qu’il brosse un tableau assez fidèle tant dans son étude du paysage que dans sa tentative de compter les nouveaux convertis.

En effet, la paroisse d’Exoudun est un bastion protestant, l’habitat y est dispersé en hameaux circonvoisins au bourg d’Exoudun, on en compte dix-neuf dont le plus important est celui de Bagnault. Cette topographie des lieux est propice au développement du protestantisme.

Un curé-archiprêtre soucieux de l’exactitude ; Des tâches administratives bien accomplies :

En 1695, Bontemps signe son premier acte, c’est un baptême, il était alors âgé de 27 ans. Il fut lui-même baptisé à Saint-Genest (Vienne), le 15 janvier 1668, ordonné prêtre le 22 mars 1692 et archiprêtre le 12 octobre 1694.

Bien que les bâtiments de l’archiprêtré fussent encore dans un état laissant fort à désirer, il s’y établit néanmoins et apporta dans l’exercice de ses fonctions, tout le zèle et l’ardeur de son jeune âge.

L’évêque du diocèse de Poitiers, François Ignace de Baglion de Saillant, l’avait choisi à dessein pour occuper le poste d’archiprêtre d’Exoudun, comme étant l’un des séides les plus actifs et les plus dévoués. La façon dont il s’acquitta de sa tâche montre surabondamment que la confiance dont l’honorait ce prélat ne fut pas trompée, au moins en ce qui concerne les poursuites et les persécutions contre les réformés.

L’examen des registres paroissiaux tenus par ledit Bontemps nous en fournit la preuve.

Bontemps avait un souci constant de bien faire son travail, même si la tâche qui lui incombait était énorme puisqu’en plus de sa fonction de prêtre d’Exoudun il devait aussi s’investir dans les 28 autres paroisses de l’archiprêtré. Nicolas Bontemps est le seul des archiprêtres qui se succédèrent à Exoudun à donner des informations sur l’état des finances de l’église. Les dépenses et les recettes étaient soigneusement consignées dans les registres. C’est un élément essentiel du bon fonctionnement de l’église.

Dés sa prise de fonction, Bontemps avait le souci de tenir à jour les dépenses pour l’entretien de l’église mais aussi le montant des quêtes.

Sur un feuillet des registres, il note pour l’année 1724 : « Dépenses faites pour le service divin et les réparations de l’église :

  • 4 soles pour un éteignoir de fer blanc
  • 4 soles pour la pomme de l’aspersoir
  • 1 livre et 4 soles pour l’encens
  • 3 soles pour accomoder le pupitre
  • 7 soles pour un vase en fayence
  • 4 livres pour faire accomoder la croix
  • 2 livres et une sole pour la chaux et journées du recouvreur
  • 1 sole pour l’huile de la lampe
  • 2 livres et 2 soles pour un quartier de corde pour la petite cloche ».

Bontemps rencontraient de sérieuses difficultés dans l’entretien de l’église. Les nombreux problèmes qu’avaient l’archiprêtre pour les réparations de l’église témoignent d’un intérêt peu important pour la religion catholique. En effet, les habitants de la paroisse était peu conciliant pour financer les réparations d’une église qu’il ne reconnaissait pas, tout du moins pour les protestants. Conséquence peut-être d’un événement datant de 1698, en effet tous les prétextes sont bons pour imposer des charges aux mauvais convertis, lorsque le clocher de l’église s’est effondré sur le chœur, les représentants du roi avaient envisagé de faire payer les réparations non pas par les décimateurs, ce qui eut été logique, mais par les nouveaux convertis qui composent presque toute la paroisse d’autant mieux qu’ils sont forts riches et ne vont pas à l’église, fort heureusement le contrôleur général des finances refuse cette suggestion.

En 1721, il note :

"12 livres furent questées le 14, 22 et 29 octobre pour les pauvres de provences et envoyé le jeudi 2 janvier par le messager de Lusignan à M. Alloneau pour être remis à Monsieur l’official, 9 livres furent questés les dimanches 6,13 et 30 avril et furent envoyés le 24 par le messager de Lusignan à monsieur l’official de Poitiers pour les pauvres de Rennes ruinés par le feu et incendie de leur ville".

