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Charles VII crée une armée de métier

L’embryon de la première armée professionnelle rétribuée par le pouvoir en place.


jeudi 12 octobre 2006, par Jean-Pierre Bernard

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Le roi Charles VII jette les bases d’une future armée de métier. En 1445, le roi et son conseil établissent les « compagnies d’ordonnance ».
Quinze capitaines, commandant chacun 600 hommes, soit 9.000 hommes, toujours disponibles sur simple réquisition.

Le roi Charles VII va jeter les bases d’une future armée de métier. On peut s’en faire une idée au travers de textes de certains chroniqueurs du temps :

La réforme militaire de 1439, d’après un poète contemporain :

"L’an mil quatre cent trente neuf
Le feu roi si fit les gens d’armes
Vêtir et habiller de neuf,
Car lors étoient en pauvres termes.
Les uns avoient habits usés
Allant par pièces et lambeaux
Et les autres tout déchirés
Ayant bien besoin de nouveau.
Si les monta et artilla
Le feu roi selon son désir,
Et grandement les rhabilla
Car en cela prenait plaisir."
(Martial d’Auvergne, « Les vigiles de Charles VII », 1439)

Charles VII réforme l’armée royale - Constitution des compagnies d’ordonnance - 1445 :

L’on doit à Charles VII la constitution de la première armée de métier permanente. L’embryon en est l’établissement des compagnies d’ordonnance, décidé en cette année 1445 par le roi et son Conseil.

Les principaux membres de ce Conseil étaient : son fils, le Dauphin (futur Louis XI), le roi de Sicile, le duc de Calabre son fils, messire Charles d’Anjou, le comte de Richemont, connétable de France, les comtes de Clermont, de Foix, de Saint-Pol, de Tancarville et de Dunois (le Bastard Jean d’Orléans, ancien compagnon de Jehanne la Pucelle), et d’autres conseillers, tant ecclésiastiques que séculiers.
On décide d’avoir, en divers lieux, des gens d’armes de métier, payés en permanence.
Mathieu de Coucy, chroniqueur contemporain, nous en parle :

« ...il (le roi) désirait de tout son coeur qu’une bonne ouverture et manière fût trouvée, par laquelle les gens de guerre qui étoient à luy fussent payés et soudoyés en nombre compétent, et mis et assis ès villes et forteresses de sondit royaume, où bon luy sembleroit... ».

« Alors il fut ordonné, tant par le roi que par les dessusdits du conseil, qu’il y auroit quinze capitaines, lesquels auroient chacun sous eux cent lances ; et que chacune lance seroit comptée à gages pour six personnes, dont les trois seroient archers et le quatrième coutillier, avec l’homme d’armes et son page. »

On définit la solde et les lieux de cantonnement de cette armée professionnelle permanente, composée de 9.000 hommes environ :

« lequel homme d’armes accompagné, lui sixième, comme dit est, auroit de gages pour chacun moys 40 francs, monnoie royale, et seroient mis et distribués par provinces et diocèses, en divers lieux du royaume, par les bonnes villes ; et si sauroit un chacun desdits capitaines son lieu et sa retraite, et où luy et ses gens devroient être et avoir leur rendez-vous. »

Des gens seront commis dans les lieux de garnison, qui recevraient l’argent pour payer les soldats :

« Outre ce, il fut ordonné qu’ils prendroient et seroient payés de leurs gages, tant sur les bonnes villes comme sur le plat pays (nb : donc, en garnison et en opérations) et qu’il y auroit certains commis par les bailliages, les sénéchaussées et prévôtés, qui recevroient et payeroient les sommes dessusdites, et en rendroient compte auxdits capitaines en temps et lieu, d’autant que leur charge pourroit monter. »

On choisit les capitaines en question, que l’on convoque au Conseil, et à qui l’on enjoint de veiller au recrutement de leurs hommes, et de maintenir une discipline stricte aux lieux où ils seront affectés :

« Lesquels capitaines furent par le roy et les seigneurs du conseil élus et dénommés, et aussi mandés et la présence du roy ; et là leur fut dit et ordonné qu’ils gardassent et entretinssent étroitement, tout autant qu’ils craignaient de tomber dans l’indignation du roy et des seigneurs dessusdits, lesdites ordonnances, et qu’ils ne fissent ne souffrissent être faict par leurs gens aucuns dommages ne violences aux marchands, laboureurs ne autres, de quelque état qu’ils fussent, si cher que ils avoient que iceux dommages fussent retournés sur eux ; et prissent tels gens dont ils fussent sûrs et qu’ils en pussent rendre compte. »

