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De Rachel à Marie-Rose

Le mercredi 1er mars 2006, par Paul Rouviere

La conversion d’une juive au catholicisme est suffisamment rare pour attirer l’attention. Si, sur les milliers d’actes de baptême parcourus au cours de ces dernières années, j’ai vu plusieurs conversions de R.P.R. je n’en ai trouvé qu’une seule de juive.

Dans le registre paroissial de Saint-Laurent-des-Arbres, dans le Gard rhodanien, on peut lire :

An du seigneur 1708 et le 20 du mois d’octobre, moi Jean Bastide soussigné, vicaire de l’église paroissiale de Saint-Laurent-des-Arbres, diocèse d’Avignon, partie occitane, j’atteste, avec l’autorisation de son Excellentissime et Révérendissime Seigneur l’archevêque d’Avignon du 13 du mois courant, que j’ai célébré le baptême dans cette église de Saint-Laurent, de Rachel de CAVAILLON, veuve de Habraham Naban de BIARRITZ fille de Cassuë de CAVAILLON et de Richenette de MILLEAU, juifs et habitants de ce lieu de Saint-Laurent, à laquelle a été donné le nom de Marie-Rose. Les parrains ont été : noble Maître François de POUSQUIERES et Dame Marie de GUY, les témoins : Révérend Mre de GUY, prieur de Sanilhac, diocèse d’Uzès et Mre Pierre d’HUGUES, prêtre, soussignés.

Sachant que les noms de juifs sont en grande majorité des noms de ville précédés de la particule "de" marquant l’origine de la famille on ne sera pas étonné de trouver Cavaillon, Biarritz et Milleau comme patronymes dans cette famille qui, vraisemblablement, était venue du Comtat venaissin dans le Gard pour y faire le commerce des mules et des chevaux. On sait peu de choses de cette Rachel avant son baptême, sinon qu’elle est veuve, mais depuis quand ? et qu’elle a environ 35 ans. Elle vit à Saint-Laurent depuis 18 ans, bien évidemment sans aucune trace de famille, puisqu’aucun état civil n’existait pour les juifs. Sans doute était-elle seule et sans famille proche après son veuvage, et a-t-elle voulu rester dans ce village et s’y intégrer davantage en se convertissant au catholicisme. Toujours est-il que huit mois plus tard environ, on découvre , dans le registre paroissial de Saint-Laurent, le mariage de notre Marie-Rose avec Guillaume SORBIER, cordonnier ; de la paroisse de Vers, petit village accroché à une colline du coté du Pont du Gard :

L’an 1709 et le 9e jour du mois de juin, publication ayant été faite le 7 du mois courant et un dimanche, dans toute la paroisse, ayant obtenu la dispense des deux autres publications de son Excellence l’archevêque d’Avignon et du Révérendissime évêque d’Uzès, n’ayant trouvé aucun empêchement , moi Jean Bastide, vicaire perpétuel de l’église paroissiale de Saint-Laurent-des-Arbres, j’ai interrogé Guillaume Sorbier, célibataire, fils de Louis et de Anne Alibert, mariés et décédés, de la paroisse de Vers, diocèse d’Uzès et Marie-Rose de Cavaillon, veuve, de ce lieu de Saint-Laurent, dans l’église, et j’ai reçu leur mutuel accord, et je les déclare solennellement unis par le mariage. Les témoins : Etienne Giraud, Louis Chalanqui, cordonnier et André Mathieu soussignés.

