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Les Pierrots de la Maternelle...

De Veretz (37) à Narbonne (11) en passant par Massiac (15)


jeudi 21 septembre 2017, par Franck Boulinguez

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Habitant à Véretz (petite commune d’Indre-et-Loire à environ 10km de Tours) depuis près de 10 ans, j’ai pris la manie de « collecter » toutes les informations et documents qui parlent de mon village mais également ceux qui concernent les personnages « particuliers » qui y sont rattachés.

La Fontaine de Bacchus à Véretz
Eugène Bizeau est crédité d’un grand nombre de petits poèmes sur les cartes postales de Véretz...

Véretz est le berceau d’adoption du célèbre pamphlétaire et « Vigneron de la Chavonnière », Paul-Louis COURIER (Paris 1772- Véretz 1825, il y est mort assassiné) mais également la commune de naissance d’Eugène BIZEAU (Véretz 1883 - Tours 1989) , parolier, poète et lui aussi, comme son prédécesseur, vigneron et « anarchiste ».

Eugène BIZEAU à l’âge de 103 ans
le 29/5/1986

Inutile de parler dans cet article de leur généalogie, de leur histoire, ni de leur « vie publique », je laisse libre-court à votre curiosité naturelle par une simple recherche sur internet, au travers des nombreux articles, ouvrages ou sites qui leur sont consacrés.

Je vous livre simplement l’image et le texte d’une double carte postale que j’ai eu la chance d’acquérir très récemment sur le site pour collectionneurs que nous connaissons tous. (Vous pouvez cliquer sur ces images pour les voir "en grand")

Au recto

Le recto montre une photo des « Pierrots de la maternelle » de Massiac (Cantal) ainsi qu’une partition musicale dont les paroles ont étés écrites par E.(ugène) B(izeau). et l’adaptation musicale par Mme M(auranne)

Vous devriez pouvoir écouter cette adaptation musicale en cliquant sur le lecteur qui devrait normalement apparaitre...

Au verso

Quelle joie, de voir que le verso est écrit de la main même d’Anne, née Adélaïde Françoise CHAMBONNIERE le 22 mars 1882 à Trémouille (15), épouse d’Eugène BIZEAU, institutrice à l’école de Massiac et dont voici le texte :

Coté droit :

Chers amis
Vous reconnaitrez sans doute le plus grand des pierrots ! 1 Il y a aussi 2 enfants de collègues le petit MAURANNE 2 marqué d’un point rouge et le petit AURADOU 3 marqué d’un point bleu.
Mais la candeur naïve du petit Georges 4 me plait infiniment. Clairette 5 doit être de mon avis car dans le pêle-mêle des enfants elle choisit toujours celui-là. Le moment venu je serais heureuse qu’ils puissent « se plaire » En attendant bons baisers des deux petits et pensées affectueuses de nous deux.
E & A BIZEAU

Coté gauche :

J’espère qu’il vous sera possible de me placer une douzaine de ces cartes à 0F50 l’exemplaire.
Si oui, passez moi la commande quand vous en aurez le temps.
Hier, nous en avons envoyé à Marseille (port de mer) et à Bournoncles 6 (port de montagne) du coté de Montchamp 7 !

Cette carte est destinée à Mme et Mr Henri [???] à Narbonne.

Que retenir de ce courrier ?

[1] « Le plus grand des pierrots » est marqué « Max » :

Il s’agit de Max BIZEAU, fils d’Adélaïde (Anne) et d’Eugène né en 1918 à Massiac et décédé en 2016.
Dans la lignée de ses parents, Max BIZEAU a publié de nombreux poèmes.

JPEG - 112.3 ko
Max BIZEAU

AD15 - Actes de naissances 1907-1932 : http://archives.cantal.fr/ark :/16075/a011324371641FWsIRR/1/136

[2] et [3] Anne doit surement parler des enfants de ces collègues de l’école :

• Pierre MAURANNE a 6 ans en 1926. Son père Alfred est instituteur et Chef d’établissement, sa mère Marthe est institutrice (C’est sans doute elle qui a composé l’adaptation musicale du poème d’Eugène BIZEAU sur cette carte postale).

