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Mes modestes ancêtres font néanmoins des actes devant notaire. Est-ce fréquent au XVIIe siècle ?

Le vendredi 17 avril 2026, par Christian Fitte

Dans ma génération, celle de mes parents ou de mes grands-parents, qui étaient pourtant plus instruits et avaient en ville un niveau de vie plus élevé que leurs aïeux, on disait que les contrats de mariage et les testaments c’était pour les riches et on n’en faisait pas. J’ai donc été très étonné de constater que mes lointains ancêtres petits laboureurs du 17e siècle fassent venir un notaire pour des contrats de mariage et des testaments. Etait-ce une exception ou au contraire la norme dans le monde rural français à ces époques ?

Je travaille depuis quelques années sur la généalogie de ma famille FITTE qui habitait la campagne au sud de Toulouse. Après être remonté aussi loin que le permettaient les registres paroissiaux de la fin du 17e siècle, j’ai eu la surprise de constater que précédemment, dans les années 1650/1660, il y avait dans les archives du notaire local des actes concernant ma famille : contrats de mariage et testaments.

Plus exactement, si l’on reprend les termes utilisés, des « pactes de mariage » : ci-dessous extrait de l’en-tête du « Pacte de mariage de Blaise Fitte et Bertrande Terré » datant de 1656 :

et des « testemants » : ci-dessous extrait de l’en-tête du « Testemant de Guilhem Fitte » datant de 1662 :

Les formules de début sont presque les mêmes : « Au nom du dieu sainct, sachent tous présents et advenir que ce jourdhuÿ septiesme jour du mois de maÿ mil six cens cinquante six, au lieu du Montdavesan, diocese de Rieux et sénéchaussée de Thoulouse, estant en regne Louis roÿ très crestien … par devant moÿ notaire roÿal soubsigné … etc.
Pour le second acte, la date est de quelques années postérieure et le lieu où vivait mon ancêtre à la fin de sa vie (et où le notaire s’est déplacé) est davantage précisé : « en la juridiction du Fousseret et quartier dit Camalève, maison et métherie de Maitre de Baillac … etc. »

Ces actes faisaient plusieurs pages et on y apprend beaucoup sur l’importance de la religion (les références y sont très nombreuses), sur les rapports entre les membres de la famille, sur les quelques biens légués au décès du père ou sur ceux échangés lors du mariage : la dot du côté de l’épouse (un peu d’argent, de vêtements, de vaisselle et de meubles) et quelques terres du côté de l’époux que le père donnait à son fils à cette occasion.

Ce qui me surprends, et qui est l’objet de ma question est que ces générations étaient très pauvres, c’étaient des métayers ou de petits laboureurs, mais qu’ils faisaient tout de même faire ces actes notariés alors que, de plus, ils ne savaient ni lire ni écrire.
Dans ma génération, celle de mes parents ou de mes grands-parents, qui étaient pourtant plus instruits et avaient en ville un niveau de vie plus élevé que leurs lointains ancêtres, on disait que les contrats de mariage et les testaments c’était pour les riches et on n’en faisait pas.
Cela me parait donc étonnant et contradictoire. Est-ce une exception (familiale ou régionale) que mes ancêtres petits laboureurs du 17e siècle, 150 ans avant la Révolution, fassent venir un notaire pour des contrats de mariage et des testaments ou était-ce plutôt la norme en France ?

Merci de votre aide et de vos réponses.

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16 Messages

  • Bonjour,

    La pratique de passer devant notaire est très vieille, pour les contrats de mariage, donations, ventes ou concessions de terres, testaments...

    La fonction de notaire comme telle, le notaire Royal reçoit une commission officielle et a des devoirs spécifiques. C’est chez lui que reposent la preuve de plein de transactions de tous genres, preuve légale. Souvent ils s’intitulent ’’notaire garde-notes’’.

    On a plein de contrats de mariage en Nouvelle-France qui sont les seuls actes nous disant les noms et lieux des familles des contractants. La pratique est tout à fait répandue. Très tôt, la ’’Coutume de Paris’’ fut imposée dans toute la colonie. C’était une protection légale d’avoir un contrat de mariage. Les testaments sont beaucoup moins fréquents. Les inventaires après décès sont faits par les notaires avec témoins toujours. Autre protection.

    Toute cette paperasse servait aussi à éviter des procès et procédures. Quoiqu’on en a eu à foison malgré ça.
    _

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  • nos ancêtres et les actes notariés 17 avril 20:53, par sauzeat

    je me trouve dans le même cas de figure que vous et dans la même région mais au nord de Toulouse avec des ancêtres laboureurs pour la plupart et qui ne savaient ni lire ni écrire et c’es peut-être pour cette raison qu’ils passaient chez le notaire pour faire authentifier le moindre de leurs actes. Outre les actes de mariages, donations ou testaments j’ai beaucoup d’actes concernant des ventes ou des échanges qui datent du 17e siècle. Ils n’hésitaient pas non plus à recourir au juge de paix essentiellement pour des questions d’eau ou de bornage. je pense que cette façon de faire ne concernait pas que l’occitanie !

