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Bel canto en peignoir

Le jeudi 11 mai 2017, par Christian Baumgarth

18 avril 1925 : grande affaire communale et sociale… Le maire de Créteil, Paul François Avet réceptionne le bâtiment des bains-douches municipaux !

Le bail, concédé à un exploitant spécialisé, stipule à l’article 15 :  « donner des bains-douches et bains de baignoire à la population et lui fournir tous accessoires à bon marché ».

Pas facile gageure, pari osé sur les comportements : faire sortir les cristoliens de leur chez-eux pour aller se faire bien propre tarifé dans un édifice public ! …

En quelques mois et pour une poignée de décennies, on passe des réticences aux files d’attente de fin de semaine.

En 1930 [1] - bilan d’exploitation annuel : 5218 bains, 10833 douches, 442 gratuités pour les enfants des écoles et l’orphelinat.
Thermes cristoliens faïencés de blanc et vert d’eau : 16 cabines, 10 douches, 6 baignoires…

Pas de méli-mélo dans les buées, on répartit les silhouettes diaphanes : les dames à droite, les messieurs à gauche ; en partage, les nuages de vapeur et les chansons entonnées tue-tête et nonobstant le règlement par les petits joyeux émoustillés par le savon de Marseille… Des envies de traîner sous les pommes de douche, mais les minuteries sont inflexibles : les horodateurs, déjà !

Fin des années cinquante et suivantes : inoubliables les bel canto des maçons italiens qui bâtissent le Mont-Mesly [2] et viennent se mousser pour les bals du samedi soir…

1959 – André Dassibat, le maire d’alors, renouvelle une fois encore la concession du bail d’exploitation, mais l’activité périclite. Les cristoliens sont de plus en plus nombreux à chanter sous les douches personnelles de leurs maisons modernes ; inexorablement …

En 1971, la tête en tristesse, Madame Vion, la gérante de l’établissement, arrête la chaudière et ferme la lourde porte d’où ne déboulineront plus, en cascades sonores, les ébats joyeux…

Avec la placidité et l’entêtement d’une tour d’angle, le vieux lavoir municipal se contente aujourd’hui de surveiller les abords du marché, bien obstiné à ne pas laisser fuiter de nos mémoires le souvenir des décrassages d’antan : chauds, moites et chantants…


[1En 1926, Créteil comptait 9612 habitants ; En 1931 il y en avait 11596. En 1930 le kilo de pain coûtait 2,15 F et le litre de vin de table 1,66 F.

[2hameau de Créteil où eut lieu en 1870 une importante bataille pour la défense de Paris ; en 1956 une cité HLM de transit accueillait les habitants des quartiers de Paris en rénovation ; l’extension tout azimut ultérieure signa la disparition de nos jardins ouvriers et des champs séculaires remplacés par 6400 logements en 148 barres de bâtiments.

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2 Messages

  • Bel canto en peignoir 12 mai 2017 19:33, par Colette Boulard

    Beaucoup d’informations dans un texte assez synthétique, et une ambiance, quelle ambiance ! Bravo, on s’y croirait. Je n’aurais pas cru que des bains-douche étaient encore en fonctionnement en région parisienne à l’aube des années 70. Il y en avait peut-être dans ma commune, je me sens un peu bêtassou...

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  • Bel canto en peignoir 12 mai 2017 18:43, par J.J.

    Merci monsieur Baumgarth pour cette belle étude sur cette époque, avec la touche de nostalgie finale. C’était une institution remarquable et un véritable progrès social pour l’époque, que ces douches collectives, et souvent un lieu de réjouissance et de "convivialité", comme on a coutume de dire.
    Je me souviens de l’activité joyeuse les vendredis soirs à l’Ecole Normale quand nous allions prendre notre douche hebdomadaire. Tout l’établissement retentissait de nos chants et le directeur, d’habitude si sévère nous laissait une paix royale.

    A propos de l’urbanisation de la région parisienne et de la disparition des activités de la riche ceinture maraîchère, je vous signale le très intéressant ouvrage :
    JARDINAGES en région parisienne XVII-XX° siècle.
    Ouvrage collectif
    Edition Créaphis Paris 2003, distribué par Seuil.

    Répondre à ce message

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