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De l’hôpital de la Charité à Lyon à la colonie agricole du Val d’Yèvres

Registres des enfants abandonnés des Hospices civils de Lyon : 17e-19e siècle


jeudi 22 février 2018, par Jean Pierre Colin

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Depuis le Moyen-âge, les enfants abandonnés sont pris en charge par l’Hôtel-Dieu et la Charité, établissements dont la gestion a été centralisée par la création des Hospices civils de Lyon en 1802.
Le suivi individuel des enfants était consigné dans des registres conservés dans des collections presque complètes depuis la deuxième moitié du 17e siècle. L’organisation de ce suivi a connu une modification fondamentale en novembre 1783. A cette date, la Charité est devenue l’unique établissement responsable de la prise en charge des enfants abandonnés. Auparavant, l’Hôtel-Dieu gérait les enfants de 0 à 7 ans et la Charité ceux de plus de 7 ans.
La loi du 5 mai 1869 officialise le transfert de la charge des enfants abandonnés au département du Rhône. La Charité n’est plus qu’un établissement dépositaire (selon les termes de la loi du 27 juin 1904). Les registres postérieurs à la loi sont conservés aux Archives départementales du Rhône, de même que ceux qui témoignent de la période de transition qui commence vers 1850.
Les registres qui sont en ligne permettent de retracer les différentes étapes de la vie d’un enfant abandonné de sa naissance à sa majorité. La recherche de ces informations nécessite la consultation de plusieurs types de registres, ce qui peut rendre la recherche longue, mais riche en émotions.

Le 1er juillet 1834, un enfant de sexe masculin est abandonné dans « le tour » de l’hôpital de la Charité (Système comparable à celui utilisé de nos jours, à la SPA, pour l’abandon des animaux.).
L’enfant est trouvé portant un billet indiquant qu’il s’appelle Ferdinand COLLIN, qu’il est baptisé et que sa mère est Mariette COLLIN, âgée de 24 ans, fille de Jean COLLIN, décédé, et de Jeanne CAZELLE.
Le prénom de la mère est différent du prénom officiel. Ce sera pour l’occasion « Mariette » au lieu de Jeanne. Ces erreur sont courantes à l’époque dans les actes d’état civil. En effet, son père Jean COLIN faiseur de bas à Lyon, se nomme parfois COLLIN avec 2 "L" et parfois, plus étonnant, GARDIOL.
Les enfants successifs sont déclarés parfois COLLIN, parfois COLIN et parfois GARDIOL.
Le nom change parfois entre la naissance et le décès. La signature du père suit d’ailleurs la même évolution.

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Deux tours d’abandon au XVIIIe siècle

Copie des actes des registres (archives de la ville de Lyon) :



On voit sur les documents ci-dessus ses différents placements en Savoie, puis dans l’Ain. Après quelques actes de petite délinquance, et le changement de parents nourriciers, il a dû s’enfuir, car il est arrêté à Paris pour vagabondage et conduit à la colonie agricole du val d’Yèvre près de Bourges le 4 mars 1849.

La colonie agricole du Val d’Yèvres

Cette colonie dépendait de l’inspecteur général des prisons. Elle est un développement des maisons de redressement, en vigueur à l’époque. La discipline y était très rigoureuse, les travaux rudes des champs devaient remettre les jeunes gens sur le bon chemin. En 1853, il a 19 ans. Le directeur de la colonie demande à Lyon une copie de son acte de naissance.
il est successible d’être libéré, il demande donc à s’engager dans l’armée.
Là encore, les recherches généalogiques sont à poursuivre pour connaître son destin.

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Gravure représentant la colonie agricole du val d’Yèvre fondée en 1847 par Charles LUCAS, inspecteur général des prisons.

Ferdinand sera transféré de Paris avec deux autres jeunes le 4 mars 1849. Le transfert est réalisé avec Charles LUCAS comme accompagnateur. Les frais de voyage, nourriture comprise, s’élève à 60,40 francs.
Ces enfants sont : COLAS, PIERRE et NANCI. Pierre étant en réalité Ferdinand COLLIN.

