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Mais où est passée la Petite Fanny ? (2e épisode)

Suite de notre « voyage généalogique en pharmacie » à Lyon, en Auvergne... et aux Roches


vendredi 15 novembre 2019, par Michel Guironnet

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Fait-il aussi chaud à Lyon en août 1898 qu’aux Roches de Condrieu en août 1907 ?
Ceux qui ont lu la première étape de ce "Voyage généalogique en Pharmacie" comprendront le pourquoi de cette question.
Cette deuxième étape nous emmène de l’aube du XXe siècle aux lendemains de la Grande Guerre.

La pharmacie Sabourault, aux Charpennes

« Victime de la Chaleur. Pris d’une indisposition subite, hier, vers quatre heures du soir, M. Jacques Artru, âgé de trente-cinq ans, boucher, demeurant rue du Musée, 3, est tombé sans connaissance sur la place de la Bascule. Les premiers soins lui ont été prodigués par le docteur Berger, à la pharmacie Sabourault, même place. Transporté ensuite chez sa sœur, Mme veuve Garin, cours Vitton, 108, le malheureux y est mort quelques minutes après d’une congestion cérébrale produite par une insolation » Journal « Le Salut Public » du 24 août 1898 [1].

Rappelez vous :

  • Joseph Polliat est, en 1888, « pharmacien, place de la Bascule aux Charpennes ».
  • Edouard Sabourault, 25 ans, "étudiant en pharmacie", domicilié 78 Cours Vitton à Lyon, est présent avec lui lorsqu’il déclare la naissance de sa fille Juliette Alexandrine le 13 février 1890.

Il est donc vraisemblable que Joseph est "employé" en qualité de pharmacien salarié à la Pharmacie Sabourault. Cette officine a dû être installée à Villeurbanne, aux confins de Lyon, par Edouard une fois son diplôme obtenu.

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La Place de la Bascule à Villeurbanne
Bibliothèque municipale de Lyon / P0546 SA 02-01
fonds Jules Sylvestre (1859-1936)

Edouard Sabourault est né à Lyon 1er le 29 octobre 1864, fils de René Adolphe Sabourault et de Anne Ballandrin [2]. Ses parents se sont mariés le 18 juillet 1861 à la mairie du 3e arrondissement de Lyon :

  • « Mr Sabourault René Adolphe, employé en pharmacie, demeurant à Lyon rue Louis le Grand, né à Champagne Saint Hilaire » (Vienne) le 12 novembre 1831, « exempté de la classe 1851 », fils de « Mr Messidor Sabourault et de Dame Hortence Maury, son épouse » demeurant à Champagne Saint Hilaire.
  • Et « Mademoiselle Anne Ballandrin, sans profession, demeurant en la compagnie de Mr son père en cet arrondissement, rue Cuvier N°80 », née à Lyon le 17 avril 1835, fille de « Mr Claude Honoré Ballandrin, pharmacien… et de défunte Dame Françoise Coiffier, décédée à Ambert (Puy de Dôme) » le 15 juillet 1840.

Claude Honoré Ballandrin est né à Cousance (Jura) le 16 Brumaire an X (7 novembre 1801), fils d’Etienne Ballandrin et de Josèphe Ruffier.
« Pharmacien demeurant à Lyon, rue de l’Enfant qui pisse N°10 », il épouse le 14 juillet 1838 Anne Françoise Coiffier, lingère au 12 rue Juiverie, née le 27 juillet 1809 à Ambert (Puy de Dôme).
Anne Françoise Coiffier meurt à Ambert le 15 juillet 1840. Claude Honoré Ballandrin se marie en secondes noces, à Lyon, le 18 avril 1849 avec Julie Truchet, née à Heyrieux (alors en Isère) le 15 novembre 1812, fille de Jean Truchet et de Marie Françon. Sa mère, veuve, est domiciliée 14 rue Lanterne à Lyon.
A noter que la future épouse habite, comme le futur époux, « à la Guillotière » (alors commune indépendante de Lyon) au N° 37 de la rue Cuvier.

