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Instruction morale et civique (6e leçon 1887)

« Que faut-il que les enfants apprennent ? Ce qu’ils doivent faire étant hommes. » P.-L. Courier


dimanche 1er juin 2008, par Alain Morinais

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AVANT-PROPOS
« …Nous n’avons pas eu la prétention de faire de nos écoliers des juristes, ni des politiques ; aussi n’avons-nous pas épuisé les sujets que nous avons traités. Nous avons évité de trop dire et d’encombrer ainsi l’intelligence et la mémoire de l’enfant. Les textes et les récits contiennent les notions essentielles…
En un mot nous avons essayé de rendre accessibles à de jeunes intelligences les connaissances qui doivent être répandues dans notre pays, si nous voulons donner à la République de bons citoyens, de bons travailleurs et de bons soldats. »

Pierre LALOI

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Par le labeur, la paix de l’âme (plaquette d’Oscar Roty)
Illustration de la section « Morale Instruction Civique » du Mémento Larousse encyclopédique et illustré The Librairie Larousse, Paris, 1949. Nouvelle édition entièrement refondue.

6e leçon :

IX – Le chef de famille

I. – Le mariage

260- La famille est constituée par le mariage.

261- Le mariage est l’acte le plus grave de votre vie.

262- Dans le choix que vous ferez, placez l’honorabilité de la famille où vous entrez au-dessus des considérations d’intérêt.

263- L’homme ne peut se marier avant 18 ans révolus, la femme avant 15 ans révolus.

LOI – L’homme avant 25 ans, la femme avant 21 ans ne peut se marier sans le consentement des parents.
Le consentement des parents est encore nécessaire pour la femme jusqu’à 25 ans, et pour l’homme jusqu’à 30 ans ; mais si ce consentement est refusé, le mariage peut être célébré un mois après que les futurs époux ont fait connaître leur volonté aux parents par trois déclarations successives, renouvelées de mois en mois, et qu’on appelle actes respectueux. Ces déclarations sont rédigées et présentées par un notaire. Si l’homme a plus de 30 ans, et la femme plus de 25 ans, il leur suffit de faire un seul acte respectueux.

II. – Les devoirs dans le mariage

264- Les époux se doivent mutuellement fidélité, secours assistance.

265- Le mari doit aide et protection à sa femme ; la femme doit obéissance à son mari.

266- Le mari et la femme doivent nourrir et élever leurs enfants.

267- L’entente entre les époux est nécessire pour la bonne éducation des enfants.

268- Le père et la mère doivent donner à leurs enfants le bon exemple ; ne dire devant eux que des choses que les enfants peuvent entendre ; ne pas se parler vivement.

269- Ils ne doivent pas se contredire dans les ordres qu’ils donnent aux enfants.

270- L’autorité de la mère est plus douce ; mais la mère ne doit pas être faible pour les défauts de ses enfants ; elle ne doit pas les gâter : les enfants gâtés deviennent souvent de mauvais fils.

271- L’autorité du père est plus forte ; mais le père ne doit être ni brusque, ni emporté.

276 – C’est le père qui doit assurer la subsistance de la famille.

277 – La mère ne doit travailler que si le travail de son mari ne suffit pas. Elle doit choisir, autant que possible, une profession qui lui permette de rester à la maison. Son principal devoir est d’élever les enfants et de tenir la maison avec ordre et économie.

278 – Le mari doit régler la dépense, mais ne pas entrer dans les détails du ménage.

279 – Dans tout ménage, il doit être tenu un compte exact des recettes et des dépenses.

280 – Les dépenses doivent être réglées sur les recettes, mais elles ne doivent pas les égaler.

281 – Sur les recettes il faut payer toutes les dettes et faire quelques économies. Dès qu’une économie est faite, si petite qu’elle soit, il faut la placer.

282 – Les parents doivent être prévoyants pour eux-mêmes en faisant des versements à la Caisse d’épargne, à une société de secours mutuels, à une caisse de retraite.