A son arrivé, et jusqu’à son départ, Ferdinand COLLIN est dénommé Pierre. Le 14 juin 1853, jour de sa libération, il est enregistré sur les registres, sous le nom de Pierre "dit COLIN" né le 1er juillet 1834.

Sur ce registre, il est noté que Pierre venait de Paris ? où il mendiait.
Les bâtiments de la colonie ont été, depuis, vendus à des particuliers lors de sa fermeture. Certains ont été démolis. On retrouve aujourd’hui ces maisons, dont le style est particulier. Elles n’ont subies d’ailleurs, que peu de modification.

Ci-dessus bâtiment central, comportant la cloche pour appeler au rassemblement. Sur le toit, il est écrit en tuiles plus claires : "colonie agricole du Val d’Yèvre". Suite à un incendie, la toiture de la partie gauche a été refaite.

En 1841, Charles Lucas, inspecteur général des prisons, dont on connaît dès la fin de la Restauration les travaux sur le système pénitentiaire, achète 140 ha de marais au Val d’Yèvre près de Bourges. Son intention est d’y créer une colonie agricole pour les jeunes détenus.
Il est un des fondateurs de la Société de patronage des enfants libérés de la Seine, dont l’objet est de suivre les jeunes détenus après leur sortie de prison. Bien qu’étant un des promoteurs de la maison d’éducation correctionnelle de la Petite Roquette à Paris, il pense qu’il est important que « sur le plan moral, le travail agricole, la vie à la campagne soient les meilleures conditions pour la santé et l’âme de l’enfant ». Il sera l’auteur de la célèbre formule « sauver l’enfant par la terre et la terre par le colon ».

C’est dans ce contexte que se situe l’achat du Val d’Yèvre : retirer les enfants délinquants et vagabonds des villes et leur permettre de renouer avec les valeurs rédemptrices du monde rural et du travail aux champs. Charles Lucas soumet son projet au ministère de l’Intérieur qui ne le retient pas. En 1846, il décide de se lancer personnellement dans ce qu’il va appeler « une aventure ». Le coût de la construction sera de 450.000 francs. L’Etat alloue à partir de 1847, 80 centimes par jour et par colon pour les moins de 16 ans et 60 centimes pour les plus de 16 ans. Les premiers colons arrivent de la prison de Fontevraud le 29 août 1847. Ils sont 100 en 1850, ils seront 400 en 1860.
Charles Lucas ne retient pas le principe des chefs de famille mis en place quelques années plus tôt à Mettray. Ce sont des contremaîtres gardiens qui encadrent les colons. Ils s’occupent de la surveillance et de l’apprentissage. Certains colons parmi les plus âgés pouvaient être utilisés comme surveillants, voire même enseigner les plus jeunes.
Les colons auront comme principales tâches le défrichage des marais. Le Prince Président visite la colonie le 15 septembre 1852 : « Continuez, dit-il, à élever ainsi les colons et à les conserver dans l’agriculture, c’est la meilleure garantie de leur devenir. » Certains colons travaillent à la forge, à la menuiserie ou s’occupent des bestiaux et des travaux agricoles. Tous préparent la première communion.
En 1865, Charles Lucas devenu aveugle, il est remplacé au Val d’Yèvre par son fils docteur en droit. En 1872, la colonie est louée à l’Etat, qui finalement l’acquiert en 1878. En 1890, il y a 330 colons, on comptera cette année-là 39 évadés.
Suite à la loi de 1912 sur les tribunaux pour enfants, de moins en moins d’enfants sont envoyés dans les colonies publiques dont 6 fermeront entre 1920 et 1926. Le Val d’Yèvre ferme définitivement en 1924.

