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Le calvaire de Guignicourt

Le mardi 8 mars 2016, par Michel Guironnet

Résumé : Septembre 1914 : La bataille des frontières perdue, les troupes françaises se replient jusqu’à la Marne, puis les Allemands, bousculés par Joffre et Gallieni, reculent mais se stabilisent sur l’Aisne grâce aux renforts libérés par la reddition de Maubeuge. Guignicourt, village natal sur la rive droite de l’Aisne, où Hélène Camus Farge et son fils Pierre âgé de 6 mois se sont repliés après la mobilisation du mari, va rester sur le front, mais dans les lignes allemandes, pendant 30 mois. Les canons français sont sur l’autre rive. Après une introduction de Pierre Camus, son fils, situant les événements et les actions militaires, on lit le journal d’Hélène que l’on suit du 1er septembre 1914 au 4 mars 1917 où elle relate sa vie sous l’occupation allemande et les obus français. Hélène raconte l’arrogance de l’occupant, les bombardements, les maisons qui s’écroulent, les nuits cloîtrés dans la cave avec son fils. Sa vie est rythmée par la mort et les enterrements. Pierre grandit dans cette ambiance de terreur. Jeune et belle femme dans cet univers d’hommes sans femme, Hélène doit être sans cesse sur la défensive. Coupée de la France et sans nouvelles de son mari, elle s’inquiète infiniment.
Elle est évacuée de force vers la Belgique en 1917.
Le style est simple. L’écriture laconique d’Hélène est révélatrice de son effroi. On se met à la place de cette femme qui vit l’horreur. Au long des pages, ses phrases s’étoffent, se délient. Froide au départ, elle commence à se livrer. Ce changement dans l’écriture nous permet de l’humaniser et de nous attacher à elle.

L’avis de Michel Guironnet : Nous avons tous en tête le dessin de Forain paru le 9 janvier 1915 dans le journal L’Opinion : deux poilus s’interpellent au fond d’une tranchée : « - Pourvu qu’ils tiennent ! - Qui ça ? - Les civils ! »

Le 10 juin 1915, après avoir lu le Figaro du 7 avril 1915 qui a pu lui parvenir, Hélène Camus Farge écrit : « Il n’a pas l’air de penser aux habitants des pays envahis. L’on s’en moque par là et les théâtres jouent comme en paix. C’est lâche quand il y a tant de misères, de souffrances et de deuils. Tous ces gens feraient mieux de prier pour la paix et pour les malheureux soldats morts pour eux »

Elle aussi est « une civile »… mais loin de Paris, c’est une française en territoire envahi. Son journal est « terrible » ; au sens de « l’Année terrible » de Victor Hugo évoquant en poèmes, déjà, la guerre contre la Prusse. Et c’est là tout l’intérêt de ce très fort témoignage ; trop rare dans les récits publiés.

Son texte est sans fioriture, souvent même au début en « style télégraphique » : elle n’écrit que pour elle et surtout pour Alfred, son mari, dont elle est sans nouvelles. Après plus de 20 mois de privations et d’épreuves, en juin 1916, elle confie son désespoir au papier :

« Ah ! Je n’en sais plus rien, puis ça m’est égal, je m’en désintéresse. J’ai ma tête égarée, la nourriture, la peur, la contrariété, l’appréhension, tout cela me rend un caractère incompréhensible. Un moment, tout m’est égal, ça ne me ferait rien de mourir. J’y pense avec calme, sérénité. J’envisage cela tout naturellement. Un instant après, je me demande s’il est possible que ce soit moi qui ai pensé semblables choses, et cela m’effraie de les avoir pensées, puisque je ne veux pas mourir, je me raccroche à la vie désespérément. Je veux revoir Alfred, lui rendre son petit Pierre. Y arriverai-je ? »

A un moment même, elle pense : « Je dis toujours que je n’écrirai plus. C’est trop long, c’est décourageant. Et puis, perdrai-je peut être, ou m’enlèvera-t-on ces papiers témoins de notre épreuve innommable ».

Mais, heureusement pour nous, Hélène Camus Farge a continué à décrire « le calvaire de Guignicourt ». Cachés lors de l’évacuation en 1917, ses feuillets ont été pieusement conservés et retranscrits par son fils. Remercions les enfants de Pierre Camus de nous permettre de les découvrir aujourd’hui.

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