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  • Peut-être qu’à l’époque, passer devant un notaire, c’était une opération simple sur une ou deux pages et surtout ça ne coûtait pas un bras. Alors que maintenant, dès qu’on veut faire un acte devant un notaire ou devant un huissier de justice, vu les sommes, c’est tout de suite plusieurs centaines d’euros, et il faut fournir 3 kilos de pièces justificatives ; il faut mieux y réfléchir à 2 fois. C’est pour ça que les gens ne les font plus intervenir que dans des cas importants...

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  • Bonjour, j’ai fait le même constat et je me suis souvent étonnée que chez mes ancêtres provençaux le notaire était toujours présent, même pour les familles très pauvres. Certains actes de mariage ou de succession donnent avec précision la liste très précise de vêtements, même usagés !
    D’ailleurs on trouve encore chez les antiquaires ou sur les brocantes des écritoires de notaire portatifs, de la taille d’une valise et qui contenaient tout le matériel nécessaire : plumes, encre, buvard, sceaux, cire etc.

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  • Bonjour,
    oui, dans le sud de la France, pays de droit écrit, le passage devant notaire était très fréquent. En particulier les contrats de mariage, car les mariages se faisaient avec une dot et les deux familles devaient s’entendre sur le montant de la dot dévolue à la mariée. Les parents de la future pouvaient aussi demander à ce que les parents du futur fassent un legs ou une donation au futur époux de leur fille. Ces contrats sont très utiles car ils donnent la filiation des futurs époux, qui n’est pas toujours précisée dans les actes de mariage anciens. Notre association les numérise et les dépouille pour les départements de la région toulousaine.
    Fabrice ANDRIEUX
    Entraide Généalogique du Midi Toulousain
    https://egmt.org

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    • Bonjour et merci pour votre réponse. Je n’ai sans doute pas retrouvé tous les contrats de mariage ou testaments faits par mes ancêtres car, pour les plus anciens, je ne sais pas s’il y en a eu ni chez quel notaire. Je me demandais si les travaux de numérisation dont vous parlez pour ces actes ont donné lieu à une liste classée par nom de famille et lieux de résidences qui permettrait d’en retrouver facilement (pour ma famille ce sont des FITTE habitant Mondavezan puis Castelnau-Picampeau, ou bien des SOULèS habitant Poucharramet puis Labastidette). Et si oui,je peux adhérer à votre association pour consulter ?

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      • Bonjour, tous les registres numérisés n’ont pas encore été indexés, mais une recherche rapide dans la base de données de l’EGMT permet bien de trouver des FITTE de Mondavezan et de Castelnau-Picampeau et des SOULèS de Poucharramet et Labastidette. Dans les documents numérisés, on trouve aussi des tables de contrats de mariage et de testaments, ainsi que des registres de contrôle, qui permettent de retrouver les dates des actes et les notaires. Tous les documents que nous numérisons et leurs indexations sont consultables en ligne par les membres de l’association.
        Si vous êtes dans la région toulousaine, je donne un cours (gratuit et ouvert à tous) sur les recherches dans les archives notariales le 3 juin :
        https://egmt.org/cours-de-genealogie2/
        Il est également possible de visionner l’enregistrement du cours dans l’espace adhérents du site de l’EGMT. Vous serez le bienvenu si vous souhaitez nous rejoindre.

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  • Bonjour, Le début des actes notariés s’appelle un protocole, tous se ressemblent,qqsoit l’acte, le notaire et la date. Je conseille de les apprendre par coeur !ensuite viennent les "items" car il n’y a pas de §:1,2,3etc, mais des débuts de ligne comme : De mesme, Comme, en outre, Plus, Davantage etc (1er item : et premier ou Premièrement) le dernier : et enfin. Autre astuce les "guidons" il s’agit d’omissions du notaire qu’il faut ensuite rechercher, guidons qqfois signalés par un signe cabalistique.
    La richesse des textes notariés n’est plus à démontrer : c’est notre histoire : elle existe mais elle n’est pas connue car il faut la transcrire et il en reste sans doute plus de 50km linéaire à faire sachant qu’un ml équivaut à 7000 feuillets ou rectos/versos !! Devenez paléographe !(l’autre texte est peut-être un extrait d’IAD = Inventaire Après décès, des textes très importants pour maintenir nos cercles de généalogie-paléographiques.DJ

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  • Bonjour,
    Je suis agricultrice dans une région avec une multitude de parcelles cadastrales. On se retrouve à acheter tous les 2 à 3 ans de très petites parcelles de terrain donc toutes les fois à passer devant le notaire. Nous avons donc de nombreux actes pour peu de transactions.
    Pour ce qui est des contrats de mariage, maintenant lorsque l’on se marie, si on ne passe pas devant le notaire on est au région de la communauté de biens réduites aux acquiers. C’est à dire tout ce qu’on achète après le mariage est aux deux époux alors qu’avant (mais je ne sais quand cela a changé) c’était le contraire donc les époux passaient chez le notaire pour profiter du régime de la communauté de biens.
    Donc plus tard, mes descendants diront que mon mari et moi même étions passées souvent chez le notaire...
    Bonne journé et bonne recherche
    Françoise

