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Accueil > Articles > La vie familiale > Bertrand Toumelin

Bertrand Toumelin

Meunier à Crac’h

Le mercredi 1er mars 2006, par Jean-Yves Le Lan, Josiane Le Lan

Bertrand naît le 9 mars 1711 au village de Kerangoch [1] en Locmariaquer dans le Morbihan. Le village se situe au sud de Crac’h, à environ 2,5 Km du centre du bourg et à 4 Km de Locmariaquer. Ses parents sont Louis Toumelin [2] et Marie Le Corvec et vivent des faibles revenus de leur métier de tisserand [3] .

Avant Bertrand, ses parents ont eu 2 enfants, René [4] et un autre garçon qui n’a pas eu de prénom car mort dès sa naissance, le 14 décembre 1709. Le couple aura deux autres enfants après Bertrand : Vincente le 23 janvier 1714 et Vincent le 17 septembre 1718. Tous sont nés au village de Kerangoch.

Acte de baptême de Bertrand Toumelin

L’an de grace mil sept cent onze le neuvième de mars a esté par moy soussigné baptisé un fils légitime de LOUIS TOUMELIN et de MARIE LE CORVEC ses père et mère tissier de Kerangoch auquel on a donné le nom de Bertrand. Le parrein a esté BERTRAND LE PINVEDIC et la maraine JANNE LE GALL du dit Kerangoch qui ont tous déclaré ne scavoir signer ainsi signé.

G Sisrin Vicaire principal de Locmariaquer

Le 4 février 1738, il se marie avec Anne Le Pevedic en l’église de Crac’h [5] .

Acte de mariage de Bertrand Toumelin

L’an de grace mil sept cent trente huit le quatrième jour du mois de février ayant la publication aux prônes de nos messes paroissiales les bancs du mariage a contracté BERTRAND TOUMELIN et ANNE LE PEVEDIC les deux de cette paroisse savoir la publication des premiers bans le 19 le 26 janvier celle du troisième le second février sans aucune opposition ni empêchement civil ni canonique à connaissance je soussigné curé après avoir reçu leur mutuel consentement les ay solennellement mariés par parole du présent en présence de BERTRAND LE PEVEDIC père de l’épouse de MARIE LE CORVEC mère de l’époux majeur du 11 mars 1711 et ay ensuite célébré la messe je leur ay donné la bénédiction nuptiale selon la forme et la cérémonie observée par notre mère la sainte église et ont les dits époux et témoins déclarés ne savoir. Ainsy signer en l’original.

Pierre Le Prado Curé de Crach

Le 13 juin 1739, Bertrand et Anne ont leur premier enfant, un garçon qu’ils prénomment Philibert. Bertrand est alors meunier du moulin de Kerverch en Crac’h.

Par la suite, ils auront huit autres enfants, tous nés à Crac’h (Nouëlle née le 26 novembre 1741, Anonyme né et décédé le 10 juillet 1743, Marie Thuriane née le 5 juillet 1744, François né le 28 février 1746, Hélène Marie née le 27 février 1749, Charlotte Marie née le 4 octobre 1751, Joachim Marie née le 14 mars 1753 et Vincente née le 23 février 1755).

Le moulin de Kerverch est un moulin à vent [6] qui peut produire chaque jour 12 hectolitres de farine dont la qualité de la mouture est dite à la grosse [7] [8] .

Bertrand loue son moulin à François de Coué, seigneur de Salarun en Theix, propriétaire de la seigneurie de Kergurioné [9] . Il acquitte le loyer à la fois en argent et en nature.

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Représentation imaginaire du moulin de Kerverch - Dessin Jean-Yves Le Lan

Bertrand moud le grain des habitants situés dans un périmètre d’environ une lieue [10] autour de son moulin. Le seigneur a porté à sa connaissance le nom de tous les paysans contraints de s’y rendre. En vertu du droit de « banalité », nul ne peut moudre son grain, en conséquence, les paysans et les particuliers ayant prêté serment au seigneur de se rendre uniquement à ce moulin, ils en deviennent ainsi les usagers obligés que l’on nomme les « moutaux ».

Les paysans se rendent au moulin en portant leur blé sur leur dos. Certains empruntent des charrettes ou louent des chevaux. A la mauvaise saison, le blé arrive au moulin complètement mouillé et il faut attendre qu’il sèche pour le moudre, alors qu’au retour, les sacs de farine prennent l’humidité.

Pour son travail, Bertrand est rétribué en nature par les paysans ou les particuliers qui lui confient leur grain. Selon la Coutume de Bretagne, il est autorisé à prélever 1/16 du grain apporté, soit 6,25%, c’est le droit de « moute ». A cet effet, il utilise une écuelle spécifique dite « pince-grain » ou encore « écuelle pour percevoir le droit de moute ».

La farine est rendue à chaque propriétaire sans avoir été « blutée », c’est-à-dire sans y avoir enlevé le son. Cette mouture primitive est dite « mouture à la Grosse ». Employée tel qu’elle, elle fournit un pain très nourrissant mais peu digeste. En ville, le blutage est effectué par les boulangers.