Au-delà des clivages religieux, le prêtre Bontemps est un vecteur important de la communication des informations aux paroissiens. En effet, il est souvent le seul à savoir lire il peut donc informer ses ouailles qu’un incendie a eu lieu à Rennes. Cette nouvelle engendre au sein de la communauté catholique et protestante un effort de solidarité à l’égard des habitants de cette ville. Un sentiment de solidarité apparaît entre les différentes paroisses qui composent le royaume.

Bontemps s’attache aussi à mentionner dans les registres paroissiaux les changements de domicile ou « translation de domicile » il note en 1724 « La translation du domicile de Pierre Sardin fut publiée le 24 juillet dont il requit acte délivré le 26 décembre » ; ou bien en 1726 « Jeanne Caillaud veuve de Jacques Bougoin a affermé sa maison de Brieuil et ses dépendances à Jean Dalte, 40 livres à transféré de la St Michel 1721 au village de Baignon paroisse de Chey ou elle demeure actuellement dans une maison qui lui appartient quant à la 4e partie et qui de plus exploite une métayrie affermée 170 livres qu’elle tient de Jean Maixandeau son taux est de 70 livres et une imposition faisant le tout, 200 livres, le 29 août, feste de St Louis ».

Ces notes permettent de faire connaître les changements de domicile afin d’assurer une répartition plus juste et plus stable de l’assiette de la taille ; En effet, chaque paroissien devait signaler son départ si il quittait définitivement la paroisse. L’explication est à chercher dans les rôles de taille. La taille était un impôt direct royal, elle était prélevée à des fins militaires. Malgré la diminution du nombre de guerres, elle ne disparaît pas mais au contraire elle devient de plus en plus pesante et permanente.

La taille selon les régions, n’étaient pas fixée en fonction des mêmes critères. Ainsi, dans les pays d’état surtout dans le Midi de la France, elle était appelée : réelle et portait sur les terres roturières possédées par chacun. Dans les pays d’élection, comme dans l’élection de Saint-Maixent à laquelle appartient la paroisse d’Exoudun la taille était dite : personnelle et était basée sur l’ensemble des richesses supposées de chaque taillable, leurs degrés de fortune. Les rôles des tailles qui étaient dressés chaque année par les asséeurs-collecteurs, peuvent être considérés comme des listes annuelles des chefs de famille de la paroisse. Si une famille quittait la paroisse d’Exoudun elle devait le signaler pour éviter d’être taxé dans cette même paroisse. Il était donc nécessaire de connaître les chefs de famille qui avait quitté la paroisse. La fin du rôle de taille comporte les nouveaux venus dans la paroisse et les mendiants, les vagabonds, les inutiles. L’archiprêtre qui notait les changements de paroisse permettait de voir les entrées et les sortis définitives de la paroisse la transmission de ces informations aux asséeurs-collecteurs était capital pour éviter des erreurs dans la perception de l’impôt.

Après ce bref rappel, il est nécessaire d’étudier la répartition de la taille dans la paroisse. Celle-ci se faisait à plusieurs niveaux. Ainsi, chaque année la somme totale était arrêtée dans le brevet de la taille, au conseil du roi, et était partagée entre les généralités. Ensuite, elle était répartie entre les différentes élections de chaque généralités. Puis avait lieu le département des tailles c’est-à-dire la répartition de la taille entre les différentes paroisses de l’élection. Enfin, le partage entre les feux taillables de la paroisse ou assiette de la taille. Ce partage était difficile puisqu’il était imposé sur les habitants eux-mêmes (taille personnelle). Une fois cette étape achevée il fallait procéder à la collecte de la taille. Ainsi, l’assemblée des habitants de la paroisse élisait chaque année les asséeurs-collecteurs, ceux-ci étaient élus ou plutôt nommés (comme le dise les actes d’assemblée de la paroisse) à la pluralité des voix des habitants assemblés au devant de la porte et principale entrée de l’église paroissiale.

Si un foyer ne payait pas ou bien avait quitté la paroisse, les asséeurs-collecteurs devaient régler le montant de leur poche, puis faire un procès à la famille pour être remboursée.

La famille qui quittait la paroisse devait donc signaler à un représentant de l’autorité (en l’occurrence à l’archiprêtre Bontemps) sa sortie définitive de la paroisse pour éviter de payer deux fois la taille dans deux paroisses différentes (car taille personnelle).

