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Mourir en chrétien au début de la Troisième République

(ou les derniers adieux de la Confrérie)

Le mardi 1er avril 2003, par Michel Guironnet

Apporter les secours de la Religion

« Le prêtre, toutes affaires cessantes, doit assurer le salut éternel de l’âme qui s’en va vers Dieu. Il doit donc d’urgence se rendre auprès du malade pour recevoir sa confession générale, lui administrer l’Extrême Onction et lui fournir le Saint Viatique, c’est-à-dire l’ultime communion eucharistique...La chambre du malade qui attend l’arrivée du prêtre doit être très propre et même décorée. On y dispose une table que l’on couvre d’un linge blanc avec des cierges en cire blanche...Accompagné d’un clerc portant une lanterne si c’est la nuit, et une clochette qui alerte les passants et les habitants des maisons, le prêtre, tête nue, doit marcher gravement en portant le Saint Sacrement...(Arrivé au domicile du mourant) le curé lui donne le sacrement de pénitence et le Saint Viatique avant de lui administrer l’Extrême Onction (avec) l’huile des infirmes bénite par l’évêque le Jeudi Saint...Revêtu du surplis et d’une étole violette, le prêtre...fait avec le pouce droit préalablement imprégné d’huile, des onctions sur les yeux, les oreilles, les narines, la bouche, les mains et les pieds du malade... Porter le Viatique à travers le quartier ou le village...est un des actes les plus émouvants et les plus solennels de la charge pastorale. » [1].
 
Il est des cas où, ainsi que le note dans les registres de la paroisse des Roches (38 ) le curé Jean Pierre COUTURIER [2] , malgré la clairvoyance du malade, son mal ne lui permet plus de participer, ni surtout de « recevoir le St Viatique » : Louise PITIOT, épouse de Pierre BASSET, meurt ainsi sans communion « à cause de vomissements fréquents ».

Même déception pour Benoîte DUTRIEUX morte à 62 ans le 7 janvier 1875 : « son état empêchant de recevoir la Ste Communion » elle meurt « munie des sacrements de pénitence et d’Extrême Onction ».

Parfois l’état du malade ; même « ayant l’absolution » ; ne permet pas au prêtre qui l’assiste dans ses derniers instants de discerner « les dispositions chrétiennes » de la personne à l’article de la mort : Madeleine CHOL meurt ainsi à 72 ans, le 28 janvier 1874, « sans avoir donné aucun signe ni intelligence de son état ».

Annet SUBERT décède le 20 août 1873 « de mort subite » à l’âge de 77 ans « sans avoir pu recevoir les sacrements ». C’est aussi le cas de Thomas BARBIER « mort d’une apoplexie foudroyante » en janvier 1874.

Heureusement, pour d’autres mourants, leur pratique régulière des sacrements, et surtout le fait de souvent « s’approcher de la Sainte Table », leur permet même dans ces cas extrêmes de mourir « en chrétien » : ainsi Aude (?) PEYSSON, noyée dans le Rhône le 7 juillet 1876 à 8 heures du soir, est en règle avec sa conscience. Le curé COUTURIER note : « le matin, elle avait fait la Ste Communion comme (chaque) premier vendredi du mois ».

Pour quelques uns de ses paroissiens défunts, le curé précise même : « après avoir reçu avec une très grande foi tous les sacrements de l’Eglise » (Jean VANEL, époux de Reine CHARDON, mort le 29 janvier 1877).


Derniers adieux de la Confrérie du Saint Rosaire

Parfois les funérailles, comme celles de Marie FOUR le 5 décembre 1873, sont « honorées par la présence de la Confrérie du Saint Rosaire dont elle était membre » C’est le cas notamment pour les obsèques de Claudine DUTRIEUX (+ 46 ans le 24 février 1874) Louise PITIOT (+ 72 ans le 28 août 1874) Marie ROUX (+ 62 ans le 10 octobre 1874)... et de bien d’autres.

Entre août 1873, arrivée du curé COUTURIER aux Roches, et le mois de mars 1879, date de son remplacement par le curé PERRIN, il est noté 28 fois la présence de la Confrérie du Saint Rosaire aux funérailles.

Tous les défunts en étaient membres, tous sont des femmes ; dont beaucoup de veuves. La plupart meurent âgées de 70 à 80 ans (14 décès) deux décèdent à 86 ans passés. Il y a peu de jeunes femmes décédées sur le nombre mais cela n’est pas révélateur d’un « recrutement » de la Confrérie réservé à un certain âge.

Rappelons d’abord ce qu’est le Rosaire : récitation du chapelet à la Vierge élaborée au cours du Moyen Age [3], son nom vient de l’usage de couronner de roses les statues de la Vierge Marie. Popularisé par Saint Bernard et par saint Dominique le Rosaire devient de plus en plus populaire. La fête du Rosaire est célébrée le premier dimanche d’octobre. Elle n’est, à l’origine, qu’une simple fête de Confrérie. En 1571 cette fête prend un grand éclat dans le peuple chrétien tout entier : c’est ce jour là, 7 octobre et premier dimanche du mois, où Don Juan d’Autriche remporte sur les Turcs la célèbre victoire de Lépante et sauve ainsi la chrétienté d’un grand danger.

A l’heure même du combat, les confréries du Rosaire faisaient à Rome des processions solennelles pour demander la victoire sur les Infidèles. Le Pape Pie V, averti de la victoire, la regarde comme accordée par Marie, grâce aux prières ferventes qui lui étaient adressées.