Sur sa part, Bertrand prend le temps de tamiser la farine pour en extraire le son avec lequel il nourrit des porcs, des oies et des canards qu’il vend sur les marchés locaux. Il y écoule aussi l’excédent de grain et de farine provenant du droit de moute.

Seul le commerce parallèle lui procure des revenus en espèces [11] .

La fin de vie de Bertrand Toumelin ne nous est pas connue car nous n’avons pas retrouvé dans les archives la trace de son décès.

La fraude d’un meunier

Paris, le 1er messidor l’an 4 de la
République une et indivisible.

Le Ministre de la Police générale
de la République,

Au Commissaire du Directoire Exécutif
près le Département du Morbihan a
Vannes.

Un nouveau genre de délit vient, citoyen, de parvenir
à ma connaissance. Un meunier avoit pratiqué dans la
construction du moulin qu’il exploitoit des cachettes à
l’aide desquelles, il faisoit tourner à son profit, une
portion considérable de la farine provenante du grain
qu’on lui donnoit à moudre, indépendament de la mouture
qu’il recevoit.
Le moulin étoit disposé de manière que la farine
ne tomboit pas toute dans l’arche destinée à la recueillir
pour être délivrée au propriétaire ; mais qu’un dixième
au moins s’échapoit à la faveur d’un trou pratiqué dans
la meule, correspondant à un autre trou fait dans la
muraille, et se rendoit ainsi dans un coffre déposé dans
une cave au dessous de l’usine sans que le propriétaire du
grain, présent à la mouture put s’appercevoir de la fraude ;
ces trous étoient cachés par des pierres amovibles et par dessus
planchers et bois non clouéts.
La fraude ayant été constatée, le meunier a été
condamné à 4 années de fer, et à l’exposition aux regards
du peuple, pendant six heures conformément à la loi.
Les mêmes moyens de fraude peuvent se répéter
dans d’autres communes de la République ; il est sans doute
des meuniers à la probité desquels leur citoyen rendent
hommage ; mais aussi il en est d’autres que l’opinion publique
accuse et sur lesquels l’œil de la police doit être constament
fixé. C’est par une surveillance très active et soutenue que l’on
peut espérer, si non de ramener cette portion d’hommes à des
sentiments de moralité et de justice dont ils n’auroient jamais
dû s’écarter, au moins de prévenir leurs spéculations frauduleuses.
Je vous invite, citoyen, à faire faire par les juges de
Paix, assesseurs, et officiers de police, le jour que vous fixerez
une visite de tous les moulins situés dans votre arrondissement,
pour reconnaître si dans la construction de ces usines, il n’auroit
point été pratiqué de cachette, ou d’autres moyens à la faveur
desquels les meuniers puissent détourner frauduleusement à leur
profit, une portion du produit des grains, qu’on leur donne
à moudre, de constater par des procès-verbaux les moyens
de fraude que l’on auroit découvert et de faire traduire le
coupable devant les tribunaux.
Ces visites faites avec soin et prudence par des officiers
de police instruite des manœuvres criminelles employées par
ces meuniers pour tromper les citoyens et répétées avec des
actes de sévérité contre les délinquants sont des moyens
infaillibles pour arrêter les progrès du mal. Je vous engage
donc à provoquer cette mesure dans votre arrondissement,
à vous de faire rendre compte et à m’instruire de ses résultats.

Salut et fraternité Colhon


Source : Archives départementales du Morbihan - N° L 287.

Ce texte a déjà paru dans La Chaloupe N° 74 (2T2005), revue du Cercle Généalogique de Sud-Bretagne.


[1Kerangoch est noté Kerangoff sur les cartes actuelles.

[2Toumelin signifie la tour du moulin.

[3Archives départementales du Morbihan - BMS de Locmariaquer.

[4Archives départementales du Morbihan - Décret de mariage de Françoise Hulbron du 04/10/1743 - B 5560.

[5Registres d’état civil de la Mairie de Crac’h.

[6Sur l’état des moulins de la commune de Crac’h de 1836, le moulin de Kerverch est noté à eau et à vent. Il y avait donc probablement deux moulins mais aucune trace du moulin à eau n’a été localisée sur le terrain.

[7Cette première mouture, dite aussi « La Boulange », est composée de farine grossière (gruau), de farine plus fine et de son.

[8Archives départementales du Morbihan - Etat des moulins à farine en activité dans la commune de Crac’h le 4 avril 1836 - 9 M 8.

[9Lettre de monsieur Robert Le Bagousse du 16 octobre 2001.

[101 lieue = 2400 toises = 4,678 Km.

[11Le Boulicaut (Annick) - Moulins et meuniers du Morbihan sous l’Ancien Régime - Conseil Général du Morbihan - Archives Départementales - Service Educatif - 1993.