On précise, par écrit, aux capitaines, les lieux où il devront prendre garnison, et on équipe les hommes. Puis ils devront rejoindre les endroits définis, où ils devront remplacer les garnisons de fortune, souvent des gens des seigneurs locaux ou des aventuriers qui devront partir en bon ordre, dans les quinze jours, calmement et sans désordre :

« Tout ce ainsi fait, il leur fut baillé par écrit les lieux où ils devroient aller, et ce qu’ils avoient à faire.
En bref ensuivant après qu’iceux capitaines furent fournis de ce qu’il leur falloit de gens, et qu’ils eurent choisi, à leur pouvoir, sur toutes leurs compagnées, des plus experts et des mieux habillés (nb : équipés), jusques à leur nombre limité, il fut, comme dit est ci-dessus ordonné que tous les autres, c’est assavoir ceux qui n’étoient point gagés, se retirassent hâtivement et sans délai ès pays d’où ils étoient originaires, sans piller ni dérober le pauvre peuple ;
Ou autrement, si ainsi ne le faisoient, on y pourvoiroit et en feroit-on justice comme de gens abandonnés et sans aveu.
Et pour mieux y pourvoir, furent envoyés en plusieurs bailliages certains mandements royaux aux officiers servant à ce propos ; lesquelles ordonnances et commandements étant venus à la connaissance d’iceux, ils s’en allèrent incontinent en plusieurs et divers lieux, et s’épandirent sans s’entretenir par ensemble, tellement que dedans les quinze jours ensuivant on n’entendoit plus aucune nouvelles d’eux dans tous les pays du roy. »

Les garnisons se mettent en place, évitant les heurts avec les populations locales, et promettant de réparer avec justice les exactions éventuelles :

« Pour le regard des quinze capitaines dont dessus est faite mention, quand ils furent mis et assis comme dit est ci-dessus (avec) leurs gens, par les provinces, diocèses, bailliages, sénéchaussées et prévôtés du royaume, ils commencèrent à se conduire, gouverner et entretenir par les bonnes villes, très doucement et courtoisement, sans plus faire, ne souffrir être fait par leurs gens, aucune violence ou rigueur aux bourgeois et manants d’icelles, ne aussi aux marchands et laboureurs du plat pays.
Que si d’aventure il advenoit qu’aucuns d’eux fissent le contraire, et que la plainte en vint à iceux capitaines, aussitôt et sans délay, ils les faisoient punir et châtier à toute rigueur ; et avec ce ils faisoient restituer à ceux qui avoient souffert aucuns dommages, ce qui leur pouvoit avoir été pris. »

Les hommes des diverses garnisons sont éclatés en petits détachements. Le nombre de soldats de chacun d’eux varie en fonction du lieu où on les affecte, et l’on surveille leur comportement :

« Or, jà que le nombre des dessusdits gens de guerre ainsi gagés et conservés, comme dit est, se montât environ à neuf ou dix mille chevaux, si étoient-ils par les bonnes villes en assez petit nombre ; car il y en avoit à Troyes, Châlons, Reims, Laon ou autres villes semblables, en chacune que vingt, vingt-quatre ou trente, selon la grandeur et la puissance d’icelles ; par quoi ils ne pouvoient être assez puissants pour pouvoir prendre aucune maîtrise ni hauteur sur les dessusdits bourgeois et manants.
Outre quoi, les officiers royaux et les justices ordinaires avoient un singulier regard sur eux et sur leurs comportements, pour observer s’ils ne commettoient point quelques fautes, de la punition desquelles leurs capitaines n’en fissent pas bien leur devoir. »

Les hommes sont passés en revue périodiquement, et l’on pourvoit au remplacement des défaillants :

« D’autre part, il y avoit certains commis de par le roy, qui les voyoient en leurs habillemens passer aux montres assez souvent, afin qu’ils s’entretinssent comme il appartenoit, sans vendre ni perdre leurs chevaux et harnois ; et, quand il défailloit quelqu’un d’eux par mort ou autrement, aussitôt un autre étoit mis et subsistué en son lieu. »

De manière spontanée, une réserve de volontaires se crée, dans laquelle les capitaines peuvant puiser si le besoin s’en fait sentir :