Documentations complémentaires :

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18 Messages

  • Bonjour,Jean-Pierre,
    Une vie sous le signe de l’enfermement .La colonie du Val d’Yèvres était une prison à ciel ouvert.J’ai lu que des jeunes essayaient de s’en sauver ,les gens du coin qui aidaient à les reprendre bénéficiaient d’une prime prélevée sur le pécule des pensionnaires !
    Après l’hospice, la colonie pénitentiaire et l’armée ,avez-vous une idée de ce qu’est devenu Ferdinand Collin ?
    Bien cordialement,
    Martine

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  • Bonjour, Jean Pierre
    votre article m’a peut-être donné une piste :
    Je recherche Pierre Percherancier, qui ne m’est connu que par un entrefilet du journal lyonnais « le salut public » du 14/6/1907
    La clé des champs : Hier, le service de la sureté a arrêté un nommé Pierre Percherancier, âgé de 15 ans, qui s’était évadé il y a quelques jours de l’école pénitentiaire de Brignais.
    C’est tout.
    Dans la famille Percherancier, dont je crois avoir repéré toutes les branches, il n’apparait nulle part (pour le moment) ni à l’état civil, ni dans les registres matricules. Aux AD 69, le dossier de l’école pénitentiaire de Brignais est vide pour cette période. Pierre ne figure pas non plus parmi les jeunes détenus lyonnais.
    Mais peut-être a-t-il été transféré après sa fugue dans un établissement plus dur ? Je vais chercher de ce côté, merci pour les liens.
    Si quelqu’un croise la route de mon fugitif, qu’il me fasse signe !

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    • Pour Pierre Percherancier, il serait étonnant qu’il se soit retrouvé à la colonie du val d’Yèvres, près de Bourges. Par contre, il existait d’autres établissements identiques un peu partout en France. Par contre, ces établissements ont fermé dans les années 1920 / 1926.
      Par ailleurs, j’habite à Grigny dans le Rhône, et j’ai connu ici un Percherancier qui a à peu près mon age ( 70ans).
      Il y a encore des Percherancier à Grigny, et comme il était à Brignais, situé à environ 10 km, il y a peut être un lien.
      J’espère que vous retrouverez sa trace.
      Cordialement

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  • Une autre approche de l’hospice de la Charité :
    Un an avant Ferdinand, en 1833, Virginie Frogier et son frère jumeau, Nicolas Jules,âgés de 4 mois, étaient déposés au tour. Ils portaient un mot de billet disant d’en prendre bien soin, « vu que c’est la nécessité qui force les parents à les exposer ».
    Tous les deux sont placés dans des familles paysannes de Saône et Loire, pour qui c’est une ressource financière. Le sort des deux enfants est bien différent : Nicolas meurt en 1834, mais Virginie a plus de chance. Jean-Baptiste Percherancier et sa femme Nicole, ont 4 garçons. Ils ont perdu une petite fille. J’imagine (je me trompe peut-être, que Virginie devient la fille de la famille.
    En 1856, elle épouse Jean Percherancier, qui oscille entre l’agriculture et l’usine Schneider. Elle met au monde 8 enfants et finit ses jours au Creusot chez son dernier fils, dans les années 1920.
    Cordialement,
    Odette

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  • Bonjour Jean-Pierre ,
    Il me semble me rappeler que les enfants des hospices restaient sous leur surveillance jusqu’à leur majorité,fixée à 25 ans .Ils devaient ,en particulier,obtenir leur autorisation pour se marier .
    Peut-être pourriez vous trouver une information dans les archives ultérieures de l’hospice de la charité de Lyon ?
    Bon courage ,
    Martine

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  • Bonjour, je ne connaissais pas trop ces prisons à ciel ouvert….
    Une piste peut être à creuser pour mon ancêtre Ernest Dourlet recueilli lui aussi dans un tour à Beauvais (Oise) en 1861 sans plus de précision (aucune trace trouvée dans les archives), placé dans une famille des Vosges ou des Ardennes (chez Ferdinand DOURLET et Louise ARDOUIN qui sont cités dans son contrat de mariage mais sur qui je ne sais rien ; ils semblent donner leur patronyme à mon ancêtre). On retrouve ensuite ce dernier commis agricole aux Longes (Rhône) près d’Ampuis en 1876. Qu’a-t-il fait pendant son adolescence ? Pourquoi arrive-t-il à des centaines de km de son lieu d’origine ?
    A voir si des listes d’enfants internés existent, mais il y a aussi beaucoup de centres comme ça sans doute…

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  • Je connais bien ce site encore lisible mais fortement dégradé.