Ainsi, ces actes administratifs retranscrits dans les registres témoignent d’une réelle volonté certainement en apparence d’aider les paroissiens à résoudre leurs problèmes avec l’administration ou bien de suivre à la trace et d’épier tous les faits et gestes des protestants nouvellement convertis à la religion catholique.

Un archiprêtre dévoué et exemplaire :

Outre sa fonction de prêtre, celle d’archiprêtre est encore plus contraignante puisqu’il a de nombreuses obligations à remplir, le Pouillé de 1782, le dernier en date avant la suppression des anciennes divisions ecclésiastiques du diocèse de Poitiers indique 28 paroisses, ce chiffre suffit à montrer l’ampleur de la tâche.
 
Les visites de paroisses constituaient l’une des plus importantes attributions archipresbytérales qui lui était donné. L’archiprêtre était souvent requis comme témoin d’un don, d’un legs à un établissement religieux, d’une transaction, d’un accord, d’un arrangement quelconque.

La présence d’un tel témoin donnait une consécration officielle et plus irrévocable aux actes qui étaient revêtus de sa signature, comme en témoigne la retranscription sur les registres paroissiaux de deux habitants de la paroisse d’Exoudun venus voir l’archiprêtre Bontemps pour la somme d’argent qu’ils avaient trouvé dans une maison dite « chambardelle ».
 
"Le mercredy 21 may 1721, la veuve Boutin et son fils aisné et Alexandre Ingrand son gendre me présentèrent de vieiles espèces d’argent en 238 pièces de différentes tailles qu’ils avaient trouvés (...), il pesai le tout à leurs ieux et présence, il se trouva six marcs et deux onses non comprises les cinq pièces que ladite veuve avait envoyé à son fils de Chenay, Louis Boutin. (...) tous trois me donnèrent en tout le poids de 6 livres 5 soles pour dire seize messes pour le revenan".
 
Si une difficulté s’élevait entre deux prêtres de paroisses comprises dans sa circonscription, ou bien entre le prêtre et les présentateurs à un bénéfice quelconque, cure, chapelle ou stipendie, le différend était généralement soumis à la décision de l’archiprêtre avant d’en arriver au jugement de l’évêque. il jouait donc un rôle de médiateur ou de conciliateur.

Il appartenait également à l’archiprêtre d’organiser des conférences ecclésiastiques, et il devait faire parvenir les différents sujets de la conférence et renvoyer les résultats à l’évêché.

Nicolas Bontemps était aussi chargé de faire parvenir les saintes-huiles aux paroisses de son archiprêtré, une note spéciale inscrite sur les registres d’Exoudun mentionne les paroisses auxquelles les précieux liquides avaient été fournies, comme sur le registre de 1724 sur lequel l’archiprêtre note "les paroisses qui ont pris les saintes-huiles : La Mothe, Chey, Rouillé, Thorigny, Salles, Reigné, Mougon, Prailles, Fressines, Sainte-Neomaye, Aigonnay, Avon, Goux."

L’archiprêtre devait aussi assurer la régularité du service divin dans les paroisses momentanément dépourvues de titulaires soit par suite de décès, soit par suite d’absence ( plusieurs actes témoignent de la présence de l’archiprêtre Bontemps à Bougon, une paroisse voisine d’Exoudun célébrant les mariages, décès et les baptêmes car le curé était malade).

Pendant la période des troubles religieux, Nicloas Bontemps devait tenir informé l’évêque de toutes infractions aux lois de l’église, de tout exercice de la religion réformée non tolérée par les édits, de tout baptême, mariage ou enterrement clandestin.

L’archiprêtre devait donc veiller à la stricte observance des ordres émanant de l’autorité épiscopale, donner lecture des édits du roi, des ordonnances de l’intendant et de tous les actes administratifs, voir même des jugements intéressants les habitants de la paroisse.

