Pour le plaisir, voici une maxime, à méditer, qui est peut-être un clin d’œil aux générations futures et aux généalogistes :
- Courtes (01) - Tournade, curé - AD - BMS 1781-1785 - 2 E 12803- Vues 1/66 et 41/66.
![]()
Et enfin un poème pour évoquer les malheurs du temps en l’an 1709 :
Dans lan mil sept cent neuf et l’hyver et la guerrefirent beaucoup de malheureuxl’hyver rude et trop rigoureuxfit presque tous périr les arbres de la terrela moisson et les vins périrent avec euxDans lan mil sept cent dix la moisson abondanteadoucit un peu nos malheurs.Sans neanmoins tarir les pleursQue tira de nos yeux une guerre senglante.mais la mortalité beaucoup plus affligeanteSut enfin ce qui mit le comble à nos douleursDans lan mil sept cent onze on vit croirre les eauxet former un nouveau Deluge.les maisons, tels furent nos maux,ne furent pas pour tous un assuré refugeDe tous les revenus, par un tribut nouveaule prince fit lever la dixième partieCe comble des impôts fut un pesant fardeauMais trop heureux encore, on nous laisse la vie.
- Avoise - Caillay, curé - AD - BMS 1700-1721 - 1MI 864 R1 Vues 123, 133 et 145/259.
Note : Ces vers du curé d’Avoise (72) se trouvent tous à la dernière page de chaque année. À noter que le dernier quatrain, qui évoque l’impôt du dixième, est barré dans le registre. Notre poète a-t-il eu peur de sa liberté de ton et d’expression et craignait-il une sanction ?
Cet ouvrage, étude inédite, se propose de vous faire découvrir quelques-unes de ces mentions insolites et de vous en montrer la richesse historique et généalogique. Il répond à bien des questions au sujet de ces textes insolites qui parsèment les registres paroissiaux : Pourquoi certains curés notent des mentions insolites ? Que nous apprennent-elles sur la vie quotidienne de nos ancêtres ? Comment repérer, déchiffrer, transcrire et commenter ces témoignages du passé ? Comment les utiliser pour compléter notre généalogie et l’histoire de notre famille ou de notre village ?
Il s’agit du premier numéro de Théma, la nouvelle collection d’histoire et de généalogie.
Des mentions insolites inattendues et un clin d’œil aux généalogistes
Messages
1. Des mentions insolites inattendues et un clin d’œil aux généalogistes, 13 septembre 2012, 06:29, par Michel Guironnet
Bonjour Thierry,
Sympa ton article !
Je te propose une hypothèse sur la raison du dernier quatrain du poème "barré dans le registre" (en fait, j’ai été voir le registre : le texte est soigneusement raturé, très proprement)
l’année du registre où est ce quatrain est celle de 1711...Or, cette année là :
Ayant échappé de la sorte à la capitation, le clergé ne s’en vit pas moins exposé l’année suivante à subir l’impôt du dixième sur ses biens, et afin d’écarter ce nouveau danger, l’assemblée de 1711 se hâta de voter un don de 8 millions de livres. Mais les officiers des finances, se fondant sur la généralité des termes de la déclaration du 14 octobre 1710, soutenaient que les biens d’église n’étaient pas exemptés, et cette interprétation avait reçu çà et là son application.
Le clergé réclama énergiquement. Une telle opinion mettait plus en péril que jamais des immunités pour le maintien desquelles l’ordre ecclésiastique avait déjà fait tant de sacrifices. Vivement pressé, Louis XIV lui donna satisfaction ; il ne se borna point à enjoindre qu’on n’appliquât pas aux biens d’église l’impôt du dixième, il rendit le 27 octobre 1711 une nouvelle déclaration portant que les biens ecclésiastiques et ceux qui appartenaient aux communautés, fabriques et hôpitaux, ne seraient point compris dans la mesure, voulant, disait-il, que tous les biens qui appartiennent actuellement à l’église en demeurent exempts à perpétuité. L’autonomie ecclésiastique avait enfin triomphé, et le clergé semblait, à la mort du grand roi, plus indépendant que jamais.
voir :
http://fr.wikisource.org/wiki/Page:Revue_des_Deux_Mondes_-_1880_-_tome_40.djvu/646
Amitiés.