Au nom de Dieu soit fait. Amen. Sachent tous présents et à venir, que l’an mille sept cent neuf et le huitième jour du mois de juillet, après midi, par devant moi notaire royal soussigné et en présence des témoins bas nommés, établis en leurs personnes Guillaume SORBIER, cordonnier, fils naturel et légitime de feu Louis et Anne ALLIBERT, ses père et mère, habitant du lieu de Vers, diocèse d’Uzès d’une part, et honnête femme Marie Rose CAVAILLON, veuve habitant de Saint-Laurent-des-Arbres, diocèse susdit, depuis dix huit ans, âgée d’environ trente cinq ans, lesquelles parties, procédant de leurs avis et conseil comme personnes libres et majeures, assistés de leurs parents et amis ici présents et assemblés, ont promis et promettent réciproquement l’un envers l’autre se prendre et épouser en vrai et légitime mariage, icelui accompli, solennisé en face de notre Sainte Mère Eglise catholique, apostolique et romaine, à la première réquisition de l’un d’eux, à peine de tous dépens. Et comme de tout temps, mariages ne se font sans constitution de dot, procédant de la part des femmes pour supportation des charges de mariage, à cette cause établie ladite Marie Rose future épouse, laquelle de son gré s’est constituée et constitue envers sondit futur époux elle-même, ensemble tous et chacun ses biens meubles et immeubles présents et à venir, noms, droits, raisons et actions en quoi que consistent et puissent consister, desquels elle a fait vrai maître, procureur et usufruitier ledit Sorbier son futur époux, pour d’iceux icelui en pouvoir faire et disposer comme un mari peut faire des biens dotaux de sa femme, à la charge de les reconnaître et assurer sur tous ses biens en les recevant, pour les rendre et restituer à elle-même ou à tel autre à qui la restitution de droit appartiendra, en déduction desquels biens et droits ledit Sorbier, futur époux, confesse en avoir reçu tout présentement la somme de trois cents livres en argent, étoffes ou toiles de sa boutique suivant l’estimation qu’en a été faite par les amis communs des parties. Laquelle susdite somme de trois cents livres ledit Sorbier l’a reconnue et assurée sur tous ses biens présents et à venir, pour les rendre et restituer, le cas de restitution arrivant, à qui de droit la restitution appartiendra. Sera tenu, ledit futur époux, fournir à sa future épouse de robes, bagues et joyaux comme l’a fait, lesquels avec les habits respectifs des parties appartiendront au dernier vivant des futurs mariés, et venant le présent ménage à se séparer par le prédécès de l’un ou de l’autre, avec ou sans enfant, en ce cas, venant ledit futur époux à décéder avant sa future épouse, lui a donné par donation d’entre vifs et en augment de dot la somme de 60 livres et le contraire venant que ladite future épouse vienne à décéder avant son futur époux, lui a donné par semblable donation que dessus la somme de 30 livres payables un an après son décès et à prendre sur ses biens et droits ; tous lesquels pactes et conditions susmentionnés lesdites parties ont promis observer et n’y contrevenir à peine de tous dépens, déclarant ledit Sorbier n’avoir aucuns biens que son métier tant seulement, et pour l’observation de ce lesdites parties obligent tous leurs biens aux forces et rigueurs des cours, présidial et conventions royaux de Nîmes, ordinaires des parties, ainsi l’ont promis et juré. Fait et reçu audit Saint-Laurent, maison du sieur Chalanquy, consul, en présence de messire Jean Bastide, prêtre et vicaire perpétuel de Saint-Laurent , etc... [1]

**********

Pour compléter et illustrer cet article, Paul Siatte nous propose de suivre le baptême de Lazare en trois étapes (paroisse de Remenoville en Meurthe-et-Moselle (d’après la publication de Paul Siatte Les Regitres paroissiaux de Remenoville 1656-1772) :

Le baptême de Lazare

La cérémonie d’admission au baptême comprend trois étapes.

1. Première étape.

« L’an 1736 le 18 mars nous soussignés ptre curé de Remenoville et Moriviller son annexe en vertu de la permission de Mgr l’évêque de Toul notre prélat, nous avons reçu à la porte de l’église paroissiale les nommés Lazare, juif du village d’Osthorothe en Alsace présenté par le Sr Joseph Grégoire ptre curé dudit Remenoville et Anne Adam épouse de Gabrielle Gérard, paroissiens, qui nous ont assurés que ledit Lazare avait depuis l’âge de 13 ans comme il leur a déclaré conçu le dessein d’entrer dans notre sainte religion, qu’il avait persévéré dans ce saint dessein iusqua l’âge de 21 ans auquel il leur a déclaré son dessein que depuis cinq à six mois il se fait instruire par eux et par d’autres qu’enfin il avait été de très belles dispositions pour être admis au saint batême.