Il prescrit en 1573 une fête spéciale en l’honneur de la sainte Vierge. Depuis, à la date du 7 octobre, le martyrologe de l’Eglise mentionne : « Mémoire de Sainte Marie de la Victoire » C’est pour cela que cette fête porte aussi le nom de « Notre Dame de la Victoire ».

Plus tard, dans les premières années du XVIII eme siècle, paraît Saint Louis-Marie Grignion de Montfort qui fut l’apôtre de la dévotion au saint Rosaire.

Il est probable qu’aux Roches de Condrieu cette forme de piété ait de tous temps été à l’honneur.

Dans un inventaire d’objets appartenant au conseil de fabrique dressé en 1833 il est noté « une bannière du St Rosaire » avec, entre autres, « un corbillard » et « les draps mortuaires et devant d’autel » « tours de chaire noirs » matériel utilisé lors des messes de funérailles.

« Il existe depuis longtemps dans la paroisse une Confrérie dite du Rosaire, mais rien n’indique que cette Confrérie ait été érigée canoniquement et que ses membres puissent jouir des nombreuses faveurs attachées au Rosaire de Saint Dominique » [4].

« Le Révérend Père Matthieu Joseph, de l’ordre des frères prêcheurs, étant venu donner à la congrégation de la Sainte Vierge une retraite préparatoire à la fête de l’Immaculée Conception, j’en ai profité pour faire l’érection canonique de la Confrérie du Saint Rosaire...L’an de grâce 1879 et le lundi 8 décembre... » ainsi l’atteste le successeur de Jean Pierre COUTURIER, le curé PERRIN.


Congrégations, confréries, grâce et indulgence, Mission et Jubilé

La cérémonie pour Marie Louise ROSIER, inhumée à 17 ans le 17 octobre 1875, est « honorée par la présence de la Congrégation de l’Immaculée Conception dont elle faisait partie » Celle-ci réunit tous les âges.

Etiennette GRAND, morte à 70 ans, est accompagnée à sa dernière demeure par sa congrégation le 15 mars 1877. La « confrérie des Enfants de Marie » honore de sa présence l’enterrement de Jeannette CLEMENCON morte à 58 ans le 3 juin 1874 ; Elle est encore présente le 25 octobre 1874 pour les funérailles d’Anna TINLAN « aspirante » de la congrégation.

Ces deux confréries sont destinées aux femmes. Pour les hommes existe depuis longtemps « la confrérie de Saint Nicolas » En 1884, cette confrérie sera cause, lors d’obsèques, d’un grand scandale aux Roches.

Nous aurons peut être l’occasion d’en reparler dans un prochain article.

Jean CELLARD, 88 ans, veuf de Louise MARTHOUD, meurt le 3 mars 1875 « muni de tous les sacrements, et après avoir reçu l’Indulgence du Jubilé 1875 » De même Antoine François CREUZET mort quelques jours plus tard à 33 ans. On trouve aussi la formule « muni...de l’Indulgence du St Jubilé » ou bien « de la grâce du St Jubilé » A noter que cette obtention n’est pas le cas de tous les mourants. Faut il avoir certaines vertus pour l’obtenir ou suffit il de la demander ?

Quelques années plus tard Jean NERON, veuf de Louise CONTY, meurt à 82 ans le 5 novembre 1878 « muni de tous les sacrements et de la grâce de la Mission de 1878 » Le 25 mars 1879, à l’hôpital de Condrieu, Françoise DUTRIEUX rend à 10 h le dernier soupir. Elle peut partir en paix « munie de tous ses sacrements et de la grâce du Jubilé de Léon XIII »
C’est la dernière « sépulture ecclésiastique » du curé COUTURIER.

Remplacé en mai 1879 par le curé PERRIN celui-ci sera beaucoup plus laconique dans ses commentaires. 


[1Extrait du chapitre « le prêtre et la mort » pages 354 et suivantes dans « la vie quotidienne du prêtre français au XIX° siècle » par Pierre PIERRARD.

[2Voir l’article : « les maladies ont une histoire. »

[3Le Rosaire est composé de vingt dizaines de chapelet et divisé en quatre parties que l’on peut prier séparément à différents moments de la journée : les cinq Mystères Joyeux, les cinq Mystères Lumineux, les cinq Mystères Douloureux, les cinq Mystères Glorieux.

[4Délibérations du Conseil de fabrique des Roches de Condrieu (1834 à 1942)

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3 Messages

  • Pourquoi la photo de notre dame de la Salette qui n’aucune relation avec les Roches de Condrieu dans cet article ?

    Répondre à ce message

  • Mourir en chrétien au début de la Troisième République 25 janvier 2008 16:38, par derouard

    Cette Aude Peysson, noyée dans le Rhône, n’a donc pas été soupçonnée de suicide ? Il faudrait connaître les circonstances de sa noyade...
    m’intéressant à la noyade sur la Seine je me pose de nombreuses questions sur l’inhumation des corps rettouvés noyés.
    jean pierre derouard

    Répondre à ce message

    • Bonsoir,

      L’acte de décès dressé en mairie des Roches de Condrieu le 11 juillet 1876 « à une heure du soir » dit que « …Anne Adda Peysson agée de quarante ans, rentière domiciliée aux Roches, fille de feu Jean Louis Peysson et Joséphine Peysson, célibataire, s’est noyé accidentellement dans le Rhône aux Roches le sept juillet, retiré des eaux le onze juillet à midi aux Roches… »

      Une recherche dans les archives devrait permettre, peut être, de retrouver le procès verbal de découverte du corps de cette noyée.

      Cordialement.

      Michel Guironnet

      Répondre à ce message

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