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La chevauchée de l’âne ou la punition d’un mari battu par sa femme

Le jeudi 22 mars 2012, par Thierry Sabot

En lanne 1579 a este montré une chevaulchee de lanne a St Fourgeul laquelle fust mennee le dimanche de caremetrant le vieux et fust faicte ladicte chevaulchee pour ce que une femme avoit bastu son mary lesquels se nomment assavoir lhomme Benoist fils a Anthoine Thavernier tisserant et [partie déchirée] femme Anthoinette fille [partie déchirée] ethin charpentier.

Saint-Forgeux (69) - Curé non identifié- AD, coll. communale - Baptême 1543-1552 - 200 GG1 - Vue 15/19.

Note : Le dimanche de caremetrant ou plutôt carême-entrant, voire carême-prenant, désigne l’entrée du carême, c’est-à-dire sans doute le dimanche qui précède les 3 jours gras avant le Carême et plus particulièrement le Mardi gras. Cette chevauchée de l’âne ou asouade est une vieille tradition populaire qui invitait la population à se moquer d’une personne sortie de la norme sociale. Ici, il s’agit d’un mari battu par sa femme et qui, pour sa punition, doit monter à rebours sur un âne afin d’être promené dans tout le village. On imagine la scène, l’agitation publique et la honte du pauvre malheureux.

À noter qu’en 1767, le curé de Saint-Etienne-sur-Chalaronne (01) nous donne une longue explication sur la fête du premier dimanche de Carême et notamment la tradition de faire brûler des fagots de paille, d’où la dénomination du dimanche des Brandons ou des Bordes (BMS 1767-1768 vue 15/62).

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Cet ouvrage, étude inédite, se propose de vous faire découvrir quelques-unes de ces mentions insolites et de vous en montrer la richesse historique et généalogique. Il répond à bien des questions au sujet de ces textes insolites qui parsèment les registres paroissiaux : Pourquoi certains curés notent des mentions insolites ? Que nous apprennent-elles sur la vie quotidienne de nos ancêtres ? Comment repérer, déchiffrer, transcrire et commenter ces témoignages du passé ? Comment les utiliser pour compléter notre généalogie et l’histoire de notre famille ou de notre village ?

Il s’agit du premier numéro de Théma, la nouvelle collection d’histoire et de généalogie.

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8 Messages

  • Une anecdote extrêmement ancienne qui donne vie à des registres qui ne sont souvent que des successions de noms. La scène est parfaitement décrite par le curé et le pauvre homme a non seulement le malheur d’être la tête du turc de la population du village ce jour-là, mais le curé prend plaisir à décliner son nom et celui de son père, histoire d’immortaliser le tout.
    Être homme battu à l’époque, ça ne pardonnait pas.
    Merci à Thierry.

    Voir en ligne : http://www.geneprovence.com/

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    • La chevauchée de l’âne ou la punition d’un mari battu par sa femme 31 mars 2012 03:58, par Pascale Colléatte

      C’est bouleversant !

      J’ai adoré ce témoignage ; merci et sourires. on se moquait en fait du seul homme dont c’était la femme qui portait les culottes.... non, pas normal à l’époque puisque dans 99 % des cas, c’était la femme qui était battue par son mari et cela, c’était normal ; on se moquait de cet homme qui ne le faisait pas. Il devait être estimé par toutes les femmes, ce pauvre bougre ; je l’aime et j’ai une petite pensée pour lui... En fille rebelle que je suis, j’aurais peut-être été la seule à aller lui faire un gros bisou.
      Je viens de lire la femme de 30 ans d’Honoré de Balzac ; même dans la haute bourgeoisie, à l’époque, qui n’est finalement pas si loin, après la dernière défaite de Napoléon et en accord avec des textes officiels, la femme n’était qu’un pion ; son mari pouvait être infidèle au grand jour et elle avait droit de prendre amant mais ce devait être en cachette et elle n’avait pas le droit de divorcer. Elle devait rester pour élever les enfants. A la vue de tout ça, Dieu que nous sommes bien de vivre notre époque.... même s’il y a encore des insanités impunies.

      En tous cas merci. Cordialement Pascale

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  • Une femme qui bat son mari est un dérèglement social qui, si on n’y met bon ordre, est susceptible de mener au pire. En fin de compte, les ouailles pourraient même ne plus croire en Dieu et ne plus écouter leur curé !