Nous soussignés après luy avoir représenté vivement l’excellence du batême et de la grâce qu’on y reçoit et la sainteté des devoirs qui y sont attachés, avons fait sur luy les premiers exorcismes conformément aux règles de l’Eglise et statut de notre diocèse de Toul et imposé le nom de Joseph Dieudonné en présence de Mr Louis Pasquez châtelain d’église et de Joseph Viriat maître d’école comme représentant le corps de la paroisse présente qui ont signés avec moy et les parein mareine. »

Joseph Grégoire ptre curé de Remenoville Louis Jacques, J. Viriat, N. Nangin.

2. Deuxième étape.

« L’an 1736 le vingtième mars dimanche des rameaux, le susnommé Joseph Dieudonné juif de naissance dont est mention dans l’article précédent nous ayant été derechef présenté par le Sr Joseph Grégoire ptre curé de Remenoville à l’entrée de l’église dudit Remenoville avant la messe paroissiale en présence de toute la communauté et nous ayant été certifié de la persévérance à recevoir le Sbatême par les susdits Sr Joseph Grégoire, Anne Adam , nous soussignés ptre curé de Franconville et Moriviller après l'avoir instruit des obligations qu'il allait observer nous avons fait sur luy le second exorcisme qui commence par ces paroles « exorciso imunda spiritum » et qui se continue iusqua ingredere in templum en présence de la paroisse assemblée et nommément de Mr Louis Pasquez cathelain d'église, Joseph Viriat qui ont signé avec moy et les parein et mareine.} » Marque de Anne Adam _ Louis Pasquez J. Viriat N. Mangin pire curé de Moriviller et Franconville {{3. Troisième étape.}} « {L'an 1736, le 8 avril dimanche de quasimodo nous soussignés ptre curé de domptail doyen du doyenné de Deneuvre en vertu de la commission à nous concédée et accordée par le seigneur évêque comte de Toul avons introduit dans l'église paroissiale de Remenoville Joseph Dieudonné juif de nation sous le nom de Lazare et catéchumène depuis sept à huit mois en la dite paroisse après luy avoir représenté vivement l'importance de la démarche qu'il nous a fait d'être batisé en les sentiments de piété et de reconnaissance qui doivent accompagner une action si sainte, nous lui avons conféré le saint sacrement de batême en présence du S Nicolas Gaillard ptre curé de Seranville, René Galand ptre curé de Rozelieure, Nicolas Mangin ptre curé de Franconville et Joseph Grégoire ptre curé dudit Remenoville, il a reçu pour parein haut et puissant seigneur Anne Joseph de Torniel, représenté par le SNicola Henry avocat à la cour souveraine de Lorraine et pour mareine haute et puissante dame Charlotte de Lamberty marquise de Gerbéviller représentée par Mademoiselle Durand épouse du S Nicolas Henry fiscal à Gerbéviller qui ont tous signés avec moy. »

M. Henry, Durand, Claude de la Lance, M. Gaillard, René Galland, N. Mangin
Jos. Grégoire ptre curé de Remenoville

Note postérieure de Jos. Grégoire :

« Ce Joseph Dieudonné se maria à Moriviller quitta sa femme ou ne la plus revu cependant on m’a affirmé qu’il persévérait dans notre religion. »

On remarque le mariage de

Joseph Dieudonné 27 ans f de Dieudonné Joseph tailleur d’habits, _ absent depuis de longues années et de Valentin Elizabeth

x 06 02 1781
Voirin Marie Geneviève
Fa de + Claude
et de Grandjean Thérèse

Ainsi Lazare et sa descendance ont changé de patronyme.

Lazare, juif de nation, venait de la paroisse d’Ottrot au pied du Mont Sainte Odile et bénéficiait en Alsace du statut bienveillant des juifs et plus libéral que celui des juifs des duchés.

Jos. Grégoire est quelque peu déçu par son départ du foyer conjugal. Cette conversion est un évènement exceptionnel à Remenoville et vraisemblablement dans le duché où la politique suivie à l’égard des juifs est restrictive, et il s’agit là d’un changement de religion et de patronyme.

Jos. Grégoire a donné à Lazare le nom de Dieudonné qui est le prénom de son père et comme prénom, Joseph, qui est le sien.

