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À la Quincaillerie Héricourt


vendredi 26 février 2021, par Gilles Cardinal

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Une plongée dans le Vieux Brest, cette ville disparue sous les bombes de la Seconde Guerre mondiale, dont il ne reste que peu de vestiges. Le temps de la paix revenu fut également le temps de la reconstruction et des remblais où l’on a nivelé et enfouit les restes d’un passé, sans doute trop fraîchement douloureux. Les Brestois d’aujourd’hui, orphelins de vieilles pierres, s’échinent à rechercher les souvenirs enterrés, et à reconstruire les histoires d’une époque révolue. Pour cela il suffit de poser l’oreille sur le sol d’aujourd’hui, et d’écouter, au gré des crevasses du bitume, les histoires que le remblai veut bien laisser s’échapper.

Eugène Héricourt est un « Titi » Parisien, il a grandi dans le 3e arrondissement et c’est dans son quartier qu’il épouse, le 23 juillet 1874 [1], une Bretonne, Eugénie Nogue, originaire de Lorient. Il est fabricant de bronze comme son père, les parents Nogue exercent la belle profession de rentiers.

Leur fils, Maurice, nait à Paris en 1879 [2]. Tout semble aller pour le mieux jusqu’en novembre 1886 [3] où les époux sont placés en séparation de biens par jugement du tribunal de commerce de la Seine. Quant aux affaires de l’entreprise de bronze, Eugène endosse seul les difficultés, il est placé en redressement le mois suivant.

La famille migre dans un premier temps en Seine-et-Marne où, malgré ses difficultés passagères, le père n’hésite pas à donner (peu, mais il donne) à l’institut Pasteur pour la recherche contre la rage. Mr Héricourt Père est un amateur de balades en pleine nature, notamment à l’aube… Et avec un fusil… Seulement au petit matin de novembre 1895 [4], le garde-champêtre de Bussy-Saint-Martin, près de Meaux, le surprend à braconner… Il refait un don, cette fois à l’État. Au mois de mai 1900 [5], il se présente sur une liste municipale de Fontenay-sous-Bois, là encore la fortune ne semble pas lui sourire.

À la ménagère »,
le commerce de la famille Héricourt
Archives Départementales du Finistère 2Fi09-314

Ce serait donc en 1891 qu’ils arrivent à Brest [6], et reprennent ce commerce du 15 place de la Liberté [7]. Dans un premier temps Eugénie et ses enfants. Eugène les rejoindra après son échec aux élections. Leur fils unique, Maurice, fait la connaissance d’une fille de Châteauneuf-du-Faou. Marie-Jeanne Dantec est employée de commerce et vit chez ses parents rue Saint-Marc. Sans doute ne convient-elle pas aux parents Héricourt ? Ils s’opposent au mariage ! Les amoureux se marient quand même, à Brest, en octobre 1904 [8].

Ce mariage ne dure malheureusement pas, car Maurice succombe au 15 place de la Liberté en 1913 à l’âge de 33 ans [9]. En grand amateur de sport, il était vice-président du Stade Brestois [10].

Six ans plus tard, en 1919 [11], c’est le père, Eugène, qui s’en va à la même adresse. Les deux veuves poursuivent donc toutes les deux la gestion du magasin, offrant des lots à l’occasion des tombolas de bienfaisance : des ustensiles de cuisine, mais également des vêtements d’une certaine valeur comme des pèlerines en mohair.

Le malin s’acharne sur la famille ; Eugénie Nogue disparaît au cours de l’hiver 1922 [12] à plus de 70 ans. La grande faucheuse n’a pas quitté la place de la Liberté et emporte Marie-Jeanne Dantec quatre mois après sa belle-mère [13], elle avait 40 ans.

Notes

[1Archives Municipales de Paris, registre des mariages-V4E 2722/604

[2Archives Municipales de Brest, registre des décès-3E304/767

[3Archives commerciales de la France du 29 décembre 1886

[4Journal de Seine-et-Marne du 17 novembre 1895

[5Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris du 9 mai 1900

[6Premier bail consenti par la famille Kersall, propriétaires et voisins exploitant la buvette - Archives familiales

[7ADF- Recensement de Brest pour 1906 - 6M168

[8Archives Municipales de Brest, registre des mariages-2E116/436

[9Archives Municipales de Brest, registre des décès-3E304/767

[10La Dépêche de Brest du 16 octobre 1903

[11Archives Municipales de Brest, registre des décès-3E228/1355

[12Archives Municipales de Brest, registre des décès-3E336/1267

[13Archives Municipales de Brest, registre des décès-3E337/384

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4 Messages

  • À la Quincaillerie Héricourt 26 février 09:25, par Catherine Jean

    bonjour Monsieur,
    merci pour votre article. Petite, j’ai connu le Brest des années 60, celui qui sortait à peine de la reconstruction, dans lequel les appartements n’avaient pas tous de toilettes privées et où on pouvait ouvrir sa fenêtre pour demander l’heure aux passants dans la rue. Je suis stupéfaite de voir la carte postale de la place de la Liberté ! Jamais je ne l’aurais imaginée comme ça, et pourtant dans mon enfance, j’ai entendu des récits de « Brest même » et vu des photos d’avant guerre... Merci pour cette bouffée de nostalgie !

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    • À la Quincaillerie Héricourt 26 février 21:02, par Gilles Cardinal

      Bonsoir,
      Merci pour votre message, effectivement la ville de Brest d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec la ville d’avant-guerre.
      Comme je le dis souvent, le Vieux Brest se trouve six pieds sous terre mais parfois le remblai veut bien laisser des histoires s’échapper.
      Si vous êtes intéressée par ces histoires oubliées, je vous recommande les « Chroniques d’un Brest disparu » aux éditions du Menhir. Les lecteurs sont rarement déçus.
      Connaissez-vous le quartier des Sept-Saints ?
      Bone soirée.

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      • À la Quincaillerie Héricourt 3 mars 10:03, par Marie Louise Le Meur

        merci. ma mère (et ses parents), brestoise en parlait tant. Elle avait vécu à Recouvrance toute son enfance. et je suis allée à Brest et rue neuve j’ai retrouvé le café à la porte de l’arsenal où mes grands parents ( en 1897 !) s’étaient connus . J’ai 86 ans et la généalogie et ses recherches m’ont apporté ces grands bonheurs.
        café gardé comme à l’époque.. je tente de noter pour moi les histoires que ma mère racontait de cette époque..et elle avait une mémoire étonnante même à 90 ans...
        merci.

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        • À la Quincaillerie Héricourt 3 mars 10:29, par Gilles Cardinal

          Bonjour,
          Pour chaque Brestois et Brestoise, Recouvrance reste éternellement à part, particulier. Les mots ne suffisent pas pour décrire ce quartier historique. Je vais préparer quelques sujets sur Recouvrance, mais il y aurait tant à dire...
          En tous cas merci pour votre message.
          Cordialement,
          Gilles Cardinal.

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