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« Le Censeur » numéro du 21 octobre 1844

La Pharmacie du Serpent, rue de l’Enfant qui pisse

"Nous ne connaissons l’histoire de la « Pharmacie du Serpent » que depuis 1828, époque à laquelle Honoré Ballandrin lui donna déjà un développement important. La rue Lanterne à cette époque s’appelait rue de l’« Enfant qui pisse » ; elle était ainsi dénommée en raison d’une figurine (proche parente du Mankenpis de Bruxelles), qui était apposée sur l’un des immeubles. Elle fut pendant deux ou trois siècles le centre de la droguerie et de la pharmacie à Lyon.
Les professions de même nature se groupaient dans un même quartier, souvent dans une seule rue : rue de la Poulaillerie, de la Fromagerie, de la Mercerie, etc. Au milieu d’une série de maisons pratiquant le même négoce, il fallait que les clients distraits ou illettrés pussent rapidement et sûrement reconnaître leur fournisseur habituel. Aussi des enseignes très caractéristiques et souvent artistiques frappaient elles le regard : des animaux plus ou moins réels ou légendaires étaient destinés à caractériser chaque maison : une licorne (maison Bietrix), une superbe antilope du Cap (maison Chevrau), un éléphant, un ours blanc, un majestueux serpent s’offraient au regard des passants dans le court espace qui s’étend entre la place de la Platière et lia rue Longue. Le spectacle était pittoresque, et l’odeur si spéciale des innombrables drogues accumulées dans cet endroit mal aéré, se répandait au loin. Le groupement des commerces similaires permettait à nos pères de trouver dans un espace restreint tout ce qui concerne la droguerie et la pharmacie.../...

Avant Honoré Ballandrin existait une pharmacie et une herboristerie, dans les magasins de la Pharmacie actuelle. Associé plus tard avec Sabourault, il développa sa maison et lança, d’après les vieux formulaires des hôpitaux de Lyon, ses spécialités de Bochet [3].

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« Réclame » dans un journal de 1869

En 1850, dans la rubrique "Droguerie et épicerie en gros (négociants à Lyon)" est indiqué : Ballandrin (C. H.), Lanterne.33. Il s’agit bien sûr de Claude Honoré. A partir de 1864 sont notés comme "Pharmaciens (à Lyon)" : Ballandrin et Sabourault, r. Lanterne, 32 et Ballandrin jeune, St-Joseph, 39 [4]. La rue Saint Joseph est l’actuelle rue Auguste Comte. C’est l’officine de Louis Antoine, le frère cadet de Claude Honoré Ballandrin, né à Cousance (Jura) le 20 mars 1822. Le 4 janvier 1851, il épouse à Lyon Marie Truchet, la soeur cadette de Julie, la deuxième épouse de son frère.

Revalescière Du Barry « Dépôts : à Lyon…Ballandrin et Sabourault »
« Toute maladie cède à la douce Revalescière Du Barry, qui rend santé, énergie, digestion et sommeil. Elle guérit, sans médecine, ni purges, ni frais, les dyspepsies, gastrites, gastralgies, glaires, vents, aigreurs, acidités, pituites, nausées, renvois, vomissements, constipation, diarrhée, dyssenterie, toux, asthme, étouffements, oppression, congestion, névrose, insomnies, mélancolie, diabète, faiblesse, phthisie, tous désordres de la poitrine, gorge, haleine, voix, des bronches, vessie, foie, reins, intestins, muqueuse, cerveau et sang. 74,000 cures, y compris celle de S. S. le Pape, le duc de Pluskov, Mme la marquise de Brehaft, etc., etc. » « Journal de Lyon » dimanche 22 Décembre 1872.

Au matin du 31 octobre 1883, en mairie du 6e arrondissement de Lyon, « les sieurs Sabourault René Adolphe » rentier âgé de 52 ans, « demeurant à Lyon, Cours Vitton 78 » et « Sabourault Philippe » rentier également, âgé de 53 ans, « demeurant au même lieu », déclarent que Anne Ballandrin, née à Lyon le 17 avril 1835 « fille de Claude Honoré et de défunte Françoise Coiffier, épouse du premier déclarant, belle-sœur du second » est décédée « dans le domicile conjugal susdit…ce matin à quatre heures. » Le 22 décembre 1889, à Lyon, meurt à 77 ans Julie Truchet.