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5 Messages

  • > Bertrand Toumelin 11 mars 2006 06:39

    Félicitations pour votre article.
    Mes ancêtres maternels, les CORGIER, étaient, eux, « meuniers à eau » en Haut Beaujolais avant la Révolution.
    Michel Guironnet

    Répondre à ce message

  • > Bertrand Toumelin 11 mars 2006 08:18, par Jean-Yves Le Lan

    Bonjour Michel,

    Merci pour vos compliments. Il y a quelques années, j’ai essayé de retrouver ce moulin et j’ai effectué des recherches sur le terrain. Elles sont restées vaines car il y a environ 20 ans les dernières pierres avaient été démontées. L’un des fils de Bertrand Toumelin n’a pas suivi la voie de son père car il s’est embarqué comme matelot sur les navires de la Compagnie des Indes (voir sur http://www.histoire-genealogie.com/article.php3?id_article=386).

    Beaucoup de personnes doivent avoir des meuniers dans leurs ancêtres car à chaque fois que je parle de Bertrand Toumelin, on me dit « Moi aussi, j’ai un meunier dans mes ancêtres ».

    Amicalement

    Jean-Yves

    Répondre à ce message

    • > Bertrand Toumelin 13 avril 2006 18:36, par marc Toumelin

      Bonjour,

      je m’appelle Marc Toumelin et je suis tombé au hasard d’une recherche sur cet article. Ma famille est originaire du Morbihan. Mon grand père, Vincent Toumelin (1905-1993 est originaire de Lannester). Je me demande si je possède un lien quelconque de parenté avec le bertrand Toumelin que vous mentionnez dans votre article ?

      Une recherche sur un site de généalogie faisait état d’une certaine Armelle Toumelin née en 1743.

      Si vous avez plus de renseignements je vous serais reconnaissant de bien vouloir me contacter à mon adresse email marctoum chez wanadoo.fr

      D’avance merci

      Marc

      Répondre à ce message

      • > Bertrand Toumelin 14 avril 2006 07:22, par Jean-Yves Le Lan

        Bonjour,

        Il se peut que vous possédiez un lien de parenté avec Bertrand Toumelin de Crac’h mais pour en être sûr, il faudrait que vous fassiez votre généalogie. En remontant dans le temps sur votre patronyme « Toumelin » vous remonterez peut-être sur Bertrand Toumelin.

        Toutefois, je vous indique que le patronyme Toumelin est courant dans le Morbihan avec parfois la graphie Thoumelin.

        Sur Geneanet, à la page http://gw.geneanet.org/index.php3?b=genelan vous trouverez les Thoumelin que j’ai dans ma généalogie.

        Bien cordialement et bonnes recherches.

        Jean-Yves Le Lan

        Répondre à ce message

  • Bertrand Toumelin 6 mai 2008 06:28, par Dominique

    Bravo pour cet article évoquant un moulin (et ses meuniers) qui a été sacrifié au « modernisme » pour faciliter la circulation routière au croisement des routes de Crac’h, Kergurioné et la Trinité-sur-mer. J’avais à l’époque trouvé stupide de détruire cet ouvrage pour un carrefour.
    S’agissant du moulin à eau associé au moulin à vent, la réponse me semble être la suivante :
    Les moulins à marée ont toujours été associés à des moulins à vent (moulins du Pô, de St-Philibert...) car en période de morte eau ces moulins à marée ne pouvaient pas fonctionner.Or, les propriétaires successifs du chateau de Kérugioré étaient également propriétaires du moulin à marée de Béquerel.En effet, quand on regarde la configuration et la topométrie de la rive gauche de la rivière de Crac’h, le seul endroit qui convienne pour l’édification d’un moulin à marée est Béquerel. De même, les moulins à vent avaient besoin d’un promontoire bien exposé pour fonctionner et le fonds de la rivière de Crac’h ne constitue pas une localisation adaptée.Et naturellement, le même meunier exploite les deux moulins. L’inventaire que vous citez m’a permis de découvrir qu’était associé au moulin à marée du Lac (Laz autrefois), parfaitement connu et identifié sur la rivière de Crac’h,un moulin à vent ! Ce moulin à vent est localisé par Jean Rio (un historien amateur connu de la commune de Carnac)à proximité immédiate du chateau du Lac (Kériolet)alors que la parcelle citée (N° de parcelle)dans cet inventaire se situe en fait à Kerdeneven (commune de la Trinité-sur-mer actuellement) beaucoup plus loin que l’on ne pense (pour les mêmes raisons d’exposition aux vents dominants). Cet inventaire parle de « moulin de mer et à vent du Laz »avec un même exploitant.
    Toute information complémentaire sur ce moulin de Kerverh, comme sur le château de Kergurioné, m’intéresse car je dispose déjà de nombreuses données historiques sur l’histoire locale de la rivière de Crac’h.

    Cordialement

    Dominique PERSON

    Voir en ligne : Bertrand Toumelin

    Répondre à ce message

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