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Deux baptêmes et pas d’enterrement : pour Marie-Elisabeth, c’était sacrement sacrément mal barré…

Le jeudi 4 décembre 2014, par Michel Baumgarth

Mon aïeul Jean-Baumgarth (vers 1736 à ? – 15 février 1811 à Friesenheim –Bas-Rhin) savait certainement lire et écrire comme le suggère sa belle signature très souvent apposée sur les registres du village, soit comme témoin de mariages et de décès, soit lors des nombreux baptêmes dont il fut le parrain. La découverte de la présence d’une étonnante particularité de sa signature m’ayant très fortement interpellé, j’ai entrepris d’en vérifier l’omniprésence sur tous les actes où sa griffe a été apposée.

Le hasard a voulu que je commence les archives en ligne par les décès (Friesenheim - sépultures 1772-1792 - 3 E145/4) et j’effectuais tranquillement mes vérifications quand, à la page 70, une énième signature de mon aïeul m’apparut au bas d’un acte vraiment insolite.

Il présentait trois anomalies tout à fait remarquables : la première tient à sa nature car c’était un acte de baptême - le seul de son espèce - niché au milieu des actes de décès du village ; la seconde tient à sa forme car l’acte qui s’étend sur deux feuillets est entièrement rayé sur toute la surface du texte par deux croix sur la page de gauche et une grande croix sur celle de droite ; la troisième est l’anonymat du curé rédacteur : pas de nom, pas de signature du vicaire.

Certes le but princeps de mes recherches était l’analyse de la signature de mon aïeul, mais comment pourrais-je résister quand la bizarrerie s’invite à ma table ? Ma curiosité piquée au vif, j’entrepris ma laborieuse traduction du texte en latin.

Après avoir lu quelques lignes, je crus tenir l’explication de la présence incongrue d’une baptisée parmi cinq cent vingt-trois défunts : devant l’état alarmant de l’enfant la sage-femme avait fait quérir le curé et le baptême a été célébré en urgence au domicile ( « …domi urgente mortis periculo ab obstetrix jurata… ») pour éviter à l’âme de Marie-Élisabeth BARTH l’horreur d’errer éternellement dans les limbes…

Tout naturellement ma logique cartésienne d’homme du XXIe siècle s’attendait à trouver dans la suite du document la mention du décès de la nouvelle née dans les heures qui ont suivi ; mais j’ai eu beau lire et relire la fin du texte, rien ne l’indique. Marie-Élisabeth aurait-elle survécu ne serait-ce que quelques jours ?

Je poursuivis ma lecture du registre : l’acte suivant est daté du 13 février 1785, soit 21 jours plus tard et il ne la concerne pas. Aurait-elle donc échappé au triste destin redouté par la sage-femme ?

Plein d’espoir, j’ai continué mon exploration dans le registre des sépultures jusqu’à son ultime page de 1792 et, à ma grande satisfaction, je n’ai rien trouvé ; il me restait donc à explorer les registres de décès ultérieurs et comme je voulais vraiment croire dans la bonne étoile de Marie-Élisabeth, j’entrepris même de faire ce travail à reculons de la table décennale 1883-1892 (- elle aurait eu 107 ans ! -) jusqu’ à celle 1793-an X. Aucun résultat…

Certes, si elle a survécu, la petite filleule de mon aïeul aurait pu décéder dans un autre village ; mais dans cette occurrence, pour respecter la tradition, son éventuel mariage aurait probablement eu lieu à Friesenheim. Je passais donc à l’examen des registres de mariage qui me laissa encore bredouille.

Pour ne rien négliger, mais sans véritable conviction, j’ai jeté un regard sur les arbres Barth/Friesenheim de Généanet.org… Rien.

Déçu et insatisfait, je retournais à mon travail initial d’examen de la morphologie des exemplaires des signatures de mon ancêtre ; il me restait à explorer les registres des baptêmes et des naissances jusqu’à 1811.

J’y glanais une bonne collection de nouveaux parafes qui confortait mon hypothèse (mais ceci est une autre histoire que je conterais une autre fois) quand, page 176 de Friesenheim-baptêmes 1759-1792, je découvrais le frère presque jumeau du premier acte de baptême de Marie-Élisabeth et celui-ci était bien à sa légitime place.

Le texte est quasiment identique et n’ajoute donc aucune précision sur le sort de l’enfant. En fait, il ne diffère que par un seul point : le nom du vicaire - A-Wansidel - y figure sous forme de signature, alors qu’il était curieusement absent sur le premier acte.

Bien que l’absence d’explication en marge de l’acte rayé soit étonnante, l’énigme semble être résolue : après l’avoir rédigé et avoir fait signer les témoins, le curé s’aperçoit de son erreur, ne signe donc pas le document et il l’annule en rayant le texte, puis il rédige à nouveau l’acte de baptême sur le bon registre…

J’en étais là dans mes réflexions quand je pris conscience que quelque chose clochait : bon Dieu, mais c’est bien sûr, les signatures !!!

Je m’empressais de quérir l’avis de mon épouse en lui demandant de les comparer au bas des photocopies des deux documents. Dès le premier coup d’œil son avis tombe, péremptoire : ce ne sont pas les mêmes !

Fort de son verdict, j’entamais les vérifications : je trouvais un exemplaire de la signature du père de Marie-Élisabeth (mariage Friesenheim 26 avril 1784 - page 107 - Sébastien Barth X Élisabeth Gutengunst) qui confirme mon diagnostic : faux grossier !

Je n’ai pas trouvé de spécimen pour comparer celle de Catherine Wunder, la marraine ; la croix apposée par la sage-femme (illettrée) est certes différente, mais j’entends rester objectif et je n’en tire aucune conclusion.

Quant aux signatures de mon aïeul, elles sont toutes identiques, élégantes et tracées d’une main ferme, bien différentes de la laborieuse et hésitante imitation du curé.

Mais la preuve majeure de la falsification est présente dans la terminaison de la soi-disant signature de mon ancêtre : les générations de curés de Friesenheim se sont entêtées à baptiser, marier et enterrer mes aïeux sous le nom erroné BaumgartEN, tandis que ceux-ci résistaient vaillamment en signant imperturbablement BaumgartH ; le vicaire faussaire emporté par la force de l’habitude s’est trahi en collant la terminaison honnie…

La cause est entendue : les signatures sur l’acte de baptême sont des contrefaçons très approximatives de celles du registre des sépultures.

Mais un mystère demeure : quelle motivation a poussé le vicaire à agir de la sorte dans cette affaire ? Réalisant qu’il avait fait une erreur, a-t-il eu des scrupules à l’avouer au père, à la marraine et au parrain de crainte que ceux-ci n’y voient un mauvais présage au devenir de l’enfant et le lui reprochent ? Est-ce pour conjurer le sort qu’il s’est évertué à effacer l’enfant du livre de la mort pour le ramener dans celui de la vie ?

Marie-Élisabeth est-elle morte en ce début du mois de janvier 1785 ? J’essaie de me convaincre que si tel avait été le cas, il eut été facile pour le curé Wansigel de clore l’aventure en apposant la mention « mortis est » en marge de l’acte de baptême fautif ; comme il n’en a rien fait, je me plais à espérer qu’elle a survécu, qu’elle a fondé une famille dans un village voisin de Friesenheim et que j’en trouverais la trace dans mes prochaines expéditions dans les archives.

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