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Acte de décès de Claude Honoré Ballandrin

En fin de matinée, le 6 février 1893, à la mairie du 3e arrondissement de Lyon, « les sieurs Sabourault Edouard, pharmacien, Cours Vitton 78 », 27 ans et « Polliat Joseph, employé, grande rue des Charpennes 5 », 42 ans, déclarent que « Ballandrin Claude Honoré, pharmacien rue Saint Honoré 18…aïeul du premier déclarant, est décédé dans son domicile hier soir à quatre heures. » [5]. Claude Honoré Ballandrin avait 91 ans.
Son frère Louis Antoine Ballandrin meurt âgé de 71 ans à Lyon cinq mois plus tard, le 4 juillet 1893 au 33 rue d’Enghien.

« Jules Edouard » Sabourault, 40 ans, pharmacien à Lyon, épouse le 8 novembre 1904 à Saint Maurice de Beynost (Ain) Marie Louise Hélène Teule, «  sans profession », née à Villeurbanne le 30 mars 1884, fille de Jacques Marie Emile Teule, « rentier demeurant à Saint Maurice de Beynost » et de Trux Marie Joséphine.
Edouard Lefebvre, 42 ans, et Auguste Petit, 35 ans, tous deux pharmaciens à Lyon et amis de l’époux, sont les témoins du marié. Emile Teule, 24 ans, « voyageur de commerce » à St Maurice de Beynost, frère de Marie-Louise, et Eugène de Lobstein, 64 ans, « Commandant en retraite » à Lyon, sont les témoins de l’épouse.

En 1905, le 14 octobre, nait René Joseph à leur domicile. Le couple habite alors 38 Boulevard des Brotteaux à Lyon. Sont présents avec son père pour la déclaration en mairie du 6e le surlendemain : Auguste Petit, 38 ans, pharmacien, 44 rue de Sèze, et Joannès Bouvier, 37 ans, pharmacien, 22 Cours Vitton.

Dans un journal lyonnais, début 1906, parait cet avis :

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« Salut Public » 9 janvier 1906

A la suite de cette acquisition, Edouard et sa petite famille vont s’installer dans le quartier de Montchat, au 49 Cours Henri, à Lyon 3e. C’est là que nait Anne Marie Emilienne le 12 décembre 1906. Fernand Fénéon, « pharmacien rue Paul Bert, 18 » est l’un des témoins le 14 décembre en mairie.

René Sabourault, « propriétaire entier », décède âgé de 75 ans, le 3 août 1907 « à une heure du matin, dans sa maison d’habitation sise au quartier des Peyrières », à Nyons, dans la Drôme. Il est inhumé le 5 août à Lyon.

Deux filles naissent Cours Henri : Juliette Alexandrine le 29 janvier 1908 ; Georgette Caroline le 17 mai 1911. Edouard Sabourault meurt le 8 novembre 1927 en son domicile du 49 cours Henri à Lyon.

Lucien, demi-frère de Joseph, médecin à Lyon

Lucien Chautard, le demi-frère de Joseph Polliat, nait au N°1 de la rue de la Baleine à Lyon 5e le 14 mars 1853, enfant naturel légitimé par le mariage de ses parents, Léger Antoine Chautard et Henriette Polliat, mariés à Lyon 1er le 30 août 1853.Tout petit, il part avec eux à Brassac (Puy de Dôme) [6].

D’après sa fiche matricule [7], Lucien est « étudiant » et réside encore à Brassac en 1872. Sur la page de droite, passage raturé difficile à déchiffrer, sont signalés ses changements d’adresses.
Il habite d’abord à Riom le 1er 8bre (octobre) 1879, puis 37 rue Blatin à Clermont Ferrand (vers la place de Jaude) le 23 août 1883.
Lucien revient à Lyon en avril 1884, au 10 Boulevard des Brotteaux. Il est signalé à "Lyon-Charpennes" en janvier 1885 et à Villeurbanne « Grande rue des Charpennes N°7 au 22 juin 1893 ». Il est donc le voisin de son frère Joseph.