JPEG - 52.9 ko
Pierre MAURANNE (marqué d’un point rouge)

AD15 - Recensement de population de Massiac de 1926 : http://archives.cantal.fr/ark :/16075/a011427707095l3Ua7h/5/29

• Albert AURADOU a 5 ans en 1926. Son père Louis est instituteur à Massiac.

JPEG - 51.6 ko
Albert AURADOU (marqué d’un point bleu)

AD15 - Recensement de population de Massiac de 1926 : http://archives.cantal.fr/ark :/16075/a011427707095l3Ua7h/5/30

[4] Qui est le « petit Georges » ?

Le fait qu’ Anne ne cite pas le nom de famille du « petit Georges » laisse à penser que les destinataires de cette carte doivent obligatoirement le connaître, lui et ses parents…
Le recensement de Massiac en 1926 nous livre 2 noms de famille (mais il existe certainement d’autres « petit Georges ») :

• Georges VALOUR, âgé de 4 ans (page21, numéro 19), fils naturel de Marguerite VALOUR, journalière.
AD15 - Recensement de population de Massiac de 1926 : http://archives.cantal.fr/ark :/16075/a011427707095l3Ua7h/5/21

• Georges CHALVET, âgé de 3ans (page 26, numéro 93), son père est bijoutier.
AD15 - Recensement de population de Massiac de 1926 : http://archives.cantal.fr/ark :/16075/a011427707095l3Ua7h/5/26

[5] « Clairette » désigne Claire Bizeau,
Fille du couple BIZEAU née en 1923 à Massiac.

AD15 - Actes de naissances 1907-1932 :http://archives.cantal.fr/ark :/16075/a011324371641FWsIRR/1/205

[6] et [7] J’ai trouvé le nom de ces 2 lieux par déduction en essayant de les déchiffrer pour finir par trouver ces villages peu éloignés de MASSIAC ;

Quelques questions...

- Qui sont les destinataires de cette carte postale ?

Le texte d’Anne laisse à penser, mais sans certitude que l’un (au moins) des destinataires est aussi instituteur(trice) puisqu’elle ne détaille que "2 enfants de collègues".

- Qui est le "petit Georges" ?

Sera t’il possible par recoupement, une fois les destinataires identifiés, de déterminer qui est le petit Georges ?

Quelques heures de recherche plus tard !

La piste des collègues

C’est en pleine guerre, à l’école de Massiac, qu’ Anne (Adélaïde) CHAMBONNIERE créé le premier "Syndicat des instituteurs et institutrices du Cantal".
Parmi ses "camarades syndiqués" de la première heure figure Camille MAURY, institutrice à... Montchamp !

Sur notre carte, Anne a envoyé quelques jours plus tôt quelques cartes "du coté de... Montchamp" !

BOUSQUET ?, vous avez dit BOUSQUET ?

Dès le début de la rédaction de cet article, notre ami et contributeur Michel GUIRONNET (un grand merci Michel !) m’avait indiqué que concernant la graphie du nom de famille des destinataires, il avait déchiffré BOUSQUET, "un nom bien du coin" pour reprendre ses propos.

Lorsque pendant mes recherches sur Camille MAURY, je tombe sur ce numéro 37 de "L’Emancipateur" qui indique :

Camille Maury, Bousquet après son mariage avec son correspondant blessé de guerre

L’Emancipateur est le "Bulletin du Syndicat Départemental de l’Education Nationale du Cantal", Anne Bizeau en était d’ailleurs rédactrice dès le premier numéro en 1919.


http://cgteduc-ac-clermont.org/IMG/pdf/emancipateur_n-_37_journal_de_la_cgt_educ_action_du_cantal.pdf

Puis cet autre article pour les 90 ans de l’Emancipateur qui confirme que Camille Maury a bien épousé un sieur BOUSQUET :

Camille Bousquet, née Maury, institutrice à Montchamp a eu pendant la guerre une action humanitaire importante (colis aux prisonniers et en particulier dictionnaires, manuels allemands pour aider à la communication et peut-être un jour à la fraternisation et mettre fin à la guerre). En correspondance avec un mutilé de guerre, elle l’épousera après l’armistice et terminera sa carrière dans l’Hérault.

http://ursencgt.free.fr/fichiers%20pdf/supplement%2090%20ans-dec09.pdf

Oui mais c’est quoi son petit nom ?