« Même il y en avoit plusieurs qui, à leurs dépens, suivoient assez longuement les capitaines, sur l’espérance de parvenir à leur rang et d’y être enrôlés, quand le cas adviendroit ; et encore leur falloit-il souvent rechercher, par grands moyens et notables recommandations, d’y être admis.
Que s’il advenoit qu’il survint au roy aucunes affaires, en quelque lieu que ce fût en son royaume, il envoyoit tout aussitôt aucuns de ses messagers devers lesdits capitaines, ou aucuns d’iceux ; et incontinent, sans aucun délai, en peu de jours ils tiroient et se rendoient devers luy, ou ès lieux où il les vouloit ; par ainsi, se trouvoit-il pourvu de bon nombre de combattants, et bien en point, assez soudainement, avec l’aide de ses princes, de sa chevalerie et de sa noblesse. »
(Mathieu de Coucy - « Chroniques », ch.VI)

Comment l’armée de Charles VII était composée en 1450 - L’artillerie royale :

Un autre chroniqueur contemporain nous donne une idée de ce qu’était alors l’armée royale, qui se transforme, et à laquelle on a ajouté l’artillerie :

« Parce que ci-dessus est assez parlé des assemblées des gens d’armes que les princes et seigneurs tenoient et avoient et comment l’un avoit deux cent lances, l’autre trois cent et ainsi plus ou moins, il est bon de faire entendre ce qu’on appeloit une lance et quelle suite elle avoit.
Il est vrai que par l’ordonnance que le roy avoit mise en son royaume et sans compter les seigneurs fieffés et arrière-fieffés qui devoient servir, il y avoit dix-sept cent cents lances.
Ceux qui étoient de cette ordonnance de dix-sept cents lances, de mois en mois, soit que le roy eût guerre ou non, les gens du plat pays et des bonnes villes les payoient par une taille que ce roy avoit mise, laquelle on appeloit la taille des gens d’armes.
Et avoit chaque homme d’armes quinze francs, monnoie royale, pour ses trois chevaux, à savoir pour luy, son page et son guisarmier (nb : soldat qui portait une guisarme, ou hache à deux tranchants), ou coutillier ; et chaque archer pour lui et son cheval sept francs et demi le mois.

Durant la conquête de Normandie, tous les gens d’armes du roy de France qui étoient à son service, fût-ce de cette ordonnance ou non, furent tous payés de leurs gages de mois en mois. Et il n’y avoit si hardi qui osât devant ladite guerre ou conquête de Normandie, prendre prisonnier, ni ranconner cheval ni autre bête quelle qu’elle fût, vivre en aucun lieu sans payer, excepté seulement sur les Anglois et gens tenant ce parti.

Toux ceux pareillement qui gouvernoient l’artillerie étoient payés de jour en jour ; en laquelle artillerie il y avoit le plus grand nombre de grosses bombardes, gros canons, serpentines, crapaudaux, couleuvrines, le tout bien garni de poudre, manteaux et autres choses pour approcher et prendre villes et châteaux ; et moult grand’foison de charrois pour les mener et des maneuvriers pour les gouverner.

Etoient commis à l’artillerie messire Jehan Bureau et son frère, qui en faisoient moult bien le devoir.
Et à dire la vérité, durant cette conquête de Normandie, un plus grand nombre de villes et de châteaux eussent été pris d’assaut et par force d’armes ; mais, quand les places étoient approchées et prêtes à être assaillies, le roi de France, Charles, en avoit pitié et vouloit qu’on les prit par composition pour obvier à l’effusion du sang humain et à la destruction du pays et des peuples. »
(Mémoires de Jacques du Clercq, liv.I, ch.VIII)

Donc, en 1445 :

Une lance = 1 homme d’armes, 1 page, 1 coutillier (armurier) ou 1 guisarmier, 3 archers, soit 6 hommes, à 40 francs pour la totalité de la lance.

Chaque capitaine commande donc 600 hommes.
Avec les 15 capitaines, cela représente 9.000 hommes.

C’est la première armée de métier, embauchée en permanence, et rétribuée par le pouvoir en place(en taxant les villes, bien entendu !), c’est-à-dire le roi, grâce à une taille (impôt) levé sur les villes de garnison.
C’est l’embryon de notre armée moderne, avec 1.500 hommes d’armes, 3.000 pages et coutilliers, et 4.500 archers.
A cela, bien sûr, il faut rajouter l’artillerie, difficile à évaluer.