Le 4 octobre 1887, Lucien Chautard, « médecin » domicilié au 71, Grande rue des Charpennes à Villeurbanne, épouse à Villeurbanne Joséphine Pauline Fontanet « sans profession ». Née à Ambronay (Ain) le 19 juin 1867, elle habite avec ses parents ; François Paul Fontanet « maitre menuisier » et Marie Joséphine Meunier « sans profession » ; « à Villeurbanne, rue du Midi N°31 ».

Les parents du marié sont là : son père est « pharmacien » et sa mère « sans profession ». Ils habitent à Thiers.
Présent aussi aux côtés des mariés : "Polliat Joseph, âgé de trente sept ans, employé, demeurant à Villeurbanne, place de la Bascule N°5, frère utérin de l’époux". Sa signature est bien reconnaissable, en bas de l’acte, avec toutes celles de la famille réunie pour l’occasion.

Deux enfants naissent de cette union à Villeurbanne ; Lucien est "médecin" :

  • Arthur Jean le 1er avril 1890 ; mort à 13 mois ½ le 14 mai 1891
  • Henriette le 8 mai 1892
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La Grande rue des Charpennes vers 1920
Carte postale tirée du très riche site « Le Rize »
Voir notamment la page sur le quartier des Charpennes

Lucien Chautard, "officier de santé demeurant à Villeurbanne, grande rue des Charpennes 7", 44 ans, décède le 31 mars 1897 à 8 heures du matin dans son domicile. C’est Joseph Polliat son frère "pharmacien", domicilié à la même adresse, qui déclare le décès. Lucien était il médecin militaire ?

Henriette Marie Laurence

Sur l’acte de naissance (N° 143), le 8 mai 1892 à Villeurbanne, de la fille de Lucien Chautard et de Joséphine Pauline Fontanet, sont portées deux mentions marginales.

La 1re est difficilement lisible. Après plusieurs tentatives infructueuses, j’arrive à déchiffrer : « mariée à Clermont Ferrand le 28 7bre 1911 avec Antoine Avons ». J’y reviendrai plus bas. La 2e dit de « voir à la fin du registre »
Parmi d’autres mentions reportées, faute de place, après les actes, celle concernant l’acte N° 143 :
« Adoptée par Marc François Bargoin, prénommé en famille Francisque, en vertu d’un jugement rendu le 14 mai 1924 par le Tribunal Civil de Clermont Ferrant et transcrit le 9 juillet 1924 à Villeurbanne »
Henriette est adoptée à de 32 ans alors qu’elle est âgée d’à peine 5 ans au décès de son père, le 31 mars 1897. Sa mère est alors encore vivante. Pourquoi cette adoption si tardive ? Essayons d’y voir plus clair.

Marc François Bargoin est né le 26 mai 1859 ; fils de Jean Baptiste Bargoin, pharmacien à Vic le Comte (Puy de Dôme), et de Jeanne Chamet (décédée à Vic le Comte le 13 décembre 1876).
Veuf d’Annette Ravier ; décédée à Clermont Ferrand le 14 mars 1904 ; il se remarie à 46 ans le 8 juillet 1905, à Clermont Ferrand, avec Marie Henriette Chautard, « sans profession », 46 ans elle aussi, née à Brassac les Mines le 5 janvier 1859.
« Demeurant en cette ville avec sa mère, canton Sud, rue Massillon N°10 » elle est la fille de « feu Antoine Léger Chautard, pharmacien décédé en cette ville » le 4 juillet 1904 « et de Marie Henriette Polias, ici présente et consentante » Il s’agit bien évidemment d’Henriette Polliat, mère de « notre » Joseph Polliat et de son demi-frère Lucien Chautard, le père d’Henriette née en 1892 à Villeurbanne. Celle-ci est donc adoptée par son oncle paternel par alliance !

Au mariage de sa tante, en 1905, sont présentes les deux sœurs de l’épouse :

  • Elise Chautard, épouse Sabatier, 49 ans. C’est Catherine Elise née à Lyon le 30 mai 1854, mariée le 17 mai 1879 à Brassac avec Jean Sabatier ; en fait veuve depuis 1880.
  • Marie Chautard, veuve Granghon, 46 ans. En fait, Marie Henriette Antoinette, née le 27 mai 1857 à Brassac, a plutôt 48 ans. Elle a épousé à Brassac le 12 juin 1882 Jean Granghon, natif de Saint Germain Lembron.