Un texte transcrit sur le feuillet R 718 - 451 des registres paroissiaux nous montre que l’archiprêtre était bien informé et à l’écoute des évènements qui se déroulèrent dans le royaume : "Le onze avril 1713, la paix fut signée à Utrecht à trois heures après midy par les plénipotentiaires de France et ceux d’Angleterre, à quatre heures par ceux du duc de Savoye ; à huit heures avec ceux du roy de Portugal ; à minuit avec ceux du roy de Prusse ; une heure et quart après minuit par ceux des Estats Généraux et le 14 du mesme mois le commandant de Berringant arriva à Versailles à neuf heures et demie du moi avec les traictez de paix (...). Le 15 juin ié chanté le Te Deum. Le dimanche 2 juillet 1713 ié allumé le feu de ioige avec M. de Nossac sur les chauxmes de la boîte"

Bontemps retrace donc les circonstances de la signature de la paix d’Utrecht, les traités d’Utrecht furent signés de 1713 à 1715, et mirent fin à la guerre de la Succession d’Espagne. Pour être reconnu roi d’Espagne, Philippe V dut cèder des territoires à l’Autriche ( possessions espagnoles en Italie et aux Pays-Bas) et à l’Angleterre (Gibraltar, Minorque). A cette dernière, Louis XIV dut céder Terre-Neuve, l’Acadie, la Baie d’Hudson et l’île de Saint-Christophe ; en outre il cessa d’appuyer le prétendant Stuart et reconnut la dynastie protestante ainsi que le titre de roi de Prusse à l’électeur de Brandebourg.

Cette annotation n’est pas la seule à montrer que Bontemps était informé des évènements qui survenaient dans le royaume, lors des naissances royales, il mentionne qu’il chante le Te Deum "ié chanté le Te Deum pour la naissance du Dauphin".

Un archiprêtre efficace dans sa tâche :

Pour montrer l’efficacité des archiprêtres nous nous appuierons essentiellement sur les actions de l’archiprêtre Bontemps, qui fit preuve de beaucoup de zèle lors des persécutions des protestants comme l’atteste certains actes dans les registres paroissiaux mais aussi les lettres qu’il écrivit régulièrement à l’évêque pour demander l’intervention des soldats. De nombreux actes montrent qu’il faisait preuve d’intolérance, il fit de nombreuses exhumations de corps comme celui de Jean Vandier "enterré en terre profane, le lundy 13 novembre 1713 (...), nous transportons audit lieu, le 8 décembre jour et feste de la conception de la sainte vierge et celle des vêpres et en présence de Louis Bourgueil, sacristain de notre église, nous le sortions de cette terre profane et lui donnions la sépulture ecclésiastique au cimetière ancien".

Un autre acte témoigne de son intolérance il procéda à la cérémonie d’inhumation d’un enfant âgé de sept mois, dont il qualifia le père de toute les insultes possibles, de mutin, de séditieux, d’orgueilleux, d’insolent, de brutal, capricieux.

Sur l’ensemble de son action dans la paroisse on constate que 4 exhumations de corps protestants ont été notées sur les registres pour les enterrer en terre catholique, 1702, 1708, 1710 et 1713.
L’archiprêtre Bontemps a fortement contribué aux conversions des protestants lors des dragonnades. Certains protestants se virent contraints à la messe forcée sous la conduite des dragons et sa surveillance.

La chasse aux protestants, le désert héroïque ; Un archiprêtre au service du pouvoir spirituel :

Pour mieux comprendre les réactions de Bontemps face à l’hérésie protestante, il est nécessaire de brosser un tableau de la situation dans le royaume.

Vers le milieu de l’année 1685, la cour fatiguée de la longue lutte qu’elle soutenait sans succès pour exterminer l’hérésie déclara que tous les temples seraient fermés, puis le 24 octobre, elle publiait l’édit de Fontainebleau révoquant l’édit de Nantes. Défense était faite aux réformés de s’assembler en n’importe quel lieu pour l’exercice de leur culte ; défense de sortir du royaume sous peine de galères pour les hommes, d’emprisonnement pour les femmes ; ordre de baptiser dans la religion catholique tous les enfants qui pourront naître de parents protestants ; injonction formelle à tous les pasteurs de se convertir au catholicisme ou de sortir du royaume dans le délai de quinzaine sous peine de galère, Bontemps note de nombreuses personnes "qui sont sortys du royaume".

