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La question des suicidés autrefois

Le dimanche 28 janvier 2007, par Michel Guironnet, Thierry Sabot

Le 18 février 1885, Marius Fond, maire de la ville de Condrieu, transcrit sur les registres d’état civil un extrait du procès verbal de gendarmerie dressé la veille « par Messieurs Heymès Henry et Javelot Antoine, tous deux gendarmes à cheval à la résidence de Condrieu » :

« ...Il résulte qu’il a été ce même jour, à huit heures du matin, retiré des eaux du Rhône ; au lieu dit le Four à Chaux...(à Condrieu) le cadavre d’un inconnu de sexe masculin dont le signalement suit : paraissant âgé de vingt cinq à trente ans environ, taille un mètre soixante quinze centimètres, cheveux et sourcils châtains, moustaches blondes, front découvert, yeux bleus, nez petit, bouche moyenne, menton rond, visage rond ; vêtu d’un pardessus marron, d’une jacquette et gilet noir, d’un pantalon gris à raies blanches, souliers vernis à lacets, de guêtres en drap marron, de chaussettes grises, d’une chemise blanche à faux col et d’une flanelle blanche.

Dans une de ses poches était un calepin, recouvert d’étoffe noire, sur lequel était inscrit ces mots : « Je mets volontairement fin à mes jours 4 février 1885 ».

Etait également dans ses poches un porte monnaie en cuir rouge et à fermoir dans lequel était la somme de quatre francs quatre vingt centimes ; dans ses poches était encore un petit peigne à barbe et une petite paire de ciseaux.

D’après la constatation médicale par M Charrin Jérôme, docteur médecin à Condrieu, le cadavre inconnu pourrait avoir séjourné dix à quinze jours dans l’eau... »

Note : Dans les registres paroissiaux, les mentions de morts accidentelles, notamment par noyade, sont assez fréquentes sous l’Ancien Régime... celles par suicide sont évidemment inexistantes... même si dans bien des cas, il reste souvent impossible d’établir la part de vérité : accident ou suicide ? Nous ne le saurons jamais...

Au XIX° siècle, le mur de la honte et du silence entoure toujours les décès par suicide. Ainsi, l’Eglise affirme sa position en refusant toujours la sépulture à « ceux qui se sont donné la mort de propos délibéré ». Si le suicide devient un objet d’étude pour les nouvelles sciences (psychologie, psychiatrie, sociologie), la médecine elle-même contribue à faire du suicide une « maladie honteuse », due à une faiblesse d’esprit, une tare et un tabou qu’il faut dissimuler à la société.

Sources :

  • Registre d’état civil de la commune de Condrieu (69).
  • Georges Minois, L’historien et la question du suicide, in L’Histoire, numéro 189, juin 1995, pages 24 à 31.

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12 Messages

  • > La question des suicidés autrefois 23 mars 2007 19:31, par jean pierre derouard

    Bonjour,
    c’est avec intérêt que j’ai lu votre article sur le suicide par noyade. J’ai étudié la question pour le XVIII° siècle dans la vallée de la Seine (article dans les Annales de Normandie). Il était alors impossible de prouver qu’un noyé s’était suicidé et il était très rare qu’on trouve un papier dans la poche d’un suicidé. Dans aucun cas que j’ai constaté il n’y a eu discrimination à l’enterrrement. Tous les noyés recontrés ont été enterrés dans le cimetière. Les noyés identifiés étaient même parfois enterrés dans l’église.
    jean pierre derouard

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    • Bonjour, je suis intéressée par votre article. En effet, pour des raisons de déshonneur familial, mon arrière-grand-père se serait suicidé en se jetant dans la Seine à Paris en 1916. Je ne sais où m’adresser pour avoir confirmation de cet évènement qui a toujours été caché à la descendance. Et j’aimerais savoir quelle sépulture lui fut réservée. Son corps fut-il ramené à St-Omer où il avait vécu toute sa vie, ou fut-il déposé dans une fosse commune, et où ?

      Merci par avance pour vos conseils. Mme MF HUBERT.