En 1906, à Clermont Ferrand, au 10 rue Massillon, sont recensées :

  • « Veuve Chautard née Paulhiat Henriette » née en 1829 à St Didier (d’Aussiat, dans l’Ain) « chef de ménage ; sans profession » Elle a 77 ans.
  • « Chautard Elise » née en 1857 à Lyon, sa « belle-sœur, commerçante » La seule fille née à Lyon est Catherine Elise née en 1854…et c’est la fille d’Henriette et non sa belle-soeur !
  • « Chautard Henriette » née en 1892 à Villeurbanne : c’est la fille de Lucien, le fils d’Henriette…donc sa petite-fille !

Le 28 septembre 1911, à Clermont Ferrand, « Henriette Marie Laurence Chautard, sans profession », âgée de 19 ans, née à Villeurbanne le 8 mai 1892, « demeurant en cette ville (de Clermont Ferrand) rue Gonod N° 37 », fille de « feu Lucien Chautard » décédé à Villeurbanne le 31 mai 1897, et de « Joséphine Pauline Fontanet, habitante de Lyon, ici présente et consentante » se marie avec « Antoine Avons, rédacteur à la Préfecture du Puy de Dôme », 26 ans, né à Rochefort Montagne le 15 janvier 1885, « domicilié à Royat avec ses père et mère ». « Henriette Chautard, épouse Bargoin » 45 ans, « tante de l’épouse » est témoin.
Dans le recensement de 1911, au 37 rue Gonod, la jeune mariée est hébergée, avec sa tante Catherine Elise, chez sa grand-mère « Chautard Henriette » née Polliat, 82 ans.

Deux enfants naissent au foyer du jeune couple : France, le 30 septembre 1912, et Jean en 1914.
Leur bonheur dure peu : Antoine Avons, Sous-Lieutenant au 292e régiment d’infanterie, est « tué à l’ennemi » au début de la Grande Guerre, le 13 septembre 1914, à Fontenoy (Aisne) [8].
D’après un relevé sur Filae, « Henriette Chautard-Bargoin, née en 1892 dans le Rhône » meurt le 23 octobre 1972 à Aubière dans le Puy de Dôme.

Les époux Polliat s’installent aux Roches de Condrieu

En 1901, le pharmacien Jordan prend la succession d’Edouard Sabourault à la pharmacie du 5 rue des Charpennes à Villeurbanne. Est-ce ce changement de direction qui incite Joseph Polliat "à prendre sa retraite" et à vivre de ses rentes ? Né en 1850, il travaille depuis 1875 et aspire donc à un repos bien mérité.

Pourquoi s’installer aux Roches ? Deux hypothèses complémentaires :

  • son beau-frère Claude Jouve travaille au P.L.M et doit bien connaitre la gare et le village des Roches. Peut être même y a t’il travaillé sur les voies de chemin de fer.
  • à cette époque, chez les pharmaciens lyonnais, tout le monde se connait. Edouard Sabourault, qui connait très bien Joseph Polliat, connait probablement les Lardet.

Les Lardet sont pharmaciens à Lyon....et très liés à une famille des Roches !
Le 10 octobre 1885 aux Roches de Condrieu est célébré le mariage d’Albert Lardet et Isabelle Signoret. Albert est le fils de Joseph Lardet et de Honorine Marchand.

Ils se sont mariés le 7 juin 1848. Joseph Lardet est né à Bourg en Bresse le 27 décembre 1816, fils d’Henry Lardet et de Benoîte Bérard. Cette dernière meurt le 23 octobre 1834 à Vaise. Son époux Henry meurt à 85 ans le 19 avril 1857 à Lyon 2e, 8 place de la Préfecture.
C’est Antonin Marchand, 28 ans, "droguiste" 2 place de la Préfecture, qui déclare le décès. Antonin (Nicolas Antonin pour l’état-civil) est né aux Roches le 18 janvier 1829.

Joseph Lardet, "pharmacien 16 place de la Préfecture", meurt à 37 ans le 26 juin 1853 à Lyon 2e. C’est l’actuelle place des Jacobins.
Honorine, "Veuve Lardet" meurt à 66 ans aux Roches le 22 avril 1889. Honoré Marchand, 61 ans, propriétaire domicilié à Roussillon, frère de la défunte, déclare le décès avec Pierre Joseph Henri Lardet, négociant à Lyon, fils de la défunte.