Source :

A Moriviller SMI 385 RI


[1Contrat de mariage de Guillaume SORBIER et Marie-Rose CAVAILLON (AD 30 - 2E60/93 - f°73)

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10 Messages

  • > De Rachel à Marie-Rose 19 mars 2006 12:08, par Thierry Sabot

    Bonjour à tous,

    A la suite de l’article, je viens d’ajouter le baptême de Lazare , en trois étapes.

    Amicalement,

    TS

    Répondre à ce message

  • > De Rachel à Marie-Rose 16 mars 2006 11:02, par salewa

    il existe à Lunéville des registres paroissiaux qui mentionnent beaucoup de convertions du judaïsme au catholicisme ,toujours avec des parrains de la noblesse locale.Cela pose le problème du libre arbitre des impétrants.

    Répondre à ce message

  • > De Rachel à Marie-Rose 14 mars 2006 07:41

    Bonjour,
    J’ai aussi le meme cas pour une ancetre d’Orange ; Voulez vous aussi la copie de l’acte ?

    Dominique(un)

    Répondre à ce message

    • > De Rachel à Marie-Rose 16 mars 2006 15:34, par Paul Rouviere

      Bonjour

      Je suis favorable au rassemblement des actes concernant le cas des conversions qui permettra de mieux cerner cet aspect de la vie de nos ancêtres.

      Pour dominique, pouvez-vous mettre votre acte sur ma bal perso ?

      Cordialement

      Paul ROUVIERE

      Répondre à ce message

      • > De Rachel à Marie-Rose 4 mars 2008 18:28

        Bonjour

        L’Association Culturelle des Juifs du Pape serait bien sûr très intéressée par vos données sur la conversion des juifs
        Marie-Rose de CAVAILLON était la fille de Jacassué CAVAILLON et Réginette de MILHAUD
        L’intérêt est donc double : historique et généalogique
        Je n’ai pas trouvé les références des actes pour les consulter aux AD30
        Si vous avez les clichés de cette conversion et du mariage qui a suivi, pourriez-vous me les faire parvenir ?
        Merci
        Roselyne

        Répondre à ce message

        • > De Rachel à Marie-Rose 5 mars 2008 16:32

          Bonsoir
          La réf. du CM. de Marie-Rose de CAVAILLON est : A. D. 30 - 2 E 60 / 93 - f° 73. Dans le texte elle a été décalée à la fin de l’article suivant : Note 1
          Il n’est pas évident que je retrouve la photo du texte dans mon bazar ! Mais si cette référence est fausse je ferai un très très gros effort !
          Cordialement
          Paul 83

          Répondre à ce message

    • > De Rachel à Marie-Rose 14 mars 2006 07:53, par Thierry Sabot

      Bonjour et merci pour votre message,

      C’est avec plaisir que j’accepte de recevoir une copie de l’acte. Il sera utilisé pour illustrer l’article.
      Vous pouvez me l’envoyer directement sur ma bal.

      Merci,

      @ bientôt,

      Cordialement,

      TS

      Répondre à ce message

  • > De Rachel à Marie-Rose 13 mars 2006 17:13, par Paul Siatte

    Bonjour, suite à votre article de Rachel à Marie Rose : j’ai trouvé dans des registres paroissiaux d’un village lorrain le baptême d’un juif au 18e relaté en
    trois épisodes. Si l’auteur de l’article est intéressé,le lui en donnerais volontiers copie Salutations. Paul Siatte

    Répondre à ce message

    • > De Rachel à Marie-Rose 13 mars 2006 18:09, par Paul Rouvière

      Bonjour

      Oui je pense que votre texte enrichira le mien, et je suis de l’avis de Thierry Sabot de le publier conjointement avec celui "De Rachel à Marie-Rose"

      Cordialement Paul

      Répondre à ce message

    • > De Rachel à Marie-Rose 13 mars 2006 17:19, par Thierry Sabot

      Bonjour,

      Merci pour votre message que j’ai fais suivre à l’auteur de l’article.
      Ces documents m’intéressent également.
      Peut-être pourriez-vous les publier en complément à cet article.
      Pourriez-vous m’en envoyer une copie par email ?

      Merci par avance,

      Cordialement,

      TS

      Répondre à ce message

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