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      • > La question des suicidés autrefois 5 juillet 2007 12:05, par jean pierre derouard

        Bonjour,
        la noyade était aux 18 et 19° siècle, et de loin, la première cause de mort accidentelle dans les paroisses puis communes de la Seine en aval de Rouen. Le chirurgien faisait la visite du cadavre pour vérifier s’il n’y avait pas sur le corps de traces de violence prouvant que la mort était antérieure à la chute dans l’eau. Mais il ne pouvaient évidemment prouver si quelqu’un n’avait pas aidé la personne à tomber à l’eau ou s’il ne s’y était volontairement précipité. Les seuls suicides évidents que j’ai trouvés dans les registres sont les cas de pendaison.
        Quand au corps il était bien sûr le plus souvent inhumé dans le cimetière de la paroisse/commune de découverte. Le curé s’inquiète parfois de savoir si le défunt était bien de religion chrétienne apostolique et romaine. Le corps de quelques rares noyés est ramené dans leur paroisse d’origine. Un noyé, bien sûr identifié, pouvait fort bien être enterré dans l’église, ce qui otait bien sûr tout soupçon de suicide - quoiqu’il puisse toujours y avoir mensonge.
        cordialement
        jean pierre derouard

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    • > La question des suicidés autrefois 30 juin 2009 22:34, par jean

      il y a aussi une autre piste, qui est la notification « mort ou morte de chagrin » qui correspond à un suicide.
      Par ailleurs, la question de savoir pourquoi les curés leur accordaient parfois la sépulture, la réponse est simple, la compassion !
      Ne pas traumatiser d’avantage, la mère ou les enfants du « fautif » qui étaient ses ouailles et venaient à lui vchaque dimanche.
      sans compter que sous le sceau de la confession, il y a fort à parier qu’ils avaient une idée de ce qui avait poussé le malheureux à de telles extrémités...

      Répondre à ce message

      • > La question des suicidés autrefois 1er juillet 2009 10:48, par derouard

        Bonjour ! Je n’ai jamais rencontré l’expression très intéressante « mort ou morte de chagrin », est-ce dans les registres paroissiaux que vous l’avez rencontrée ? Dans une certaine région ? à une certaine époque ? pour l’inhumation, je me suis surtout intéressé aux noyades. L’état du corps montre que la noyade est le plus souvent très ancienne et l’on ne peut rien prouver sur la cause de la noyade. Dans le doute, on inhumait dans le cimetière. Pour cela, on peut comparer avec la compassion pour les enfants simplement ondoyés également enterrés dans le cimetière (j’ai rencontré des ondoiements très simples comme faire toucher une bible à un enfant sans doute déjà mort-né. A ce que j’ai pu lire, le carré du cimetière consacré aux enfants morts sans baptême et aux suicidés ne devait servir que rarement. Un but de recherche serait de voir si l’on en trouve trace dans des cimetières actuels (la réponse est non pour ceux que je connais) ou sur les plans anciens. Tous ces sujets sont en tous les cas passionnants.
        jean pierre derouard

        Répondre à ce message

  • La question des suicidés autrefois 10 août 2007 22:32, par Frédérique Imbert

    Bonjour,

    Le suicide n’était en règle générale pas mentionné dans les actes paroissiaux, et pourtant nous avons relevé une exception à la règle.

    La voici :

    Suicide à Vernosc lès Annonay - 1681
    Sources : AD07 Vernosc-lès-Annonay Registre 337-04 Page 212

    "Anthoine BERNARD dit BARET du lieu
    de Sarras fils de feu Jean âgé
    d’environ quinze années fût trouvé mort
    l’onziesme may 1668 au grand chemin d’Annonay
    à St Vallier dessous la vigne de CAMET
    de la grange Ste Claire, ayant receu un
    coup de pistollet a la teste, qui le descocha
    de soy mesme ainsi qu’on m’a asseuré, et
    m’ayant apparu par les tesmoignages de
    plusieurs qu’il estoit de notre Religion
    je l’ay ensevely dans notre Cimetiere le
    douziesme may En presence de Jean BRYAS
    et de Nicolas RIGNOT illiterés Enquis."

