
Pour vous conter l’histoire de ces assiettes je vais citer largement un article consacré à une exposition du Musée Ariana à Genève :
Assiettes parlantes : Décors historiés imprimés sur faïence fine au XIXe siècle. Exposition en septembre 2018

Véritable phénomène de mode au 19e siècle, les assiettes en faïence fine dites « parlantes » comportent un décor historié et légendé. Les sujets sont extrêmement variés : la vie militaire, la chasse, les monuments ou les mœurs de la société urbaine et rurale française. Fables, rébus, proverbes et chansons populaires sont également représentés ou inscrits sur ces pièces souvent satiriques ou caricaturales.
Leur fond est aussi bien orné de vignettes solennelles à l’image d’une France glorieuse et rayonnante – commémoration de hauts faits militaires ou exaltation patriotique –, que de scènes humoristiques, moins flatteuses, où hommes, femmes, bourgeois, paysans ou étrangers sont tournés en dérision. Personne n’est épargné ! Média de propagande à large diffusion, les assiettes historiées imprimées véhiculent des messages politiques, religieux ou pédagogique
Leur apparition découle de la mise au point de deux nouvelles techniques céramiques au milieu du 18e siècle.
• D’une part, le développement de la faïence fine – une argile fine de couleur claire, très plastique, additionnée de silex calciné et de chaux, recouverte d’une glaçure transparente – en France et en Angleterre. Cette « porcelaine opaque » est bien moins onéreuse que la précieuse porcelaine.
• D’autre part, l’invention anglaise de l’impression sur céramique (transfer printing) : le procédé consiste à graver un motif sur une plaque puis à le reporter sur une pièce par transfert. Dans l’esprit de la révolution industrielle, la mécanisation permet une fabrication à grande échelle et la reproduction sérielle des décors.
En France, aux 17e et 18e siècles, les faïences – non seulement les assiettes, mais aussi des pièces de forme (pichets, brocs, gourdes, etc.) – comportent des décors et inscriptions peints : slogans politiques, poèmes, proverbes, thèmes maçonniques, religieux ou patronymiques.
L’assiette parlante n’est donc pas une invention du 19e siècle, mais elle connaît un développement sans précédent en France à cette époque, grâce au procédé d’impression sérielle du décor, et elle fera l’objet d’un engouement général.
Grâce à l’impression, à partir d’un seul original gravé, on peut désormais reproduire un décor en de multiples exemplaires sans faire appel aux peintres. Cela constitue une économie de main d’œuvre considérable ; en effet, le décor peint à la main est plus long à exécuter et plus coûteux. Auguste Renoir a travaillé à ses tout débuts à la peinture sur assiette comme le raconte son fils Jean Renoir. Désormais, il n’y a plus qu’un seul artiste : le graveur. En outre, la mécanisation du décor permet aux manufactures de varier facilement et rapidement les sujets pour correspondre au mieux aux modes et au goût du moment.
Au 19e siècle, la France est impliquée dans de nombreux conflits armés (Algérie, Tunisie, Maroc, Mexique, Chine, Italie, Crimée, etc.). Qu’elle soit proche ou lointaine, la guerre, tout comme l’armée et la vie des soldats sur le champ de bataille, a abondamment été représentée sur les assiettes parlantes. Sur la faïence fine, l’iconographie de la guerre est celle d’une histoire officielle qui exalte la grandeur de l’armée et dépeint les dirigeants et soldats en héros. Il s’agit de sujets d’actualité, car les assiettes sont contemporaines des événements qu’elles illustrent.
Mis à part la solution de l’énigme, que voit-on quand on retourne l’assiette ?

Dirigée par la famille Boulenger, la faïencerie de Choisy-le-Roi est une actrice majeure. Elle est particulièrement connue pour l’utilisation de la « terre de fer », une faïence plus blanche et plus résistante. Adolphe Boulenger et Alexandrine Hautin, enfants des propriétaires de la manufacture se marient. C’est la manufacture Hautin Boulenger.
Solution du rébus :
Mais que veut dire ce rébus au fond d’une assiette à dessert ?

Avez-vous bien cherché ? Retournons l’assiette pour voir la solution :

Explication de la solution :
Laie (la femelle du sanglier) russe (facile avec l’étiquette née à Moskou et le casque) o rond (Dans l’écriture ronde, les ovales deviennent des cercles) baux (un bail des baux) /fer/ /les/ /A liés/ (A attachés avec des cordes) p’/rang/ (un rang de soldats) /dron/ /7bas/ /sto/ /pôle/
Le siège de Sébastopol dura onze mois, d’octobre 1854 à septembre 1855.
Si l’on tient compte du fait que les assiettes sont contemporaines de l’actualité, voilà qui date précisément celle-ci. Ceci étant confirmé par le fait que la manufacture s’appelle Hautin Boulenger ; A partir de 1863 le sigle sera H Boulenger et Cie.
Le siège de Sébastopol est le point culminant de la guerre de Crimée qui oppose de 1853 à 1856 l’Empire Russe à une coalition formée de l’Empire Ottoman, de l’Empire Français, du Royaume-Uni et du Royaume de Sardaigne (les fameux alliés).
La raison de cette guerre est l’expansionnisme russe qui au cours de plusieurs conflits successifs a privé l’Empire Ottoman de tous ses territoires au nord de la Mer Noire, dont la Crimée, au profit de la Russie.
Il n’y a rien de nouveau sous le soleil…












Les assiettes parlantes