Isabelle est la fille de Paul Signoret et de Joséphine Marchand, mariés le 25 février 1851. Joséphine, "Veuve Signoret", meurt à 50 ans, "63 rue Bourbon" à Lyon 2e, le 1er janvier 1882 ; elle est inhumée aux Roches le 3 janvier.
Honorine et Joséphine sont deux sœurs, filles de Jean Pierre Marchand et de Dervieux. Albert Lardet et Isabelle Signoret, les mariés de 1885, sont donc cousins. Pour se marier religieusement, une dispense de consanguinité signée par le Pape est nécessaire !
Leur fils, Henri, naît à Lyon en 1887. Il meurt à 20 ans, noyé accidentellement dans le Rhône le 26 septembre 1907.

Bien des morts...

Le 28 février 1908 meurt à 70 ans, Cours Bayard, Antoinette Badier, veuve d’André Dupuy depuis juin 1891. C’est son fils Jean Dupuy, 47 ans, « receveur du marché aux bestiaux », domicilié 1, Chemin de St Just à St Simon, et son gendre Claude Jouve, 58 ans, « Employé P.L.M », 30 Cours Bayard, qui déclarent le décès. Le 21 mai 1910, ce dernier, « sans profession » donc cheminot retraité, meurt à 62 ans Cours Bayard.

Le 13 mai 1911, « à dix heures du matin », Louis Creuzet, 50 ans, menuisier, et François Devirieux, 41 ans, secrétaire de mairie ; tous deux habitant aux Roches, déclarent en mairie que « Polliat Joseph, âgé de soixante et un ans, rentier domicilié aux Roches, né à St Didier d’Aussiat le 27 février 1850, fils de vivante Henriette Polliat, veuf de Octavie Jacob, époux de Dupuy Louise, est décédé le treize mai à quatre heures du matin dans son domicile aux Roches de Condrieu. »

Au mariage d’André Dupuy le 12 octobre 1912 à Lyon 6e avec Julia Champavier sont présentes :
« Madame Veuve Jouve née Pélagie Marguerite Dupuy » 48 ans, sans profession, 30 Cours Bayard, « tante de l’époux » et « Madame Veuve Louise Polliat », 50 ans, sans profession, « aux Roches de Condrieu (Isère) »

Veuve depuis presque deux ans, Louise décide de quitter Les Roches de Condrieu et d’aller vivre à Lyon près de sa sœur Pélagie. Elle se fixe au 18 Cours Suchet, à Perrache.

Elle se remarie le 7 mars 1918 avec Laurent Sillon, né le 13 juillet 1853 à Corbel en Savoie. « Ancien débitant (en boissons) », il est veuf de Françoise Delsace et habite « 11 chemin Saint Maurice » à Lyon [9]. Ses témoins sont Louis Dupuy, 57 ans, « receveur aux abattoirs » 34 quai Perrache ; son frère ; et « Mme Veuve Jouve Dupuy Marguerite », 52 ans, sans profession, 30 Cours Bayard ; sa sœur. Fin décembre 1919, leur divorce sera prononcé. [10]

Louise Dupuy meurt chez elle le 12 janvier 1928, 22 rue du Juge de Paix à Lyon. C’est l’actuelle rue Roger Radisson, au-dessus du théâtre antique de Fourvière. Elle n’est pas recensée à cette adresse en 1921.

« Petite Fanny réclame Grand-Mère et veut aller la voir à Lyon... »

Qui est cette « petite Fanny » ? Qui est (sa) « Grand-Mère » ?
Louise Dupuy, qui écrit cette carte postale à son neveu André, a eu deux enfants nés à Villeurbanne avec son mari Joseph Polliat :

  • André Claudius, le 17 juin 1884
  • Juliette Alexandrine, le 13 février 1890

Depuis leurs naissances, leur trace est perdue malgré des recherches dans les actes de décès, les recensements, les tables de l’enregistrement…et autres ! Que sont-ils devenus ?