III. Devoirs du chef de famille

283 – Quand vous serez chef de famille, vous rendrez votre intérieur agréable par la régularité de votre conduite et par l’égalité de votre caractère.

284 – Vous remplirez toujours vos devoirs envers votre femme et vos enfants.

285 – Vous apporterez à la maison le produit de votre travail. L’homme qui dépense son argent au cabaret est un misérable égoïste.

286 – Vous ne vous rendrez coupable d’aucun mauvais traitement envers votre femme. L’homme qui maltraite sa femme est un lâche.

287 – C’est dans sa maison, auprès de sa femme et de ses enfants que l’homme goûte le vrai bonheur. (Récit XIX, page 85)

Récit XIX. – Le bon ménage

…« À propos, dit la mère, parlant à son mari, c’est aujourd’hui samedi, jour de paie.
— Oui », répondit Léopold. En même temps, il tira de sa poche 48 francs, qu’il avait gagnés dans sa semaine, et les remit à sa femme.
— « Je suis sûr, ajouta-t-il, que tu vas faire tes petits paquets. »
Jeanne fit en effet ses petits paquets. Elle ouvrit un tiroir de la commode et elle en tira une petite boîte à plusieurs compartiments. Au bord des compartiments il y avait des étiquettes : Loyer, Caisse d’épargne, Société de secours mutuels. Elle mit deux francs pour le loyer ; dix francs pour la caisse d’épargne, et rien pour la société de secours mutuels : « La Société, dit-elle, a son affaire. Je vois déjà là les vingt sous par mois que nous donnons.
— Vingt sous mal employés, dit Léopold. Je ne suis jamais malade ! Mais, après tout, cela peut venir. Et puis si ça ne me sert pas à moi, ça sert aux camarades ! »
Il restait trente-six francs pour les dépenses du ménage. Les trente-six francs furent mis dans une boîte fermé à clé, où ils se rencontrèrent avec des pièces d’or, qu’ils firent sonner.
« Tiens, dit Léopold, il y avait quelqu’un là dedans ! »
Il y avait en effet l’argent de Jeanne, qui trouve moyen, tout en élevant ses enfants, de gagner en moyenne deux francs par jour.
La boîte fermée a deux compartiments aussi : dans l’un on met l’argent pour les dépenses de tous les jours ; dans l’autre, l’argent pour les achats des vêtements et des chaussures. Celui-ci n’est plein qu’au printemps et à l’automne , au moment des achats. Jeanne aime mieux laisser l’argent à la Caisse d’épargne, jusqu’au moment de s’en servir.
Quand Jeanne eut fini ses petits paquets, elle revint s’asseoir auprès de Léopold. « Eh bien, dit celui-ci, il n’y a rien pour le garçon ? » Jeanne lui prit la tête entre les deux mains, l’embrassa sur les joues, et lui mit dans son gousset deux pièces blanches pour ses menues dépenses.
« Tu ne sais pas, mon ami, j’ai eu un affront aujourd’hui ! » dit-elle.
— Un affront ? s’écria le mécanicien. Et qui donc t’a fait un affront ? Je te garantis bien qu’il ne recommencera pas !
— Calme-toi, reprit Jeanne : c’est le receveur de la Caisse d ‘épargne, qui a refusé, en riant, de recevoir mon argent. C’est la seconde fois que cela lui arrive et j’espère bien qu’il recommencera. »
La Caisse d’épargne, en effet, ne laisse pas le compte d’une personne s’élever au dessus de deux mille francs. Quand cette somme est dépassée, elle achète au nom du déposant, et sans frais, un titre de vingt francs de rente.
« Nous avons déjà acheté un titre de rente la première fois que notre compte a dépassé deux mille francs, dit Jeanne ; si nous en faisions acheter encore un ?
— Va pour le titre de rente, répondit Léopold. Tu verras que nous finirons par être trop riches, et que nous ne saurons plus que faire de notre argent. Justement j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer. Je passe chef d’atelier à dix francs par jour.
— Dix francs par jour ! s’écria Jeanne. Dix francs par jour ! Trois francs de plus que maintenant ! Eh bien, nous n’y toucherons pas à ces trois francs par jour. Ce sera chaque semaine dix-huit francs de plus à la Caisse d’épargne, et calculant rapidement : cela fait près de mille francs par an ! » ajouta-t-elle. Et, tout de suite, la pensée se tournant vers les enfants : « Nous aurons de quoi instruire Jean ; nous l’enverrons dans une école d’arts et de métiers. S’il est bien sage, il sera chef d’atelier tout de suite. Nous ferons une petite dot à Léopoldine. » En disant toutes ces choses, la jeune mère rayonnait…