    Pour compléter ce thème et l’étendre à d’autres établissements, lire l’excellent ouvrage de Marie ROUANET « Les enfants du bagne » PAYOT Paris 1992.

    La revue « MODES PRATIQUES » publiée par l’IRIS (Institut de Recherche du Septentrion) comprend dans son premier numéro paru en 2017, le chapitre « Punir et Vêtir » l’habit du mineur de justice, de Jean-Jacques YVOREL. Une autre facette de la question.

    Un sujet peu étudié, sauf localement.

    Répondre à ce message

    • Suite à votre message, j’ai commandé aussitôt, sur internet, le livre de Marie Rouannet. Sa lecture donne beaucoup de détails sur la condition de vie des colons, et notamment le nombre important de décès entraîné par ces conditions.
      Cela m’a conduit a suivre sur les registres de St Germain du Puy, commune de rattachement de la colonie du Val d’Yèvres, et surtout sur la période où s’y trouvait mon AA grand oncle.
      Les conditions devaient y être beaucoup plus douces, car de 1847, date de création de la colonie et jusqu’à 1854, il n’est fait mention que d’un décès. Mon AA-grand oncle y est resté de 1849 à 1853.
      Ensuite, en 1855 il y a eu 9 morts (épidémie ?), les années suivantes, on ne retrouve que 4 décès en moyenne par an sur un effectif de 400 colons. Donc mortalité bien plus faible que celles indiquées dans les autres colonies citées dans l’ouvrage de Marie Rouanet.
      Cordialement, et encore merci pour ces renseignements

      Répondre à ce message

  • Bonjour Jean Pierre,

    j’ai mon AAA grand mère Anne Dartige qui a été abandonnée à La Charité de Lyon en 1806 elle avait 8 mois. J’ai écrit son histoire via les archives de Lyon les recensements et autre et aimerais que vous lisiez son récit.... C’est en pdf, il me faudrait votre adresse mail.

    Cela peut vous donner des idées de pistes et peut-être que vous en aurez pour que je trouve les renseignements manquants concernant Anne....
    cordialement,

    sandrine

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  • Bravo pour ce travail remarquable
    Quel choc ! Votre article m’a donné l’envie de d’en savoir plus...
    Heureusement, mon ancêtre, Sophie Ferdinande TOURRIER, Orpheline des Hospices de Paris en 1808, a échappé à cette vie de misère et ce destin broyé dès le plus jeune âge. Elle a connu une existence dans le Cambrésis, certes laborieuse, mais a su donner l’amour qu’elle n’avait pas reçu, à ses enfants et petits enfants. Elle a quitté ce monde à 76 ans. J’espère, un jour, vous raconter son histoire...
    Cordialement
    Marlie Toussaint

    Répondre à ce message

    • Ce Ferdinand Collin qui s’est retrouvé à la colonie agricole du Val d’Yèvres, est mon AA grand oncle.
      Par contre mon AA grand père, abandonné lui aussi à la charité, à été placé à deux jours dans une famille en Ardèche,et cela a dû bien se passer, car il est resté dans cette famille jusqu’à sa majorité, puis il est parti vivre sa vie sous d’autres cieux, dans la Drôme, donc pas très loin.
      Apparemment c’est le jour de son mariage ou du moins lors de la publication des bans , qu’il a su qu’il ne s’appelait pas « Pierre Paris » comme l’avaient rebaptisé ses parents adoptifs, Mais « Colin Jean ».
      C’est certainement ce qui a dû se passer pour votre ancêtre, placée dans une famille « accueillante ».
      Cordialement

      Répondre à ce message

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