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La fin de Nabuchodonosor, le cochon

Mémoire d’un gamin


jeudi 1er février 2007, par Daniel Husson

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Au début des années 1960 dans une fermette familiale, un gamin de 14 ans assiste à la fin d’un porc...

Au début des années 1960, j’avais quatorze ans et souvent, en fin de semaine ou pendant les vacances, j’allais chez mon oncle et ma tante, qui venaient d’acquérir une ancienne fermette à une dizaine de kilomètres de Troyes. Ancien STO, mon oncle était pensionné, et disposant de ses journées, il s’était lancé dans un petit élevage : poules, oies, lapins, chèvres, quelques moutons, et... un cochon arrivé tout petit, et qu’il avait nommé « Nabuchodonosor ».

C’était amusant pour moi, au début, d’entrer dans la soue pour enlever le fumier, remettre de la paille fraîche, et de nourrir régulièrement un porcelet ; mais avec le temps, ce n’était plus du tout la même chose, car Nabuchodonosor avait grandi, et n’avait en tête qu’une idée de cochon : s’évader à la première occasion, et comme il venait renifler sournoisement mes pieds dès que j’ouvrais la porte tout en essayant de l’empêcher de sortir, j’avoue que je n’en menais pas large, car je craignais qu’il me bouffe les orteils, comme me l’avait prédit mon cousin...

Des souvenirs de cette odeur forte, d’urine et de lisier, de ce porc au corps rose sale, de ses grognements de satisfaction lorsqu’on déversait sa pitance dans l’auge... ou d’indignation, lorsqu’on passait à côté sans lui dire bonjour, et des souvenirs cocasses du jour où il a bien fallu faire venir le boucher pour sacrifier Nabuchodonosor...

Son sort a été réglé un samedi matin de bonne heure ; c’était depuis la veille, dans la maisonnée, le branle-bas de combat ; les femmes préparaient de l’eau bouillante, des tas de linges propre, serviettes, torchons, des boîtes de toutes tailles et de toute nature, des faitouts, des gamelles, ça courait dans tous les sens, dans la bonne humeur et, il faut bien le dire, un peu d’anxiété, car en dehors de mon cousin, nous venions tous de la ville et aucun d’entre nous n’avait assisté, de près ou de loin, à ce type d’évènement.

Le boucher est arrivé, a prestement bu un café, puis a déballé ses instruments, sur une grande table à l’extérieur ; le beau temps était de la partie, en ce mois d’octobre ; je regardais ce gros homme, fort et rougeaud, déballer ses outils, ses couteaux, les affûter au fusil avec des gestes machinaux et précis, prendre les linges, s’assurer que tout était prêt, avec le même soin qu’un chef d’orchestre, secondé qu’il était par mon cousin et par un voisin et ami venu en renfort...

Au mur de la grange était adossée une échelle, positionnée par le boucher, et je me demandais bien quel rapport elle pouvait avoir avec la tuerie de mon pauvre Nabuchodonosor. Lorsqu’est arrivé le moment fatidique, mon oncle a annoncé qu’il ne voulait pas voir cela, et, alors que les femmes sortaient de la maison, il est allé s’y enfermer, et nous avons entendu la radio hurler à un point tel que ma tante est allée voir si son mari était subitement devenu sourd...

Hilare, elle est revenue nous crier qu’il ne voulait surtout pas entendre les hurlements de son cochon...

La bête, qui avait été mise au jeûne depuis quelques jours, a été, dans la soue, attachée par une patte, tirée vers la cour où, son ventre criant famine, elle se ruait sur les cailloux et sur l’herbe en poussant des cris furieux, à faire pâmer mon oncle s’il les avait entendus... Le boucher, mon cousin, et l’ami, ont vite fait de s’emparer de Nabuchodonosor, et pendant qu’on lui enfonçait un bâton dans la gueule pour essayer de le faire taire, et surtout pour l’obliger à mordre le bois plutôt que les mains ou les bras passant à sa portée, le boucher le ligotait sur l’échelle, à terre, fixant solidement les pattes arrière, puis les trois hommes relevaient l’échelle et l’appuyaient de nouveau contre le mur.

Nabuchodonosor toujours gueulant, ruait avec ses pattes avant, pour tenter de se dégager de sa position inconfortable, mais très vite, une autre corde avait raison de lui, et lorsque le boucher s’est approché avec son pistolet à pointe, j’ai tourné la tête en murmurant des adieux a cette pauvre bête qui, après d’interminables cris, tué net, avait cessé de vivre. Son sang coulait dans une grande bassine, que le boucher faisait touiller par ma cousine, avec une grande cuiller de bois : c’est pour faire le boudin...

C’était le commencement de travaux qui allaient durer la journée entière ; mon oncle ayant appris la fin de son pensionnaire, avait ramené la radio à un niveau d’écoute normal, et venait courageusement aux nouvelles et apporter son aide.

Le boucher avait pris de la paille, en avait enduit le corps de la bête, et commençait à y mettre le feu, pour brûler les soies ; ensuite, il avait pris une brosse et fait tomber les parties calcinées ; l’échelle redressée un peu plus, le boucher a commencé au couteau le dépeçage en sortant avec soin les viscères, qu’il a fallu nettoyer : c’est la tâche qui m’a été confiée, et j’ai dû drôlement faire attention de ne pas percer les boyaux ; ma cousine m’a aidé quelques instants, puis voyant que cela allait bien et qu’elle était appelée à la rescousse par ailleurs, m’a laissé faire. Elle m’avait dit qu’on allait récupérer les boyaux pour faire le boudin. J’étais surpris par la longueur de ces tripes, et je me demandais si j’en avais autant dans le ventre...

Je me souviens des odeurs de viande, écœurantes, aggravées encore par l’étalement de l’estomac, et de tous les organes internes que je m’efforçais de ne pas trop regarder. Puis est venu le moment de la pause ; mon oncle avait préparé du café, des bouteilles de cidre ainsi que des casse-croûte qui ont été les bienvenus. Il faisait bon au soleil, mais le temps passait bien trop vite, et il y a encore tant à faire.

Débiter les côtes, les côtelettes, toutes les pièces de viande, qu’il fallait laisser reposer comme le recommandait le boucher, les emmitoufler dans les linges, les transporter, les stocker, chacun vaquait de son mieux ; le sang dans lequel avaient été plongés les oignons hachés et des morceaux de lard coupés en très petits dés, était maintenu au chaud sur un réchaud, et mon cousin et le boucher ont alors utilisé les boyaux ; le remplissage a été facilité par un appareil à manivelle, muni d’un entonnoir...

La matinée est passée très vite ; après un déjeuner copieux à l’ombre du gros marronnier, les travaux ont repris et le soir, nous étions fatigués ; le boucher et l’ami sont repartis, le premier avec un petit salaire payé par mon oncle, et tous deux avec des pièces de viande.

De nos jours, ce type d’abattage est bien entendu interdit. Pour des raisons d’hygiène normalisées. Mais je puis vous assurer que personne, après avoir mangé la viande ou les abats de Nabuchodonosor, n’a été malade ! Et nos ancêtres riraient bien s’ils apprenaient que dans certains bureaux, quelque part, quelqu’un a trouvé que c’était dangereux pour la santé du consommateur de laisser des paysans abattre ou faire abattre des animaux dans leurs fermes...

Comme si nos ancêtres avaient été stupides au point de ne pas savoir prendre un minimum de précautions...

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