Révision :

-* 5e leçon : - Ministère de la guerre

-* 4e leçon : - Le patron

-* 3è leçon : - Devoirs envers l’instituteur

-* 2è leçon : - L’école

-* 1re leçon : - La Famille

La Première année D’INSTRUCTION MORALE ET CIVIQUE

Notions de Droit et d’Économie politique (Textes et récits)

Pour répondre à la loi du 28 mars 1882 sur l’Enseignement primaire obligatoire.

Ouvrage accompagné de Résumés, de Questionnaires, de Devoirs et d’un lexique des mots difficiles.

Par Pierre LALOI

DIX-SEPTIÈME ÉDITION
Ouvrage compris dans la liste annexée à la Circulaire ministérielle du 17 novembre 1883 et inscrit parmi les ouvrages fournis gratuitement par la Ville de Paris à ses écoles communales. Paris Librairie Classique ARMAND COLIN ET Cie 1887.

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6 Messages

  • Bjr a tous
    Je pense que ce serait une bonne chose que de faire au moins une fois par semaine, un cours, comme cela se faisait avant les années 60 ; j’en suis pas traumatisé, et j’ai appris ce que respect d’autrui veut dire ; alors que maintenant !!!!
    cdr
    jpc

    Répondre à ce message

  • Instruction morale et civique (6e leçon 1887) 28 juin 2008 11:11, par Joey

    Hé bien ! Dommage que de tels cours ne sont plus dispensé aux petits écoliers du 21e siècle ! Lorsqu’on voit l’explosion des divorces et des couples déchirés, ou encore de ceux qui restent ensemble de bonne figure mais qui dans l’intimmité sont des piètres exemples pour leurs enfants, mettant leur propre intérêt avant ceux de la famille ... ! On se dit que c’est pas gagné pour la génération qui suit !

    Cela dit, je me dis que dans les faits, de telles « honnorables familles » ne devaient pas être nombreuses. (Je pense nottament au père responsable qui ne dépense pas son argent au cabaret ... et là où régnait la misère, il était difficile que les dettes n’exèdent pas les dépenses !!!)

    Merci pour ces merveilleux articles sur ce cours d’instruction civique ! c’est très chouette.

    Question d’ignare : l’école était-elle obligatoire en 1887 ? (quant à savoir si tous les écoliers suivaient ce cours ?)