Michel
2. Des mentions insolites inattendues et un clin d’œil aux généalogistes, 15 septembre 2012, 08:38, par Bruno DESMARQUEST
Il est possible que la maxime rapportée ici soit une considération sur la noblesse en général, ou un noble particulier. En effet, sous l’Ancien Régime, l’évocation de ses ayeux étaient une manière de se parer de la gloire ou de la fortune de ses illustres ascendants. C’est une forme de vanité tirée non pas de ce que l’on est intrinsèquement ou de ce que l’on a fait, mais de ce que d’autres personnes de votre lignée ont été, fait ou obtenu. Un regard critique porté sur cette science du paraître était vraisemblablement la raison de la maxime, et peut-être que d’autres écrits du registre (un acte de mariage ?) pourraient consolider cette présomption. NB. : j’écris ces lignes par ressenti et non par érudition.
Les vers et la maxime m’ont beaucoup intéressés, merci.
3. Des mentions insolites inattendues et un clin d’œil aux généalogistes, 15 septembre 2012, 09:39, par Bruno DESMARQUEST
En complément à mon premier message, il me vient une hypothèse peut-être vérifiable. Les charges ecclésiastiques étaient souvent attribuées à des cadets de la noblesse. Peut-être l’auteur de la maxime aura-t-il été témoin de la nomination d’un prélat du fait de sa position et non de son mérite, ou l’aura-t-il rencontré dans sa paroisse ou lors d’un déplacement ("investiture"...). Ce ne serait donc pas tant la noblesse d’épée qui serait visée, mais la noblesse de robe...
4. Des mentions insolites inattendues et un clin d’œil aux généalogistes, 15 septembre 2012, 13:43, par Jacques Dupé
Quel plaisir que de parcourir ces vers, et surtout de les savoir en conclusion, en fin d’année, sur les registres paroissiaux !
Merci de nous faire partager ce moment de bonheur !
5. Des mentions insolites inattendues et un clin d’œil aux généalogistes, 15 septembre 2012, 15:38, par Michel Guironnet
Bonjour,
Cette maxime est tirée d’un long poème.
Extrait :
Ah ! prends plutôt, ami, la raison pour arbitre
Où la vertu suffit, est-il besoin d’un titre ?
Non : laisse au courtisan sa fragile grandeur ;
Sans doute il a le droit d’adorer son erreur ;
II peut impunément, sans honte & sans bassesse,
A l’abri de son nom, languir dans la mollesse,
L’éclat d’un sang fameux lui tient lieu de vertus.
On chérit des honneurs sans efforts obtenus
Par deux cents ans d’aïeux on pense enfler son être
On aime à naître grand, pour s’exempter de l’être.
Moins sévère pour toi, le destin, au berceau
Ne t’à point, d’un vain titre, imposé le fardeau ;
Mais tu reçus une âme au travail endurcie,
Surtout contre l’orgueil dès l’enfance affermie,
Une santé robuste, une mâle vigueur,
La paix de l’innocence & le calme du cœur.
Et tu pourrais, honteux d’un si rare avantage,
De ces dons précieux nous dérober l’usage !
De servir les humains qui te peut détourner ?
Ils sont ingrats.... Eh bien ! il leur faut pardonner.
Ce texte s’intitule "Epitre à un commerçant qu’on suppose acheter des Lettres de Noblesse" page 366 de "Elite des poésies décentes" Tome second, imprimé à Lyon chez les frères Perisse (1772)
On retrouve ce texte avec un autre titre, et signé Le Prieur, dans une "Encyclopédie poétique" de 1779
On peut consulter ces livres sur Google Livres.
Cordialement.
Michel Guironnet
6. Des mentions insolites inattendues et un clin d’œil aux généalogistes, 22 septembre 2012, 20:13, par Josiane MORLON-SANTGERMA
Dans le même ordre d’idées : dessins ou mentions dans les registres paroissiaux, j’ai découvert un curé qui stigmatisait les enfants naturels en dessinant dans la marge une main fermée, l’index tendu, devant l’acte de baptême de l’enfant en question. Ce qui était amusant, c’est qu’il rédigeait l’acte en question en latin, alors que les autres étaient rédigés en français. Voulait-il atténuer l’effet que son dessin faisait ?
7. Des mentions insolites inattendues et un clin d’œil aux généalogistes, 23 septembre 2012, 17:40, par Catherine Broué
Bonjour,
Je vous remercie de ces mentions fort intéressantes. Je voudrais seulement vous signaler qu’au dernier vers de la deuxième strophe du poème, il me semble qu’on devrait lire non pas « Sut enfin », mais « fut enfin ». Évidemment, je n’ai pas l’original sous les yeux, mais le S long est souvent confondu avec un f.
Cordialement
Catherine Broué