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Les premiers chantiers de construction navale du Scorff

La vie des matelots de la Compagnie des Indes

Le vendredi 10 octobre 2003, par Jean-Yves Le Lan

En août 1664, Louis XIV, par une déclaration en 48 articles, crée et organise une compagnie pour le commerce avec les Indes Orientales, la Compagnie des Indes Orientales. A cette date, la ville de Lorient n’existe pas ; Colbert charge une commission d’explorer les côtes de l’océan pour y implanter des établissements maritimes.

Les résultats du rapport de la commission présenté au Roi sont à l’origine de la création des ports de Rochefort et de Lorient. En effet, le roi décide, par ordonnance, en juin 1666 de créer un arsenal à l’embouchure de la Charente et il permet à la Compagnie des Indes Orientales de s’installer au Port-Louis ; il lui concède des terres à l’embouchure du Blavet et du Scorff pour y établir un port, des quais, un chantier et des magasins pour la construction, l’entretien et l’armement de ses navires [1]

Le lieu choisit pour établir les chantiers de la Compagnie se nomme Le Faouëdic ( ou Féandick comme écrit dans l’ordonnance de 1666) en Ploemeur. Denis Langlois, l’un des directeurs généraux de la Compagnie, est désigné pour la construction du chantier naval. Il choisit une petite anse qui échancre la presqu’île du Faouëdic, la baie de Roshellec. L’installation du chantier ne se fait pas sans difficultés car les terres visées par Denis Langlois ne sont pas vraiment des terres vaines et vagues comme le supposait l’ordonnance royale mais appartiennent à une multitude de propriétaires. Tous ces possesseurs de terres et à leur tête le procureur fiscale de la Rochemoisan et Tréfaven au nom du prince de Guémené s’opposèrent à l’installation de la Compagnie. Après de longues tergiversations, Denis Langlois entre, le 31 août 1666, en possession de la baie de Roshellec et verse une indemnité aux propriétaires dépossédés.

A partir de cette date la Compagnie développe son chantier de construction et d’autres chantiers viendront s’établir aux alentours pour travailler principalement en sous-traitance de la Compagnie.

Le chantier de la Compagnie des Indes orientales [2]

Les premières infrastructures de la Compagnie sont très sommaires : une cale, une cabane pour le maître charpentier et un hangar pour abriter les ateliers. Les hommes vivent à Port-Louis et dans les campagnes aux alentours. Le premier navire construit est le Soleil d’Orient.
En 1669, le chantier s’agrandit pour recevoir des locaux pour le directeur et les ouvriers, des magasins en 1670, des forges et une chapelle en 1671. En 1675, le chantier s’installe vraiment et l’on bâtit des installations en dur. En 1676, un mur sépare l’enclos du chantier des terres environnantes.
En 1681, on rebâtit les locaux pour les ouvriers et le chantier dispose alors de deux cales et d’une fosse à mât au bord de la Prée aux vases. Un peu partout dans l’enclos, il y a des cabanes pour les familles. Il n’y a pas vraiment de séparation entre les infrastructures du chantier et les lieux de vie. Le chantier sert à la Compagnie des Indes et à la Marine Royale et pour cette dernière ce mélange des installations n’est pas dans ses habitudes. En 1692, la partie des constructions est séparée de la zone d’habitation et en 1695 la corderie est aussi dans le secteur clos.

L’expulsion des ouvriers et de leur famille de la zone du chantier, pour aller s’installer sur la lande aux alentours, provoque la naissance de la ville de Lorient. La paroisse est créée en 1709 et la municipalité en 1738.

De 1730 à 1750, de grands travaux sont réalisés car le chantier n’est plus seulement un lieu de construction et d’armement de navires mais devient pour la Compagnie un établissement à vocation commercial. Des magasins et un hôtel des ventes sont construits. Un nouveau quai solide sur le Scorff et trois cales de lancement voient le jour. Après 1750, l’enclos est entièrement dédié à la construction et au commerce, la ville de Lorient est devenue une ville à part entière. En 1789, l’ensemble de la presqu’île du Faouëdic est occupée, alors commence une période de comblement des anses pour augmenter les possibilités d’extension.