    Répondre à ce message

    • Bonjour Monsieur,

      Les lois Ferry de 1881 et 1882 rendent l’instruction primaire obligatoire pour les
      garçons et filles âgés de 6 à 13 ans. L’école publique est gratuite et laïque.
      Avant ces lois, l’enseignement primaire était encore principalement assuré par l’Eglise
      catholique.
      Pourtant, dès 1792, Condorcet proposait un système éducatif séparé de toute
      influence religieuse. Il était fondé sur l’égalité des filles et des garçons devant l’instruction.
      En 1793, la Convention avait donc établi l’obligation scolaire et la gratuité de l’enseignement
      primaire, mais le projet avait été très vite abandonné.
      Au cours du XIXe siècle, l’enseignement public s’est développé. En 1833, la
      loi Guizot sur « l’instruction primaire privée ou publique » imposait l’entretien d’une école primaire par commune. La loi Falloux de 1850 établissait la liberté de l’enseignement secondaire et plaçait des ecclésiastiques à chaque échelon de l’administration scolaire, renforçant ainsi le contrôle de
      l’Eglise sur l’enseignement. Enfin, l’instruction morale et religieuse restait en tête des
      matières à enseigner. C’est au cours des années 1870-1880 qu’apparaît une « laïcité de combat ». Pour les républicains, l’école
      publique et laïque est la condition indispensable à la formation de citoyens éclairés, puisque
      l’école est par excellence le lieu d’apprentissage de la démocratie.
      Les lois scolaires touchent d’abord l’enseignement destiné aux filles. En 1879, une loi oblige
      chaque département à tenir une école normale d’institutrices. En 1880, la loi Camille Sée crée
      les collèges et lycées de filles, exclut l’enseignement religieux des heures de classe, mais
      assure la possibilité d’un enseignement religieux facultatif à l’intérieur de l’établissement par
      un aumônier (ceci est étendu aux établissements pour les garçons).
      En 1881 et 1882, Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique, remanie profondément
      l’enseignement primaire. Jules Ferry se veut pacificateur : dans une circulaire adressée aux
      enseignants, il précise que ces lois ne sont pas des lois de combat, mais font partie de « ces
      grandes lois organiques destinées à vivre avec le pays ».

      Cordialement

      Alain MORINAIS

      Répondre à ce message

    • Instruction morale et civique (6e leçon 1887) 29 juin 2008 11:29, par michèle riolet

      bonjour, oui l’école était obligatoire, pour tous ; la commune avait une salle d’asile (maternelle)-non obligatoire mais reccomandé -travail des mamans !
      j’ ai trouvé dans les registres des compte-rendus du conseil municipal de ma commune , les liste des enfants pris en charge au titre de l’instruction publique, ceci chaque année au vote du budget...c’est intéressant pour voir l’évolution de la vie quotidienne-surtout quand on y ajoute la liste des personnes prises en charges pour les soins,médicaments,hospitalisations,placements divers..il y a aussi des reccomandations du maire pour prevenir une désorganisation de la famille..intervention du garde champêtre

      Répondre à ce message

  • Instruction morale et civique (6e leçon 1887) 28 juin 2008 11:28, par francis7220

    aujourd’hui que l’on soit un homme ou une femme , il serait bon avant de se plaidre de lire et de méditer sur cette leçon de civisme .A cette époque avec peu de moyen , les gens se sentaient heureux , ils ne connaissaient pas l’assistanat, rien ne leur semblait dû . A ce jour progrès ou perversion du système , on est plus dépendant des autres

    Répondre à ce message

    • Instruction morale et civique (6e leçon 1887) 29 juin 2008 13:13, par Alain Morinais

      Bonjour Monsieur,

      Je vous propose un extrait de « Les Bretons de Paris » de Marc Tardieu (éditions du Rocher), à l’époque de l’émigration bretonne quand « parmi ceux qui s’en vont, sur dix personnes, il y en a neuf qui paient, en quelque sorte, d’une vie de misère, le bonheur de la dixième. », pour mesurer la relativité des choses de la vie :"Souvenons-nous ici de ces débuts de XXè siècle, sans Sécurité sociale, ni allocations d’aucune sorte. Aller à Paris, c’était entrer dans le monde de tous les dangers. Un impitoyable aventure d’où l’on était pas certain de revenir vivant. Dans la campagne première, il était toujours possible, même misérable, de se nourrir un peu avec sa propre récolte, de faire appel à la générosité de proches. Mais là ! dans cet univers inconnu, terre promise qui vous accueil d’emblée avec le visage gris de ces ivrognes à même le sol, de ces enfants en guenilles qui vous assaillent, de ces femmes aux sourires tristes, collées contre des porches..."

      Cordialement

      Alain MORINAIS

      Répondre à ce message

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