Par hypothèse, Julie pourrait être « la Petite Fanny » et serait venue vivre avec ses parents aux Roches ? Ce n’est le cas ni en 1901 ni en 1906…Il est trop peu probable qu’elle « refasse surface » en 1907, à plus de 17 ans, et veuille, subitement, « faire mimi » à sa grand-mère !

Du côté de cette « introuvable Julie », sa seule « grand-mère lyonnaise » en 1907 est Antoinette Badier, veuve d’André Dupuy depuis le 6 juin 1891. Elle est hébergée chez sa fille Pélagie (sœur de Louise) et son gendre Claude Jouve (recensée avec eux et leur fils unique André né en 1890 ; au 20 Cours Suchet en 1896 et au 30 Cours Bayard en 1901 et 1906)

L’autre « vraie » grand-mère de Julie est Henriette Polliat, épouse Chauchard, la mère de Joseph son mari, résidant en Auvergne.Serait-elle redevenue lyonnaise quelques temps, en 1907 ? Hypothèse très hasardeuse !

Jean Louis Dupuy, le frère de Louise, se marie en 1888 avec Virginie Barboyon. Ils n’ont qu’un garçon, André, né le 31 mai 1889. Il est noté avec eux dans les recensements de Lyon (En 1891 au 24, rue Imbert Colomès, en 1908, ses parents habitent 1, chemin de St Just à St Simon, dans le quartier de Vaise, en 1911, André est recensé avec ses parents au 34 quai Perrache, en 1912, il est toujours à cette adresse lorsqu’il se marie le 12 octobre à Lyon 6e avec Julie Champavier.)

Il faut donc se résoudre à une autre explication !

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La famille Clément rue Buisson aux Roches
Recensement de 1906

En 1906 aux Roches de Condrieu est recensé, au 29 de la rue Buisson, le couple Jean Jullien Clément et Marie Louise Duffieux ainsi que celui de son fils Jean Clément marié avec Marie Rougeot. Ceux-ci ont une petite fille « Fany » !

« Fanny Julienne Clément » est née aux Roches le 21 janvier 1904 : son père est sabotier et sa mère couturière. Mariés aux Roches le 25 avril 1903, Jean est né le 31 janvier 1873 aux Roches et Marie Pierrette à Dôle (Jura) le 1er janvier 1878.
« La Petite Fanny », voisine du couple Piolat, a trois ans en 1907. Peut-être Joseph et Louise l’ont-ils déjà emmené en train voir Antoinette Badier à Lyon ? Comme ils pensent y retourner « samedi prochain »  ; Fanny, l’ayant appris, est impatiente de « faire mimi » à (la) « Grand-mère » !

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La rue Buisson
(collection personnelle de l’auteur)

Notes

[1D’après son acte de décès, Jean Claude Artru ; né à Vernosc (Ardèche) le 13 juillet 1863, fils de Pierre Artru et de Sophie Lucie Royer, époux d’Anaïs Assada ; est décédé « Cours Vitton, 108, dans le domicile d’une de ses sœurs, marchande bouchère, hier soir (23 août 1898) à quatre heures »

[2Il a une sœur, Louise Joséphine, née à Lyon 1er le 23 décembre 1866.

[3Extrait d’un article du journal « Le Salut Public » du 17 février 1928 écrit à l’occasion du déménagement de la Pharmacie du Serpent de la rue Lanterne vers la Place Meissonier, devant Saint Nizier.

[4« Annuaire général du commerce, de l’industrie, de la magistrature et de l’administration : ou almanach des 500.000 adresses de Paris, des départements et des pays étrangers » Firmin-Didot frères (Paris)

[5Cette rue est alors un fragment de l’actuelle rue du Docteur-Rebatel dans le troisième arrondissement

[6Est présent dans les recensements de Brassac, avec ses parents, en 1856 et 1861 ; mais plus en 1866, 1872, 1876.

[7N°3567 page 37 classe 1872 au recrutement de Clermont Ferrand

[8Fiche matricule N°1130, classe 1905 au recrutement de Riom (vue 178/650)

[9Devenu rue St Maurice dans l’actuel 8e arrondissement.

[10Le 26 mai 1936 « est décédé au domicile conjugal, 54 avenue Félix Faure, Laurent Sillon, rentier…divorcé de Louise Dupuy, époux en secondes noces de Françoise Marie Mouillade » « Le Salut Public » 27 mai 1936.