    Acte relevé par Jean Chapuis

    Voir en ligne : Racines Ardéchoises / Histoires insolites

    Répondre à ce message

    • La question des suicidés autrefois 11 août 2007 07:47, par Thierry Sabot

      Bonjour Frédérique,

      Merci pour la mention tout à fait exceptionnelle de ce suicide. Dans cet acte, dans le contexte de l’époque, le plus étonnant n’est pas seulement la mention du suicide mais le fait que le curé donne une sépulture chrétienne au suicidé. Comment l’expliquer ? Le curé avait-il un doute sur la cause réelle du décès ?

      Autres détails importants :

      • Qui était cet Anthoine BERNARD dit BARET pour posséder une arme à feu ?
      • L’âge du défunt : environ 15 ans !!! Le mystère sur les raisons de son geste reste obscur... et nous ne pouvons faire que des hypothèses.

      Amicalement,

      TS

      PS : félicitations pour le Blog Racines Ardéchoises et pour la Gazette Ardéchoise... je te contacte dès que possible à leur sujet... mais je m’accorde encore quelques jours de vacances avant la rentrée...

      Répondre à ce message

      • La question des suicidés autrefois 4 septembre 2007 13:34, par jean pierre derouard

        Georges Minois dans son histoire du suicide (éditions Fayard 1995) cite Henry de Montherland (Le Treizième jour) : « Il n’y a rien de plus mystérieux que le suicide. Quand j’entends expliquer les raisons de tel suicide, j’ai toujours l’impression d’être sacrilège. Car il n’y a que le suicidé qui les ait connues, et qui ait été en mesure de les comprendre. Je ne dis pas : de les faire comprendre ; elles sont le plus souvent multiples et inextricables, et hors de portée d’un tiers. »
        Voici pourtant peut-être un cas explicable - si les témoins n’en ont pas menti - tiré du registre de Saint-Aubin-sur-Quillebeuf (Eure) du 1er décembre 1809 : « le jour d’hier Baptiste Le Ter garçon menuisier malade chez le sieur Cantin cultivateur depuis 8 jours et s’y étant trouvé poussé d’une fièvre chaude ou maligne qui lui avait fait prendre le parti de se jeter dans le puits du sieur Cantin au moment où le sieur Cantion er sa femme étaient absents. »
        Jean Pierre Derouard

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        • La question des suicidés autrefois 4 septembre 2007 14:18, par Thierry Sabot

          Bonjour Jean-Pierre,

          Merci beaucoup pour cette judicieuse citation de Montherland, ainsi que pour cet extrait des registres paroissiaux... La maladie et l’excès de folie du « suicidé » expliquent peut-être l’obligation de commentaire de la part du curé et son absence de réserve en la circonstance ???

          Cordialement,

          TS

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          • La question des suicidés autrefois 4 septembre 2007 14:24, par Thierry Sabot

            ah pardon, je n’avais pas vu la date ! 1809 ! C’est l’état civil laïque et non l’état civil religieux.

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            • Même au XIX° siècle, les noyés sont systématiquement enterrés dans le cimetière. En 1994, des Algériens clandestins se sont jetés à l’eau d’un bateau remontant la Seine. Savoir quelle commune allait les recevoir a posé problème quelque temps. Ils ont finalement été inhumés sans signe religieux dans le cimetière de Bébec, ancienne paroisse rattachée de nos jours à la commune de Villequier.
              jean Pierre Derouard

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  • recherhe inhumation d’un suicidé 15 mars 15:00, par ribardière

    François Morin né le 27 décembre 1851 à Benet en Vendée s ’est suicidé en se jetant dans le puit au lieu dit Ste Catherine ou
    il y avait 3 fermes.Il s’occupait du four banal et un jour de fatigue il s’endormit le pain brûla et de honte il mit fin à ses jours.
    Je suis à la recherche de la date de décès et dans quelle condition il fut inhumé.

    Merci pour votre aide.
    Josette Ribardière.

    Répondre à ce message

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