En 1450, cette armée fut portée à 1.700 lances, ce qui donne, par le même calcul : 10.200 hommes, auxquels on pouvait rajouter, le cas échéant, les troupes de certains seigneurs « fieffés » (titulaires d’un fiel) qui avaient encore le droit de lever leurs propres troupes.

A cela, il faut encore rajouter les deux compagnies de gardes écossais, environ 200 hommes, plus particulièrement chargés de la sécurité de la personne du roi.

Ainsi furent jetées les bases de notre armée moderne, première armée de métier.


nb : il existait aussi dans les villes un service du guet, qui était chargé de surveilles les alentours du haut des tours et des remparts.
A titre d’anecdote, voici comment était composé le « guet » d’Orléans, en mars 1566, avec le nombre d’hommes et les soldes correspondantes :

  • 1 chevalier (ou écuyer) 1.200 livres par an
  • 1 lieutenant 250 livres par an
  • 8 archers à 100 livres 800 livres par an
  • 22 archers à 50 livres 1.100 livres par an
  • 1 greffier 150 livres par an,

soit 33 hommes, et une dépense, pour la ville, de 3.500 livres par an.

En juillet 1563, est nommé pour commander ce corps Rolland de Sémellon, écuyer, homme d’armes de la compagnie de M. de Cypierre, gouverneur de la ville.

Voici ce que l’on en disait dans nos livres d’histoire :

Les compagnies d’ordonnance :

"Après le supplice de Jehanne, la guerre avec les Anglais dure encore 20 ans ; mais les choses sont bien changées. Servi par de sages conseillers, Charles VII, qui s’est réconcilié avec les Bourguignons, peut rentrer dans sa capitale : Paris.
Il réussit à constituer une bonne armée. La cavalerie est formée de troupes permanentes, les Compagnies d’ordonnance, et l’infanterie par des Francs-Archers, qui s’entraînent chez eux et sont appelés sous les armes suivant les besoins. Des canons, montés sur chariots, forment la première artillerie de campagne.
Grâce à cette armée, le roi remporte deux victoires qui libèrent la Normandie et la Guyenne, et en 1453, les Anglais ne possèdent plus en France que Calais. Durant les vingt années qui suivent la mort de Jehanne d’Arc, le royaume se restaure."

("Petite Histoire de la France et du peuple français", par H. Belot - Cours moyen - Classes de 8e et de 7e des lycées et collèges - Programme de 1945 - Librairie Istra - Strasbourg, 15 rue des Juifs.)

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3 Messages

  • Charles VII crée une armée de métier 6 mars 2008 12:22, par Aurélie B.

    Bonjour votre article est très bien construit mais j’aurai aimer connaitre vos sources d’ou viennent précisement les textes que vous citez largement dans votre article.
    Pourriez vous mettre les références en ligne ?

    Merci par avance

    Répondre à ce message

    • Charles VII crée une armée de métier 6 mars 2008 22:15, par Jean-Pierre Bernard

      Bonsoir,
      Ouvrir le message était qualifié de « risque élevé » !
      Je cite les sources dans le corps de l’article :

      • « Martial d’Auvergne, Les vigiles de Charles VII », 1439" peut se trouver dans toute bonne médiathèque bien fournie.
      • « Mathieu de Coucy - Chroniques, ch.VI », chroniqueur de l’époque, et
      • « Mémoires de Jacques du Clercq, liv.I, ch.VIII », viennent d’un petit opuscule ancien que j’ai trouvé dans un marché aux livres. J’imagine qu’on peut le trouver aussi dans une médiathèque ou une bibliothèque.
      • « Petite Histoire de la France....... », est un livre de classe, que je possède, qui date des années 50.
        Voilà.... en espérant que ceci vous satisfera.
        Cordialement.
        JP.BERNARD.

      Répondre à ce message

  • Charles VII crée une armée de métier 10 novembre 20:59, par Monnard

    L’artillerie de campagne fondée par Charles VII, financée par Jacques Coeur, gérée par les frères Bureau :
    -annonçait à Formigny : 2 Couleuvrines
    -déclarait à Castillon : 300 bouches à feu.
    Quelle était la provenance d’un tel effort technologique ?
    tant en terme de Construction, qu’en logistique.
    Avez-vous des références bibiographiques sur le sujet ?

    Merci

    Répondre à ce message

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