Le chantier de Jean Grasset à Saint-Trucheau [3]

En 1669, Jean Grasset est maître charpentier sous les ordres du directeur des charpentiers de la Compagnie Jean-Louis Hubac. Jean Grasset avait tenu auparavant le chantier Saint-Trucheau dans le haut de la rivière du Scorff. Il y avait construit et armé plusieurs navires pour la course.

Le chantier de la Compagnie de l’Isle et Costes de Saint-Domingue [4]

En 1699, la Compagnie de l’Isle et Costes de Saint-Domingue veut comme la Compagnie des Indes Orientales établir un chantier de construction navale sur la rive droite du Scorff. Elle acquière, de Dondel, des terrains sur la terre du Faouëdic en Ploemeur, des landes, des pâtures et un bois de haute futaie, limités au nord et à l’est par le Scorff et au sud par les marais et vases. Dès le 21 octobre, un marché est passé par Nicolas Charmoys, directeur de la Compagnie de Saint-Domingue pour la construction des ateliers et magasins du chantier.

Le chantier de Charles Le Goff [5]

De 1737 à 1739, Charles Le Goff occupe un emplacement au bord du ruisseau qui coule au nord de l’arsenal, puis la Prée-aux-vases, futur " canal de la mâture en 1751. L’extension de la ville l’oblige à déménager.

Le chantier Danet [6]

Louis Danet est originaire de Séné et issu d’une famille de constructeurs. Le 20 février 1746, il est titulaire d’un marché de la Compagnie des Indes pour construire deux gabares de 50 pieds de longueur. Pour se faire, il s’oblige à établir son chantier à Caudan. A la suite de ce contrat, il construisit la corvette de la Compagnie la Naïade de 150 tx.. Dans son chantier est ensuite construit un nombre important de navire mais d’un tonnage assez modeste. Les plus importants sont les frégates l’Astrée, le Cerf en 1750 et le Volant en 1751 toutes de 200 tx, la frégate la Galatée de 400 tx en 1751 et la frégate le Saint-Charles de 300 tx en 1752. En 1759, le voici à la fin de son activité et il meurt subitement à l’âge de 52 ans. De 1746 à 1759, le chantier de Louis Danet a livré 45 bâtiments pour une facture globale de 300 000 livres. Il est remplacé comme sous-traitant de la compagnie par les frères Arnous.

Les chantiers Jubin, Joseph Le Menu et Ollivier Collin [7]
D’autres chantiers sont présents sur le Scorff dans le milieu du XVIIIe siècle. Les Jubin, Joseph Le Menu et Ollivier Collin ont des cales à Caudan. La société Joseph Le Menu et consorts est titulaire de 1745 à 1751 de marchés de la Compagnie pour la construction de chaloupes et canots. Les années suivantes jusqu’en 1756, c’est la société Ollivier Collin et consorts qui prend le relais pour la construction de ces petites embarcations [8]. Pendant la guerre de Sept ans, la société Collin se lance dans la construction de deux chaloupes canonnières pour la défense du port, la Bellone et la Fière. Elle fournit aussi la coque de deux frégates, la Gracieuse et la Subtile [9]

Le Chantier de La Frété Bernard

Début 1760, les installations de la rive gauche à Caudan sont confiées à un négociant lorientais, le sieur de La Frété Bernard. Ce dernier construit deux vaisseaux pour le Roi, le Six Corps et le Diligent.