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8 Messages

  • Mais où est passée la Petite Fanny ? (2e épisode) 15 novembre 09:31, par André Vessot

    Bonjour Michel,

    Je me suis précipité sur le 2e épisode de ton article très bien documenté(cartes postales d’époque, articles de presse ...).
    Figures-toi que mon père est né en 1898 dans le 6e arrondissement et ses parents habitaient 34 cours Vitton où sa mère tenait une boutique de teinture-dégraissage, pas très loin d’où résidait Edouard Sabourault.

    Quant à la rue Lanterne, que je connais très bien, je ne savais pas son ancien nom, très amusant.

    En tout cas bravo pour cet article passionnant et très bien documenté.

    Bien amicalement.

    André

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  • Mais où est passée la Petite Fanny ? (2e épisode) 15 novembre 10:01, par Marlie TOUSSAINT

    Bonjour Michel Guironnet,

    Merci à vous pour ce récit bien documenté qui nous permet de mieux comprendre les métiers et remèdes de la santé de cette époque.

    Concernant Lucien Chautard décédé à 44 ans, faute d’avoir eu recours à la douce Revalescière Du Barry, remède miracle semble t-il, exerçait le métier d’Officier de santé. A l’occasion de mes propres recherches, je m’étais posée la même question " médecin militaire ou pas ?" et bien la réponse est sur wikipédia :
    Les décrets des 28 juin et 8 juillet 1793 relatifs « à l’organisation des secours à accorder annuellement aux enfants, aux vieillards et aux indigents » vont créer un corps d’officiers de santé.

    Cette disposition très « moderne », mais qui a permis la pratique de la médecine sans distinction de diplôme, va induire une confusion au sein de la population et faire progresser la désertification médicale des campagnes et le charlatanisme.

    La loi du 19 ventôse an XI va remettre de l’ordre et crée deux niveaux dans les professions de santé : celui des médecins et chirurgiens diplômés de la Faculté et celui des officiers de santé. Ce dernier grade était ouvert à des praticiens qui ne possédaient pas le baccalauréat mais qui avaient fait valider leur pratique par un jury départemental remplacé ensuite par un jury universitaire.

    Voilà. Cordialement Marlie

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    • Mais où est passée la Petite Fanny ? (2e épisode) 15 novembre 12:09, par Michel Guironnet

      Bonjour Marlie,

      Merci pour ces précisions.
      Lucien Chautard est dit « médecin » pour tous les actes d’état-civil établis de son vivant.
      Ce n’est que dans son acte de décès qu’il est dit « officier de santé » au lieu de « médecin »
      En 1892, une loi supprime l’appellation d’"officier de santé" pour les civils.
      Une recherche pourra peut être me livrer des précisions sur les études médicales de Lucien.

      Cordialement.
      Michel

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  • Mais où est passée la Petite Fanny ? (2e épisode) 16 novembre 10:05, par Jean-Luc Lebas

    Bonjour Michel,

    Super article, très documenté, comme toujours.
    Un petit sourire :-)) m’a traversé quand j’ai observé la carte postale de la rue
    Buisson. Que fait cette chaise accrochée au mur ?
    Certainement un vendeur, il y’a une autre devant la porte.

    Cordialement, Jean-Luc

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    • Mais où est passée la Petite Fanny ? (2e épisode) 16 novembre 19:19, par Michel Guironnet

      Bonsoir Jean-Luc,

      Merci pour votre commentaire.

      Dans les recensements des Roches en 1896, 1901 et 1906, Rue Buisson (devenue aujourd’hui rue Pasteur) il n’y a pas de « vendeur de chaises » mais un menuisier, François Brondel (né en 1861) C’est peut être son « enseigne »
      En 1906, Thomas Olagnon est lui aussi menuisier dans la rue Buisson (né en 1863)

      Cordialement.
      Michel

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  • Bonjour et bravo !
    Belle enquête généalogique, passionnante.
    Et tout ceci se passe vers chez moi, autour de Villeurbanne !!! Feue la place de la Bascule aujourd’hui Charles Hernu...

    Amicalement,

    Fabienne

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