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    • Bonjour
      Je réponds d’abord à la question concernant le changement du régime matrimonial : c’est en 1965 que la communauté universelle a été remplacée par la communauté réduite aux acquêts pour les couples qui n’ont pas de contrat de mariage.
      En ce qui concerne le passage devant le notaire, il est en effet généralisé dans les régions du sud, pays de droit écrit.
      J’en veux pour preuve la Lozère où même les plus modestes faisaient des contrats de mariage où sont notés (au grand bénéfice des généalogistes !) les noms des parents et parfois grands-parents, liens de parentés avec d’éventuels témoins, lieu d’origine exact de chacun des futurs, dot de chacun d’eux avec dates des différents paiements ou dons en nature (ex vache pleine ou avec son veau à la prochaine saint-Michel) d’où des actes de reconnaissances de dot, pas retrouvés nécessairement chez le même notaire... obligations des futurs envers les parents donateurs : ex "résider ensemble" ou compensations envisagées en cas de mésentente.
      Les testaments donnent souvent, avec les noms des enfants, les noms de leurs éventuels conjoints et le lieu de résidence des couples, le nom de l’héritier universel (les autres enfants ne recevant que ce que l’on nomme leur "légitime") ce qui montre que le droit d’ainesse est loin d’être automatique, que c’est parfois une fille qui hérite (son époux vient alors "faire gendre").
      Chaque notaire entame ses actes par un prologue qui lui est propre...Passionnant ! Les AD48 ont déjà mis en ligne plusieurs registres de notaires Dommage que ce soit souvent si difficile à lire. Des bénévoles ont déjà mis en ligne les principales informations généalogiques tirées de plusieurs milliers de contrats de mariage et testaments, accessibles à tous. D’autres gardent jalousement pour leurs adhérents les quelques centaines d’actes qu’ils ont déchiffrés.

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  • Bonjour,
    Aux alentours de Nîmes, ou résidaient mes aïeux, pour la plupart laboureurs, j’ai retranscrit beaucoup d’actes (mariage, inventaire, testament, achats/vente, plainte, etc...)
    Des année 1580 à 1920 c’était très répandu et une grande partie de leur vie est couchée sur des registres de différents notaires.
    Bonne journée

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  • Bonjour,
    je retrouve effectivement chez de petits paysans en Bas Médoc du XVIIe au XXe siècles de très nombreux contrats passés chez notaire. A la fois des ventes, des donations et des contrats de mariage même chez les moins riches.

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  • Bonjour,
    en Anjou, du 16e au 20e siècle, les actes notariés étaient la règle pour de nombreux actes liés à la vie économique de chacun : ces actes dits "authentiques" étaient absolument nécessaires pour conserver une trace d’un accord entre deux personnes ou deux familles : inventaires après décès, accords pour une rente,pour régler un litige entre voisins, achats d’un petit terrain agricole, contrats de mariage, échanges de terrains, vente d’une vache (mais oui, j’en ai trouvé !) locations etc. il y a plus de 6 kms 500 d’actes notariés de plus de 100 ans conservés par les archives départementales de Maine-et-Loire ! Mes ancêtres étaient pour une grande partie d’origine agricole très modeste et j’ai trouvé plusieurs centaines d’actes les concernant. Je vous souhaite de belles découvertes. Maryvonne Angers

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  • Bonjour,
    C’était assez fréquent jusqu’au début 20e siècle. Les personnes, ne sachant ni lire ni écrire à la ville comme à la campagne, passaient par le notaire pour de nombreux actes dont particulièrement les contrats de mariage.
    Ils sont particulièrement utiles à Paris, n’ayant pas été brûlés durant la Commune, ils permettent de reconstituer, hélas trop partiellement, des états-civils.
    BàV André 17/04/2026

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  • Bonjour ,il me semble que même au XIX ,dés qu’ on avait un bout de terre , on passait chez le notaire ,beaucoup plus présent dans la vie de nos ancêtres que dans la nôtre .C’est le propre, je crois , d’ une socièté paysanne.

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    • L’éthymologie du mot "notaire" n’est elle pas celui qui note, donc qui met par écrit une transaction ? Dans un pays de droit écrit, il était important que quelqu’un le fasse, seule garantie pour conserver une trace officielle de l’acte ce qui est toujours le cas de nos jours. Ce n’est pas seulement le salaire du notaire qui représente un coût mais surtout les différentes taxes et droits à payer.
      Jusqu’au 18e siècle, les notaires étaient très nombreux. Il n’était pas rare d’en trouver plusieurs dans un village de taille modeste.

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