Le chantier René Arnous Frères [10]
Les frères Arnous, René et Nicolas, sont originaires de Nantes. Ils achètent en 1757, le terrain en amont de celui de la Compagnie, le Bois du Blanc. Ce nom provient du nom du propriétaire, le sieur Le Blanc, qui avait acheté son terrain en 1716 de la Compagnie de Saint-Domingue. Le 10 juillet 1761, ils sont titulaires, sous la raison sociale René Arnous Frères, d’un marché de la Compagnie pour la construction de 10 chaloupes canonnières qui furent probablement construites dans leur chantier, au lieu dit « le Bois du Blanc », rive droite du Scorff. Fin 1761, ils construisent la Cérès de 200 tx puis en 1762 l’Outarde de 58 tx et le Duc d’Aiguillon, lancé en octobre.

En 1763, la Compagnie craignant des réactions de la maison de Guémené, exige la démolition des cales du chantier des frères Arnous. Ceux-ci, devenus armateurs, n’obtempèrent pas et demandent même quelques temps plus tard l’autorisation de construire une corvette. Cette autorisation ne leur est pas accordée par la Compagnie. En 1765, profitant d’un changement de direction, ils renouvellent leur demande et ils obtiennent l’autorisation de construire sur « une cale volante » le navire le Sage de 200 tx. Le chantier est alors accepté et l’activité est orientée tout d’abord sur des navires d’un faible tonnage. C’est à partir de 1770, que le tonnage devient plus important, le chantier construit en particulier le Bruny de 500 tx et en 1772 l’Aquilon de 600 tx. Après cette année 1772, il a une baisse de la production due très certainement à la fin du monopole de la Compagnie. L’activité d’armateur et les difficultés du commerce maritime provoquent la faillite de la société en 1774 ; le frère René étant décédé en 1768.

Après ces déboires, Nicolas relance l’activité du chantier qui, du reste, n’avait pas cessé de construire en créant une nouvelle société, la société Arnous Dessaulsays. Il se remit à bâtir de petits bâtiments destinés à des armateurs privés ou à sa société pour réaliser du cabotage. Puis quelques années plus tard, les infrastructures du chantier s’étant améliorées : quatre cales, au sud une anse pour le dépôt des mâts et au nord les pontons de carène, le chantier se met à construire des navires d’un tonnage plus important, en particulier l’Artois de 1200 tx en 1779 et a une activité soutenue les années suivantes pour la Marine Royale et des armateurs privés.

A partir d’un plan de Cordé de 1793, Gérard Le Bouëdec décrit ainsi le chantier [11] : [...] « Il occupe une superficie de 10 656 toises carrées. A l’entrée du chantier, un même bloc de bâtiments comprend un corps de garde, une clouterie avec deux feux, une écurie pour six bœufs, des bureaux pour les ingénieurs de construction. Trois grands hangars, quasiment parallèles, servant de magasins pour les matières premières, sont disposés en arrière des cales. Les forges, qui abritent neuf feux, se trouvent en retrait des pigoulières à bray dans une petite anse où sont installées les quatre cales. Les mâtures sont conservées dans un rentrant. Au large, plusieurs pontons sont ancrés pour le mouillage des navires [...] Le chantier emploi alors 500 ouvriers. [...] »

En 1794, Nicolas Arnous meurt et son chantier est réquisitionné au début de la même année. Sa veuve, n’ayant plus les moyens d’entretenir le chantier, demande en 1795 à la République de l’acquérir mais cette opération n’est pas réalisée. Le chantier continue à se détériorer et la création de la voie ferrée et du viaduc en 1860-1862 efface complètement les installations du paysage lorientais.

Le chantier de Nicolas Quinard

En 1784, dans les documents de l’Amirauté de Lorient, un enregistrement précise que le « sieur Nicolas Quinard, entrepreneur - constructeur de navires particuliers demeurant à Lorient, rue de Bretagne, paroisse St Louis a déclaré avoir construit dans son chantier près de cette ville un bâtiment de port de 90 tonneaux sur le point de partir au commandement du capitaine [12] » .