La concordance des indices pourrait nous laisser penser que nous tenons là les destinataires de notre carte postale et me pousser à arrêter cette "enquête".
Il manque cependant un élément primordial ! On ne peut pas accuser sans preuves !

Mr BOUSQUET, l’époux de Camille blessé pendant la guerre, s’appelait t’il bien Henri ???

Les Archives numérisées de l’Aude, registres d’état-civil, tables décennales et recensements ne sont malheureusement pas disponible en ligne pour l’époque qui nous concerne...

Quand soudain, au détour du numéro 3 de l’Emancipateur à la page 18 :

La voilà notre preuve !

BNF- Gallica :http://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k8910384/f24.item

Et le "petit Georges" ?

Je pense qu’il ne sera pas possible de déterminer avec certitude de qui Anne parlait à son amie et collègue Camille.

Quant à l’idylle qu’elle prêtait au "petit Georges" avec sa fille "Clairette", il semble que le coup de foudre n’ait pas duré. Claire BIZEAU s’est mariée 2 fois : avec un "Raymond" puis avec un "Roger"...

Il reste cependant, pour qui veut s’y coller, 25 petits "Pierrots de la maternelle" de Massiac à identifier...

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6 Messages

  • Les Pierrots de la Maternelle... 21 septembre 13:30, par Martine Hautot

    Bravo,Franck ,pour cette découverte et cette enquête vivement menée .Pour le petit Georges ,je pencherais plutôt pour Georges Valour.Vu les idées avancées et féministes d’ Anne Bizeau ,je la vois plus souhaiter le rapprochement de sa Clairette avec le fils d’une journalière élevant seule ses enfants que celui d’un bijoutier .Mais ce n’est pas une preuve.

    Petit élément amusant ,j’ai connu dans le syndicalisme enseignant une tendance appelée l’école émancipée .

    De l’émancipateur à l’émancipée ,on avance !

    Bien cordialement
    Martine

    Répondre à ce message

    • Les Pierrots de la Maternelle... 22 septembre 15:09, par Franck Boulinguez

      Merci Martine !

      Je n’avais pas étudié le côté « féministe » de cette énigme quant au choix d’Adélaïde sur l’avenir de sa fille.

      Il est vrai que « l’émancipation » des femmes doit être un maitre mot à Massiac quand on regarde le nombre d’enfants naturels et de reconnaissances dans les actes de naissance de cette période...

      Je n’avais pas relevé non plus, avant ton commentaire pertinent, que curieusement, Albert CHALVET, notre bijoutier papa d’un des « petit Georges » est ... témoin lors de la reconnaissance, 5 jours après sa naissance, de l’autre « petit Georges » par sa maman Marguerite VALOUR. Une drôle de coïncidence pour un « village » de plus de 1700 habitants...

      De là à ce que les petits Georges soient demi-frères...
      Mais tout ça n’est que supposition ! ;-)

      Encore merci
      Amicalement
      Franck

      Répondre à ce message

  • Les Pierrots de la Maternelle... 22 septembre 12:21, par Joëlle Sigal

    Bonjour,
    je lis toujours la gazette, et là, j’avoue, c’est trop mignon !!!
    bravo pour vos recherches, et merci du partage.
    cordialement
    Joëlle

    Répondre à ce message

  • Les Pierrots de la Maternelle... 22 septembre 22:38, par J.J.

    Très belle « enquête ». Ce que j’ai trouvé de plus émouvant, c’est le dévouement de madame Maury Bousquet, et ce fol espoir d’une fraternisation, qui fut par la suite bien déçu.

    Heureusement, les temps ont changé, éspérons que cela durera !

    Répondre à ce message

  • Les Pierrots de la Maternelle... 23 septembre 14:24, par Colette Boulard

    Merci pour cette recherche sur un sujet qui peut sembler banal. Oui, mais ce sont toutes ces petites histoires, tous ces petits fils ténus qui tissent l’histoire de nos familles.

    Répondre à ce message

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