En un mot suppression totale de toutes les prérogatives octroyées par l’édit de Nantes et retour aux scènes de violences et de pillage. Les assemblées du désert sont une forme de résistance au catholicisme, le « désert » est une période de deux siècles qui va de 1685 à 1787, époque à laquelle fut accordée l’édit de tolérance.

Dés que l’on eut jour de ces assemblées secrètes, les dénonciations affluèrent. Les curés d’Exoudun et de Vançais furent des premiers à se plaindre que les protestants ne consentaient plus à la messe forcée.
L’archiprêtre Bontemps écrivit au lieutenant de la maréchaussée de Poitiers, le 7 février 1696, une lettre typique pour le prier d’arrêter un « inconverti » de Bagnault.

"Si le zèle que Dieu m’inspire pour le salut du troupeau qu’il m’a confié me fait prendre la liberté de vous adressez cette lettre la justice et la piété qui ne nous retient pas moins que le rang que vous tenez à Poitiers me fait espérer que vous voudrez bien la recevoir et que vous ne refuserez pas le secours de votre autorité à celui qui ne l’implore que pour la gloire de Dieu et la conversion d’un nommé Pierre Chinon mon paroissien qui au grand scandale de toute ma paroisse et plusieurs autres circonvoisins persiste encore dans les pernicieux sentiments de la religion prétendue réformée sans que mes douceurs et mes caresses aient put lui faire abjurer suivant et conformément aux ordres de Sa Majesté (...). Si vous jugez ma présence nécessaire ou pour rééditer de vive voix ce que j’avance par ma plume, je m’en réfère à vos ordres et je les exécuterais. Bontemps, archiprêtre d’Exoudun".

Bontemps fait preuve d’une totale allégeance à l’égard de l’évêque et du roi.

L’archiprêtre eut des espions qui se dissimulèrent à travers les assistants, pour venir ensuite lui rendre un compte fidèle de ce qu’on avait dit ou fait.

Alors, pour éviter l’intrusion de personnes étrangères dans l’assemblée protestante ont mis au point un système de jeton en plomb ou en étain appelés « méreaux ». Ce jeton était distribué aux fidèles par les anciens, les porteurs de ces méreaux devaient en faire la remise au moment où ils s’approchèrent de la sainte table.

Jusqu’à la fin du règne de Louis XIV, ne cessa de se dérouler par intermittence périodes de calme et de troubles. Elle était subordonnée aux fluctuations de la politique : quand la paix régnait au dehors, c’était le moment des discordes intérieures et des persécutions ; puis pendant la paix intérieure, c’était la guerre au dehors. Malgré tout, il fallait de temps en temps des victimes expiatoires pour montrer que le zèle des subalternes ne se démentait pas. Deux habitants de Bagnault, Moinault père et fils, furent emprisonnés pour avoir tenté d’émigrer, Bonnet d’Exoudun subit le même sort.

Il y a d’autres exemples que l’on peut relever dans les 500 mesures anti-protestantes montrant la résistance des protestants face aux Dragons.
"Le 17 mars 1696, Lusignan, Sentence, sur dénonciation de l’archiprêtre d’Exoudun condamnant 12 particuliers nouveaux convertis de sa paroisse, qui en dépit des ordres du Roi et de l’ordonnance de Monsieur l’intendant en date du 2 août 1693, n’ont pas envoyé leurs enfants aux catechismes depuis le mois d’octobre, à l’amende portée par ladite ordonnance, de 5 sols pour chaque manquement, au paiement de laquelle, ils seront contraints par toutes voies (...)".

Bontemps dans les registres met en avant les actes héroïques mais aussi les comportements non tolérés par l’église comme la sépulture du 24 août 1722 : "Pierre Monnet, masson, âgé d’environ 80 ans qui étant agé de 21 ans monta le premier sur le temple calviniste d’Exoudun pour le démolir suivant l’ordre de la cour(...)".

Il va aussi régulièrement dénoncer les abus, les scandales deux actes sont frappants : "Pierre Sorin Naquit au village de Bagnault paroisse d’Exoudun du commerce incestueux, public et scandaleux de Pierre Sorin et de Madeleine Sorin, ses pères et mères cousin et cousine(...)".