Ce document prouve l’existence du chantier Nicolas Quinard. Dans ce chantier seront en suite construits : un chasse marée, le Belisier, un brigantin de 120 tonneaux et un navire de 350 tonneaux [13]

Un autre registre de l’Amirauté de Lorient de 1785 précise la situation du chantier à Lorient en ces termes : le « Sieur Nicolas Quinard, constructeurs de navire particuliers demeurant en cette ville, rue de Bretagne, lequel nous a dit que le Bric Le Crocodile du port d’environ 90 tx qu’il a ci-devant construit dans son chantier près de la porte Royale de cette ville [Lorient] [14]. » .

Un autre navire est construit la même année, le chasse marée de 30 tx, Les Trois Frères.

A l’examen de ces sources, nous voyons donc que le chantier de Nicolas avait une activité soutenue à cette époque et P. Thomas-Lacroix [15] précise que cette activité se situait au même niveau que celle du chantier René Arnous Frères.

En conclusion

A l’analyse de l’historique des différents chantiers ayant existé sur les bords du Scorff, on déduit qu’il y a eu 3 zones de construction sur les bords de ce fleuve, la presqu’île du Faouëdic pour la Compagnie des Indes, la zone de Caudan occupée par plusieurs propriétaires et la zone du Bois du blanc propriété de la Compagnie de Saint-Domingue et des frères Arnous. Le chantier de Saint-Trucheau quant à lui a probablement eu une existence limitée dans le temps, probablement à cause du manque de tirant d’eau pour construire des navires d’un tonnage important. Le Chantier de la Compagnie des Indes a bien sûr été le chantier phare de la construction navale dans la région. Toutefois, deux sociétés privées ont eu une activité soutenue pendant une période assez longue. Ces sociétés furent la société Danet de 1746 à 1759 et surtout la société René Arnous Frères devenue Arnous Dessaulsays de 1761 à 1794. Le chantier du Faouëdic et celui de Caudan ont poursuivi leur activité et de nos jours il y a encore des infrastructures importantes dans ces secteurs et elles ont été utilisées par l’état jusqu’en juin 2003. La Direction des Constructions Navales est devenue une entreprise nationale de droit privé depuis cette date et poursuit l’activité de construction navale sur les bords du Scorff en se recentrant principalement sur le secteur de Caudan maintenant inclus dans la ville de Lanester.


[1Jégou (François) - Histoire de la fondation de Lorient - Etude archéologique- Editions AD. Lesnard, Libraire-Editeur - 1870 - réédité par les Editions de la Tour Gile - 1994.

[2Estienne (René) - L’évolution du site lorientais - L’évolution du site lorientais de 1666 à 1789 dans L’orient arsenal XVII - XVIII siècles - Editions Les Trois Rivières - page 117.

[3Idem note 1 - page 183

[4Idem note1 - page 70

[5Nières (Claude) - Histoire de Lorient - Editions Privat - 1988 - page 62

[6Beauchesne (Geneviève) - Les chantiers de construction navale sur le Scorff au temps de la Compagnie des Indes et jusqu’à la révolution dans L’orient arsenal XVII - XVIII siècles - Editions Les Trois Rivières - page 106 et 10

[7Idem note 5

[8SHM de Lorient - Registre des adjudications et marchés de la Compagnie des Indes - 1 P 4 - folios 8, 55, 98, 134 et 187

[9Le Bouëdec (Gérard) - Le port et l’arsenal de Lorient - De la Compagnie des Indes à la Marine Cuirassée - 10 Librairie de l’Inde Editeur - 1994 - Tome 2 - page 176.

[10Idem note 2 - pages 107 à 112

[11Idem 9 - page 181 - plan de Cordé du 20 brumaire an II, A. MAR, N DD2 948/6B 18.

[12Simon Archives Départementales du Morbihan - 10 B 15 folio 52 - Amirauté, registre pour les actes de propriété.

[13Idem réf. précédente folios 55 et 114.

[14Archives Départementales du Morbihan - 10 B 16 folio 14 - Amirauté, registre pour les actes de propriété

[15Thomas-Lacroix (P.) - Les constructions et les ventes de navires dans les amirautés de Vannes et de Lorient au XVIII° siècle - Extrait des Mémoires de la société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne - Tome XLIX - 1969.

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