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  • Cette pratique pourrait être à mettre en parallèle ou en opposition avec d’autres.
    Ici l’homme indigne, moins qu’un homme, est monté à l’envers sur l’âne, humilié, au premier dimanche d’avant Carême, à mettre en opposition au Christ qui est alors monté sur un âne, honoré, au dernier dimanche de Carême, pour en définitive être le souffre douleur de la cité et apporter à ses habitants la rédemption.
    Je pense donc qu’on peut rapprocher cette pratique d’une autre, bien plus ancienne, celle du bouc émissaire, qui fut isutée à la même période de l’année. Période ou souvent les épidémies se déclaraient à la sortie de l’hiver, n’apportant de malheurs et désolations dans les villes.
    En effet, comme on peut le lire, entre-autre dans la bible, au début de l’antiquité, on fit le choix d’utiliser un animal, un bouc « bien puant » au on accrochait à la toison et aux cornes « présents » et que l’on arrosait de vin, d’huile et d’autres onguents et parfums, puis que l’on chassait de la cité, afin qu’il emporte avec lui dans le dessert, toutes les malédictions de la ville et de ces habitants. Plus tard ce sort fut celui d’un homme indigne, « clochard » puant, n’ayant pas d’amour propre pour sa personne, et que la population humiliait tout en le couvrant de cadeaux, mais qui sera lui aussi banni à vie de la cité, comme pour le charger de tout les pêchés de la cité, emportant ainsi toutes les malédictions de la ville. Cette pratique fut observe dans l’ancienne cité phocéenne, elle est mentionnée par les auteurs antiques. Ne retrouve-t-on ici tout le jeu de la fable de l’âne et des animaux malade de la peste.
    On pourrait également rapprocher cette coutume, d’une autre, concernant l’adultère et qui fut pratiqué au-delà du moyen-âge au moins en Provence. En fait, toutes personnes prises en flagrant délit d’adultère pouvaient être condamnées (homme & femme ensemble) à parcourir nu toute la longueur la rue principale de leur cité, et ceci à l’heure de midi, afin que cela soit fait devant tout le monde, cette loi bien qu’à mon avis non pratiqué tardivement figurée dans les livres de droit relatifs aux lois en vigueurs jusqu’au XVII° siècle et que l’on connais sous le titre de Matières Féodales de Provence.

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  • Cette tradition avait lieu autrefois dans le Couserans (entre autres lieux)
    On la retrouve illustrée dans le film « Le retour de Martin Guerre » : le jeune Martin est promené sur l’âne car il n’arrive pas à honorer sa jeune épouse.
    On en trouve également trace dans une « planirade » (c’est une danse populaire) intitulée « A la montanha » dont voici une version traduite : A LA MONTANHA (V.O. Comminges)

    A la mountanho, ma maïre
    qu’en jogon del viouloun ma maïre

    S’en jogon goaïre ma maïre
    Y caou anar dansar, ma maïre

    Se vas en danso, ma hilho
    Toun marich t’en batra, ma hilho !

    S’en bat qu’em bate, ma maïre
    Jou ben m’y tournareï , ma maïre

    Se tu t’y tournos, ma hilho,
    L’asé ben courrera, ma hilho !

    Se cour, que courre, ma maïre
    Per vous ben a courrut, ma maïre !

    Se l’ase saouto, ma hilho,
    Toutis que n’en diran, ma hilho !

    N’en diran toutis, ma maïre
    Biel asé échaurélhat, ma maïre !

    Al loc d’aurélhos, ma maïre
    Que n’a cornos al cap, ma maïre

    A la montagne, ma mère, on joue du violon
    Si on n’en joue guère, ma mère, il faut y aller danser
    Si tu vas danser, ma fille, ton mari te battra
    S’il me bat, qu’il me batte, ma mère, je le lui rendrai bien
    Su tu t’y rends, ma fille, l’âne courra bien
    S’il court, qu’il coure, ma mère : Pour vous, il a bien couru
    Si l’âme saute, ma fille, qu’en diront-ils tous ?
    Ils diront tous, ma mère : Vieil âne « essorillé** »
    Au lieu d’oreilles, ma mère, il a des cornes sur la tête

    (**) Essorillé : à qui on a coupé les oreilles

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