Ou bien "1er août 1713 : Baptême, Pierre Cunjay naquit au village de Bagnault, paroisse d’Exoudun le dimanche 23 juillet 1713 du concubinage public et scandaleux de Moïse Cunjay maître sargier veuf de Jeanne Belin et Anne Gabirot sa concubine et fille de feu Antoine Gabirot a été fiancée et débauchée par ledit Cunjay et par luy attirée dans la maison ou elle a fait ses couhets (...)".

Bontemps, ne manque pas de noter en 1696 et 1700 que telle défunte a "reçu les sacrements nécessaires à son salut", telle autre « tous les sacrements ». le spécifierait-on si c’était la règle et non l’exception.

Conclusion :

Une vie consacrée à la chasse aux protestants

Les registres paroissiaux si ils sont les témoins de la vie quotidienne ont tout de même des limites, nous ne pouvons appréhender les sentiments de Bontemps qu’à travers des documents qui restent normatifs.

Les réactions de Bontemps face aux protestants dont il éprouve une grande aversion ne sont que le fruit d’un travail qu’il accomplie au mieux.

La vie quotidienne, les structures sociales, la conception du monde, la culture au sens le plus large du terme, les croyance, les mentalités de l’époque sont différentes des nôtres aujourd’hui. Bontemps est le produit de sa formation ecclésiastique, il est entièrement dévoué au service de l’évêque et du roi, il ne peut qu’obéir aux ordres émanant des autorités, il est donc à la botte du pouvoir spirituel.

On constate qu’à partir de 1730, l’archiprêtre Bontemps est malade, il est remplacé par Pouvrasseau qui signe à la fin de chaque acte "soussigné Pouvrasseau prêtre de La Mothe, pour monsieur l’archiprêtre malade".

La première inhumation d’un archiprêtre inscrite sur les registres d’Exoudun concerne Bontemps, elle l’est dans les termes suivants : « Le douzième d’octobre mil sept cens trois a esté inhumé dans la sanctuaire de l’église le corps de Messire Nicolas Bontemps de son vivant prestre, curé archiprestre de ce lieu qui estoit aagé d’environ soixante et six ans ».
 
Lexique :

  • La taille : impôt sur le revenu vexatoire et arbitraire qui était prélevé sur le produit de la propriété, du travail et de l’industrie de chaque habitant. Cette contribution essentiellement personnelle était supportée exclusivement par le Tiers-Etat et surtout par les cultivateurs.
  • L’assiette de la taille : (Fixation du chiffre de chaque foyer), et la collecte de la taille sont effectués dans chaque paroisse par les asséeurs-collecteurs, élus par l’assemblée paroissiale et auxquels l’opinion publique, aveugle, impute habituellement les injustices. Charge difficile, que chacun essaie de refuser. Marillac, intendant du Poitou, en nomme lui-même d’office, dans ce cas il choisit uniquement des protestants, et les plus riches pour dresser contre eux leurs coreligionnaires et pour diviser leur communauté.
  • Abjuration : Cérémonie religieuse dans laquelle on jure que l’on s’écarte de l’hérésie, en présence des autorités catholiques. Si l’on manque à ce serment on est relaps.
  • Nouveau converti : désigne les protestants qui avaient abjuré.
  • Dragons : cavalerie légère qui combattait tantôt à cheval tantôt à pied pour convertir les protestants.

Bibliographie sommaire :

  • sources imprimées :

DUBREUILF. , Essai de monographie de la commune d’Exoudun de l’origine à 1800, 1935

RIVIERRE J. , Le livre d’or des protestants du Poitou persécutés pour leur foi, 14 volumes, Poitiers, 1956 - Tome 10 : Essai de répertoire des fugitifs pour la religion. Tome 14 : 500 procédures et arrêts anti-protestants en Poitou, 1678 - 1730.

  • Ouvrages régionaux :

BENOIST A. , Les populations rurales du Moyen-Poitou protestant de 1640 à 1789, économie, religion et société dans un groupe de paroisses de l’élection de Saint-Maixent, université de Poitiers, thèse de doctorat de 3e cycle, 1983, 4 volumes.

LIEVRE A. , Histoire des protestants et des Eglises Réformés du Poitou, Poitiers, Bernard, 3 volumes, 1856 - 1859.

FAVREAU R. , Le diocèse de Poitiers, Paris, 1988. 

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